«Ici, il n’y a pas de bons, ils  sont tous mauvais…»

En réponse à Mme Carla del Ponte, article de W. Zimmermann, Présidente de FSD

Publié dans 24Heures, 25.09.2013

Le dernier rapport de la Commission d’enquête sur la Syrie présente la situation sans pondérer les événements. On y trouve à la fois des attaques institutionnalisées – la politique du régime Assad – et l’exécution d’un jeune homme pour blasphème par un groupe extrémiste. Il faut donc une lecture attentive qui, en dehors de l’horreur associée à ces actes, pondère leur gravité, pour éviter le piège qui fait dire à Carla Del Ponte: «Ici, il n’y a pas de bons, ils sont tous mauvais.»

En Syrie, il y a d’abord 23 millions de civils qui forment une société lettrée et modérée. On doit à leurs ancêtres le premier alphabet et le Dieu des chrétiens, des juifs et des musulmans. Société séculaire malgré les Assad et non grâce à eux, ces gens sont d’abord des victimes du régime. Là ou le régime passe, il ne reste que des ruines (al-Qusseir, par exemple). Là ou l’opposition passe, la vie renaît, sous les bombardements, à la merci parfois de groupes de gangsters, oui, mais elle renaît.

N’oublions pas le début de cette révolution, en mars 2011, les manifestations pacifiques attaquées par des snipers et la torture d’enfants par le gouvernement Assad. Tout cela a précédé de loin la première réaction d’autodéfense armée et l’apparition de groupes jihadistes. On sait que Jabhat al-Nosra a été créé par le régime, que l’Etat Islamique en Irak et au Levant est à sa solde et que d’autres formations extrémistes infiltrent l’opposition pour semer la confusion, offrant à l’Occident le panorama de méchants dont il a besoin pour ne pas aider, ou si peu.

Cette révolution, parce que c’en est une, s’est greffée sur un contexte régional instable; elle est aujourd’hui exploitée par différents acteurs régionaux, et plus lointains, avec la complicité d’une partie de la communauté internationale. On remarque que, au lendemain des entretiens de Genève, c’est à Tel-Aviv que Kerry est allé en rendre compte.

Les droits humains sont bafoués au quotidien en Syrie. On dénombre plusieurs dizaines de milliers de disparus depuis le début de la révolution. Il y en aura deux fois plus si le régime se maintient. Tout le monde le sait. L’extermination des opposants est l’apanage des Assad depuis 1970.

Mais le premier crime contre l’humanité en Syrie, c’est aujourd’hui la violence faite au peuple syrien. Violence verbale: en mettant sur un pied d’égalité les exactions du régime et celles de l’opposition, on décrédibilise la révolution. Violence humanitaire: en apportant une aide minimaliste (50% seulement des promesses de dons concrétisées de la part des «amis» de la Syrie), on épuise la population. Et enfin au plan militaire, en n’aidant pas les seules forces modérées sur le terrain, on affaiblit la résistance légitime du peuple syrien.

Tout cela sert des «intérêts» régionaux, au mépris des droits humains élémentaires. Demain, les conséquences de cette guerre seront en Europe, parce qu’on n’aura pas voulu s’en préoccuper à temps là où elle est aujourd’hui.

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Publié le 29/09/2013, dans FSD, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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