Archives Mensuelles: mai 2017

Mobilisation à l’occasion de Genève 6

« La Russie et l’Iran, criminels de guerre, ne peuvent pas être les garants de la paix en Syrie! » a été le thème du rassemblement de la diaspora syrienne, le 17.05.2017, devant l’ONU à Genève, qui a réuni une trentaine de personnes. Plusieurs militants et militantes suisses se sont joints au rassemblement. Plusieurs membres de la délégation de l’opposition syrienne étaient également présents. Le rassemblement  a débuté par une minute de silence à la mémoire des victimes du régime syrien, de ses alliés, des frappes de la coalition internationale, de Daech et de ses semblables.

Rassemblement à l’occasion de Genève 6 le 17 mai 2017

 Les activistes qui ont pris la parole ont rappelé

qu’il n’y a pas d’avenir pour la Syrie avec le régime Assad

– qu’il n’y a pas d’avenir pour la Syrie avec la Russie et l’Iran comme garants de la paix alors qu’ils sont deux pays agresseurs et même envahisseurs 

– qu’il n’y pas d’avenir pour la Syrie sans la justice et le jugement de tous les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. 

que l’avenir en Syrie se fera avec une transition politique et sans le régime Assad.

Ils ont aussi appelé à l’arrêt de tous les bombardements en Syrie et au départ de toutes les forces étrangères de Syrie.

Farah Atassi, membre de la délégation de l’opposition syrienne aux négociations,  a dénoncé les manoeuvres du régime syrien qui tente d’ effectuer un changement démographique en Syrie en forçant la population des régions assiégées à se déplacer vers Idlib au nord de la Syrie. Elle a informé la diaspora que l’opposition aborde ce dossier très grave dans le cadre des négociations de Genève 6.

Hind Kabawat, membre de la délégation de l’opposition syrienne aux négociations, a dénoncé quant à elle le silence de la communauté internationale face à la souffrance extrême que les Syriens subissent.

Les chants de la révolution ont accompagné la fin du rassemblement.

Plusieurs médias étaient présents.

FSD

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« A genoux, sinon la famine », témoignages d’une zone assiégée

Assiéger les régions protestataires, les bombarder intensivement et leur imposer la famine en interdisant strictement l’entrée des aliments, fait partie d’une politique systématique et délibérée du régime syrien. Autour de ces zones assiégées on peut lire une inscription sur les murs: « A genoux, sinon la famine » écrite par les forces du régime syrien. Or la famine imposée et le bombardement des populations civiles constituent des violations de la loi internationale et font partie des crimes de guerre. Lorsque les habitants ne peuvent plus supporter ces conditions de vie extrêmement difficiles, le régime propose alors des accords avec la zone en question, pour la vider de ses habitants à qui on impose alors un déplacement forcé, souvent vers Idlib au nord de la Syrie. Ce fut le cas à Homs, Darayya, Alep-Est, al-Waer, Zabadani, Madhaya, etc. FSD a traduit un article de l’arabe qui rapporte le témoignage de trois habitants de Mouadhamyat al-Cham (assiégée de 2013 à 2016) qui sont arrivés à Idlib en octobre 2016.

« A genoux, sinon la famine! ». Source             http://www.creativememory.org/?p=110273

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Histoires du siège de Mouadhamyat al-Cham

Article en arabe de Mariam Ahmad

Mouadhamyat al-Cham, ville de la région de Damas, a été assiégée pendant trois ans non-stop. Durant ce siège, plusieurs tentatives d’accord ont eu lieu qui ont permis aux étudiants et aux employés travaillant à Damas de sortir de la ville et d’y retourner, mais sans rien emporter avec eux. Finalement, à la mi-octobre 2016, le régime a forcé 1100 habitants de la ville à partir en les re-dirigeant vers la ville d’Idlib, en emportant avec eux des dizaines d’histoires déchirantes.

Les habitants de la ville qui étaient autorisés à en sortir et à y revenir considéraient la salle d’inspection du checkpoint al-Somaryya comme un cauchemar épuisant. C’était un lieu d’humiliation pour les hommes, les femmes et les enfants, parce que personne ne pouvait y passer sans être insulté, battu et parfois arrêté après être resté debout pendant de longues heures en attente de l’inspection. Pour quitter Mouadhamyat al-Cham ou en y rentrer, il fallait traverser deux km de route avec quatre checkpoints et al-Somaryya était le plus difficile à passer; des centaines de passants y ont été arrêtés.

Douaa Najjar (30 ans), l’une des habitantes de Mouadamyat al-Cham arrivés à Idlib, nous raconte son histoire en essayant de rassembler sa mémoire marquée par des événements douloureux. Elle dit: «En rentrant du travail, je devais attendre environ 3 à 4 heures avant de passer une inspection qui viole toute dignité humaine. Comme on manquait de nourriture, j’ai pris une fois le risque d’apporter un morceau de chocolat et une galette de pain pour mon fils affamé et je les avais cachés dans mes vêtements. En entrant dans la salle d’inspection je tremblais et je transpirais de peur. L’inspection a été minutieuse et on m’a demandé d’enlever le voile et les vêtements extérieurs. Lamis, responsable de l’inspection des femmes, a découvert ce que je cachais, elle m’a alors giflé, m’a donnée un coup de pied et m’a dit:
– Que tu es bête, tu caches le pain sur ton corps, quel péché tu commets toi l’affamée!
Douaa ajoute: «comme si elle savait distinguer le péché du bien!». Elle poursuit: « Je l’ai suppliée de me laisser la galette de pain, même si je me sentais humiliée et ça me faisait très mal. Je l’ai fait pour mon fils. Je voulais qu’il mange du chocolat. Lamis m’a répondu:
– Fous le camp avant que je ne procède à ton arrestation! »

Jamal Mohammed (23 ans), étudiant universitaire nous raconte: «la longue attente à ce checkpoint n’est pas causée par le nombre de passants. Souvent nous ne sommes que quelques-uns à passer, mais les agents qui font l’inspection font exprès de nous faire attendre pour nous humilier, ou alors nous devons attendre qu’ils finissent de manger et de boire leur maté pour décider de nous faire passer. Une fois, j’attendais mon tour et j’avais caché dans mes chaussures un sachet de médicament pour l’hypertension pour ma mère. Mon cœur tremblait de peur mais j’essayais de faire semblant que j’étais fort. Les moments écoulés me semblaient des années à cause de la peur, parce qu’ils nous demandaient parfois d’enlever nos chaussures. Lorsque mon tour vint l’élément de la sécurité me dit:
– Viens ici l’islamiste, qu’est-ce que tu as sur toi? Dis-le moi avant que je ne te fouille!
J’ai répondu que j’avais un paquet de cigarettes. En fait, je l’avais amené avec moi exprès pour camoufler le médicament. Je priais Dieu pour qu’il le prenne et me laisse passer sans me fouiller. Je récitais toutes les prières que je connaissais au fond de moi… Il dit enfin:
– Donne-moi les cigarettes et vas-t-en… Ne le refais plus jamais! Que tu n’es qu’une bête qui sais apprécier le plaisir de fumer!».
Je me sentais fou de joie à entendre ces mots, malgré toute l’humiliation et les insultes, mais j’avais réussi à passer le médicament. J’avais de la peine à y croire. J’ai couru comme si j’étais un héros légendaire pour donner son médicament à ma mère, avec beaucoup de fierté».

Nasreen, 26 ans, nous parle de son expérience avec les checkpoints: « Je suis entrée à Damas à cause d’une situation d’urgence lors de mon accouchement. Cinq jours après, sur le chemin du retour à Mouadhamyat al-Cham, je suis arrivée au checkpoint et j’au dû faire la queue pour être fouillée comme les autres; je portais mon bébé sous le soleil qui tapait fort, sans pouvoir m’asseoir. Au bout de deux heures et demie je suis entrée dans la salle en tenant mon bébé entre les bras et je tremblais de peur et d’épuisement. Je ne tenais plus debout de peur à cause de la boîte de lait que j’avais pris avec moi. Aïda, l’une des quatre femmes qui effectuaient la fouille des femmes au checkpoint al-Somaryya, m’a dit:
-Ton nouveau-né c’est un garçon où une fille?
J’ai répondu que c’était un garçon. Elle s’est alors énervée et a hurlé:
-Ca signifie que tu as fait un terroriste alors!
Elles ont commencé à me fouiller minutieusement alors que j’étais épuisée. Ensuite c’était le tour de mon bébé. Elle l’a pris et a commencé à le fouiller comme s’il était un objet en fer et non pas un nouveau-né! Elle lui a arraché le lange sauvagement en pensant qu’elle y trouverait de l’argent. Pendant ce temps, moi j’étais sur les nerfs et j’avais très peur pour mon bébé. Je sentais mon sang bouillant de colère, car je ne voulais pas qu’elle lui fasse du mal. Pour moi, elle pouvait me battre et m’humilier autant qu’elle le voulait, mais pas toucher à mon fils. La présence d’un enfant avec soi intensifie la peur!. J’ai très mal vécu cette horrible situation, j’avais de la sueur plein le corps à cause de l’oppression que je ressentais. Il m’était impossible de prendre mon bébé pour le protéger et je devais me taire. Pire encore, j’étais obligée de faire semblant de sourire et de me tenir tranquille. Si mon fils âgé de 5 jours n’a pas échappé à leur brutalité qui pourrait y échapper? Ils ont pris tout ce que j’avais pour les besoins de base suite à un accouchement, un peu de lait, des langes et le médicament fortifiant que le médecin m’avait prescrit.».

Astana 4: négociations en terrain miné

Article traduit de l’arabe par FSD.

Astana est une nouvelle initiative de la Russie pour prolonger la survie du régime syrien!

Source:Article de Hazem al-Halabi, Syrian Press Center

Plusieurs générations arabes ont grandi à l’écoute du dossier des négociations « israélo – palestiniennes » et finalement de la feuille de route de la solution à deux Etats, qui n’a toujours pas porté ses fruits aujourd’hui. Aucun résultat qui permettrait de construire de futures étapes n’est apparu et ceci à cause de la politique de doubles standards des commanditaires de ces négociations au cours des années passées, en particulier des Etats-Unis qui les ont parrainées et qui ont réussi à convaincre les Palestiniens et les Arabes d’accepter une solution imaginaire appelée « solution à deux Etats ». Peut-être parce que les Palestiniens ont finalement pris conscience du fait qu’ils sont le maillon le plus faible, et que le système international est le protecteur d’Israël et le garant de son existence et de la sécurité au cœur du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, les parties prenantes internationales répètent le même scénario en Syrie, avec la différence fondamentale que le conflit en Syrie est un soulèvement populaire contre la tyrannie du régime en place, pour la liberté et la dignité. Mais après les nombreuses interventions délibérées des puissances internationales, défendant chacune ses intérêts dans la région, les ficelles se sont emmêlées et la cause s’est internationalisée, et elle a débordé du contexte local syrien, initialement confiné entre le régime et son opposition. Un nouvel acteur international, la Russie, en fait partie prenante du conflit depuis le début et principal soutien du régime syrien, s’est soudain propulsée sur le devant de la scène et s’est auto-proclamée parrain principal du dossier des négociations de paix en Syrie.

La mascarade des négociations:

La Russie a réussi à créer de toutes pièces les négociations d’Astana, qui se sont transformées en une “série” à épisodes multiples. Aujourd’hui, nous sommes au quatrième épisode de cette série, et la dernière nouveauté apparue c’est l’idée russe d’établir des zones « calmes », ou zones d’ « atténuation du conflit » et non pas des zones de sécurité comme proposé récemment par l’administration américaine. Malheureusement la proposition russe est minée par des ambigüités qui rendront son application sur le terrain très difficile, et qui laissent la porte ouverte à différentes interprétations, surtout en instituant l’Iran, Etat envahisseur de la Syrie, comme garant de l’accord de cessez-le-feu.

Le point commun entre le dossier palestinien et le dossier syrien c’est la politique de doubles standards appliquée par les parties qui parrainent les négociations. La discussion sur le retour d’Israël aux frontières de 1967 n’est pas finie à ce jour vu l’intransigeance israélienne persistante et le parti pris américain. Et à Astana, aujourd’hui, la délégation de l’opposition syrienne appelle au retrait des forces du régime syrien sur ses positions au 30 décembre 2016. Autrement dit, la délégation demande que les forces du régime se retirent vers les zones qui étaient sous son contrôle lors de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu orchestré par la Russie avec l’Iran et la Turquie, et qui a conduit aux quatre épisodes d’Astana. L’opposition est bien consciente des manoeuvres du régime syrien et de la Russie pour profiter de la trêve pour grignoter à nouveau des territoires libérés, comme cela s’est passé lors du dernier accord.

Pourquoi la Russie a-t-elle proposé des zones d’atténuation de conflit?

Il semble que la Russie a pris conscience d’un changement de ton récent du discours américain en vue de trouver une solution au conflit en Syrie, en parallèle avec ce que les Etats-Unis appellent la « lutte contre le terrorisme » en Syrie, et l’imposition de zones de sécurité pour les civils syriens pour les mettre à l’abri du conflit. Les États-Unis ayant commencé à mettre la pression sur le dossier, côtés politique et militaire, la Russie s’est soudainement agitée et pour tenter de reprendre la main, a appelé à atténuer le conflit et à mettre en place des zones “sécurisées”, alors même que les avions russes continuaient à bombarder les hôpitaux, les infrastructures et les équipements publics, ce qui a conduit à la mise hors service définitive de sept hôpitaux à Idlib quelques jours plus tôt.

Négociations minées:

La Russie et les pays de la région, l’Iran et la Turquie, principaux acteurs des combats militaires sur le terrain, sont aussi non seulement les commanditaires et les parrains de l’accord mais encore les garants de son application. Ce qui est ironique dans l’histoire c’est de considérer l’Iran comme un Etat garant du cessez-le-feu alors même que l’Iran envoie des milices sectaires iraniennes pour lutter contre le peuple syrien depuis le début de la révolution et persiste jusqu’à ce jour. C’est une grande farce que de demander à l’Iran d’envoyer des forces d’interposition entre les forces de l’opposition et celles du régime, alors que les forces iraniennes sont présentes sur le terrain syrien dans les rangs du régime. Un tel accord donne aux « forces d’interposition » iraniennes l’occasion de protéger ses propres lignes, avant de fonctionner comme des bombes à retardement dans les zones sous contrôle de l’opposition. De plus, l’Iran est un État voyou qui ne respecte ni les conventions internationales, ni ses promesses.

Le dossier des détenus syriens dans les prisons du régime mériterait à lui seul des négociations et une conférence spéciale pour le résoudre. Le régime syrien et les Russes continuent à l’utiliser comme moyen de pression sur l’opposition pour obtenir des concessions. En particulier, aujourd’hui à Astana 4, pour liguer les groupes armés de l’opposition les uns contre les autres dans le cadre d’une prétendue orchestration de la lutte « anti-terroriste »..

La Russie prétend vouloir parvenir à un cessez-le-feu complet en Syrie, pour ensuite passer au dossier politique et aux négociations réelles, après avoir préparé le terrain pour cela. En réalité, elle essaie d’imposer un cessez-le-feu propice à la survie du régime syrien et en même temps d’ affaiblir les forces de l’opposition pour jeter les bases de la division future du pays.

Depuis 2012, la communauté internationale a décrit la guerre syrienne comme étant «la tragédie du siècle», sans pour autant lui trouver une solution. Pire, alors que des atrocités abominables se reproduisent encore et encore, elle ne fait que répéter inlassablement sa condamnation des crimes commis. En conséquence la crise syrienne pourrait bien rester piégée encore longtemps, au bon vouloir de la Russie et au gré des feuilletons d’ASTANA.

SPC- Hazem al-Halabi