Lettre ouverte pour la Représentante Spéciale du Secrétaire Général de l’ONU sur la Violence Sexuelle lors des Conflits

Lors de la conférence de presse du 7 mai 2015, la représentante du Secrétaire Général de l’ONU sur la violence sexuelle lors des conflits, Mme Zainab Bangura, a informé la presse des résultats de sa visite au Moyen-Orient. Elle a abordé largement les exactions de Daech contre les femmes mais les exactions du régime syriens n’ont pas été vraiment abordé.

59 organisations (dont FSD) et plus de 350 signatures individuelles ont alors soutenu la lettre ouverte ci dessous qui a été adressée à Mme Bangura début juillet.

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Conférence de presse de Mme Zainab Bangura Source: http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=50794#.VaDvulxhOQv

Conférence de presse de Mme Zainab Bangura
Source: http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=50794#.VaDvulxhOQv

Nous sommes un groupe rassemblant des défenseurs du droit des femmes en Syrie et des organisations de la société civile. Nous vous écrivons pour vous faire par de notre grande préoccupation au sujet de la visite de la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies sur la Violence Sexuelle lors des Conflits (RSSG), qui a eu lieu au Moyen-Orient du 16 au 29 avril 2015.

Dans un premier temps, nous sommes préoccupés par le caractère partial du communiqué de presse fourni par la RSSG après sa visite du 7 mai 2015. Bien que le communiqué ait mentionné que la violence sexuelle était imputable à « la plupart des parties aux conflits en Syrie et en Irak », elle n’a donné que des détails sur les violences commises par l’EIIL en oubliant complètement la violence commise par le régime d’Assad qui est systématique, très étendue et prouvée.

Dans un deuxième temps, nous exprimons notre regret sur la façon dont les réunions de la société civile ont été conduites au Liban et en Turquie. Nous accueillons et encourageons volontiers la tenue de réunions entre d’une part la RSSG et les officiels des Nations Unies, et d’autre part la société civile lors d’une mission de terrain. Cependant, nous regrettons que les informations présentées par les militants de la société civile, notamment lors des réunions ayant eu lieu à Gaziantep le 18/04/2015 et à Beyrouth le 21/04/2015, ne faisaient pas partie de la communication et des messages retransmis par l’Office. Les réunions mentionnées ont réuni des organisations qui ont travaillé avec des victimes de violence sexuelle à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, et qui ont fourni des documents et des informations sur l’étendue de la gravité des violences commises par le régime d’Assad. Elles ont également réuni d’anciens détenus qui ont partagé leurs expériences personnelles sur la violence qu’ils ont subie en détention. Cependant, ces informations ainsi que d’autres faits et ressources présentés à l’équipe étaient complètement absents dans le dernier communiqué de Mme Bangura. Cela a pu créer un sentiment général, parmi les militants syriens présents, de n’être à la fois ni entendu ni considéré.

Le régime d’Assad a utilisé, et continue d’utiliser, la violence sexuelle comme une arme de guerre. Un rapport écrit par Human Rights Watch, le 15 juin 2012, indique que « les forces syriennes de sécurité ont utilisé la violence sexuelle pour humilier et dégrader les détenus avec une totale impunité. Les agressions ne sont pas limitées aux centres de détention, les forces gouvernementales et les miliciens pro-gouvernementaux chabiha ont aussi abusé sexuellement de femmes et de jeunes filles, dont certaines n’avaient pas plus de 12ans, chez elles ou lors d’interventions dans des zones résidentielles». Le rapport explique de plus la nature systématique de ces violations, et la complète impunité dont jouissent les auteurs.

De manière ironique, le rapport évoque nommément les services de renseignement 235 (connus sous le nom de « Section Palestinienne ») à Damas qui est décrit comme un bastion de la violence sexuelle. Mme Bangura a dit dans la réunion du 21/04/2015 qu’elle avait visité ce service et qu’elle avait rencontré Ali Mamlouk qui est l’une des figures majeures de cette violation systématique des droits de l’homme dans le régime syrien.

Dans l’ensemble, nous exprimons notre préoccupation sur le manque de prise de position impartiale de l’Office, et de son manque d’attention porté sur la responsabilité de tous les auteurs. Mme Bangura a déclaré que l’objectif global de sa visite au Moyen-Orient était une « mission d’enquête » ayant pour but « d’avoir une meilleure compréhension des besoins des déplacés venant de Syrie qui ont subi des violences sexuelles ainsi que de mobiliser d’autres acteurs des Nations Unies, afin d’être en mesure de montrer leur soutien aux victimes de violence sexuelle liée au conflit ». Nous pensons que la façon dont la visite a été conduite a empêché une enquête impartiale en ne mettant en avant que la position d’une des parties, et donc, qu’elle a échouée à prendre en compte les besoins des victimes femmes syriennes ainsi que celles qui sont sous la menace continuelle de violence sexuelle.

Il faut tenir compte du fait que le régime syrien s’abstient de collaborer avec toute mission internationale de documentation des violations des Droits de l’Homme en Syrie. La Commission d’Enquête sur la Syrie, mandatée par le Conseil des Droits de l’Homme, continue à être interdite d’entrer sur le territoire contrôlé par le régime d’Assad. Ainsi, nous pensons que limiter les recommandations du SRRG à des demandes de collaboration avec le régime d’Assad n’est ni réaliste ni constructif.

Nous encourageons évidemment toute mise en avant des crimes horribles commis par l’EIIL ou par tout autre groupe armé. Cependant, nous pensons qu’écarter un auteur majeur, que nous pensons être la cause première du conflit, et qui est le seul à jouir d’une souveraineté et d’obligations internationales, sera contre-productif et vraisemblablement nuisible pour les femmes qui continuent de souffrir dans le conflit en cours.

Le régime d’Assad contrôle toujours un large territoire et continue de le diriger au travers de services de sécurité qui sont notoirement connus pour leur utilisation de la torture, leurs abus et leurs violations à grande échelle. Nous pensons donc que le communiqué a échoué à montrer l’importance de la menace que le régime d’Assad fait porter sur la sécurité, et le bien-être des femmes vivant à l’intérieur de son territoire ou en dehors. En effet, elles sont la cible systématique de tirs d’explosif dans les zones peuplées, ce qui a un impact direct disproportionné sur elles.

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Publié le 11/07/2015, dans FSD, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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