« On vivait bien avant… » 2e partie

Voilà plus de quatre ans déjà que le peuple syrien s’est soulevé contre la tyrannie de la famille Assad. La répression féroce et les méthodes barbares du régime ont conduit la Syrie au bord du gouffre… la moitié de la population a fui la violence, réfugiés ou déplacés internes, pour échapper à la détention, à la torture, à la mort et à la terreur !
Aujourd’hui on entend certains syriens dire « On vivait bien avant…» comme si la cause de cette catastrophe était la révolution elle-même… et non pas la tyrannie de ce régime. Certains médias occidentaux se plaisent aussi à interviewer cette tranche de population restée pro-régime par intérêt, ou qui vivait avant la révolution en fermant les yeux et en priant le ciel pour qu’elle ne se trouve pas sur le chemin d’un membre d’un service de renseignements syrien (Moukhabarat).
Depuis début mai 2015 une campagne virtuelle appelée «On vivait bien avant… » (« # Kna_aaychen ») a été lancée par l’activiste syrien Feras Atassi pour raviver, de façon sarcastique, les souvenirs douloureux de la vie en Syrie depuis le début du “règne” de la famille Assad il y a quatre décennies. Atassi lui-même a été surpris du succès de cette campagne et de la quantité de témoignages qui ont fait l’objet de milliers de postes partagés sur facebook et de twittes publiés sur Twitter.

FSD traduit ici une deuxième partie de ces témoignages pour mettre en lumière les vraies raisons qui ont poussé les Syriens à dépasser la peur et faire face à ce régime :

Pancarte de Zabadani (Damas campagne) le 05.05.2015: "Vous viviez bien avant... pas nous!". Source: aljazeera.net

Pancarte de Zabadani (Damas campagne) le 05.05.2015: « Vous viviez bien avant?… nous pas! »
Source: aljazeera.net

———————–
4. « #Kna_aaychen »
Morfie Al Shaar
Quand j’étais enfant, notre distraction préférée était de jouer au ballon dans la rue ou dans la cour d’une école. Un jour, toutes les écoles étaient occupées et il ne restait plus que celle de l’Indépendance. Le mur qui l’entourait était très haut. En grimpant sur le mur pour accéder à la cour j’ai vu un garçon de l’autre côté qui m’a invité à jouer contre leur équipe. Je me suis retourné vers mon cousin à l’extérieur pour lui poser la question, mais un militaire qui m’avait vu m’a tiré violemment par terre et m’a roué de coups de pied en me roulant vers la porte externe de l’école. Par malchance l’école avait été cambriolée la veille.
C’était la première fois de ma vie que j’entendais injurier Dieu. Cela m’a terrifié parce que je me suis dit que si cette personne n’avait même pas peur de Dieu quel serait mon sort à moi alors. Là j’ai senti un besoin soudain et pressant de pisser ! Lorsqu’on est entré dans le bâtiment mon interrogatoire a commencé et c’était la première fois de ma vie que je voyais un fusil russe.… tout paraissait irréel dans la pièce, une table et une chaise en plastique noir, une lampe qui tombait du plafond, des fusils… encore sous l’effet des coups reçus, j’ai proposé à cet homme de prendre l’argent que j’avais et de me laisser partir, j’avais cent livres syriennes dans ma poche. Il les a pris et il m’a laissé partir.
Je suis arrivé à la maison pieds nus, quant à mon cousin qui a vu ce qui m’arrivait, il n’a pas même pas osé rentrer à la maison et on a mis une heure pour le retrouver.
Depuis cet incident j’ai peur même des gendarmes… et je me demande toujours pourquoi on se pisse parmi lorsqu’on a trop peur !!!

———————-
5. « #Kna_aaychen »
Feras A. Atassi
J’ai pris un mini-bus collectif pour me rendre à l’université de Homs. Pour y aller on devait passer à côté de la statue de Hafez Assad à l’entrée de la ville. Parmi les voyageurs il y avait une femme qui a demandé au chauffeur de s’arrêter en disant : “arrêtez-vous à côté de la statue”. Un autre voyageur l’a alors giflée en lui disant : « Une statue ? Quelle pute !… On dit La Statue de Monsieur le Président ». Une giffle qu’elle n’oubliera certainement jamais… et que je n’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais le sentiment d’humiliation qui m’a alors envahi !

———————–

6. « #Kna_aaychen »
Nawras Charkassi 

Un membre de ma famille était enseignant au collège. Un jour, un étudiant lui a demandé son avis concernant la guerre entre l’Irak et l’Iran. Il lui a répondu qu’il pensait que la Syrie devait soutenir l’Irak parce que c’est un pays arabe, ou alors au moins rester neutre…
Le lendemain matin il s’est fait arrêter par les Mukhabarat (service de renseignement syrien). Il est resté en détention six mois pendant lesquels il a subi tortures et coups. Pendant cette période sa famille ne savait même pas où il se trouvait et elle était morte d’inquiétude. Quant à lui, il a été détruit psychologiquement, juste pour avoir dit ce qu’il pensait. Lorsqu’ils l’ont arrêté il avait les cheveux noirs et lorsqu’ils l’ont libéré il avait les cheveux gris !

————————

7. « #Kna_aaychen »
Kh Rw 

Ma famille possédait un appartement bien placé dans le quartier « al-Mazra’a » à Damas. Je me rappelle encore des arbres et du jasmin qui entouraient notre appartement. Ma mère a fait la connaissance d’une des voisines d’immeuble et leur relation s’est développée et elles se rendaient visite mutuellement. Lorsque mon père a trouvé un travail à l’étranger, cette voisine a demandé à ma mère d’accepter de louer notre appartement à des proches à elle. Elle a proposé un loyer qui semblait intéressant pour ma famille. Mon père a accepté, mis en confiance par l’accent de cette voisine, qui était celui des Damascènes. Cette voisine avait bien caché la nature de travail de son mari et son véritable accent. Quelques années sont passées et mon père a souhaité retourner à Damas. Alors ma mère s’est rendue à Damas et elle a pris contact avec la voisine pour discuter de la date à laquelle mettre terme à la location de notre appartement. Elle a alors été confrontée au mari de cette voisine qui l’a informée qu’il était de la communauté Alaouite, levant le ton, devenu menaçant, il lui a demandé d’accepter de vendre l’appartement à un prix insignifiant… il lui a dit que bien sûr cet appartement lui appartiendrait quel que soit la décision de mes parents, mais qu’il préférerait payer ce prix car il était une personne honnête et ne souhaitait pas être obligé de leur prendre leur appartement. La voisine avait soudain retrouvé son accent alaouite. Ma mère a eu très peur et elle a accepté de leur laisser l’appartement pour ce prix…
Depuis, chaque fois que nous passions par ce quartier nous priions Dieu pour qu’il prenne notre revanche. Quelques années plus tard nous avons appris que leur fils unique avait trouvé la mort dans un accident de voiture… on vivait bien avant !

FSD

Publicités

Publié le 11/06/2015, dans FSD, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :