«La démocratie est inéluctable»

Article de Aline Andrey, paru le 1er avril 2015 dans l’Evénement Syndical, n° 14-15

Pour la militante syrienne Nahed Badawia, la révolution vaincra. ’est surtout une affaire de temps…

Au lendemain d’une conférence à l’Université de Lausanne sur la situation en Syrie, 4 ans après le début de la révolution et de la guerre, nous rencontrons Nahed Badawia au Buffet de la gare, juste avant qu’elle ne monte dans le TGV pour rentrer chez elle, à Paris. C’est dans la Ville Lumière qu’elle a trouvé refuge en février 2013, après avoir dû quitter Damas. Le vol de son ordinateur portable dans son appartement, qu’elle pense être le fait des sbires du régime, lui fait l’effet d’un déclic. Car, les menaces, elle les vivait dans son cœur et dans sa chair depuis longtemps…

Nahed Badawia incarne le courage et le désir de liberté de tout un peuple.

Nahed Badawia incarne le courage et le désir de liberté de tout un peuple.

Malgré son militantisme, elle poursuit sa carrière d’ingénieure civile. Un métier qui sied à cette scientifique qui rit lorsqu’on s’étonne de sa profession, a priori si masculine. «Il y avait moins de femmes, c’est sûr, mais je n’étais ni la première, ni la seule.» Elle s’excuse pour son français, pourtant remarquable après moins de deux ans dans le pays de Molière. «Exprimer sa personnalité en langue étrangère, c’est très difficile. Car ce n’est pas que la langue, chaque mot transmet l’éducation, les pensées, la culture…»

Une vie de combats

Nahed Badawia hésite. Cet article pourrait-il porter préjudice à ses recherches d’emploi? «En arrivant, j’ai cru que j’allais travailler tout de suite. Je parle anglais, français, arabe, je connais les nouveaux logiciels… J’ai postulé une centaine de fois. Sans succès. Je sais que mon âge est aussi un frein», relève celle qui comptabilise 57 ans d’expérience de vie. Et quelle vie!

Son militantisme est né dans les années 80. «J’ai choisi le camp des opposants de gauche. Car il y avait aussi des partis de gauche prorégime.» Dès lors, elle n’aura de cesse de s’engager pour la démocratie en Syrie et l’émancipation des femmes. Dès les années 2000, elle écrit régulièrement des articles politiques pour des sites d’opposition. Passionnée du féminisme de la 3e vague qui «reconnaît la diversité et améliore l’idée de la démocratie», elle écrit un livre sur la question: «Sortir de l’isolement», qui sera publié en 2013 à Beyrouth.

Entre-temps, le printemps arabe bouleverse le monde. «C’est magnifique de voir un peuple qui refuse la dictature. Quand le peuple syrien a vu le courage des Tunisiens, il a commencé à bouger. A la chute de Ben Ali, puis de Moubarak, on a dansé en Syrie…», raconte-t-elle avec joie. Elle ajoute: «Les prisonniers d’opinion ont aussi réagi en entamant une grève de la faim pour exiger leur libération.» En solidarité avec les grévistes, Nahed Badawia signe, le 11 mars 2011, une pétition lancée par des intellectuels et des activistes. «Le 16 mars, devant le Ministère de l’intérieur sur la place Marjeh à Damas, nous étions plus de 500 personnes à réclamer la libération des prisonniers politiques… Trente-trois d’entre nous ont été arrêtés.»

De l’espoir…

Quatre ans plus tard, des estimations dénombrent quelque 150 000 morts et des millions de déplacés. Et pourtant Nahed Ba- dawia ne perd pas espoir. «Le processus est long. Il a fallu 100 ans pour que la Révolution française porte ses fruits, mais, en cette ère moderne, celle des pays arabes sera plus rapide. C’est un processus historique. La démocratie est inéluctable, même si la dictature est revenue en Egypte. Les nouvelles générations savent qu’elles peuvent changer leur avenir. Avant il n’y avait même pas l’idée d’un changement pos- sible. Nous sommes tristes, mais nous avons espoir.»

Pour elle, le problème de la Syrie est avant tout international. «En ce moment, Bachar ne contrôle plus tout le pays. Le peuple syrien est pris en otage entre les pouvoirs régionaux et internationaux. Chacun a envoyé ses sbires (Daesh, Hezbollah, etc.). Le conflit entre eux se fait sur notre sang», dénonce-t-elle. «Sinon, la révolution syrienne aurait vaincu depuis longtemps.»

Sensibiliser les jeunes

«Après la chute d’Assad, il fau- dra que la communauté internationale garantisse la paix en Syrie pour un ou deux ans afin de donner le droit au peuple de s’exprimer dans les urnes pour choisir son avenir. Vous savez, tous les peuples sont contre les extrémismes.» La scientifique dessine un schéma pour illustrer ce propos, et raconte sa honte récente d’avoir demandé à un Libyen, s’il y avait beaucoup d’islamistes extrémistes en Lybie. «Il a été choqué. Et je me suis rendu compte que je posais la même question que celle qu’on me pose tout le temps sur mon pays. Tous les peuples rêvent de liberté.»

En Europe, Nahed Badawia continue de militer en donnant des conférences, et en intervenant dans des écoles aussi. «Il faut sensibiliser les jeunes. Ce sont

eux qui seront au pouvoir bientôt. Et qui seront nos futurs partenaires dans la troisième république démocrate syrienne…»

Aline Andrey

 

 

 

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Publié le 02/04/2015, dans Femmes de la Révolution, FSD, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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