Archives Mensuelles: décembre 2013

« Assad ou les islamistes », ce discours est dépassé

Chronique de la Syrie

Depuis le 15.12.13, Alep subi de nombreux bombardements avec des barils d’explosifs, tous les jours. Plus de 200 morts dont 60 enfants, de très nombreux blessés et 12 quartiers ciblés. Contrairement à ce que l’on prétend ce type de bombardement est assez précis et la population ciblée est bien la population civile, c’est une violation grave des droits humains et la communauté internationale le sait, elle est coupable de non-assistance délibérée à personnes en danger.

La révolution pacifique populaire syrienne a conduit à la libération de 50% du territoire avant d’être manipulée, trahie et finalement détournée en conflit régional, ce qui permet aujourd’hui à de nombreux pays de venir y prêcher leur justice et y défendre leur intérêts: qui des ventes d’armes, la Russie, qui des territoires, Israël, Turquie, qui des influences, Iran, Arabie, Qatar, USA etc.

On aime dire aujourd’hui « Assad ou les islamistes », ce discours fait le bonheur des débats télévisés entre « pseudo-experts ». Mais ce discours est dépassé. Le choix est aujourd’hui entre Assad, les islamistes et les « partisans” d’Assad (Russie, USA, Israël, Iran, Turquie, les pays du Golf), bref tous ceux qui profitent d’une manière ou d’une autre de sa présence, de sa lâcheté ou de sa cupidité d’une part, et vingt millions de syriens victimes de cette situation d’autre part. Ce qui réjouit particulièrement certains pays voisins est évidemment de voir un ennemi suffisamment stupide pour détruire sa propre population et ses propres infrastructures.

On se souvient des suites de l’assassinat d’Hariri au Liban. Un aboiement des USA a suffit a chasser Assad du Liban. Plus récemment, un autre aboiement  a suffit à régler la question des armes chimiques. Quand on est face à un individu qui aime tant la déculottée on en profite. Un aboiement de plus: plus d’aviation, un de plus: des couloirs humanitaires, un de plus: plus d’Assad. Mais on ne le fait pas, parce qu’on ne le veut pas! On prétend vouloir une solution politique, Genève 2.

Que va-t-on faire à Genève 2? Certainement pas chercher une solution aux souffrances des syriens. On va juste organiser une nouvelle mascarade de solution qui n’aura pas d’autre but que de régler quelques intérêts régionaux aux dépens des syriens, exactement comme l’accord Kerry-Lavrov-Assad et probablement pour le plus grand bénéfice d’Assad.

En fait, il suffit de lire le dernier communiqué de Reuters sur ce sujet pour comprendre que Genève 2 n’a plus d’autre but que de promouvoir Assad du poste de gardien du Golan à celui d’exterminateur des idées démocratiques régionales pour le plus grand bonheur de l’ethnocratie voisine.

Reste la question humanitaire. Les syriens sont victimes par destruction délibérée d’abord, victimes par manque d’aide humanitaire internationale ensuite, grâce au discours en vogue, qui les diabolise : « Assad ou les islamistes »…bien sûr!

On le savait, mais il est toujours important de le redire: le 15.12.13 Al Arabiya  a rapporté que les fonds gelés en Europe sont en fait mis à disposition pour l’aide humanitaire en Syrie.

L’aide humanitaire officielle comme chacun le sait passe par le régime syrien, c’est vrai pour les fonds gelés, c’est vrai pour le CICR, c’est vrai pour l’ONU. La part qui atteint les populations en détresse, très faible, correspond à ce que le régime doit sacrifier pour pouvoir prendre une photo d’un représentant du gouvernement, parfois Assad lui-même, en train de la distribuer, à diffuser largement dans les medias ensuite. Mais ça s’arrête là.

Ce  même 15.12.13 l’ONU a envoyé un premier avion d’aide humanitaire en Syrie, à Qamishlo, en région kurde. N’est-il pas étrange que cet avion soit envoyé précisément là ou Assad déploie en ce moment de gros efforts pour fidéliser la population, afin de motiver les Kurdes à lui apporter leur soutien ou au moins leur neutralité. Une région relativement peu touchée en outre. Nos contacts sur place viennent d’ailleurs de nous informer que l’aide est bien arrivée mais n’a certainement pas été distribuée à ceux qui en ont le plus besoin. Il est donc vraisemblable qu’elle était destinée au PYD, sympathisant du régime.

La Suisse a elle déjà versé plus de 50 millions d’aide à la Syrie [1] depuis le début du conflit. Compte tenu du fait que cette aide suit les filières officielles, 2/3 au moins de cette aide va aller dans les poches du régime, au bout du compte il restera 1.- CHF par syrien déplacé et par an: un franc!

A l’aide!

Chaque franc que vous nous envoyez sera suivi jusqu’à sa destination finale et donné de main à main. Aidez-nous!

FSD


[1] Communique personnel du DFAE 10.12.13 à FSD

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2e lettre ouverte- Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

2e Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 16.12.2013

CONCERNE: communiqué du conseil fédéral

Témoignages, 2ème communication

Madame la conseillère fédérale,

Le durcissement soudain des procédures de regroupement familial pour les ressortissants syriens ayant de la famille en Suisse a pris de nombreuses familles au dépourvu, créant beaucoup de détresse; nous vous livrons ci-dessous leurs témoignages

Témoignage 3, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth

W., syrien, résidant en Suisse,

« J’ai deux frères, A. qui avait fui la Syrie avec sa famille (femme et deux enfants) vers le Liban et B. qui avait fui la Syrie vers la Libye. N’ayant pas trouvé de moyen de faire vivre sa famille (femme et deux enfants) en Libye mon frère B. a décidé de prendre l’un des bateaux de la mort pour traverser la méditerranée. Avec cette directive de regroupement familial j’ai pensé avoir trouvé le moyen de sauver la vie de mon frère et de sa famille. Comme la directive ne prévoyait pas de déposer une demande en Libye, la famille de mon frère B. a pris le chemin vers Beyrouth. A. et B. sont allés avec leur familles déposer une demande de visas humanitaires le 19 novembre, soit avant la date du durcissement de la directive. Depuis, ils attendent la réponse au Liban, qui tarde à venir. Le 27 novembre le service de la population me contacte demandant une copie du contrat de location de l’appartement avec le nombre de pièces et le nombre de personnes qui y vivent, si j’ai une habitation secondaire, un certificat de salaire, etc. J’ai alors appelé l’ODM et je leur ai exprimé ma surprise de cette vérification qui ne figure pas dans la directive. On me répond qu’elle est conforme à la décision de durcissement de la directive. Lorsque j’ai demandé le texte de ce durcissement je n’ai pas obtenu de réponse. Que dois-je faire maintenant ? La vie est trop chère à Beyrouth… on ne s’attendait pas à cette attente prolongée ». La conséquence actuelle est l’impossibilité pour B. et sa famille de retourner en Libye (nouvelle exigence de visa) et en Syrie (toute personne dont le passeport porte un tampon d’entrée en Libye se fait arrêter immédiatement).

Témoignage 4, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth et le Caire

N.-H., syrienne, résidant en Suisse,

« J’ai pris rendez-vous à l’ambassade du Caire pour ma sœur et son fils de 12 ans qui avaient fui la Syrie vers l’Egypte fin 2011. Ils ont un permis de séjour égyptien provisoire qu’ils doivent renouveler régulièrement pour ne pas se faire refouler vers la Syrie ou bien se faire arrêter comme c’est le sort de beaucoup de Syriens depuis le 30 juin 2013. Dix jours après ils ont reçu une réponse négative, probablement parce qu’ils ont ce permis de séjour provisoire. Son fils doit travailler pour subvenir à leurs besoins et ils ont dû s’acquitter des frais de visa qui ne sont pas remboursables et qui sont de l’ordre de 85.- CHF par personne qui est une somme non négligeable pour les Syriens aujourd’hui.

J’ai également pris rendez-vous à l’ambassade de Beyrouth pour ma sœur et ses deux filles de 17 et 19 ans et qui sont restées jusque là à Homs en Syrie. Elle avait perdu sa maison et a dû habiter al-Waer qui devient un quartier presque assiégé et bombardé quotidiennement. Son mari a disparu et son fils de 17 ans vit en clandestinité. Elles ont quitté la Syrie pour se rendre à l’ambassade à Beyrouth le 11 novembre. Depuis cette date elles attendent une réponse qu’elles pensaient pouvoir obtenir rapidement. La vie à Beyrouth est trop chère et elles s’y retrouvent bloquées. »

Peut-être serait-il approprié d’envisager au moins  le remboursement des frais, surtout si l’on se dirige vers un traitement des dossiers similaire à celui des iraquiens, à Damas, il n’y a pas si longtemps. 85.- CHF c’est vraiment une somme importante pour un Syrien aujourd’hui.

La Suisse ne peut accueillir toute la misère du monde nous dit-on volontiers. C’est vrai! Mais elle doit en accepter sa part, et elle a le privilège de pouvoir décider de son action, ce qui implique une responsabilité. D’autres pays, comme l’Italie ou la Bulgarie n’ont eu pas ce choix. La Suède, elle, a choisi de faire face à cette responsabilité.

Suède (9.5 millions d’habitants): 16’000 réfugiés syriens accueillis aujourd’hui, prédiction pour fin 2014: 50’000, suite à la facilitation du regroupement familial. Les suédois en sont fiers.

Gaza (1,5 millions d’habitants) a déjà accueilli 1600 réfugiés syriens.

Suisse (8 millions d’habitants): très peu de Syriens ont obtenu l’asile (~600 ?), 1800 requérants d’asiles syriens attendent toujours une réponse aujourd’hui; prédiction pour fin 2014: 2000? Moins? Le  regroupement familial ferait probablement prendre à la Suisse un « risque humanitaire » de 15’000 à 20’000 réfugiés syriens, ayant tous de la famille en Suisse, il semble donc assez logique qu’ils cherchent à la rejoindre, que feriez-vous? Certains resterons, si le conflit se prolonge, peu si l’occident prend ses responsabilités rapidement. Pour comparaison, la Suisse a accueilli 14’000 hongrois en 1956.

La charge est-elle financièrement supportable pour la Suisse? Si la Suède peut l’assumer, il est probable que la Suisse le peut aussi. Est-ce que  cela  remplace l’aide à apporter sur place? Sûrement pas!

« La Suisse fait déjà beaucoup » aime-t-on dire ici en Suisse. Bien sûr, la Suisse assiste financièrement la Croix Rouge, mais la Croix Rouge ne travaille qu’avec le régime en Syrie, régime qui détourne la grande majorité de cette aide. Reste les pays voisins évidemment. L’aide totale de la Suisse à la Syrie est de l’ordre de 50 Mio de CHF (communiqué du DFAE à FSD du 10.12.2013), dans les faits cela fait finalement 1.- CHF par an, par syrien déplacé. Il faudrait donc 365 pays aussi généreux que la Suisse juste pour qu’ils mangent un tout petit peu. A l’aide!

Nous demandons une fois de plus à la Suisse de reconsidérer sa politique de visas humanitaires et sa politique d’asile vis à vis d’une population syrienne victime aujourd’hui d’intérêts régionaux sans rapport réel avec sa révolution populaire.

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

Comité de FemmeS pour la Démocratie

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève

Funérailles des droits humains en Syrie

La journée du 10.12.2013 n’aura pas seulement été la journée internationale des droits de l’homme et celle des funérailles de Mandela, mais aussi celle des funérailles des droits humains en Syrie et bien au-delà.

Ce 10.12.2013, nous avons appris l’arrestation de Razan Zaitouneh[1], kidnappée avec toute son équipe[2], à savoir : Samira Khalil, Wa’el Hamada, Nazem Hamadi. Son dernier message, enregistré à l’avance, aura été pour la journée des droits de l’Homme. Avec elle, avocate et écrivaine, qui vient de consacrer trois ans, au péril de sa vie, à documenter les violations des droits humains en Syrie,  c’est une immense personnalité des droits humains qui a été mise hors-circuit. D’après ce que l’on sait, ce serait un groupe armé « non identifié » qui l’aurait kidnappée dans la zone assiégée de Douma,  mais on sait aussi que le régime n’est jamais bien loin derrière ce genre d’entité.

Nazem, Razan, Samira, Wa'el

Nazem, Razan, Samira, Wa’el

Ce même jour, les funérailles de Mandela réunissaient au Cap l’ensemble des « leaders » mondiaux, venus s’assurer que l’on enterre définitivement les valeurs portées par Mandela désormais trop lourdes pour eux. Tout ça pour un coût du même ordre que l’aide totale apportée à la population syrienne.

Du Cap, Obama, le visionnaire, nous explique le message de Mandela: « que les choses paraissent toujours impossibles jusqu’ à ce qu’elles soient accomplies ». Voilà de quoi entrer dans l’histoire pour le premier président noir des USA, aussi prix Nobel de la paix, qui apporte aujourd’hui sa caution au dictateur le plus sanguinaire de l’époque, pour la destruction de la Syrie, berceau de notre civilisation, le déchirement de sa société et l’assassinat de ses enfants.

Le même jour encore, en Syrie, Assad poursuivait l’ouverture de couloirs « humanitaires » pour que les armes chimiques puissent atteindre la côte sans encombre, en bombardant puis massacrant la population exclusivement civile de al-Nabek (dont plus de 36 enfants), après avoir bombardé Qara et Deir-Atyeh il y a quelques jours. Tout cela avec la bénédiction au moins tacite de l’ensemble de la communauté internationale, très satisfaite de sa collaboration avec Assad depuis les accords Kerry – Lavrov – Assad, dont on voit chaque jour davantage qu’ils n’ont jamais eu pour objectif de protéger les populations civiles, mais seulement de servir quelques intérêts régionaux, sans le moindre rapport avec la Syrie, comme d’ailleurs Genève 2.

Cerise sur le gâteau, le même jour, les USA et leur fidèle allié anglais annonçaient la suspension de leur aide « non-létale » à l’opposition syrienne, qui désormais jeûnera et se battra torse nu… mais pour combien de temps ?

FSD


[1] R.Z. a reçu troix prix : Anna Politkovskaya Award en 2011, Sakharov 2011 et International Women of Courage Award en 2013.

[2] Violations Documentation Center in Syria, http://www.vdc-sy.info/index.php/en/reports

L’hommage au plus grand homme de notre époque par le plus petit

Chronique de la Syrie

Assad « le chimique » salue à sa manière la mort de Mandela en gazant un quartier de al-Nabek

Le 05.12.2013 une nouvelle attaque chimique a frappé la population d’un quartier de al-Nabek touchant sept personnes qui sont actuellement privées de toute possibilité de soins médicaux.

Cela indique que toutes les armes chimiques n’ont pas été recensées. Assad recommence les attaques à petite échelle, comme précédemment à Homs, Alep et Damas.  Il sait qu’à cette échelle la communauté internationale ne réagira pas, on pourra même accuser l’opposition d’avoir volé l’arme chimique. La diplomatie internationale avalera cela sans sourciller. Peut-être même que nous verrons Assad aux funérailles de Mandela avec beaucoup d’autres petits, qui sait? Chacun ira y lire son mot pour gagner sa part d’immortalité. Quel intérêt y aurait-il à s’émouvoir de la mort de quelques syriens de plus? Après tout on ne leur a pas demandé de se soulever…pour la liberté, la dignité, la démocratie et la justice sociale? C’est quoi ces valeurs?…N’importe quoi!

A nos sœurs et frères de al-Nabek (130 mille civils assiégés depuis 18 jours).

FSD

Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 01.12.2013

Concerne: communiqué du conseil fédéral

Madame la conseillère fédérale,

Ce communiqué  du 29.11.13  émanant du DFJP reflète une autosatisfaction qui ne trouve aucun écho auprès des intéressés, les syriens de Suisse. A nos yeux, il témoigne d’un déni de la réalité syrienne, il montre un mépris des droits humains et illustre une fois de plus l’indigence de la démarche des autorités suisses en matière d’asile: Suède (9,5 millions d’habitants) plus de 15’000 asiles accordés à des Syriens, Suisse (8 millions d’habitants) moins de 1000, voire moins de 100 ?

Nous connaissions la méthode du non-traitement des demandes d’asile à l’ambassade suisse de Damas pendant le conflit irakien. On observe aujourd’hui la méthode « toutes nos lignes sont occupées » en vogue dans toutes les ambassades suisses du proche et moyen orient , sans exception. Mais plutôt que de médire, citons quelques témoignages, dont la liste s’allonge chaque jour.

Aujourd’hui beaucoup de Syriens attendent dans l’un des pays voisins de la Syrie pour obtenir un « visa humanitaire »; la réponse dépendra des moyens financiers de leurs proches en Suisse, ceci contrairement à la directive du 4 sept. 2013. Les seuls Syriens de Suisse qui ont encore les moyens de subvenir aux besoins de leurs familles pendant trois mois hors de Syrie sont ceux qui ont profité ou profitent encore du clientélisme du régime. Ceux qui soutiennent la révolution populaire ont déjà dépensé leurs avoirs pour l’aide humanitaire dans les régions non servies par l’ONU, et ignorées par la Croix Rouge, soit la moitié de la Syrie.

Témoignage 1, « live », ça se passe en ce moment…

Istanbul

R., syrienne, résidant en Suisse

“En septembre 2013 (période d’activité de la directive de facilitation donc!) j’ai demandé un rendez-vous pour ma famille (mes parents, mon frère, ma sœur et sa famille- 9 personnes) pour une demande de visa humanitaire auprès de l’ambassade Suisse à Istanbul. On me l’a fixé pour le 14 novembre 2013. Ils sont arrivés à Istanbul et ont soumis leurs dossiers en pensant que 3 jours après ils recevront leurs visas. Aujourd’hui, 17 jours après ils attendent toujours à l’hôtel. Leur déplacement à Istanbul avec les assurances de voyage, les frais de visa et les frais d’hôtel ont coûté jusqu’à ce jour environ 5’000 Euros. Ils avaient vendu tous leurs biens avant de venir (bijoux et autres) et se retrouvent aujourd’hui sans moyens financiers en attendant un visa qui ne vient pas. Mon mari et moi n’avons plus les moyens de les aider…

Mon père est ingénieur en pétrochimie retraité, il n’a plus de retraite et sa maison a été détruite au cours des bombardements à Deir-Ezzor. Aujourd’hui, il se sent impuissant face à cette situation sans issue et déprime… tout ce qu’il souhaite est de rentrer en Syrie pour y mourir… Mon beau-frère est médecin, il a lui aussi perdu sa maison sous les bombardements…

Mon mari avait lui aussi obtenu rendez-vous pour sa mère et ses frères, après beaucoup de difficultés, pour le 22 janvier.  Sa mère est décédée depuis…

Je me demande si les minorités sont à nouveau favorisées pour l’obtention de ces visas humanitaires, car nos amis chrétiens et kurdes syriens ont obtenu ces visas pour leurs familles.

Mon mari et moi avons perdu tout espoir de sortir de ce piège. “

Et on parle là de la période de procédure facilitée.

 

Mais avant cela:

Témoignage 2,

W. Zimmermann, association FSD

« Fin 2011, une procédure de demande d’asile, initiée par son frère déjà en Suisse et traitée par le SAJE-Vaud, est déposée pour K. A., grièvement blessé à la tête. Après examen de son dossier, K. est invité par le DFAE à se rendre à l’ambassade suisse à Amman, celle de Damas étant fermée, pour y faire un interview. En arrivant, il appelle l’ambassade suisse concernant son dossier. La réponse est que ce dossier n’existe pas et qu’il ne faut plus revenir. Renseignements pris en Suisse auprès du DFAE, ce dernier nous informe que K. doit appeler l’ambassade le 2 avril 2012 au matin et demander à parler au consul E. dont le nom nous est transmis. Lorsque K. appelle l’ambassade on lui dit que ce nom n’existe pas à l’ambassade et qu’il ne doit plus jamais rappeler. Une heure plus tard, lorsque j’appelle moi depuis la Suisse et que je demande cette même personne, on me la passe… ce qui donne la chance à K. de faire son interview. Après un long silence autour de son dossier, K. déprimé et à la recherche d’aide quitte Amman pour le Caire. Quelques mois plus tard, une réponse favorable nous est transmise par écrit de l’ODM pour une entrée en Suisse en vue de compléter la procédure de sa demande d’asile. K. reçoit instruction de se présenter à l’ambassade suisse au Caire avec la décision écrite de l’ODM. Mais lorsqu’il se rend à l’ambassade la réceptionniste l’informe que s’il n’a pas de permis de séjour égyptien il doit d’abord en faire faire un ou retourner à Amman. Contactés par son frère nous échangeons de nombreux  emails et téléphones avec l’ambassade avant de pouvoir enfin leur communiquer le document de l’ODM pour obtenir un rendez-vous pour K. Sans cette intervention, il lui aurait été impossible, même avec un document de l’ODM, d’accéder à l’ambassade, nous l’affirmons. »

K. est finalement arrivé en Suisse le 14 février 2013, 2 ans plus tard il attend toujours de recevoir des soins appropriés …

Nous avons d’autres témoignages et nous invitons nos amis syriens à nous communiquer leur propre expérience, « live » autant que possible, pour publication et pour l’histoire. Cela ne servira pas à grand chose peut-être, mais au moins à dissiper le mythe d’une « Suisse défenderesse des droits humains », qui, pour ce qui concerne le dossier syrien, nous fait irrésistiblement penser au mythe d’ « Assad protecteur des minorités ».

FSD a contacté l’ODM pour se faire expliquer le pourquoi de cette politique-girouette (je facilite puis j’annule), qui dans les faits, dans bien des cas, n’a fait qu’accentuer la détresse des familles, le pourquoi de l’impossibilité d’atteindre les ambassades au téléphone pour prendre rendez-vous, la réalité éventuelle et le pourquoi de traitements que certains dénoncent comme inégalitaires entre communautés. Les réponses sont confuses, parfois embarrassées, souvent contradictoires…on nous a dit qu’aucun pays n’a fait autant que la Suisse!??? On attend Genève 2 nous dit-on aussi…

Genève 2! Aujourd’hui, en Syrie, on appelle « Lakhdar  Brahimi[1] » un instrument de torture du régime constitué d’un bout de tuyau vert prolongé d’une pièce métallique dont on se sert pour tabasser dans les centres de la « sécurité »…c’est un moyen de prolonger les effets de la torture, un  peu comme Genève 2: où l’ensemble des criminels seront les invités de M Brahimi.

La révolution syrienne est l’enfant du peuple syrien, elle gagnera, avec ou plus probablement sans l’aide internationale. Nous autres Syriens savons que la période de négociation à venir  justifiera davantage de crimes et de massacres comme précédemment lors des maintes tentatives de médiation.

Nous invitons la Suisse à revenir sur sa décision de suspendre les procédures allégées. Si, comme le prétend le communiqué, la mesure a été efficace, cela restera sans conséquence, sinon la Suisse aura finalement tout de même réalisé une action humanitaire, à peine esquissée jusqu’ici..

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

 

Signé par FemmeS pour la Démocratie, Préverenges

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève


[1] Lakhdar, en arabe, désigne la couleur verte