2e lettre ouverte- Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

2e Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 16.12.2013

CONCERNE: communiqué du conseil fédéral

Témoignages, 2ème communication

Madame la conseillère fédérale,

Le durcissement soudain des procédures de regroupement familial pour les ressortissants syriens ayant de la famille en Suisse a pris de nombreuses familles au dépourvu, créant beaucoup de détresse; nous vous livrons ci-dessous leurs témoignages

Témoignage 3, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth

W., syrien, résidant en Suisse,

« J’ai deux frères, A. qui avait fui la Syrie avec sa famille (femme et deux enfants) vers le Liban et B. qui avait fui la Syrie vers la Libye. N’ayant pas trouvé de moyen de faire vivre sa famille (femme et deux enfants) en Libye mon frère B. a décidé de prendre l’un des bateaux de la mort pour traverser la méditerranée. Avec cette directive de regroupement familial j’ai pensé avoir trouvé le moyen de sauver la vie de mon frère et de sa famille. Comme la directive ne prévoyait pas de déposer une demande en Libye, la famille de mon frère B. a pris le chemin vers Beyrouth. A. et B. sont allés avec leur familles déposer une demande de visas humanitaires le 19 novembre, soit avant la date du durcissement de la directive. Depuis, ils attendent la réponse au Liban, qui tarde à venir. Le 27 novembre le service de la population me contacte demandant une copie du contrat de location de l’appartement avec le nombre de pièces et le nombre de personnes qui y vivent, si j’ai une habitation secondaire, un certificat de salaire, etc. J’ai alors appelé l’ODM et je leur ai exprimé ma surprise de cette vérification qui ne figure pas dans la directive. On me répond qu’elle est conforme à la décision de durcissement de la directive. Lorsque j’ai demandé le texte de ce durcissement je n’ai pas obtenu de réponse. Que dois-je faire maintenant ? La vie est trop chère à Beyrouth… on ne s’attendait pas à cette attente prolongée ». La conséquence actuelle est l’impossibilité pour B. et sa famille de retourner en Libye (nouvelle exigence de visa) et en Syrie (toute personne dont le passeport porte un tampon d’entrée en Libye se fait arrêter immédiatement).

Témoignage 4, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth et le Caire

N.-H., syrienne, résidant en Suisse,

« J’ai pris rendez-vous à l’ambassade du Caire pour ma sœur et son fils de 12 ans qui avaient fui la Syrie vers l’Egypte fin 2011. Ils ont un permis de séjour égyptien provisoire qu’ils doivent renouveler régulièrement pour ne pas se faire refouler vers la Syrie ou bien se faire arrêter comme c’est le sort de beaucoup de Syriens depuis le 30 juin 2013. Dix jours après ils ont reçu une réponse négative, probablement parce qu’ils ont ce permis de séjour provisoire. Son fils doit travailler pour subvenir à leurs besoins et ils ont dû s’acquitter des frais de visa qui ne sont pas remboursables et qui sont de l’ordre de 85.- CHF par personne qui est une somme non négligeable pour les Syriens aujourd’hui.

J’ai également pris rendez-vous à l’ambassade de Beyrouth pour ma sœur et ses deux filles de 17 et 19 ans et qui sont restées jusque là à Homs en Syrie. Elle avait perdu sa maison et a dû habiter al-Waer qui devient un quartier presque assiégé et bombardé quotidiennement. Son mari a disparu et son fils de 17 ans vit en clandestinité. Elles ont quitté la Syrie pour se rendre à l’ambassade à Beyrouth le 11 novembre. Depuis cette date elles attendent une réponse qu’elles pensaient pouvoir obtenir rapidement. La vie à Beyrouth est trop chère et elles s’y retrouvent bloquées. »

Peut-être serait-il approprié d’envisager au moins  le remboursement des frais, surtout si l’on se dirige vers un traitement des dossiers similaire à celui des iraquiens, à Damas, il n’y a pas si longtemps. 85.- CHF c’est vraiment une somme importante pour un Syrien aujourd’hui.

La Suisse ne peut accueillir toute la misère du monde nous dit-on volontiers. C’est vrai! Mais elle doit en accepter sa part, et elle a le privilège de pouvoir décider de son action, ce qui implique une responsabilité. D’autres pays, comme l’Italie ou la Bulgarie n’ont eu pas ce choix. La Suède, elle, a choisi de faire face à cette responsabilité.

Suède (9.5 millions d’habitants): 16’000 réfugiés syriens accueillis aujourd’hui, prédiction pour fin 2014: 50’000, suite à la facilitation du regroupement familial. Les suédois en sont fiers.

Gaza (1,5 millions d’habitants) a déjà accueilli 1600 réfugiés syriens.

Suisse (8 millions d’habitants): très peu de Syriens ont obtenu l’asile (~600 ?), 1800 requérants d’asiles syriens attendent toujours une réponse aujourd’hui; prédiction pour fin 2014: 2000? Moins? Le  regroupement familial ferait probablement prendre à la Suisse un « risque humanitaire » de 15’000 à 20’000 réfugiés syriens, ayant tous de la famille en Suisse, il semble donc assez logique qu’ils cherchent à la rejoindre, que feriez-vous? Certains resterons, si le conflit se prolonge, peu si l’occident prend ses responsabilités rapidement. Pour comparaison, la Suisse a accueilli 14’000 hongrois en 1956.

La charge est-elle financièrement supportable pour la Suisse? Si la Suède peut l’assumer, il est probable que la Suisse le peut aussi. Est-ce que  cela  remplace l’aide à apporter sur place? Sûrement pas!

« La Suisse fait déjà beaucoup » aime-t-on dire ici en Suisse. Bien sûr, la Suisse assiste financièrement la Croix Rouge, mais la Croix Rouge ne travaille qu’avec le régime en Syrie, régime qui détourne la grande majorité de cette aide. Reste les pays voisins évidemment. L’aide totale de la Suisse à la Syrie est de l’ordre de 50 Mio de CHF (communiqué du DFAE à FSD du 10.12.2013), dans les faits cela fait finalement 1.- CHF par an, par syrien déplacé. Il faudrait donc 365 pays aussi généreux que la Suisse juste pour qu’ils mangent un tout petit peu. A l’aide!

Nous demandons une fois de plus à la Suisse de reconsidérer sa politique de visas humanitaires et sa politique d’asile vis à vis d’une population syrienne victime aujourd’hui d’intérêts régionaux sans rapport réel avec sa révolution populaire.

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

Comité de FemmeS pour la Démocratie

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève

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Publié le 17/12/2013, dans FSD, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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