Pourquoi?

Cet article est probablement une dernière chance.

En général je dis que je suis suisse-syrienne, mais la vérité c’est que je n’ai que le passeport suisse. Je suis donc suisse, de mère syrienne naturalisée, j’ai vingt-et-un ans et j’étudie en Suisse. Mon cousin le plus proche en âge est syrien, il aura bientôt dix-neuf ans et étudie l’informatique en Syrie.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001. Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001.
Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Aujourd’hui il est à l’université, après avoir passé son baccalauréat en 2013 avec d’excellents résultats. Nous lui avons proposé de venir étudier ici, à l’EPFL, ce que l’EPFL a accepté. Comme nous n’avions pas de réponse ni des autorités cantonales ni de l’ODM, ma mère les a appelés le 25 août, quatre mois après le dépôt du dossier, et tous deux ont prétendu ne rien savoir, et nous ont engagés à contacter l’autre. Les autorités cantonales ont peu après donné une réponse positive.

Le 9 septembre, nous sommes allées à l’ambassade pour retirer uneréponse, cette fois-ci de l’ODM. Elle est à priori négative, sans raison claire, mais nous laisse vingt jours pour défendre notre demande. Elle est datée du 15 août, il y a donc presque un mois. Qu’est-ce qui empêchait de nous la faire parvenir plus tôt ou de nous en informer par téléphone, lorsque ma mère a appelé ? L’EPFL a commencé, et il est encore en Syrie, quel que soit le résultat de notre démarche il aura pris du retard.

Ça peut paraître être un cas habituel, mais ça ne l’est pas. Car, avec ses résultats, si l’EPFL et le canton l’acceptent, qu’est-ce qui pourrait bien amener l’ODM à refuser si ce n’est sa nationalité ? Il est en âge de se faire recruter par l’armée, il est extrêmement dangereux qu’il reste dans son pays. Cette formation lui permettrait non seulement une bonne qualification, mais donnerait le temps nécessaire à la région pour se stabiliser, et qu’il puisse y retourner en toute sécurité et avec les capacités d’aider à la reconstruction.

J’en profite pour dire deux mots sur la partie de ma famille qui habite à Homs, dont il est issu. Ils ont tous perdu leurs emplois suite au soulèvement et à la répression qui lui a succédé, mais se sont engagés dans des associations humanitaires afin d’aider la population locale. Ils n’ont jusqu’à présent pas voulu partir, malgré la destruction presque totale de la ville, c’est là qu’ils avaient construit leur vie et ils étaient prêts à faire leur possible pour y rester. Mais la situation a empiré, les enfants ont vécu des événements traumatisants (le plus jeune n’a pas encore cinq ans) et ils considèrent maintenant la possibilité de sortir, afin de garantir un avenir sauf à leurs enfants. Nous avons donc lancé une procédure de visa humanitaire, pour un séjour en Suisse à nos frais. Mais là encore, un refus.

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, mars 2014 Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Homs, al-Qussour, mars 2014
Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Je n’ai plus qu’une grand-mère, et elle est en Syrie. Mes seuls cousins sont en Syrie. Dois-je attendre qu’il leur arrive quelque chose avant de pouvoir les mettre en sécurité ? Mon oncle a failli mourir en avril dernier, et je ne suis pas prête à revivre une telle situation. La raison du refus était apparemment que la Suisse ne savait pas ce qu’ils feraient après les six mois de visa humanitaire demandés, mais aujourd’hui quel Syrien sait où il sera dans les prochaines semaines ? Leurs vies peuvent basculer d’un instant à l’autre, alors tout se décide au jour le jour.

 

Vous pouvez nous aider en partageant cet article et en parlant de la situation. Nous sommes simplement une famille suisse qui voudrait mettre les siens en sécurité, aidez-nous à les aider. Merci de tout coeur.

 J.

Etudiante universitaire en Suisse

 

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Publié le 16/09/2014, dans FSD, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Il va peut être falloir passer par une demande d’asile….. mais ça risque d’être long et les conditions ne sont pas top… ensuite utiliser l’argument du regroupement familial, mais généralement difficile si ce ne sont pas les enfants direct ou l époux/ l’épouse. …
    Je travail dans le milieu et je sais que l’administration est.. d’un endroit à l’autre du pays de loin pas très cohérente…
    Bien du courage….

  2. Coucou! Au plus vite, adressez-vous à un centre d’aide juridique local, par exemple: http://www.heks.ch/fr/suisse/secretariat-romand/saje-service-daide-juridique-aux-exiles/

    sinon pas mal d’info sur le web auprès d’OSAR/SFH, surtout http://www.fluechtlingshilfe.ch/aide

  3. Ton article me touche beaucoup. J’ai grandi en Suisse, et j’ai une amie d’enfance qui habite en Syrie et dont je n’ai pas reçu de nouvelles depuis des années. Sachant la situation actuelle, je pense souvent à elle.

    Je ne peux que te souhaiter bon courage, à toi et à ta famille, et t’envoyer des pensées positives afin que cette situation se résout.

  4. je te conseille d’essayer sa une pétition sur avaaz, http://www.avaaz.org/fr/ ainsi que des petition papier.

    cordialement

    • surtout pas Avaaz, évitez à tout prix; ils lancent des pétitions et empochent un tas de fric sur notre dos.

  5. Mariana Duarte

    Bonjour J.,

    Je travaille à l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers (odae-romand.ch). Cela fait un moment que nous documentons – anonymement – les difficultés à obtenir un visa humanitaire pour entrer en Suisse. Vous pouvez consulter notamment deux des cas que nous avons publiés sur la question: http://www.odae-romand.ch/spip.php?article577 et http://www.odae-romand.ch/spip.php?article527.

    Nous serions prêts à documenter aussi la situation de votre famille en Syrie – toujours anonymement -, afin de faire connaître cette réalité et, nous l’espérons, amener les autorités à changer ses pratiques. Nous publions notamment chaque automne un rapport d’observation soulignant ces constats.

    Si vous êtes d’accord de nous dire davantage sur le traitement de ces différentes demandes d’entrée en Suisse, merci de nous contacter à l’adresse info@odae-romand.ch ou d’appeler au 022 310 57 30.

    Meilleures salutations, Mariana Duarte

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