Café littéraire pro-Assad

Chronique de la Syrie

Une annonce nous est parvenue récemment d’un café littéraire organisé par la médiathèque de St-Maurice à l’occasion de ses 40 ans, le 14 juin 2014. L’invité est Houssam Khadour, un « écrivain » et traducteur syrien, ancien détenu qui aurait passé quinze ans dans la prison centrale de Damas et qui a écrit trois livres sur sa détention (solitude, torture, exécution, etc.). L’un d’eux, La charrette de l’infamie, a été traduit en français et édité en Suisse en 2013. Nous nous y sommes rendus.

 La salle se remplit d’environ 30 personnes, l’écrivain est présenté par la modératrice. On apprend alors avec étonnement qu’il vient tout droit de Syrie pour ce café littéraire et un autre à Genève. Il remercie ses hôtes pour l’accueil chaleureux et le Flamenco organisés pour son arrivée. Nouvelle surprise, il est lui- même éditeur en Syrie!

 La modératrice lit des extraits traduits en français. La traduction est excellente, toutefois vide de toute émotion si l’on compare à d’autres livres d’anciens détenus d’opinion syriens. L’écrivain nous annonce qu’il a écrit ses trois livres pendant ses années de détention, puis les a édités en arabe en 2012, en pleine révolution! C’est étonnant! La réponse semble être qu’à Damas on peut publier ce genre de textes sans problème, preuve en est la vente de ses livres dans les librairies de Damas. « Il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte » dit-il.

 Viennent ensuite les questions. A la dernière, qui lui demande de lier ses écrits à ce qui se passe en Syrie actuellement, il prend son temps pour prêcher la politique d’Assad :

  • « En Syrie, il faut combattre le terrorisme! » Il invite les citoyens à demander à leurs gouvernements de s’unir pour lutter contre le terrorisme… Il oublie que c’est le régime lui-même qui a semé la terreur en Syrie, en libérant certains extrémistes qui sont devenus des leaders de groupes terroristes, épargnés depuis par Assad, qui préfère lui s’attaquer aux civils.
  • « Il faut aussi lever les sanctions économiques », car c’est barbare d’appliquer de telles sanctions qui sont contraires à la loi internationale… Mais oui! Bien sûr! Mais est-il humain et approuvé par cette même loi d’affamer son peuple, d’arrêter et de torturer des enfants, de violer les femmes et de détruire les habitations des civils ?
  • « Il faut aussi arrêter l’industrialisation des réfugiés » et leur permettre de rentrer en Syrie… Vraiment ? Et qui a détruit leurs maisons, violé leurs femmes et leurs filles, et massacré leurs enfants ?

Et là on annonce la fin de cette rencontre, sans possibilité de contradiction.

Nous avons mené quelques recherches pour découvrir que Houssam Khadour, originaire du village de al-Qirdaha, le même qu’Assad, a le poste de décideur de l’association de traduction de la fédération des écrivains arabes, entité liée au régime de Damas. Il a semble-t-il pu publier un livre traduit en arabe en 1992, pendant sa détention! S’il est possible d’écrire dans certaines prisons syriennes, il est à peu près impossible d’en sortir ses écrits et encore moins de les publier. Aujourd’hui H. Khadour écrit dans la presse officielle du régime Assad !

Quelle déception! La Suisse, pays défenseur des droits humains offre une tribune à un propagandiste du dictateur le plus sanguinaire de l’histoire récente. On lui obtient un visa (et là déjà il y aurait beaucoup à dire), on lui paie sans doute son billet d’avion et on lui réserve un accueil chaleureux en Suisse, mais avant ça on édite la traduction de son livre tout en sachant qu’il est lui-même éditeur au service du régime syrien ! La traductrice, binationale française et suisse, est l’épouse de l’ambassadeur suisse à Damas rappelé en août 2011.

Faut-il rappeler une fois de plus que c’est l’aviation du régime Assad qui a détruit 85% de la ville de Homs, que le pillage de Homs assiégé a été orchestré par le régime, que la population du vieil Homs a été assiégée et affamée pendant plus de deux ans, que 40% de la population syrienne est aujourd’hui déplacée à l’intérieur ou vers l’extérieur du pays. Et les mêmes destructions ont eu lieu à Deir-Ezzor, à Damas-campagne, Alep, Daraa et Idleb.

Faut-il rappeler aussi que la torture dans les centres de détention en Syrie est abominable et prouvée et qu’elle n’épargne ni les enfants, ni les femmes; que dix mille enfants sont détenus en Syrie et y risquent leurs vies et que quinze mille enfants ont déjà trouvé la mort depuis 2011, qu’un demi million de syriens ont été blessés par les obus, barils d’explosifs et autres armes des forces du régime.

A ceux qui ne veulent pas venir en aide au peuple syrien, qui se soulève contre un régime barbare, nous disons: respectez au moins notre souffrance et ayez la décence de ne pas offrir une tribune aux prêcheurs du boucher de Damas ! On a déjà vu défiler les figures chrétiennes pro-Assad, comme la mère Agnès, venue en Europe prêcher le message d’Assad. Aujourd’hui on a assisté à une manipulation sur le thème de l’« ancien détenu repenti», ce serait grotesque si la réalité syrienne n’était pas aussi inhumaine.

FSD

 

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Publié le 15/06/2014, dans Chronique de la Syrie, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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