Archives Mensuelles: décembre 2014

Un 4e Noël sanglant pour les enfants syriens

Le 18 mars 2011, les enfants syriens de Daraa ont été l’étincelle de la révolution syrienne, née suite à la torture d’une quinzaine d’écoliers par les services de renseignements. Aujourd’hui, après 4 ans d’une guerre impitoyable qu’ Assad mène contre sa population, les enfants syriens paient un prix exorbitant pour la liberté qu’ils ont revendiqué:

9’500 enfants en détention

17’267 enfants morts

95 enfants morts sous la torture

518 enfants tués par des snipers

128 enfants gazés le 20 août 2013

5’000’000 d’enfants réfugiés et déplacés internes

En cette période de Noël qui chérit les enfants en Europe, un rassemblement est organisé à Paris le 20 décembre en hommage aux enfants morts en Syrie et en solidarité avec la souffrance que font subir le régime syrien et l’Etat Islamique (Daech) aux enfants syriens; mais également pour rappeler que l’impunité de tous ceux qui ont perpétré des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre en Syrie depuis 2011 serait une honte pour l’humanité et pour chacun d’entre-nous.

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FemmeS pour la Démocratie se déclare solidaire des enfants syriens et se joint aux organisateurs du rassemblement de Paris pour demander que le dossier syrien soit enfin traduit devant le TPI. C’est une étape obligatoire pour permettre enfin aux syriens de mettre fin au terrorisme d’Etat d’Assad et à celui des organisations terroristes comme Daech pour acheminer leur pays vers une démocratie multi- confessionnelle et multi- ethnique basée sur la citoyenneté de tous les Syriens.

En cette période de fêtes nous appelons également à votre solidarité en faveur de l’éducation des enfants syriens qui en ont été privés suite à l’exode forcé de la population d’un coté, aux sièges de différentes régions en Syrie et aux bombardements d’une grande partie des établissements scolaires et des quartiers résidentiels dans les régions de protestations par le régime, et à l’oppression de Daech dans d’autres régions.

La somme intégrale de vos donations sera distribuée à des projets pour les enfants syriens au Moyen-Orient, ceci dans certains des multiples endroits qui ne sont toujours pas desservis par les organisations internationales et qui dépendent des donations privées.

 Pour vos dons:

FemmeD pour la Démocratie ,  Help Syrians

Merci de tout cœur !

FSD

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A cette occasion FSD publie ici ce poème de Racha Lotfi:

REFUGIÉ

Tu portes l’infortune sur tes frêles épaules,

Le désarroi sordide de l’espace, du temps,

Le tronc recourbé comme s’épancherait un saule

Vers les plis de la terre, l’eau claire des étangs…

Tu as quinze ans à peine et déjà apatride

Exilé, esseulé, l’âme dénaturée

Quinze ans et sur ton front délinéé les rides

Creusent quelques rainures fines, prématurées

Le soleil et l’exode déposent sur ta peau

Leurs cruelles empreintes, leurs féroces stigmates

Et pour contrer l’hiver comment ces oripeaux

T’épargneront du froid aux morsures ingrates ?

Ainsi sous une tente désormais tu habites

Les aléas du sort ont brisé l’avenir

Tant d’autres ont péri soudain de mort subite

Par le brasier, les bombes, tu les vis agonir

Pour garder la vie sauve il a ainsi fallut

S’enfuir au loin s’enfuir pour trouver le salut …

Alors, les yeux mi-clos tu donnes libre cours

Aux rêves d’évasion, à l’évasion des rêves,

Pour tristement penser à ton premier amour

Et ta mémoire aspire au répit, à la trêve

A la jolie voisine sur le balcon d’en face

Aux regards échangés, aux sourires volés

Aux heures interminables au sortir de la classe

Pour cueillir un instant son parfum envolé

Où peut-elle bien être ?

Gisant sous les décombres ?

Inhumée sans sépulcre comme ton père disparu ?

Ou peut-être vivante et se terrant dans l’ombre

Sur les chemins perdus en hâte parcourus

Un jour tu reviendras fier et droit comme un chêne

Le front auréolé de gloire, de serments

Fils d’un peuple captif qui a brisé ses chaînes

Pour semer à nouveau de la vie le ferment

Rebâtir nos maisons, nos quartiers et nos villes

Anéantis par la géhenne tombant du ciel

Du tyran de ses sbires sanguinaires serviles

Et replanter des fleurs et récolter le miel

Le miel et la douceur et l’amour en partage

Légués par cette terre au doux nom caressant

Elle nous aura donné l’orgueil en héritage

Mais nos larmes auront toujours le goût du sang

Un jour vers la patrie, tu reviendras, petit

Comme se blottit l’enfant au giron de sa mère

Et s’endort bienheureux d’espérances nanti

                                                   Dans l’odeur du jasmin et des oranges amères.

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Il y a un an, le régime de Damas assassinait le Dr. Abbas Khan

Mémoire de la Révolution

Il y a un an, le Dr. Abbas Khan, médecin britannique, qui s’était rendu dans le nord de la Syrie pour apporter son aide médicale aux blessés de guerre, a été assassiné par le régime syrien le 16.12.2013 après un an de détention.

FSD publie ici l’article du site Romandie du 17.12.2013.

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Londres accuse Damas d’avoir de facto assassiné un médecin britannique

LONDRES – Un membre du gouvernement britannique a accusé mardi les autorités de Damas d’avoir de facto assassiné un médecin britannique, qui était détenu en Syrie après avoir travaillé dans des hôpitaux auprès de victimes de la guerre civile.

Médecin britannique assassiné par Damas après un an de détention.

Médecin britannique assassiné par Damas après un an de détention.

Rien ne saurait excuser le traitement qu’il a subi de la part des autorités syriennes qui, de facto, ont assassiné un citoyen britannique présent dans leur pays pour venir en aide aux personnes blessées pendant leur guerre civile, a déclaré sur la BBC un secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Hugh Robertson, confirmant ainsi officiellement la mort d’Abbas Khan, un chirurgien orthopédiste londonien.
Il est établi qu’il s’était rendu en Syrie pour aider le peuple syrien affecté par la guerre civile, a-t-il ajouté, exigeant des clarification urgentes de la part de Damas.
Agé de 32 ans, Abbas Khan avait été arrêté en novembre 2012 à Alep, dans le nord de la Syrie. Il était depuis détenu.
Plus tôt dans la journée de mardi, son frère, Afroze Khan, et un député britannique, George Galloway, avaient annoncé la mort du médecin.
L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a pris contact avec la femme du médecin, Hanane Yehya. Selon cette dernière, les responsables syriens ont déclaré à George Galloway, que son mari s’était suicidé.
Mais le patron de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, a estimé qu’il était mort sous la torture, car il y a des centaines de cas semblables où le régime affirme que le prisonnier s’est suicidé alors qu’en fait il est mort sous la torture.
Abbas Khan a été interpellé le 22 novembre 2012 en Syrie, a raconté l’une de ses soeurs, Sara Khan, à Sky News. Nous n’avons pas reçu d’informations de la part du ministère britannique des Affaires étrangères jusqu’en juin (2013), mais nous savions alors qu’il avait été emprisonné. Ils nous ont dit +Nous allons prendre soin de lui+. Rien ne s’est produit, personne ne lui a rendu visite, a-t-elle affirmé.
Ma mère est allée à Damas et (…) au bout de quelques mois, elle a été autorisée à le rencontrer au ministère de la Justice où il avait été transporté, a-t-elle encore raconté. Elle ne l’a même pas reconnu, il avait perdu près de la moitié de son poids et avait des cicatrices sur l’ensemble de son corps et il lui manquait des ongles.
Le médecin, père de deux enfants, a finalement été transféré en août 2013 dans une prison civile, selon sa soeur. Il semblait aller mieux et a commencé à enseigner l’anglais à d’autres (détenus). Ma mère a commencé à le voir régulièrement à partir de ce moment là, a-t-elle ajouté, précisant que depuis septembre un groupe de parlementaires britanniques se mobilisaient pour tenter d’obtenir sa libération.
Nous pensions qu’elle allait avoir lieu le 27 décembre. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a appelé ma mère pour lui dire qu’ils allaient le libérer. Nous étions tellement heureux, nous avons commencé à décorer (la maison) pour nous préparer à son retour.
Le frère de la victime, Afroze Khan, s’est dit effondré, bouleversé et en colère contre le Foreign Office qui a traîné des pieds pendant treize mois.

Le ministère s’est défendu en expliquant que toutes ses demandes d’accès consulaire ont été ignorées. Le député George Galloway, qui dit avoir négocié la libération du médecin avec le gouvernement syrien, a déclaré avoir appris l’épouvantable nouvelle alors qu’il était en train de réserver un vol pour la Syrie pour ramener le Dr Khan. Il a précisé attendre désormais des éclaircissements sur les circonstances précises de la mort du médecin.

Syria: No word on four abducted activists

A year on, no information on Douma Four

The prominent Syrian human rights defenders Razan Zaitouneh, Samira Khalil, Wa’el Hamada and Nazem Hamadi – the Douma Four—remain missing a year after their abduction, 57 organizations said today. The four were abducted in Duma, a city near Damascus under the control of armed opposition groups. They should be released immediately, the groups said.

Four-Douma

On 9 December 2013, at about 10:40 pm, a group of armed men stormed into the office of the Violations Documentation Center in Syria (VDC), a Syrian human rights monitoring group, in Duma and abducted Razan Zaitouneh, the head of the center, and her colleagues – Wa’el Hamada, who is also her husband, Samira Khalil and Nazem Hamadi. The four human rights defenders have not been heard of since.

The armed groups exercising de facto control over Duma include the Army of Islam, headed by Zahran Alloush, which is part of the Islamic Front, a coalition of armed groups. The groups should immediately release the four human rights defenders if they are in the groups’ custody, or work toward ensuring they are released unharmed and without delay. Countries that support these groups, as well as religious leaders and others who may have influence over them, should also press for the immediate release of the four activists and for an end to abductions of civilians.

Razan Zaitouneh has been one of the key lawyers defending political prisoners in Syria since 2001. Since the beginning of the crisis in 2011, Razan Zaitouneh has played a key role in efforts to defend human rights for all and protect independent groups and activists in Syria. Along with a number of other activists, she established the VDC, which monitors human rights violations and records casualties in Syria, and co-founded the Local Coordination Committees (LCCs), which coordinates the work of local committees in various cities and towns across Syria. She also established the Local Development and Small Projects Support Office (LDSPS), which assists non-governmental organizations in besieged Eastern Ghouta.

As a result, both by the Syrian authorities and armed opposition groups threatened her. She had been receiving threats for several months before her abduction. She described some of these threats in an article she wrote in the online news outlet Now Lebanon. She had also informed human rights activists outside Syria in September 2013 that she was being threatened by local armed groups in Duma were threatening her. In April 2014, Razan Zaitouneh’s family issued a statement holding Zahran Alloush responsible for her and her colleagues’ wellbeing, given the large presence his group maintains in the area.

Samira Khalil, has been a longtime political activist in Syria. The Syrian government had detained her between 1987 and 1991 for her activism. She later worked in a publishing house before shifting her efforts to working with the families of detainees and writing about detention in Syria. Before her abduction, she was working to help women in Duma support themselves by initiating small income generating projects.  Wael Hamada was also an activist before the uprising in Syria. When peaceful protests first broke out in the country in 2011, the government detained and later released Hamada.. He is an active member and co-founder of the Local Coordination Committees and the VDC. Before his abduction Wa’el Hamada was working to provide desperately needed humanitarian assistance to the residents of besieged Eastern Ghouta. Nazim Hammadi, a lawyer and poet, was one of the most prominent volunteer defenders of political prisoners before and after the uprising in Syria. He contributed to founding the Local Coordination Committees and also worked to provide humanitarian assistance to residents of Eastern Ghouta. Razan Zaitouneh and her colleagues appear to have been abducted and arbitrarily deprived of their liberty as punishment for their legitimate activities as human rights defenders. Such actions are prohibited by international humanitarian law and are contrary to international human rights standards. The armed groups in control of the area and the governments who support them should do everything in their power to facilitate the release of Razan Zaitouneh, Wa’el Hamada, Samira Khalil and Nazem Hamadi.

Signatories:

1 – Alhaqanya Organization for Law firm and Law, Egypt.

2 – Alkarama Foundation.
3 – Amnesty International.
4 – Arab Network for Human Rights Information, ANHRI.
5 – Assyrian Human Rights Network.
6 – Badael for sustainable peace in Syria.
7 – Caabu – The Council for Arab-British Understanding.
8 – Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS).

9 – The SKeyes Center for Media and Cultural Freedom.

10 – Women’s Studies Center – Palestine.
11 – CIVICUS: World Alliance for Citizen Participation.
12 – Damascus Center for Human Rights Studies.
13 – Egyptian Center for Economic and Social Rights (ECESR).
14 – Egyptian Initiative for Personal Rights.
15 – Euro Mediterranean Human Rights Network, EMHRN.
16 – European Women Initiative.
17 – Every Casualty, UK.
18 – FemmeS pour la Démocratie.
19 – Fraternity Center for Democracy and Civil Society.
20 – Freedom House, USA.
21 – Front Line Defender.
22 – Gulf Center for Human Rights (GCHR).
23 – HIVOS – Humanist Institute for Cooperation with Developing Countries.
24 – HRDAG – Human Rights Data Analysis Group.
25 – Human Rights Watch, HRW.
26 – Humanrights.ch / MERS- Swiss.
27 – Institute for War and Peace Reporting (IWPR).

28 – International Media Support (IMS)
29 – International Service for Human Rights – ISHR.
30 – Kesh Malak Organization, Aleppo Syria.
31 – Kurdish Organization for Human Rights in Syria (DAD).
32 – Lawyers for Lawyers, Netherland.
33 – Lebanese Center for Human Rights (CLDH).
34 – Local Development and Small Projects Support office (LDSPS).
35 – Maan Organization for Supporting Women Issues.
36 – No Peace without Justice, NPWJ.
37 – Nuestra Aparente Rendición Association.
38 – Pax Christi International.
39 – PAX for peace, Netherland.
40 – RAW in WAR (Reach All Women in War).
41 – Swedish network for democracy and HR.
42 – The Syria Campaign.
43 – Syria Justice and Accountability Center (SJAC).
44 – Syrian Association for Citizenship.
45 – Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM).
46 – Syrian Center for Studies and Legal Researches.
47 – Syrian Human Rights Network (SHRN).
48 – Syrian Liberals lawyers Association.
49 – Syrian Observatory for Human Rights, UK.
50 – Syrians for Citizenship State.

51 – Syrian Women’s Network
52 – The Day after Association (TDA).
53 – The International Federation for Human Rights (FIDH).
54 – The Kvinna till Kvinna Foundation, Sweden.
55 – The World Organization against Torture (OMCT).

56 – Center for Civil Society and Democracy in Syria CCSDS
57 – Violations Documentation Center in Syria (VDC).

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 5e partie, Témoignage de Kenda

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 5/5

Kenda, ancienne détenue, de Damas, 28 ans,

Kenda est une activiste dans la société civile et le mouvement de la paix. Elle a été arrêtée durant 2 mois suite à l’événement « les mariées de la liberté ». Elle a été libérée dans le cadre de l’échange avec des détenus iraniens intervenu le 9 janvier 2013.

«C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité.

Notre crime : nous avons mis des robes blanches de jeunes mariées et nous avons eu l’audace de porter, dans le souk de Damas, des banderoles demandant l’arrêt des violences, de la tuerie, et des interventions militaires. Notre mariage s’est terminé dans un centre de détention, dans une pièce simple de 2×3 mètres où l’on a regroupé 24 femmes de différentes régions de Syrie .

Les jeunes mariées de la liberté, Damas.

Les mariées de la liberté, Damas, novembre 2012.

Chacune de ces femmes a une histoire qui témoigne de sa patience et résume l’inhumanité de ce régime répressif et rancunier .

Je vous raconte mon expérience dans le centre de détention. Dans ce lieu, la dignité, l’humanité et toutes les valeurs morales de l’homme sont violées .

Je n’oublierai jamais les cris de Nawal de Homs, torturée pour qu’elle avoue un crime qu’elle n’a pas perpétré de ses mains. Je n’oublierai jamais les cris de Oum Ali et de Oum Ismail et de beaucoup d’autres femmes torturées.

J’ai passé dans ce centre de détention les jours les plus difficiles que j’ai pu vivre.

Dans ce lieu, ta patience et ta force sont mises à l’épreuve. J’aurai beaucoup à dire sur le comportement des geôliers et des interrogateurs, mais je vais vous le résumer : le traitement était très mauvais et sans aucune limite. L’unique mode de communication était la violence et la torture. J’ai vu de mes propres yeux beaucoup de femmes se faire torturer de différentes manières, telles que le câble électrique, le tuyau, la roue et bien d’autres méthodes, puisqu’ils en imaginaient continuellement de nouvelles; sans parler de leur langage fait d’insultes et de blasphèmes, utilisant les phrases les plus grossières.

Dans le centre de détention, tu oublies les fondements de ton humanité. Ce dont nous avons le plus souffert c’est d’entendre les voix des autres torturés, de voir le sang et des lambeaux de peau sur les murs, de sentir l’odeur du sang, de voir les restes des bâtons cassés (nommés par les geôliers “Al-Akhader BRAHIMI” parce que c’est un bâton en plastique de couleur verte et Akhdar signifie vert en arabe).

Souvent nous nous effondrions en pleurs, en entendant les cris de douleur derrière la porte de notre cellule. La pire des tortures c’est d’entendre les voix des autres torturés.

Nous avons passés des jours que je n’oublierai jamais. Nous avons souffert des poux sur la tête et sur le corps, qui se nichaient dans les habits, et nous avons souffert de différentes maladies telles que la grippe, la bronchite, l’empoisonnement, les infections urinaires , etc..

Nous étions affamées, nous attendions la nourritures avec impatience, jusqu’à recevoir un morceau de patate dur comme un caillou.

Nous avions besoin de serviettes hygiéniques pendant les menstruations, et les gardes ne nous les donnaient pas. Nous souffrions encore plus quand nous avions besoin de médicaments à cause des maladies contractées et ils nous privaient de médicaments comme punition supplémentaire.

Deux mois plus tard, nous avons appris que nous allions sortir à cause d’une amnistie ordonnée par Bachar al-Assad. Une fois sorties, nous avons été étonnées d’apprendre que nous avions été libérées suite a un échange de 48 détenus iraniens contre 2060 détenus ( hommes et femmes ) de toute la Syrie.

Je crois que ce régime a montré au monde entier tous ses crimes et ses oppressions.

Nous les femmes Syriennes nous méritons la paix et la liberté, et nous aspirons à ce que notre parole libre atteigne tout humain qui apprécie cette parole et sa signification.

Rendez justice à la femme syrienne qui subit les violences de ce régime, cette femme est le symbole de la patience et de la paix. »

FSD

Lire aussi les quatre premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Partie 4/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 4e partie, Témoignage d’Eman

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 4/5

Eman, ancienne détenue, de Homs, 30 ans,
“Je me suis impliquée dans la révolution syrienne depuis son début, dans l’action civile et dans les manifestations pacifiques qui ont eu lieu dans le quartier d’al-Khaldia à Homs.
J’ai travaillé dans le domaine des soins médicaux et j’ai participé aux efforts d’aide à la population. J’ai participé à la distribution d’habits, de nourriture et d’argent aux déplacés, aux familles pauvres et aux familles de détenus et de martyrs.
J’ai été arrêtée une première fois le 24 juin 2012 pour une période de 3mois par les Chabbiha (connus actuellement comme “armée de défense nationale”), qui sont en fait des groupes de mercenaires dont le rôle est de réprimer les manifestations civiles pacifiques.
On nous a emmenées vers des destinations et des maisons dédiées spécifiquement à l’emprisonnement des femmes, on ne nous a pas emprisonnées dans les prisons du régime ou dans les centres de détention des services secrets. Les buts de notre détention étaient, comme les gardiens nous l’ont dit, de nous échanger contre rançon, de nous échanger contre d’autres kidnappées, ou de nous violer.
Pendant notre détention nous avons été torturées physiquement et psychologiquement d’une manière inimaginable, que je n’avais jamais pensé pouvoir exister.
Les gardiens utilisaient l’électricité, le harcèlement sexuel, ils nous brulaient le corps avec des cigarettes et de l’eau bouillante. On nous frappait aussi avec des câbles électriques et des tuyaux. Ils ont coupé nos cheveux, ils nous ont violées collectivement et à répétition. Ils ont aussi tenté plusieurs fois de nous noyer dans l’eau. Par deux fois j’ai eu de forts saignements vaginaux. J’étais très effrayée par les voix et les cris des autres détenues qui étaient continuellement et violemment torturées.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Ils ont tué notre humanité, nous avons perdu la volonté de vivre, nous appelions la mort chaque jour. J’ai vu des femmes brutalement déshabillées et violées. Les gardiens les violaient devant nous et les battaient violemment, pour certaines jusqu’à la mort. On laissait alors leur corps dans la même cellule pendant un jour, avec pour conséquence que beaucoup d’entre nous ont tenté de se suicider.
Les gardiens étaient de vrais monstres assoiffés de sang, de revanche et de volonté de tuer. Ils nous donnaient juste assez de nourriture pour ne pas mourir dans la journée.
Des maladies sont apparues parmi les détenues à cause des infections et des blessures laissées sans soins, les poux et la saleté s’ajoutant à l’eau et aux aliments contaminés que consommions ont dégradé notre santé et provoqué de nombreuses entérites.
Lorsqu’on m’a relâchée on m’a mise dans un conteneur d’ordures.
J’ai été arrêtée pour la seconde fois le 3 février 2013 par des brigades armées sectaires non-syriennes, et détenue pendant 10 jours, au cours desquels on m’a volé toutes mes affaires, et l’on m’a battue et fouettée avec des câbles métalliques. »

FSD

Lire aussi les trois premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 3e partie, Témoignage d’Alaa

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.

Partie 3/5

Alaa, ancienne détenue, de Homs, 22 ans
“Depuis le début de la révolution j’ai été active dans l’aide humanitaire, ça a été une raison suffisante pour me faire arrêter par le régime Assad.
Dès l’instant où les membres des services de renseignement m’ont arrêtée, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont arrêtée sur le pont du président à Damas et ils m’ont ensuite amenée à la branche de la sécurité militaire 215. Après plusieurs séances de coups et de torture, l’un d’eux m’a fait entrer dans une petite chambre et un homme y est entré après moi. J’ai su plus tard qu’il s’agissait du directeur du centre de détention. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements sous prétexte de me fouiller. Lorsque j’ai refusé il m’a frappée et il a appelé cinq de ses hommes pour m’enlever mes vêtements par la force. Les coups et la fouille ne sont pas les seules exactions que subissent les femmes dans les centres de détention. J’y ai vu beaucoup d’autres manières de porter atteinte aux droits humains et perpétrer des crimes à l’encontre de la femme.
Dans ces centres de détention ils torturent les femmes sauvagement, en utilisant l’électricité, les coups sur toutes les parties du corps avec un câble électrifié, la roue (où le corps de la femme est plié en deux et maintenu dans cette position par un pneu), et la suspension du corps par les poignets sans que la plante des pieds ne touche le sol. Le pire est de voir une femme âgée qui se fait torturer à côté de soi, sans égard ni pour son âge ni pour son corps déjà épuisé.

La roue comme moyen de torture  (Photo du site www.vdc-sy.info)

La roue comme moyen de torture
(Photo du site http://www.vdc-sy.info)

Dans ces centres de détention, la torture a plusieurs facettes. En plus des coups, des humiliations et insultes verbales, les repas sont aussi utilisés pour nous torturer. Par exemple, ils nous donnaient les repas dans des sacs pleins de saletés et de poils. Nous étions aussi empêchées de nous laver sauf en acceptant que les gardiens nous lavent le corps. Les vêtements nous étions empêchées de les changer (lorsque nous avions de quoi nous changer) sauf s’ils étaient là pour nous regarder et nous prendre en photo. Alors personne ne voulait plus changer ses vêtements même lorsqu’ils étaient pleins de sang et de poux.
La période des règles était la période la plus dure et la plus difficile. Pendant cette période les femmes supplient les gardiens et se font humilier pour obtenir des serviettes hygiéniques, mais les gardes refusent de répondre à ces demandes. Lorsque les saignements deviennent très forts, le gardien amène un pull en coton ou en laine qu’il a pris de la cellule des hommes, un pull plein de poux et de sang pour contenir les saignements…

Je n’ai pas parlé ici en détail des cas de viol parce que tout ce qui précède est pour moi déjà une sorte de viol.

Moi j’en ai fini avec la détention, je suis actuellement libre, mais là-bas en Syrie il y a des milliers de détenues femmes qui vivent en ce moment même ce que j’ai décrit, et leur avenir reste inconnu.”

FSD

Lire aussi les deux premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5