Archives Mensuelles: mars 2014

Le monde libre attend….

Chronique de la Syrie

On a beaucoup parlé des armes chimiques il y a quelque temps.. On n’en parle plus.

Assad aurait accepté de se débarrasser de son arsenal chimique. Il collaborrerait. Vraiment?

  • 28.03.2014, attaque au gaz à Harasta (banlieue de Damas), six morts et 24 personnes touchées.
  • 09.03.2014, attaque au gaz à Jober (quartier de Damas), cinq cas d’étouffements ont nécessités des soins.
  • 03.03.2014, attaque au gaz à Aadra (banlieue de Damas), quatre morts et des dizaines de personnes touchées.
  • 14.01.2014, attaque au gaz à Darayya (banlieue de Damas), cinq morts et des dizaines de personnes touchées.
  • 28.11.2013, attaque au gaz à Jober (quartier de Damas), dix personnes touchées qui ont nécessité des soins.
  • 12.09.2013, attaque au gaz toxique à base de Chlore à Jober (quartier de Damas), plusieurs personnes touchées qui ont nécessité des soins.
  • 26.08.2013, bombardement utilisant du phosphore blanc dans la région d’Alep, 12 morts et 40 blessés.
  • 26.08.2013, attaque au gaz à Jober (quartier de Damas), des dizaines de personnes touchées.

D’abord la ligne rouge est devenue blanche, puis traitillée. Qu’est-ce que trente-deux morts chimiques, même 1’532 morts chimiques sur 150’000 morts? C’est rien non? Alors le monde libre attend…

Aujourd’hui on peut visiter les vestiges des camps allemands, demain on visitera les vestiges des prisons d’Assad. « Arbeit macht frei » devenant  » A genoux, ou meurs de faim ».

Mais on est occupé ailleurs, il y a Putin, pas très différent d’Assad finalement, et la Crimée. Là aussi on a attendu, et ça s’est réglé, pas comme on voulait, mais réglé quand même.

D’ailleurs en 1938 il y avait déjà eu l’Anschluss.  C’est là qu’on a appris à attendre…

Mais à part ça on a rien appris.

FSD

Sur la femme en détention en Syrie

A l’occasion de la journée internationale de la femme, FemmeS pour la démocratie a traduit le témoignage d’une ancienne détenue afin de mettre en lumière le combat et la souffrance de la femme syrienne aujourd’hui, dont les ONG des droits de la femme parlent malheureusement si peu. Actuellement, il y a plus de 4’800 femmes détenues, 12’000 femmes victimes du conflit, plus de 7’000 cas de viols par les forces du régime documentés et très probablement bien plus en réalité. Des familles entières se trouvent dans les geôles du régime, grand-mères comme nouveau-nés, souvent détenus par représailles ou pour chantage.

 Traduit de l’arabe, témoignage de Lubna Za’our dans un journal libre de la révolution « La dame de la Syrie .

 Après la fin de l’enquête et de la torture le sentiment de regret disparaît, il se transforme en fierté féroce et joyeuse de ce que l’on a accompli sans plus aucun sentiment de regret.

Honnêtement, au moment des interrogatoires et dès le premier jour quand nous sommes entrés chez l’officier Souheil j’ai ressenti de la peur, du regret et de la terreur, sentiments volatilisés avec la fin de l’enquête.

Je fais partie de celles qui n’ont pas supporté l’intensité des menaces et de l’intimidation dès le premier jour de l’incarcération. Pendant l’interrogatoire j’ai fait une crise de nerf, ce qui a un peu allégé la procédure d’enquête et la torture à mon égard.

Chaque officier chargé d’enquêter sur les détenus a ses méthodes, et ils sont nombreux ; ils nous ont frappées, insultées et menacées.

Dans les prisons l’essentiel de leur travail consiste à détruire psychiquement la détenue en instillant la terreur dans son esprit, la pire des tortures et la plus efficace contre son moral.

Les méthodes de torture corporelles diffèrent selon le service de détention et selon l’accusation. Dans l’ensemble les accusations étaient légères dans le secteur dans lequel nous étions détenues, même si la majorité d’entre nous ont été frappées, fouettées et torturées psychiquement.

Le secteur d’à côté enfermait des prisonnières avec des accusations plus lourdes, certaines ont été réellement violées et pas seulement menacées de l’être comme nous l’avons été.

Dans notre secteur la plus jeune n’avait pas 19 ans. Quand nous avons été amenées pour être libérées à la Direction de la Police pour l’échange avec les otages iraniens nous avons rencontré toutes celles qui allaient être libérées des autres secteurs. Certaines de moins de 18 ans avaient été torturées, frappées et suspendues par les poignets.

Nous avons aussi rencontré de vieilles femmes dont Om Mohamad, d’origine marocaine, mariée à un syrien :  elle avait perdu son jeune fils et sa maison.

Sara Al Alaoui n’est pas la seule enfant à croupir dans les sous-sols des services de sécurité. J’ai rencontré Salam à la Direction de la Police. Originaire de Jabal Al Zaouieh, elle avait un visage lunaire et des yeux plus bleus que le ciel. Des traces de torture sur ses mains creusées semblaient dater de la veille, pourtant cela faisait déjà quatre mois qu’elle avait subi durant plusieurs jours des tortures dont le fouet et l’électricité. A 13 ans Salam était accusée d’avoir enlevé un officier et d’avoir piégé une voiture avec une bombe…

Dans ces sous-sols, beaucoup de visages croisés : grand-père, soeur, épouse, fillette, père, frère … des pleurs de nouveau-nés entendus mais aussi des plaintes de femmes enceintes, affamées, des gémissement de vieillards et des lamentations de jeunes et des bruits d’impatience d’enfants amenés là avec leurs mères.

Tous ces bruits de douleur face à l’unique et inchangé son du geôlier qu’aucun cri n’ébranle jamais. Cet homme n’est pourtant pas un être extra-terrestre, il a un père, une mère, des frères, une femme et des enfants, il a un coeur et du sang coule dans ses veines. Ne voyez-vous pas que le meilleur spécimen de schizophrénie est précisément ce geôlier ?

Toutes les femmes violées n’osent révéler leur état étant donné la position de la société à ce sujet. Une des détenues dénommée Om Tayem se faisait violé par l’officier Souheil, c’est arrivé trois fois pendant la durée de notre détention. La situation de la femme violée est difficile à décrire parce qu’elle se retrouve violée par tous : par la société qui la dévisage et par le machisme des hommes. La douleur psychique du viol est bien plus importante que sa douleur corporelle. La première question posée à une détenue à sa libération est : est-ce qu’ils t’ont violée ? Sans aucune attention pour le viol de sa dignité, de sa psyché et de son être. La détention est l’expérience des détails douloureux …

Cette expérience dans son extrême rudesse a anéanti ma personnalité mais m’a poussée à persister dans notre quête de liberté et de dignité.

Le plus grave dans ce qui se passe aujourd’hui est l’utilisation médiatique de la mort des enfants. Le criminel clame maintenant au monde et à travers écrans et hauts parleurs : « je suis le tueur des enfants ! je suis le tueur des enfants ! » … alors que le monde reste paralysé par ses intérêts.

Liberté à Sara et Salam.

Liberté à toutes ces âmes patientes emprisonnées.

Conférence-débat avec Jean-Pierre Filiu à Lausanne

Jean-Pierre Filiu a accepté l’invitation de FSD, SolidaritéS et MPS pour donner une conférence à Lausanne mardi le 18 mars 2014, 17h30 à l’UNIL. Ceci à l’occasion de son passage à Genève, invité par le groupe d’Amnesty International de l’UNIGE, lundi le 17 mars à 18h30 pour une conférence-débat à UniMail.

UNE RÉVOLUTION DÉFIGURÉE

«Là-bas, des civils et des combattants ne comprennent pas que nous ne comprenions pas»

JEAN-PIERRE FILIU

Professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po, Paris. Auteur, entre autres, de Je vous écris d’Alep. Au coeur de la Syrie en révolution, Denoël, 2013, et Le Nouveau Moyen-Orient. Les peuples à l’heure de la révolution syrienne, Fayard, 2013.

Lausanne, UNIL, mardi 18 mars Bâtiment Géopolis, salle 1612, 17h30

Ladite conférence de Genève 2 en janvier et février 2014 a abouti à un échec, programmé. Pire, l’image construite, afin de camoufler mille et une compromissions, est devenue la suivante: «deux camps, également responsables, refusent une solution de paix». Il y a là la mise en forme d’une dupe- rie affublée d’un «réalisme géopolitique» onusien.

Or, le soulèvement pacifique de la population rebelle sy- rienne contre la dictature du clan Assad a explosé dès mars 2011. Puis, la brutale répression du régime de Bachar el- Assad a nécessité une autodéfense. Face à cette stratégie de massacres, de tueries, de dévastations, la militarisation de la rébellion devenait une exigence pour tenter d’abattre un pouvoir autocratique. Les rebelles, qui s’appuyaient sur un réseau significatif de résistance civile (comités locaux, approvisionnement, centres médicaux, etc.), avaient besoin d’une véritable aide militaire. Elle leur fut déniée. Le pou- voir de Bachar recevait, lui, un appui sans réserve de l’Iran, du Hezbollah libanais, de troupes venant de l’Irak, et de la Russie de Poutine.

Le refus des pays occidentaux de répondre aux demandes pressantes de la rébellion d’obtenir des moyens de défense face à l’aviation et aux hélicoptères a dès lors élargi le champ de manœuvre pour des forces djihadistes appuyées par le Qatar et l’Arabie saoudite qui jouent leurs propres cartes dans cette région chamboulée par des soulèvements démo- cratiques. La présence médiatisée des «combattants djiha- distes» – dont une partie fait le jeu d’Assad – a brouillé les enjeux essentiels du soulèvement. Ce qui ne pouvait que fournir une justification supplémentaire au déni d’une aide effective à cette rébellion. Sa persistance – au-delà de toutes ses difficultés et des «négociations locales» contraintes – s’ancre dans la détermination d’une population blessée, affamée, de continuer à vouloir se battre pour sa dignité et ses revendications démocratiques et sociales.

C’est en allant «au cœur de la révolution syrienne», avec Jean-Pierre Filiu, que la compréhension de ce qui le fait battre renforcera toutes les formes de solidarité avec une population résistante qui, au-delà de ses souffrances in- nombrables, attend qu’on l’entende et la soutienne.

Organisée par:
FemmeS pour la Démocratie, solidaritéS, Mouvement pour le socialisme (MPS), alencontre.org