Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 01.12.2013

Concerne: communiqué du conseil fédéral

Madame la conseillère fédérale,

Ce communiqué  du 29.11.13  émanant du DFJP reflète une autosatisfaction qui ne trouve aucun écho auprès des intéressés, les syriens de Suisse. A nos yeux, il témoigne d’un déni de la réalité syrienne, il montre un mépris des droits humains et illustre une fois de plus l’indigence de la démarche des autorités suisses en matière d’asile: Suède (9,5 millions d’habitants) plus de 15’000 asiles accordés à des Syriens, Suisse (8 millions d’habitants) moins de 1000, voire moins de 100 ?

Nous connaissions la méthode du non-traitement des demandes d’asile à l’ambassade suisse de Damas pendant le conflit irakien. On observe aujourd’hui la méthode « toutes nos lignes sont occupées » en vogue dans toutes les ambassades suisses du proche et moyen orient , sans exception. Mais plutôt que de médire, citons quelques témoignages, dont la liste s’allonge chaque jour.

Aujourd’hui beaucoup de Syriens attendent dans l’un des pays voisins de la Syrie pour obtenir un « visa humanitaire »; la réponse dépendra des moyens financiers de leurs proches en Suisse, ceci contrairement à la directive du 4 sept. 2013. Les seuls Syriens de Suisse qui ont encore les moyens de subvenir aux besoins de leurs familles pendant trois mois hors de Syrie sont ceux qui ont profité ou profitent encore du clientélisme du régime. Ceux qui soutiennent la révolution populaire ont déjà dépensé leurs avoirs pour l’aide humanitaire dans les régions non servies par l’ONU, et ignorées par la Croix Rouge, soit la moitié de la Syrie.

Témoignage 1, « live », ça se passe en ce moment…

Istanbul

R., syrienne, résidant en Suisse

“En septembre 2013 (période d’activité de la directive de facilitation donc!) j’ai demandé un rendez-vous pour ma famille (mes parents, mon frère, ma sœur et sa famille- 9 personnes) pour une demande de visa humanitaire auprès de l’ambassade Suisse à Istanbul. On me l’a fixé pour le 14 novembre 2013. Ils sont arrivés à Istanbul et ont soumis leurs dossiers en pensant que 3 jours après ils recevront leurs visas. Aujourd’hui, 17 jours après ils attendent toujours à l’hôtel. Leur déplacement à Istanbul avec les assurances de voyage, les frais de visa et les frais d’hôtel ont coûté jusqu’à ce jour environ 5’000 Euros. Ils avaient vendu tous leurs biens avant de venir (bijoux et autres) et se retrouvent aujourd’hui sans moyens financiers en attendant un visa qui ne vient pas. Mon mari et moi n’avons plus les moyens de les aider…

Mon père est ingénieur en pétrochimie retraité, il n’a plus de retraite et sa maison a été détruite au cours des bombardements à Deir-Ezzor. Aujourd’hui, il se sent impuissant face à cette situation sans issue et déprime… tout ce qu’il souhaite est de rentrer en Syrie pour y mourir… Mon beau-frère est médecin, il a lui aussi perdu sa maison sous les bombardements…

Mon mari avait lui aussi obtenu rendez-vous pour sa mère et ses frères, après beaucoup de difficultés, pour le 22 janvier.  Sa mère est décédée depuis…

Je me demande si les minorités sont à nouveau favorisées pour l’obtention de ces visas humanitaires, car nos amis chrétiens et kurdes syriens ont obtenu ces visas pour leurs familles.

Mon mari et moi avons perdu tout espoir de sortir de ce piège. “

Et on parle là de la période de procédure facilitée.

 

Mais avant cela:

Témoignage 2,

W. Zimmermann, association FSD

« Fin 2011, une procédure de demande d’asile, initiée par son frère déjà en Suisse et traitée par le SAJE-Vaud, est déposée pour K. A., grièvement blessé à la tête. Après examen de son dossier, K. est invité par le DFAE à se rendre à l’ambassade suisse à Amman, celle de Damas étant fermée, pour y faire un interview. En arrivant, il appelle l’ambassade suisse concernant son dossier. La réponse est que ce dossier n’existe pas et qu’il ne faut plus revenir. Renseignements pris en Suisse auprès du DFAE, ce dernier nous informe que K. doit appeler l’ambassade le 2 avril 2012 au matin et demander à parler au consul E. dont le nom nous est transmis. Lorsque K. appelle l’ambassade on lui dit que ce nom n’existe pas à l’ambassade et qu’il ne doit plus jamais rappeler. Une heure plus tard, lorsque j’appelle moi depuis la Suisse et que je demande cette même personne, on me la passe… ce qui donne la chance à K. de faire son interview. Après un long silence autour de son dossier, K. déprimé et à la recherche d’aide quitte Amman pour le Caire. Quelques mois plus tard, une réponse favorable nous est transmise par écrit de l’ODM pour une entrée en Suisse en vue de compléter la procédure de sa demande d’asile. K. reçoit instruction de se présenter à l’ambassade suisse au Caire avec la décision écrite de l’ODM. Mais lorsqu’il se rend à l’ambassade la réceptionniste l’informe que s’il n’a pas de permis de séjour égyptien il doit d’abord en faire faire un ou retourner à Amman. Contactés par son frère nous échangeons de nombreux  emails et téléphones avec l’ambassade avant de pouvoir enfin leur communiquer le document de l’ODM pour obtenir un rendez-vous pour K. Sans cette intervention, il lui aurait été impossible, même avec un document de l’ODM, d’accéder à l’ambassade, nous l’affirmons. »

K. est finalement arrivé en Suisse le 14 février 2013, 2 ans plus tard il attend toujours de recevoir des soins appropriés …

Nous avons d’autres témoignages et nous invitons nos amis syriens à nous communiquer leur propre expérience, « live » autant que possible, pour publication et pour l’histoire. Cela ne servira pas à grand chose peut-être, mais au moins à dissiper le mythe d’une « Suisse défenderesse des droits humains », qui, pour ce qui concerne le dossier syrien, nous fait irrésistiblement penser au mythe d’ « Assad protecteur des minorités ».

FSD a contacté l’ODM pour se faire expliquer le pourquoi de cette politique-girouette (je facilite puis j’annule), qui dans les faits, dans bien des cas, n’a fait qu’accentuer la détresse des familles, le pourquoi de l’impossibilité d’atteindre les ambassades au téléphone pour prendre rendez-vous, la réalité éventuelle et le pourquoi de traitements que certains dénoncent comme inégalitaires entre communautés. Les réponses sont confuses, parfois embarrassées, souvent contradictoires…on nous a dit qu’aucun pays n’a fait autant que la Suisse!??? On attend Genève 2 nous dit-on aussi…

Genève 2! Aujourd’hui, en Syrie, on appelle « Lakhdar  Brahimi[1] » un instrument de torture du régime constitué d’un bout de tuyau vert prolongé d’une pièce métallique dont on se sert pour tabasser dans les centres de la « sécurité »…c’est un moyen de prolonger les effets de la torture, un  peu comme Genève 2: où l’ensemble des criminels seront les invités de M Brahimi.

La révolution syrienne est l’enfant du peuple syrien, elle gagnera, avec ou plus probablement sans l’aide internationale. Nous autres Syriens savons que la période de négociation à venir  justifiera davantage de crimes et de massacres comme précédemment lors des maintes tentatives de médiation.

Nous invitons la Suisse à revenir sur sa décision de suspendre les procédures allégées. Si, comme le prétend le communiqué, la mesure a été efficace, cela restera sans conséquence, sinon la Suisse aura finalement tout de même réalisé une action humanitaire, à peine esquissée jusqu’ici..

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

 

Signé par FemmeS pour la Démocratie, Préverenges

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève


[1] Lakhdar, en arabe, désigne la couleur verte

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Publié le 04/12/2013, dans FSD, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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