Archives Mensuelles: juillet 2015

Paolo, Père jésuite, ami des Syriens et défenseur de leur révolution

A l’occasion du 2e anniversaire de l’enlèvement de Paolo Dall’Oglio, nous publions le texte écrit par le Mouvement pour le socialisme en août 2014:

Lors du rassemblement de Lausanne en août 2014

Lors du rassemblement de Lausanne en août 2014

Le 29 juillet 2013, lePère Paolo Dall’Oglio a été enlevé en Syrie par Daech (Etat islamique en Irak et au Levant- EIIL). Depuis lors, sa voix nous accompagne, au milieu d’un silence qu’impose, aujourd’hui, ladite communauté internationale sur cette disparition et sur les ténèbres dans lesquelles est plongée la très large majorité de celles et ceux qui constituent le peuple de Syrie.

Paolo Dall’Oglio, engagé dans le dialogue islamo-chrétien, animait le monastère de Mar Moussa en Syrie. Dès mars 2011, il prit parti pour la révolution syrienne. Dans son dernier ouvrage La rage et la lumière, il révélait les racines de cet engagement: «La tragédie de Hama en 1982, ses dizaines de milliers de morts, dans le plus grand silence occidental, a été l’objet de questions qui m’ont taraudé: à quel titre et pour quelles missions avais-je de- mandé un permis de résidence en Syrie à ce même régime qui exerçait sur son propre peu- ple une dictature féroce?» En février 1982, le régime d’Hafez el-Assad – père de l’autocrate Bachar – bombardait la ville de Hama, rebelle, faisant des milliers de morts. Déjà les grandes puissances se taisaient au nom de la «stabilité régionale». Pour elles, les membres des Frères musulmans n’ étaient pas des êtres humains. Paolo Dall’Oglio n’a pu l’accepter. Voilà la raison pour laquelle il écrivait, peu de temps avant sa disparition: «La Oumma humaine devrait porter les angoisses et les blessures de la Oumma musulmane, avec plus de miséricorde, de solidarité, car nous sommes tous embarqués sur cette planète fragile. Ne pas porter le poids des uns des autres rend la vie de chacun insupportablement lourde.» A sa façon, Paolo Dall’Oglio, dans cette partie du monde, exprimait son option préférentielle pour tous les opprimés et les exploités, sans exception.

En suivant cette voie – sa voie – il ne pouvait que prendre parti pour la révolution qui commença en mars 2011 en Syrie. Il nous laissait en effet ce message : «Je me suis rangé du côté de la révolution, au point de justifier l’autodéfense armée de ce peuple trahi et abandonné par l’opinion publique.» En juillet 2013 – après avoir été expulsé par le régime de Bachar el- Assad en juin 2012 – il décida de faire un nouveau voyage en Syrie. Tout d’abord, car il croyait «à la force de la prière en situation… toute notre tradition sémitique locale, juive, chrétienne et musulmane témoigne de cette expérience que la prière force les événements, tord le bras du destin, dévie la trajectoire du malheur». Ensuite, «car le massacre, surtout des civils, enfants, femmes, vieillards restés à la maison, montre le désir de se débarrasser radicalement de l’autre, de nettoyer la terre de sa présence, de couper et de tarir sa descendance».

Paolo Dall’Oglio n’a pas disparu pour nous. Il nous habite, car il enseigne par ses actes et sa parole un choix qui s’impose à tous et toutes: épouser, avec conviction et raison, les espoirs qui se logent aujourd’hui dans le cœur de mil- lions de Syriennes et Syriens. Des espoirs qui brisent le silence construit par les dominants qui n’ont que mépris pour les majorités dites silencieuses quand elles se rebellent et optent pour leur émancipation, dans toutes ses dimensions. Sur ce chemin, la révolution pour une Syrie libre, juste et démocratique est la première étape nécessaire pour qu’un peuple martyr, toujours en lutte, recouvre sa dignité.

Ce peuple comprend immédiatement ce que disait le 22 juillet un Palestinien de Gaza: «Nous avons reçu des tracts pour évacuer, il y a quelques jours, mais je ne m’attendais pas à un tel carnage. C’est comme si nous étions à Alep.» Une unité profonde soude les aspirations et les attentes du peuple syrien rebelle et du peuple palestinien, comme des peuples de toute une région. L’Occident a voulu assigner ces peuples à une prétendue «servitude volontaire» qui légitimait les dictatures. Cela pour faire oublier le despotisme colonial et les services que leur rendaient ces autocraties.

Paolo Dall’Oglio rejetait ces mystifications, ces mensonges. Son combat – sous des modalités que chacune et chacun bâtira – doit être partagé.

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Texte de l’annonce du rassemblement de solidarité avec Paolo et tous les kidnappé.e.s et détenu.e.s en Syrie, à Lausanne le 7 août 2014, organisé par FSD et MPS avec la participation de plusieurs autres organisations.
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Lettre ouverte pour la Représentante Spéciale du Secrétaire Général de l’ONU sur la Violence Sexuelle lors des Conflits

Lors de la conférence de presse du 7 mai 2015, la représentante du Secrétaire Général de l’ONU sur la violence sexuelle lors des conflits, Mme Zainab Bangura, a informé la presse des résultats de sa visite au Moyen-Orient. Elle a abordé largement les exactions de Daech contre les femmes mais les exactions du régime syriens n’ont pas été vraiment abordé.

59 organisations (dont FSD) et plus de 350 signatures individuelles ont alors soutenu la lettre ouverte ci dessous qui a été adressée à Mme Bangura début juillet.

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Conférence de presse de Mme Zainab Bangura Source: http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=50794#.VaDvulxhOQv

Conférence de presse de Mme Zainab Bangura
Source: http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=50794#.VaDvulxhOQv

Nous sommes un groupe rassemblant des défenseurs du droit des femmes en Syrie et des organisations de la société civile. Nous vous écrivons pour vous faire par de notre grande préoccupation au sujet de la visite de la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies sur la Violence Sexuelle lors des Conflits (RSSG), qui a eu lieu au Moyen-Orient du 16 au 29 avril 2015.

Dans un premier temps, nous sommes préoccupés par le caractère partial du communiqué de presse fourni par la RSSG après sa visite du 7 mai 2015. Bien que le communiqué ait mentionné que la violence sexuelle était imputable à « la plupart des parties aux conflits en Syrie et en Irak », elle n’a donné que des détails sur les violences commises par l’EIIL en oubliant complètement la violence commise par le régime d’Assad qui est systématique, très étendue et prouvée.

Dans un deuxième temps, nous exprimons notre regret sur la façon dont les réunions de la société civile ont été conduites au Liban et en Turquie. Nous accueillons et encourageons volontiers la tenue de réunions entre d’une part la RSSG et les officiels des Nations Unies, et d’autre part la société civile lors d’une mission de terrain. Cependant, nous regrettons que les informations présentées par les militants de la société civile, notamment lors des réunions ayant eu lieu à Gaziantep le 18/04/2015 et à Beyrouth le 21/04/2015, ne faisaient pas partie de la communication et des messages retransmis par l’Office. Les réunions mentionnées ont réuni des organisations qui ont travaillé avec des victimes de violence sexuelle à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, et qui ont fourni des documents et des informations sur l’étendue de la gravité des violences commises par le régime d’Assad. Elles ont également réuni d’anciens détenus qui ont partagé leurs expériences personnelles sur la violence qu’ils ont subie en détention. Cependant, ces informations ainsi que d’autres faits et ressources présentés à l’équipe étaient complètement absents dans le dernier communiqué de Mme Bangura. Cela a pu créer un sentiment général, parmi les militants syriens présents, de n’être à la fois ni entendu ni considéré.

Le régime d’Assad a utilisé, et continue d’utiliser, la violence sexuelle comme une arme de guerre. Un rapport écrit par Human Rights Watch, le 15 juin 2012, indique que « les forces syriennes de sécurité ont utilisé la violence sexuelle pour humilier et dégrader les détenus avec une totale impunité. Les agressions ne sont pas limitées aux centres de détention, les forces gouvernementales et les miliciens pro-gouvernementaux chabiha ont aussi abusé sexuellement de femmes et de jeunes filles, dont certaines n’avaient pas plus de 12ans, chez elles ou lors d’interventions dans des zones résidentielles». Le rapport explique de plus la nature systématique de ces violations, et la complète impunité dont jouissent les auteurs.

De manière ironique, le rapport évoque nommément les services de renseignement 235 (connus sous le nom de « Section Palestinienne ») à Damas qui est décrit comme un bastion de la violence sexuelle. Mme Bangura a dit dans la réunion du 21/04/2015 qu’elle avait visité ce service et qu’elle avait rencontré Ali Mamlouk qui est l’une des figures majeures de cette violation systématique des droits de l’homme dans le régime syrien.

Dans l’ensemble, nous exprimons notre préoccupation sur le manque de prise de position impartiale de l’Office, et de son manque d’attention porté sur la responsabilité de tous les auteurs. Mme Bangura a déclaré que l’objectif global de sa visite au Moyen-Orient était une « mission d’enquête » ayant pour but « d’avoir une meilleure compréhension des besoins des déplacés venant de Syrie qui ont subi des violences sexuelles ainsi que de mobiliser d’autres acteurs des Nations Unies, afin d’être en mesure de montrer leur soutien aux victimes de violence sexuelle liée au conflit ». Nous pensons que la façon dont la visite a été conduite a empêché une enquête impartiale en ne mettant en avant que la position d’une des parties, et donc, qu’elle a échouée à prendre en compte les besoins des victimes femmes syriennes ainsi que celles qui sont sous la menace continuelle de violence sexuelle.

Il faut tenir compte du fait que le régime syrien s’abstient de collaborer avec toute mission internationale de documentation des violations des Droits de l’Homme en Syrie. La Commission d’Enquête sur la Syrie, mandatée par le Conseil des Droits de l’Homme, continue à être interdite d’entrer sur le territoire contrôlé par le régime d’Assad. Ainsi, nous pensons que limiter les recommandations du SRRG à des demandes de collaboration avec le régime d’Assad n’est ni réaliste ni constructif.

Nous encourageons évidemment toute mise en avant des crimes horribles commis par l’EIIL ou par tout autre groupe armé. Cependant, nous pensons qu’écarter un auteur majeur, que nous pensons être la cause première du conflit, et qui est le seul à jouir d’une souveraineté et d’obligations internationales, sera contre-productif et vraisemblablement nuisible pour les femmes qui continuent de souffrir dans le conflit en cours.

Le régime d’Assad contrôle toujours un large territoire et continue de le diriger au travers de services de sécurité qui sont notoirement connus pour leur utilisation de la torture, leurs abus et leurs violations à grande échelle. Nous pensons donc que le communiqué a échoué à montrer l’importance de la menace que le régime d’Assad fait porter sur la sécurité, et le bien-être des femmes vivant à l’intérieur de son territoire ou en dehors. En effet, elles sont la cible systématique de tirs d’explosif dans les zones peuplées, ce qui a un impact direct disproportionné sur elles.