Les nouvelles tactiques du boucher de Damas

Déloger les activistes pacifistes, les intellectuels et les modérés? 

Le 10 octobre 2013 la ligue arabe a invité le régime syrien et l’opposition (Armée Syrienne Libre) à un cessez-le-feu à l’occasion de la fête des musulmans (al-Eid)  qui a commencé le 15 octobre.  L’ASL a accepté ce cessez-le-feu à Homs et à Damas campagne, les régions les plus chaudes actuellement. Mais au premier jour de la fête, au lieu d’une accalmie, on a vu le régime syrien, fort de sa nouvelle légitimité en qualité de partenaire de l’ONU pour la destruction des armes chimiques, intensifier ses actions militaires contre les civils. A Damas et dans ses environs, l’aviation du régime a multiplié les raids et bombardé plusieurs régions, comme dans de nombreuses autres parties du pays notamment à Hama, Deraa et Idleb (en tout il y a eu 70 raids aériens). Des bombardements incessants ont couvert le son des prières de la fête et terrorisé la population. A Homs, cela fait déjà une semaine que le régime prépare la fête en s’attaquant aux quartiers qui sont sous son propre contrôle, là où il n’y a pas la moindre trace de résistance armée, comme dans les quartiers d’al-Malaab et al-Inchaat, qui hébergent beaucoup de déplacés de la partie assiégée de Homs et que le régime cible maintenant avec des tirs de mortiers. Deux obus de mortier ont même visé la mosquée à al-Malaab pendant la prière de la fête de al-Eid, le 15 octobre.

On constate désormais un changement dans la politique répressive du régime Assad. Jusqu’à très récemment les régions sous son contrôle subissaient les rafles, les détentions, le kidnapping et les snipers mais elles étaient à l’abri des bombardements. Dorénavant le régime frappe sans distinction. Dans les quartiers de Homs d’al-Malaab et al-Inchaat, les tirs de mortiers visent les habitations et les endroits très peuplés, comme le marché ou la mosquée, conduisant à plus de destruction, de peur et de sang. Les détentions sont elles aussi en augmentation nette à Homs et elles touchent de plus en plus souvent des activistes humanitaires et des pacifistes. Partout en Syrie, la torture est systématique dans les centres de détention et les méthodes utilisées sont effrayantes conduisant de plus en plus souvent à la mort. L’exécution extrajudiciaire est aussi une pratique courante du régime.

Quel est donc le but du régime Assad? Après avoir échoué à écraser la résistance armée et civile et à défaut d’exterminer la population de Homs, ville symbole de la révolution, ce qui ne serait qu’un génocide de plus, le régime vise-t-il  à rendre la vie impossible à tous les syriens ? Le but étant de forcer les civils soucieux de l’avenir du pays et les activistes pacifistes à quitter la Syrie … Planifierait-il des élections, à terme, avec pour seule population les pro-Assad et ceux qui acceptent de se plier, on peut le craindre. La caricature du blog Iranwire résume assez bien le raisonnement du boucher de Damas.

La Syrie se vide de ses citoyens les plus capables d’œuvrer pour l’avenir d’une Syrie démocratique, multiconfessionnelle et unie;  et suite à l’indifférence et à la courte vue des « puissants » de ce monde, la porte en Syrie est ouverte aux extrémistes et autres fanatiques que ces mêmes puissances ont en vain combattu dans d’autres régions du monde.

Exrémistes manipulés par le régime Assad ?

Le nord de la Syrie compte aujourd’hui de larges régions libérées, qui sont sous le contrôle de l’opposition et qui subissent les bombardements de l’aviation et des scuds. Jusqu’à récemment la population de ces territoires ne craignait ni les arrestations ni les balles des snipers, car ils étaient hors de portée du régime. Dès le printemps 2013, un groupe extrémiste nommé l’Etat Islamiste de l’Irak et du Levant (EIIL) s’y est installé dans la région al-Raqa et ensuite à Izzaz dans la région d’Alep. Depuis, les médecins et les journalistes craignent à nouveau pour leur vie, les activistes sont arrêtés et les exécutions sommaires ont repris. Cependant, on remarque que l’EIIL ne s’attaque jamais aux forces du régime et réciproquement que ses propres positions ne sont jamais ciblées par le régime. L’EIIL ne cache pas d’ailleurs que l’ASL et les modérés sont ses principaux ennemis et s’attaque régulièrement aux groupes de l’ASL. Sachant de plus que l’EIIL a pour objectif de prendre le contrôle des ressources pétrolières et de les vendre au régime et que ses fondateurs sont d’anciens détenus libérés par Assad ou par l’Irak à seule fin de former un groupe extrémiste, les choses deviennent plus claires: l’EIIL doit être considéré comme la main du régime dans les territoires libérés, leur mission est de remettre la main sur ces territoires et de faire échec à la révolution.

Assad partenaire de l’ONU pour l’aide humanitaire à tous les Syriens… Vraiment ?
Suite aux cris d’alarme concernant la famine qui touche al-Ghouta assiégée à Damas, le CICR a trouvé un accord avec le régime Assad -partenaire rappelons le de l’ONU pour toute aide humanitaire en faveur des Syriens- pour évacuer 800 civils de al-Mouaaddamya, le 13 octobre. Parmi les conditions imposées par le régime figurent l’âge des enfants qui ne doit pas dépasser 14 ans et la couverture médiatique internationale de l’opération qui parle d’un sauvetage de civils pris en otage par les gangs armés et de l’action humanitaire du régime en faveur des civils sauvés. En contre partie, le régime s’est engagé à les héberger et à leur attribuer l’aide humanitaire nécessaire. Cette évacuation a été effectuée en présence d’une délégation du CICR et le régime a annoncé devant la presse qu’il organisait des couloirs humanitaires à cet effet. Après le contrôle d’identité des personnes évacuées, plusieurs femmes ont été arrêtées pour leurs liens avec des membres de l’ASL et dix enfants ont été conduits par les Moukhabarat vers un endroit inconnu (voir la vidéo).

Le 16 octobre, une opération similaire à al-Mouaaddamya même s’est terminée en débandade sous les bombardements du régime, la délégation du CICR s’est alors sauvée laissant derrière elle 3’000 femmes et enfants pris en piège. Comme quoi la crédulité des occidentaux est sans limite.

Et demain ?

Le peuple syrien vaincra, mais la communauté internationale, qui donne sa légitimité au boucher de Damas, porte une lourde responsabilité dans le prix à payer et dans ce qui se trame aujourd’hui pour l’avenir de la Syrie.

FSD

Publicités

Publié le 18/10/2013, dans FSD, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :