Archives Mensuelles: juillet 2014

Enlèvement du Père Paolo Dall’Oglio, un an déjà

Rassemblement de solidarité avec le Père Paolo Dall’Oglio
et tous les détenus de Syrie

Lausanne, 7 août 2014, rendez-vous place de la Riponne à 17h30

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  • Dans la nuit du 27 au 28 juillet 2014, le régime dictatorial syrien de Bachar el-Assad déversait des barils de TNT sur Chaar, un quartier rebelle d’Alep: au moins neuf civils dont trois enfants sont tués. Tous les jours depuis plus de trois ans, la tragique liste des victimes de ce régime ne cesse de s’allonger. Tués, blessés, emprisonnés, torturés, kidnappés par les services du régime et ses alliés du moment dont Daech, contraints à l’exil intérieur et à l’exil dans les pays voisins, ces persécutés se comptent par millions.
  • Le 29 juillet 2013 – il y a un an – le Père Paolo Dall’Oglio a été enlevé en Syrie par Daech (Etat islamique en Irak et au Levant- EIIL). Depuis lors, sa voix nous accompagne, au milieu d’un silence qu’impose, aujourd’hui, ladite communauté internationale sur cette disparition et sur les ténèbres dans lesquelles est plongée la majorité de celles et ceux qui constituent le peuple de Syrie.
  • Paolo Dall’Oglio, engagé dans le dialogue islamo-chrétien, animait le monastère de Mar Moussa en Syrie. Dès mars 2011, il prit parti pour la révolution syrienne. Dans son dernier ouvrage La rage et la lumière, il révélait les racines de cet engagement : «La tragédie de Hama en 1982, ses dizaines de milliers de morts, dans le plus grand silence occidental, a été l’objet de questions qui m’ont taraudé: à quel titre et pour quelles missions avais-je demandé un permis de résidence en Syrie à ce même régime qui exerçait sur son propre peuple une dictature féroce?» En février 1982, le régime d’Hafez el-Assad – père de l’autocrate Bachar – bombardait la ville de Hama, rebelle, faisant des milliers de morts. Déjà les grandes puissances se taisaient au nom de la «stabilité régionale». Les membres des Frères musulmans n’étaient pas des êtres humains. Paolo Dall’Oglio n’a pu l’accepter. Voilà la raison pour laquelle il écrivait, peu de temps avant sa disparition : «La Oumma humaine devrait porter les angoisses et les blessures de la Oumma musulmane, avec plus de miséricorde, de solidarité, car nous sommes tous embarqués sur cette planète fragile. Ne pas porter le poids des uns des autres rend la vie de chacun insupportablement lourde.» A sa façon, Paolo Dall’Oglio, dans cette partie du monde, exprimait son option préférentielle pour tous les opprimés et les exploités, sans exception.
  • En suivant cette voie – sa voie – il ne pouvait que prendre parti pour la révolution qui commença en mars 2011 en Syrie. Il nous laissait en effet ce message : «Je me suis rangé du côté de la révolution, au point de justifier l’autodéfense armée de ce peuple trahi et abandonné par l’opinion publique.» En juillet 2013 – après avoir été expulsé par le régime de Bachar el-Assad en juin 2012 – il décida de faire un nouveau voyage en Syrie. Tout d’abord, car il croyait «à la force de la prière en situation… toute notre tradition sémitique locale, juive, chrétienne et musulmane témoigne de cette expérience que la prière force les événements, tord le bras du destin, dévie la trajectoire du malheur». Ensuite, «car le massacre, surtout des civils, enfants, femmes, vieillards restés à la maison, montre le désir de se débarrasser radicalement de l’autre, de nettoyer la terre de sa présence, de couper et de tarir sa descendance».
  • Paolo Dall’Oglio n’a pas disparu pour nous. Il nous habite, car il enseigne par ses actes et sa parole un choix qui s’impose à tous et toutes. Epouser avec conviction et raison les espoirs qui se logent aujourd’hui dans le cœur de millions de Syriennes et Syriens, des espoirs qui brisent le silence construit par les dominants qui n’ont que mépris pour les majorités dites silencieuses quand elles se rebellent et optent pour leur émancipation, dans toutes ses dimensions. Sur ce chemin, la révolution pour une Syrie libre, juste et démocratique est la première étape nécessaire pour qu’un peuple martyr et toujours en lutte recouvre sa dignité. Un peuple qui comprendrait immédiatement ce que disait le 22 juillet 2014 un Palestinien de Gaza : «Nous avons reçu des tracts pour évacuer, il y a quelques jours, mais je ne m’attendais pas à un tel carnage. C’est comme si nous étions à Alep.» Une unité profonde soude les aspirations et les attentes du peuple syrien rebelle et du peuple palestinien, comme des peuples de toute une région. L’Occident a voulu assigner ces peuples à une prétendue «servitude volontaire» qui légitimait les dictatures. Cela pour faire oublier le despotisme colonial et les services rendus par ces autocraties.

Paolo Dall’Oglio rejetait ces mystifications, ces mensonges. Il nous le répète sous des modalités que chacune et chacun se doivent de bâtir dans un combat partagé.

Rassemblement organisé par FemmeS pour la Démocratie et soutenu par Mouvement pour le Socialisme (MPS) et SolidaritéS.

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Le migrant, être humain ou parasite?

Le 05.07.2014 une jeune syrienne enceinte de sept mois a perdu son enfant à la frontière suisse parce qu’on lui a refusé l’accès aux soins alors qu’on la déportait vers l’Italie. Migrante hors-la-loi fuyant la guerre elle y avait pourtant droit, un droit affirmé par la Charte internationale des droits de l’homme. 

Une petite manifestation a eu lieu à Lausanne le 26.7.2014 pour rappeler que cette mort est inadmissible, et que la solidarité avec les migrants est à la fois juste et nécessaire parce que les migrants forcés par la guerre recherchent davantage la sécurité et une vie digne que le confort. Peu de passants se sont arrêtés, trop peu.

Lausanne 26.07.2014 "Santé, Maternité, Intégrité,,, Pas pour les Immigré.e.s!"

Lausanne 26.07.2014
« Santé, Maternité, Intégrité,,, Pas pour les Immigré.e.s! »

Les politiciens suisses, volontiers suivis par la rue, aiment dire que c’est sur place qu’il faut aider et c’est vrai, mais il faut le faire vraiment. Madame Sommaruga rappelait récemment que l’aide suisse au Moyen-Orient depuis le début du conflit syrien atteint 86 millions de USD, ce qui représente 3 USD par syrien déplacé et par an, c’est insignifiant. A moins d’augmenter le nombre de pays donateurs, ce qui paraît difficile, il faut augmenter le volume de l’aide, c’est vital, pour le Moyen-Orient d’abord, et pour l’Occident aussi, sinon demain ce conflit sera là, il est d’ailleurs déjà là. Quelques-uns l’ont compris, Anne Seydoux-Christe, conseilère aux Etats (PDC, JU) se prononce pour plus de générosité envers les réfugiés syriens aussi bien en aide financière qu’en accueil.

Le nombre de réfugiés syriens accueillis en Suisse est à peu près égal à celui des réfugiés syriens accueillis dans la bande de Gaza. Sachant ce qui se passe a Gaza il est peu probable que Gaza en accueille davantage. Le Liban a vu sa population augmenter de 30%. La Turquie et la Jordanie ont déjà fait des efforts considérables. L’Occident s’est contenté jusqu’ici de poursuivre un agenda opportuniste et sans vision, ponctué d’échecs successifs. Le nombre de migrants ne peut dès lors qu’augmenter.

FSD

Qu’est devenue la détenue Faten Rajab?

Chronique de la Syrie

Faten Rajab a passé plus de deux ans dans différents centres de détention (dont 18 mois dans celui du service de renseignement de l’armée de l’air à Damas) avant d’être transférée à la prison de Aadrs. Récemment, elle a été transférée de cette prison vers une destination inconnue.

Faten Rajab, née à Douma en 1979, est diplômée de l’université de Damas, en physique. Elle préparait un doctorat en physique quantique en France lorsqu’elle a décidé de l’interrompre pour s’engager pour la révolution syrienne.

Elle a été arrêtée le 24 décembre 2011 à Damas par le service de renseignement de l’armée de l’air et elle est restée pendant un mois au siège de la direction de ce service qui se trouve à la place des Omayades. Ensuite elle a été transférée à la branche d’interrogatoire de ce même service à l’aéroport militaire de al-Mazza où elle a passé dix mois dans l’isoloir N° 17 sans aucun interrogatoire avant d’être transférée à la branche 215 du service de renseignement militaire à Kafarsousseh (Damas). Là, elle a été retenue dans un isoloir pendant quatre mois avant de rejoindre d’autres détenues dans une cellule commune pour quatre mois supplémentaires. Le 8 juin 2013 elle a été reconduite à la branche d’interrogatoire du service de renseignement de l’armée de l’air pour être placée à nouveau dans le même isoloir (N° 17). Quelques jours plus tard elle a entamé une grève de faim qui a eu pour conséquence la détérioration de son état de santé et de son état psychique. Raison pour laquelle quelques autres détenues ont été amenées pour partager son isoloir pendant un mois afin qu’elle arrête sa grève de faim. Elle est restée dans ce centre de détention jusqu’au 17 février 2014, date à laquelle son dossier a été traité par un tribunal militaire qui a ordonné son transfert à la prison de Aadra. Elle est restée dans cette dernière jusqu’à son dernier transfert vers une destination inconnue il y a une semaine.

Faten Rajab, physicienne syrienne détenue depuis plus de deux ans.

Faten Rajab, physicienne syrienne détenue depuis plus de deux ans.

Pendant sa détention, Faten Rajab a fait la grève de faim à plusieurs reprises. Son état de santé se détériore de jour en jour. Elle a souffert pendant la dernière période de saignements internes chroniques sans aucune consultation médicale. Elle souffre également de rhumatismes qui réduisent ses capacités de mouvement.

Ne sachant pas où se trouve Faten Rajab aujourd’hui, nous demandons à toutes les organisations concernées de faire pression sur le régime syrien pour connaître l’endroit où elle se trouve et savoir son destin. Nous déclarons que le régime syrien est responsable de ce qui pourrait lui arriver ou mettre sa vie en danger.

Traduit de l’arabe par FSD. Sources :

Femmes Syrienne pour le soutien de la révolte syrienne

 

Lettre d’une syrienne à l’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que SYRIEN

Mémoire de la Révolution

En hommage à l’Oncle Ghassan Sultana, protecteur des rassemblements de femmes à Damas, un an après sa mort, FSD republie la lettre de Zein Al-Malazi. L’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que syrien.

Aujourd’hui je t’écris à toi et pas sur toi…

Tu nous manques à tous, et tes paroles resteront à jamais gravées dans nos cœurs.

L’Egypte a perdu de sa superbe avec ton départ et le Nil s’en retrouve endeuillé… Mais peut-être que d’ici 40 jours ce chagrin se dissipera et le Nil remplira à nouveau ce monde de vie.. Pour toi… car la vie te va si bien…

Je me rappelle la première fois où nous nous sommes rencontrés, il y avait beaucoup de femmes avec toi et autour de toi.. Je me demandais, était-il possible que l’Oncle les aime toutes ? ou alors qu’elles l’aiment toutes ? Le jour où je t’ai réparé ton ordinateur portable tu m’as expliqué : « Je sortais avec les femmes que tu vois ici en tant que protecteur dans toutes les manifestations et tous les rassemblements à Damas. J’ai toujours été proche des femmes, mais ce n’est qu’avec la révolution que j’ai compris pourquoi. J’ai compris que je me sentais responsable de leur sécurité. Ce sont nos sœurs, nos amies, les symboles de notre dignité et je n’imaginais pas un jour que ces *** (pardonne-moi ces vilains mots que j’utilise toujours facilement lorsque je parle des gens du régime) puissent être d’une telle vilenie et d’une telle bassesse. Un jour, alors que je participais à l’un des rassemblements de femmes, nous nous sommes tous faits arrêté sans exception, moi y compris. J’étais comme paralysé quand les cris de chacune d’entre elles me parvenaient de la pièce voisine sans que je n’y puisse faire quoi que ce soit. J’ai tout essayé, je me suis débattu, j’ai frappé dans tous les sens, alors, pour se débarrasser de moi, ils m’ont crucifié… Regarde les cicatrices que ça a laissé sur mes mains (deux trous noirs étaient visibles sur les mains de l’Oncle). Je ne me suis senti soulagé que lorsque j’ai appris que toutes les femmes avaient été libérées, j’ai alors attendu mon tour tranquillement puisqu’ils ne pouvaient rien faire de moi.

L'Oncle des Syriennes et Syriens révolté(e)s

L’Oncle des Syriennes et Syriens révolté(e)s Ghassan Sultana

Je ne suis pas un coureur de jupons, au contraire, je me sens responsable de ces femmes. Elles sont mes protégées. J’espère être capable de continuer et de pouvoir vivre le jour tant attendu où cette ordure tombera. Ces femmes, je veux assister à leurs mariages à toutes.”

Je t’ai alors demandé, “Et toi mon Oncle ?”, et tu m’as répondu : “Oh moi, votre joie me comblera. Ce sera une belle fin.” Mon Oncle, aujourd’hui toutes ces femmes prient pour toi. Nous n’oublierons jamais ta bonté. Tu as été l’ami, le camarade, le frère, le père et l’oncle, et même, pour beaucoup d’entre nous le bien-aimé. Personne pouvait ne pas t’aimer.

Récitons ensemble un verset du Coran sur ton âme, mon Oncle.

Zein Al Malazi

Traduit de l’arabe par FSD:

https://www.facebook.com/zein.malazi/posts/10153112752505381

Le 13 juillet, il y a deux et trois ans

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste trois ans, le mercredi 13 juillet 2011, une manifestation a été organisée à Damas, et annoncée la veille par des artistes et des intellectuels. Cette manifestation a rassemblé 300 personnes mais elle a vite été dispersée par les services de renseignement et plusieurs manifestants ont été arrêtés. L’appel à cette manifestation, qui a été publié mardi 12 juillet, rappelait les revendications suivantes : la cessation de la violence contre les manifestants pacifiques, le jugement de tous ceux qui ont commis des crimes contre le peuple syrien, la libération de tous les détenus d’opinion, l’unification des différents groupes de l’opposition syrienne, la permission aux différents média arabes et internationaux d’entrer en Syrie et de rapporter en toute liberté les évènements.
Source en arabe.

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Il y a tout juste deux ans, le 13 juillet 2012, un massacre a été commis contre la population de al-Tremseh (Hama). Suite aux bombardements intensifs de cette localité, les forces du régime et ses milices l’ont ensuite envahie et ont commis des massacres à l’arme blanche et des exécutions sommaires. Trois cents victimes sont tombées ce jour là à al-Tremseh, dont de nombreux enfants, et plusieurs centaines de civils ont été blessés. Les observateurs présents sur le territoire syrien ont été empêchés d’y accéder et les convois d’aide humanitaire ont été ciblés par le régime. Kofi Annan a dénoncé l’utilisation des armes lourdes et la violence utilisée par les forces du régime qui avait accepté le plan de paix proposé par Annan.
Sources en arabe

Massacre d'al-Tremseh, Hama

Massacre d’al-Tremseh, Hama

Kofi Annan était le premier émissaire de l’ONU (février à août 2012), qui a dû démissionner en constatant l’échec de son plan suite au non-respect par le régime syrien des engagements pris dans le cadre du plan de paix proposé par Annan. Lakhdar Brahimi a pris le relai (août 2012- mai 2014) et il a également dû démissionner suite à l’ échec de la Conférence de paix de Genève 2, suite à l’absence de volonté de la part du régime Assad de s’ acheminer vers un changement politique.
Aujourd’hui un nouvel émissaire vient d’être nommé, il s’agit de l’Italien Staffan de Mistura et chacun sait que sa mission est impossible. Combien de syriens seront morts avant qu’il ne se trouve forcé à son tour à annoncer son échec déjà prévisible ?!!! Un nouveau permis de tuer vient à nouveau d’être accordé à Assad.

FSD

 

Déclaration contre la tyrannie religieuse et la dictature

La version initiale en arabe se trouve sur la page Facebook spéciale.

La traduction en français a été publié par Libération:

Des centaines d’intellectuels Syriens, Irakiens et Libanais signent :
« Contre la tyrannie religieuse et la dictature »

L’expansion de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (Daech, acronyme arabe) en Syrie et en Irak soulève de grandes interrogations sur l’avenir du Machrek arabe. On peut craindre que la région ne devienne la vitrine mondiale de la faillite des Etats, des sociétés et même de la religion. L’empressement des tribus locales à brandir l’étendard de « l’Etat islamique » soutenu par des djihadistes venus des quatre coins du monde ne menace pas seulement du démantèlement dans le sang des entités nationales formées au lendemain de la chute de l’Empire ottoman, mais risque surtout de compromettre toute forme de société, de civilisation et de croyance dans nos pays.
Quoiqu’on dise des forces régionales ou internationales qui profiteraient des événements en Irak ou en Syrie ou des tentatives de se servir de la situation pour des agendas stratégiques, notamment une nouvelle alliance entre Occidentaux et Iraniens au détriment des peuples de la région, nous considérons la poussée croissante des partisans de la religiosité djihadiste et l’ambition d’établir un pouvoir fondé sur la charia religieuse dans sa vision rigoriste la plus étroite comme un danger imminent pour les peuples du Machrek arabe et pour leurs droits à la liberté, à la justice et à la paix.
Ce pouvoir religieux constitue dans son essence une broyeuse des humains, une machine d’asservissement à l’écart du monde du travail et de la production. Il établit les bases d’une autorité raciste élitiste, fasciste à l’égard des populations qui vise à concentrer les pouvoirs et les richesses aux mains d’une poignée de dirigeants protégés par le sacré. Cette entité combat ostensiblement et par principe la liberté, les femmes, la beauté et l’éducation moderne et impose le simplisme économique et l’agression intérieure et extérieure. Il veut fonder un système esclavagiste de possession des habitants, de la terre et des richesses et ne se contente pas de régner mais d’imposer par la force sa vision étrangère aux populations locales qui doivent se soumettre ou être tuées.
Ce mouvement esclavagiste n’aurait pu s’étendre dans de larges parties de l’Irak et de la Syrie sans la longue expérience d’éradication sociale et culturelle opérée d’abord par les deux régimes baathistes, puis par celui qui a remplacé Saddam Hussein depuis 2003, créant un vide politique et moral puis imposant la ségrégation et la répression aux peuples gouvernés. En Syrie, le régime esclavagiste se comporte en propriétaire du pays et de ses habitants, transmis comme héritage, et s’obstine à tuer les citoyens révoltés et à détruire leur environnement depuis 40 mois, sous les yeux du monde entier. En Irak, le régime s’emploie à imiter l’instinct monopolisateur et dominateur du régime syrien.
Plus qu’un grand revers contraire à la civilisation, on fait face à la poursuite d’une offensive contre toutes les populations de notre région, privés de liberté et de justice. Ceux qui imposent leur domination aujourd’hui sur les régions allant d’Al-Anbar jusqu’aux environs d’Alep, en passant par Mossoul et le désert de Syrie, menacent d’envahir davantage de territoire pour lever leur étendard noir. Ils représentent le nouveau visage du despotisme qui vise à écraser les forces du progrès, du renouveau et de la liberté dans nos sociétés.
Aux côtés de Daech, du Front Al-Nosra et autres Al-Qaida, on trouve les brigades d’Abou Fadl Al-Abbas ou du Hezbollah (groupes chiites ndlr) venus participer au massacre pour lui donner une dimension historique et mythologique qui nous accompagneront pendant des générations. Ainsi se conjuguent les forces pour s’attaquer aux révolutions populaires appelant à la liberté, à la justice et à l’égalité comme aux autres petits groupes sans défense et aux principes de l’Etat et du bien public les entrainant dans une guerre tribale et ethnique sans fin et sans règles.
Daech apparait comme la grande victoire de la « résistance » qui considère implicitement que les sociétés ne méritent ni liberté, ni justice, ni égalité, ni même pitié. Il fournit en outre des prétextes au régime iranien expansionniste pour s’étendre dans la région en élevant des murs pour le protéger au-delà des frontières de l’Iran en allumant une guerre confessionnelle destructrice pour la région et pour les promesses des révolutions arabes. Il offre dans le même temps une légitimité supplémentaire à Israël, déjà servi par les deux régimes baathistes, réduisant la lutte palestinienne à plus d’isolement et moins de légitimité.
Le jeu dangereux avec la religion utilisée pour établir un pouvoir esclavagiste sans autre horizon que le nihilisme et l’obscurantisme, excluant l’économie, l’éducation, la culture, l’art, la réunion, la joie de vivre, la dignité humaine et le respect entre les gens, sans parler des libertés publiques et individuelles, constitue une menace pour tout ce que les Arabes éclairés ont tenté de promouvoir au cours des 150 ans passés pour atteindre la libération et participer à la construction du monde d’aujourd’hui.
Nous soussignés, écrivains, journalistes, universitaires, artistes et intellectuels, attachés à toutes les valeurs humaines modernes, mettons en garde contre le précipice vers lequel le mouvement politique et religieux réactionnaire veut entrainer nos sociétés et nos peuples. Nous appelons tout d’abord nos citoyens qui croient à la liberté humaine et à l’égalité des hommes en tout lieu, à participer à notre combat contre les anciens et les nouveaux assassins et œuvrer pour la liberté, la justice et l’égalité dans nos pays, dans notre région et dans le monde.
Parmi les premiers signataires :
Hazem Saghié (ecrivain-journaliste libanais), Yassin Hajj Saleh (écrivain syrien), Hussam Eitani (journaliste libanais), Zouheir Al-Jazairi (écrivain irakien), Youssef Bazzi (journaliste libanais), Sadek Al-Azm (écrivain syrien), Hyam Yared (romancière libanaise), Gilbert Achkar (ecrivain-universitaire libanais), Oussama Mohamad (cinéaste syrien), Paul Chaoul (poète libanais), Assem Al-Bacha (sculpteur syrien), Chaker Al-Anbari (romancier irakien), Bakr Sedqi (écrivain syrien), Hassan Daoud (romancier libanais), Farouk Mardam Bey (écrivain et éditeur syrien), Hala Omrane (comédienne syrienne), Khaled Suleiman Al-Nasseri (poète palestinien), Maha Hassan (romancière syrienne), Khaled Suleiman (écrivain kurde irakien), Dima Wannous (écrivaine syrienne), Zyad Majed (universitaire libanais), Walid Al-Binni (scénariste syrien), Zakarya Tamer (nouvelliste syrien), Salam Kawakibi (chercheur syrien), Awad Nasser (poète irakien), Faraj Bayraqdar (poète syrien), Majed Kayyali (écrivain palestinien), Mohamad Ali Atassi (réalisateur documentariste syrien), Joseph Bahout (chercheur libanais), Noma Omrane (cantatrice syrienne), Hala Mohamad (poète et réalisatrice syrienne)………