Archives Mensuelles: mai 2014

NON à la farce électorale du régime dictatorial et sanguinaire de Bachar al-Assad

Rassemblement et conférence de presse avec la participation de François Burgat

3 juin 2014, à 14h00, devant la Cathédrale de Lausanne

  • Le 15 mars 2011, le peuple syrien est sorti dans la rue pour revendiquer la liberté et la dignité, cela dans la foulée des soulèvements populaires dans la région. Durant quelque six mois des manifestations pacifiques ont eu lieu dans beaucoup de régions de Syrie, du nord au sud et de l’ouest à l’est. La réponse du régime Assad – co-propriétaire du pays – a été de réprimer ces manifestations par ses services de «sécurité», ses milices, son armée. Arrestations et tortures se sont multipliées. Après six mois, une résistance armée a vu le jour, d’abord pour protéger les manifestant·e·s et plus tard pour libérer le pays d’une dictature installée depuis 40 ans. La révolution a progressivement pris le contrôle de près de 50% des territoires, cela malgré son manque d’armement et de ressources matérielles et financières.
  • Assad, après avoir perdu beaucoup de soldats de l’armée régulière suite aux désertions, a dû faire appel à des mercenaires étrangers pour renforcer ses forces de répression: le Hezbollah libanais; l’unité al-Qods, branche des «gardiens de la révolution» d’Iran chargé d’opérations en dehors de l’Iran, et des milliers de «gardiens de la révolution»; ainsi que des forces militaires issues d’Irak et placées, de fait, sous la protection du gouvernement de Nouri al-Maliki. En outre, la Russie de Poutine a assuré non seulement l’entretien des hélicoptères et des avions de chasse, mais n’a cessé de livrer – jusqu’à maintenant – des quantités d’armes et de munitions. Parallèlement, la Russie utilisait son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU – avec l’appui du gouvernement chinois – en vue de défendre le régime Assad et de renforcer ses intérêts ainsi que son pouvoir de négociation au plan international.
  • Très rapidement, après mars 2011, Bachar al-Assad a utilisé des islamistes – que son régime avait emprisonnés et réprimés – pour faire diversion. En cela, il continuait sa politique de division confessionnelle qui a toujours été un instrument du pouvoir. Actuellement, les forces djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), ayant les pires traits d’un système répressif, ont établi avec le régime Assad une sorte de «paix des bourreaux et des cimetières».
  • Les révolutionnaires ont demandé une aide matérielle et en armes pour défendre le processus révolutionnaire. Aucune aide d’importance ne leur est parvenue de la part desdites démocraties occidentales. Dans ce contexte, des régimes «pétroliers» et hyperconservateurs du Golfe, dans leurs propres intérêts géopolitiques et pour transformer cette révolution populaire en guerre confessionnelle, ont appuyé et organisé des forces militaires fondamentalistes qui s’opposent aux objectifs de la révolution et s’attaquent aux révolutionnaires. Ces groupes fondamentalistes ont donné une tonalité islamiste à des secteurs de la lutte militaire contre le régime d’Assad, ce qui a été utilisé par des puissances occidentales pour justifier leur refus d’aide effective aux combattants anti-dictatoriaux.
  • Le régime Assad a systématiquement utilisé l’aviation et des armes lourdes pour bombarder les régions au centre des protestations, détruisant des quartiers, des villages et des villes entières. Les hôpitaux et les infrastructures médicales sont la cible des attaques, un fait presque sans précédent dans l’histoire. Il n’a pas hésité à utiliser les armes chimiques à al-Ghouta en août dernier, tuant plus de 1’500 civils. Il continue aujourd’hui à utiliser le chlore dans les environs de Hama. Il a assiégé et affamé plusieurs régions pour faire s’agenouiller les révolutionnaires. Il tente même de repeupler des quartiers d’Homs avec des «chiites étrangers» : une politique «démographique» qui s’ajoute à celle du dépeuplement par bombardements.
  • Tout cela dans le silence assourdissant – qui dure depuis trois ans – de la communauté internationale! L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a constaté que le régime Assad disposait encore de 8% du stock relevé des armes chimiques. Pourquoi le régime s’en débarrasserait-il maintenant? Il sait, par l’expérience, qu’il peut les utiliser, sans trop de risques.
  • Jusqu’à aujourd’hui, cette répression barbare a eu comme conséquences: plus de 200’000 morts dont plus de 15’000 sous la torture, plus de 500’000 blessés, 350’000 détenus et disparus dont 9’000 enfants détenus, 9 millions (40% de la population) ont perdu leur logement et sont soit déplacés, soit réfugiés. Le pays est aujourd’hui complètement dévasté par les actions de ce régime dictatorial sanguinaire qui l’a entraîné dans un gouffre!
  • Malgré cette destruction d’un pays et le crime de masse contre la population, la révolution de la dignité, sous diverses formes, continue. Ce courage et cette volonté doivent être reconnus et soutenus. Or, le régime Assad – qui n’a jamais organisé d’élections démocratiques durant des décennies – prétend organiser une élection présidentielle, avec un candidat, Bachar, et deux pantins. Une farce électorale criminelle qui devrait faire passer le dictateur pour un démocrate, un pays dévasté pour un pays construit (avec la diffusion télévisée de quelques images du centre de Damas), un peuple torturé, déplacé, réfugié, meurtri, affamé, pour un ensemble d’électeurs réjouis! Une mystification que peu de dictatures – de Hitler à Staline – n’ont égalée.
  • L’histoire nous a enseigné que ce genre de crime camouflé doit être dénoncé et montré pour ce qu’il est: la forfaiture d’un dictateur gangster.
"This is my achievements, vote me !"

« This is my achievements, vote me ! »

Dès lors, venez nombreux vous joindre à nous, ce 3 juin 2014, pour affirmer haut et fort que la révolution syrienne continuera jusqu’à la chute de cette dictature sanguinaire et que la Syrie s’acheminera vers un Etat démocratique qui respecte les droits de toutes les Syriennes et de tous les Syriens quelles que soient leurs appartenances communautaire, ethnique ou politique.

Organisé par : FemmeS pour la Démocratie, Zürich Coordination Committee, Campagne #Non, Campagne #Eléctions du Sang, Campagne #SOS Syria, Forum politique Saba Barada, Mouvement de la jeunesse de la future Syrie, Muwatana (bureau de l’Europe), Mouvement Kurde de l’Avenir.

Soutenu par : Mouvement pour socialisme (MPS), SolidaritéS.

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Comment organiser une élection présidentielle démocratique jouée d’avance ?

« Le résultat de l’élection présidentielle qui se déroulera en Syrie le 3 juin est déjà connu.
En dépit du bilan plus que calamiteux de la deuxième partie de son second mandat qui a débuté en 2007 – … – Bachar al-Assad sera réélu.

S’il daigne faire campagne, il mettra en avant les slogans qu’il se plaît à ressasser alors qu’ils ne convainquent plus guère que deux catégories de personnes : ses adorateurs inconditionnels, les menhebbakjis, qui ont montré que leur amour exclusif pour le chef de l’Etat, résumé dans la formule « Bachar ou nous brûlons le pays », pouvait les conduire aux pires atrocités ; et ceux qui, méprisant les aspirations à la liberté et à la dignité qui ont jeté les Syriens dans les rues en mars 2011, contribuent en Occident à accréditer l’idée que l’héritier de Hafez al-Assad reste un réformateur, un promoteur de la laïcité, un protecteur des minorités, un ennemi du terrorisme, un rempart contre le djihadisme, bref un moindre mal face à une montée du radicalisme religieux en Syrie délibérément exagérée… dont le président candidat est en réalité le premier responsable. », Ignace Leverrier, ancien diplomate, publié en date du 7 mai 2014 sur son blog Un Œil sur la Syrie.

Un «victoire» d’Assad payé par le peuple syrien

«C’est une victoire symbolique très forte pour Bachar al-Assad, mais c’est un champ de ruines que reconquiert Bachar al-Assad, une ville qui a subi des années de pilonnage et de bombardements. Il faut savoir que les résistants ne contrôlaient qu’un périmètre de 2 kilomètres carrés sur les 40 de la ville. Il est hallucinant qu’une armée aussi dotée en armements russes et aussi assistée en conseillers iraniens et en combattants chiites du Hezbollah libanais ait pris autant de temps pour arriver à ce résultat, obtenu par les armes et par la faim. Ce n’est pas une victoire dans les règles de «l’art militaire», c’est un affamement systématique de combattants qui sortent en larmes. Ils sont sous-alimentés. Certains d’entre eux ne supportent même pas les premiers légumes qu’on leur donne à manger, ils doivent attendre plusieurs jours avant de pouvoir se sustenter de nourritures plus substantielles. Effectivement, comme toujours avec Bachar al-Assad, c’est une victoire à la Pyrrhus dont le peuple syrien paie le prix.», Jean-Pierre Filiu, le 9 mai 2014, sur France culture. Jean-Pierre Filiu, professeur des universités à Science Po Paris. Son dernier ouvrage: Je vous écris d’Alep. Au cœur de la Syrie en révolution. (Denoël, novembre 2013)

Une mascarade indécente

« Depuis l’arrivée au pouvoir du clan Assad,  jamais une élection, ni locale ni a fortiori “présidentielle” n’a le moins du monde affecté  le rapport de force au sein de l’Etat;  ni même  permis à une opposition crédible ne serait -ce que d’énoncer publiquement ses exigences.

Il est parfaitement malséant de considérer qu’il pourrait, le 3 juin prochain, en être autrement. Toutes celles et tous ceux qui, de bonne foi,  entendent aider la population syrienne, la région et le monde, à sortir d’une guerre meurtrière ne sauraient donc considérer l’épisode électoral de la communication du dictateur syrien pour autre chose que ce qu’il est : une mascarade indécente. », François Burgat, politologue spécialiste du Moyen-Orient.

FSD

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Bassel Shehadeh et le père Frans!

Il y a deux ans, Bassel Shehadeh  a été assassiné à Homs par les forces du régime Assad. Bassel habitait à Damas et se rendait à Homs pour soutenir et participer à la révolution à Homs.

YALLA SOURIYA

Retweeted by Sima Diab
Omar @omarsyria · 18h
Father Francis, since killed, buried Bassel Shehade in Homs under sniper fire after the regime prevented his corpse from reaching Damascus.

Voir l’article original

Le 25 mai, il y a deux ans et trois ans

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 12 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste deux ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houlah à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui plus de 12’000 enfants sont morts en Syrie depuis le début de la révolution, 9’000 sont en détention et risquent de subir le même sort que Hamza al-Khatib !

Hamza-2

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Il y a tout juste deux ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de redonner ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012 (en anglais). Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés:

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

https://www.youtube.com/watch?v=qUGbdaZi8O0&feature=youtu.be

Une semaine au Liban, parmi les Syriens

Beyrouth

Ma récente visite au Liban a commencé par une brève visite de deux jours à Beyrouth. A cette occasion j’ai pu rencontrer des amis autour d’un souper sur la terrasse d’un restaurant à al-Hamra. A la fin du repas, tout le monde est parti et alors que j’attendais la facture deux fillettes de 13 ans environ sont passées à côté de notre table sur la terrasse. Elles se sont arrêtées en me disant « stp ma tante on meurt de faim, pourrions nous manger les restes ? ». Comme de coutumes, il y a toujours des restes lors d’un repas syrien partagé. Surprise par la question, je me suis empressée de les inviter: « asseyez-vous et mangez ». L’une d’elles avait l’air vraiment affamée et l’autre était sur la retenue. Je leur ai demandé d’où elles venaient, elles ont répondu de Damas en Syrie. Toutes les deux étaient vêtues de vêtements propres et donnaient l’impression de faire partie de la classe moyenne syrienne. Je n’ai pas caché mon inquiétude de les voir tard la nuit et seules à al-Hamra. Elles m’ont expliqué qu’elles ne pourraient pas rentrer avant d’avoir récolté 10’000 livres (environ 6.50 USD) chacune comme contribution au loyer. A la table voisine deux hommes ont commandé des frites et des boissons sucrées pour les deux fillettes, ce qui m’a d’autant plus inquiétée. Mille questions traversaient mon esprit et je n’osais plus quitter la table avant de les voir prendre leurs frites et déguerpir sans contrepartie à cette offre. L’une d’elles m’a dit : « Tu peux rentrer ma tante… Tu n’y peux rien. C’est notre vie à présent. Que pourrais-tu y faire ?  On doit rester encore un moment à al-Hamra». Quelle désillusion et quelle souffrance !

Finalement elles ont quitté la table et elles ont rejoint un garçon de dix ans environ qui vendait quelques colliers de jasmin, sans doute syrien lui aussi.

La Bekaa

J’ai pris le transport public pour me rendre dans la région de la Bekaa. Quelques barrages de sécurité nous ont ralentis sur la route mais sans vérification systématique des identités ni des bagages. A l’arrivée, j’ai visité le centre d’une organisation qui a pour objectif de faire une étude de terrain relative à la situation des réfugiés syriens et de leur apporter l’aide nécessaire. Selon les données récoltées la majorité des réfugiés syriens auraient perdu tous leurs biens (destruction totale de leurs habitations, véhicules, champs, etc.) et la majorité de leurs enfants n’auraient jamais suivi une éducation scolaire ou bien celle-ci a été complètement interrompue. Lors de cette visite j’ai entendu les préoccupations des travailleurs du centre concernant l’augmentation de la violence familiale, surtout contre les enfants. Je n’ai pas été surprise, car lorsque les besoins de base de l’être humain ne sont pas satisfaits on ne doit pas s’attendre à ce qu’il soit patient avec ses enfants. Quand tous ces besoins manquent (alimentation, habitation, sécurité, survie, dignité, liens familiaux, rêve d’un futur, etc.) les Syriens sont envahis par toutes sortes de sentiments négatifs.

En sortant du centre j’ai pu faire un tour en voiture dans la région et j’ai pu voir les camps de réfugiés syriens parsemés un peu partout dans les environs. Parmi les réfugiés qui trouvent un abri dans ces camps certains sont formés, d’autres étaient étudiants à l’université. La vie au Liban est extrêmement chère et la présence d’un grand nombre de réfugiés syriens a fait exploser les prix. Par exemple: le loyer mensuel d’une chambre dans un très mauvais état avec une salle de bain que l’on n’accepterait pas dans des circonstances normales est de 200 USD. Mais encore, le loyer de l’emplacement d’une tente 5×4 m (20m2) est de 60 USD par mois ! En effet, l’augmentation de la demande laisse la porte ouverte à toutes sortes d’exploitations de la misère syrienne. Le propriétaire d’un terrain qui avait accepté de louer l’emplacement d’un camp de huit mobile-homes pour mille USD par an la première année, demande aujourd’hui six fois plus pour le loyer de la 2e année, laissant les familles dans la crainte de se retrouver à nouveau sans abri. J’ai pu rencontrer l’intermédiaire du propriétaire, Cheikh A., et discuter avec lui de ces familles et de leur crainte. Il m’a confirmé que c’était bien la réalité. Toutefois, il nous a promis de tout faire pour trouver des donateurs qui pourraient prendre en charge ces frais. J’ai également rencontré les réfugiés qui vivaient cette situation et j’ai entendu leur souffrance. Ils disaient avoir quitté leurs villes ou quartiers en pensant partir pour une courte durée mais les mois passent sans qu’ils puissent retourner chez eux. Certains avaient fui al-Qousseir pour Yabroud en juin 2013, par la suite ils ont dû vivre l’exode une 2e fois lorsque Yabroud a été ciblée par Assad, pour se retrouver dans un camp à la Bekaa. Les hommes de ce camp nous ont dit que c’est la peur que leurs filles subissent la violence sexuelle qui les a poussés à quitter la Syrie. Ils ont tout laissé derrière eux: maisons, champs, bijoux et argent et des fois même leurs cartes d’identité. Ces hommes avaient les larmes aux yeux en m’expliquant ce qu’ils ont dû vivre mais aussi leur désarroi de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Les femmes de Daraya nous ont raconté l’horreur dont elles avaient été témoins avant de fuir, les bébés tués par les Shabbiha en leur tordant le cou ou alors en leur écartant les jambes pour déchirer leurs corps en deux parties ! De tels récits j’en avais lu les témoignages, mais de voir ces gens en face de moi avec tout leur bagage d’horreur est bien plus éprouvant.

Les réfugiés syriens au Liban inscrits auprès du UNHCR reçoivent 1 Dollar US par personne et par jour comme aide de cette organisation. L’une de ces femmes m’a informé que cette année plusieurs familles s’étaient trouvées privées de cette aide minimale à cause du manque de moyens ! (Le UNHCR ne dispose actuellement que de 22% des fonds nécessaires pour répondre à la crise syrienne).

J’ai également visité un camp dont les tentes sont montées entre deux champs cultivés. Il semble que le propriétaire n’autorise que les familles qui ont des filles à y installer leurs tentes. Il engage par la suite les filles et femmes pour travailler dans les champs à un tarif réduit. Plus généralement, les femmes syriennes réfugiées au Liban semblent trouver beaucoup plus facilement un travail que les hommes (ménage, préparation des légumes avant leur conditionnement, dans les champs, dans l’enseignement pour les enfants, etc.). Un père de famille nous a raconté sa souffrance en Syrie, qui l’a poussé à sortir sa famille du pays, puis ici. Il vient d’un village du nord de Hama qui était bombardé par le régime toutes les nuits dès 23h00.

Camp de réfugiés syriens entre deux champs, La-Bekaa

Camp de réfugiés syriens entre deux champs, La-Bekaa

Ma rencontre avec des activistes pour le soutien psychologique :

Lors de ma visite et d’une formation à l’attention de ces activistes, j’ai rencontré des syriens qui ont fui la Syrie seuls ou en famille. J’ai entendu la douleur des Syriens de se sentir loin des leurs; leurs familles sont éparpillées à travers le monde. Dans ces circonstances douloureuses les liens familiaux absents sont souvent remplacés par des liens d’amitiés aussi forts que ceux de la famille. Ces Syriennes et Syriens musulmans pratiquants montrent une grande ouverture à l’autre. Ils communiquent et partagent leurs opinions et parfois des rires entre hommes et femmes bien qu’avec une certaine pudeur. Un jeune homme a par exemple rencontré deux femmes qui remplacent pour lui ses sœurs et inversement. Tous sont contents d’avoir enfin pu construire des relations avec d’autres syriens grâce à la révolution… l’un d’eux remercie même Bachar pour avoir poussé les Syriens à découvrir ces nouveaux liens.

Les associations syriennes pour l’aide sociale, psychologique et les soutiens en tous genres sont nombreuses. Les syriens et syriennes formés y trouvent parfois un emploi même si le salaire reste très modeste et couvre bien souvent à peine leur loyer. Ils y trouvent une activité qui leur permet d’apporter une aide aux autres syriens ! Le plus pénible pour tous les réfugiés syriens reste cependant l’absence de perspectives d’avenir !

 A. Q.

Aujourd’hui, les Shabbiha pillent Homs « assiégée »

Chronique de la Syrie

Ce qui se passe actuellement à Homs suite à la levée du siège… (témoignage)


« Hier mon père et ma soeur sont allés voir notre maison partiellement détruite dans la vieille Homs. Ma soeur a vu une camionnette entrer dans notre quartier et trois hommes en descendre calmement et s’annoncer comme groupe de l’unité spéciale de déminage. Elle les voit s’approcher de la porte de notre voisin, l’arracher et commencer à démonter les meubles pour les emporter, sans se préoccuper d’éventuels explosifs! Elle n’a pas supporté d’assister au vol des affaires de notre voisin sous ses yeux; alors elle a demandé à ces hommes d’arrêter et de partir en leur disant que cette maison appartient avec ses biens à notre voisin. Ces hommes (Shabbiha) lui ont répondu qu’ ils neutralisaient des explosifs!!! Elle a repris alors en disant que notre voisin dormait dans cette maison depuis la levée du siège et que donc s’il y avait des explosifs ils auraient déjà sauté et qu’ils n’avaient pas le droit d’emporter les meubles ni la porte… Mon père et ma soeur ont essayé longtemps de les dissuader de voler tout ce qu’il y avait chez le voisin… Je n’ose même pas vous raconter ce qu’ils ont fait ces criminels après ça. J’admire le courage de ma soeur et de mon père, et aux criminels je dis « Votre avidité criminelle ne trouvera de fin qu’avec la mort ». »

Les Shabbiha volent les meubles dans Homs après la levée du siège!

Les Shabbiha volent les meubles dans Homs après la levée du siège!

Homs ! Héroïne de la révolution syrienne

Chronique de la Syrie

Depuis plus de deux ans, Homs, qui résistait au siège, aux bombardements, à la faim et au manque atroce de soins médicaux, est devenue le symbole de tout un peuple en révolte.

Aujourd’hui, l’évacuation des révolutionnaires de Homs assiégée, suite à l’accord signé entre ces derniers et le régime, supervisé par l’ONU, avec la présence de l’Iran et de la Russie, signifie la fin du siège et la mainmise du régime sur le centre de Homs et des quartiers adjacents. La présence de l’Iran et de la Russie dans ces pourparlers montre toutefois que cette résistance des Homsis, avec leurs moyens très modestes, face à l’armée d’un « Etat » , qui a duré plus de deux ans, était de taille pour le régime. En effet, ce dernier n’a jamais pu mettre fin au siège militairement et il a dû finalement accepter de laisser sortir les révolutionnaires armés, ainsi que les blessés.

Homs centre des protestations

Homs, centre des protestations

Depuis le début du cessez-le-feu à Homs le 1er mai 2014, les Homsis vivent dans un calme apparent, lourd, étouffant, oppressant… Eux qui n’en pouvaient plus de l’ambiance de guerre et du bruit insoutenable des raids aériens, des scuds, des mortiers et des tirs de mitraillettes, se retrouvent soudainement écrasés par ce calme tant attendu, mais qui signifie pour eux la fin provisoire de la légende de Homs, ville symbole de la résistance absolue. Ils ont l’impression d’avoir momentanément perdu leur ville, cédée au régime soutenu par l’Iran et la Russie. Et ce sentiment est d’autant plus pénible que le régime et ses alliés tentent de mettre en place un changement démographique en important des chiites étrangers pour repeupler les quartiers de Homs.

Aujourd’hui, les Homsis sont tristes. Où qu’ils soient ils ont les larmes aux yeux et cette souffrance est encore plus dure pour ceux qui n’ont jamais quitté la Homs assiégée. C’est pourquoi nous avons choisi de traduire deux postes publiés sur la page facebook de Wiam Bedirxan Simav, une caméra-woman de Homs assiégée :

« Depuis le matin je me fragmente sur les pierres des rues et des quartiers de Homs…

Je ramasse les larmes de mon objectif, qui était devenu mes yeux, en la peignant comme un enfant qui a vieilli trop tôt.

La batterie est épuisée mais la douleur n’a pas pris fin.

La braise de l’attente n’a pas pris fin.

La peur, les incertitudes, le regard tourné vers le début d’un chemin inconnu jusqu’à cet instant.

Personne ne sait vers quel destin on se dirige, ni quand.

Les interrogations nous dévorent et ne laissent rien de ce qui restait de nous… Rien ! »

De Homs assiégée, mortifiée par les braises de l’attente de l’univers et par sa lâcheté amère, le 5 mai 2014.

« Adieu mes chers, adieu à vos âmes.

Pardonnez-nous Martyrs de Homs.

Nous n’avons pas le droit d’emporter des anges avec nous.

Que vos os puissent nous pardonner lorsque les chiens du régime ouvriront vos tombes »

De Homs assiégée, marquée par les adieux de l’univers et les fouets de la lâcheté amère de cet univers, le 6 mai 2014.

FSD