Archives Mensuelles: décembre 2018

Le Régime Assad c’est ça: 3

Destruction de la tombe de l’activiste pacifiste Ghiyath Matar (l’homme qui distribuait des roses et de l’eau aux soldats de Bachar, son corps mutilé a été rendu à sa famille quatre jours après son arrestation.)

Article écrit par Maher Sharaf-el-Dine le 17.12.2018 et traduit de l’arabe par FSD.

« Marchons sur les pas de Ghiyath Matar… », Manifestation à Damas en août 2012. Source ici

Le régime Assad a détruit la tombe de Ghiyath Matar.

Le meurtre de la révolution est terminé, le moment est venu de mutiler son corps.

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Ghiyath Matar n’étant pas un martyre comme les autres, sa tombe ne sera jamais une tombe comme les autres, surtout dans un pays gouverné à partir d’une tombe comme la Syrie (qui n’a pas entendu  Bachar Assad dire -au début de son règne- que son père gouvernait la Syrie depuis sa tombe? De plus, la famille Assad gouverne le pays  par biais du parti al-Baath dont le nom vient du vocabulaire des morts: Baath signifie résurrection).

Ghiyath Matar était bien plus qu’un martyre de la révolution et sa tombe était bien plus qu’ un peu de terre jetée sur son corps, dont par ailleurs plusieurs organes avaient été prélevés par ses assassins.

Quiconque n’a pas compris le caractère citoyen de la révolution syrienne, ne peut pas reconnaître l’importance du message de Ghiyath Matar.

Quiconque n’a pas compris que la nature citoyenne de la révolution syrienne terrifiait davantage les généraux du régime que la résistance armée ne peut pas comprendre l’assassinat de Ghiyath Matar.

Les roses et les bouteilles d’eau offertes par Ghiyath Matar et ses camarades aux soldats de Bachar étaient pour le régime comme des engins explosifs placés sous le trône de Bachar al-Assad. Une rose dans la main d’un soldat était une balle dans la poitrine du Président.

Personne n’a compris mieux qu’Assad le danger que représentaient les actions de Ghiyath Matar. C’est le locataire du palais présidentiel qui a le mieux saisi Ghiyath Matar, et il a été terrifié par son message . Aujourd’hui – au milieu de tous ces décombres et de ce chaos – il s’est souvenu de la tombe de ce jeune homme, et dès que son armée a atteint la région où il est enterré, il a ordonné la destruction de sa tombe.

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Je ne sais pas comment la tombe de Ghiyath Matar a été détruite. Je ne sais pas non plus si les forces du régime ont d’abord fracassé et sali la pierre tombale. Mais ce dont je suis sûr c’est que pour finir ils ont soigneusement nettoyé la terre, le gravier et le marbre. Ce dont je suis certain c’est que le conducteur du bulldozer avait, à ce moment-là, le sentiment de démolir un monument imposant, et en aucun cas une simple tombe dépassant à peine du sol. Un monument où la révolution citoyenne a vécu, dans chaque recoin, un moment formidable de sa courte vie, un moment formidable de notre rêve éternel de vivre librement dans le pays dont nous portons le nom, la douleur et l’histoire, notre rêve éternel d’une Syrie citoyenne et moderne.

Un rêve qui a débuté par une rose et une bouteille d’eau ne pourra jamais être balayé, même par tous les bulldozers du monde.

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Note de FSD: les camarades de Ghiyath Matar ont subi le même sort, l’annonce de leur mort

est récente (été 2018).

Le film documentaire (Little Ghandi) de Sam Kadi retrace la vie de Ghiyath Matar.

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Le Régime Assad c’est ça: 2

Témoignage de l’enfer de Saidnaya pendant le 4e jour de l’Aid al-Adha (fête du sacrifice) de septembre 2015

Par Ayman Akad, un jeune syrien.

Traduit de l’arabe par FSD (Source: Save the Rest)

« Pour moi, la fête du sacrifice  n’est plus aujourd’hui une occasion de célébration et de joie ou même un rite sacré, comme elle l’a été dans le passé. Au contraire, elle est aujourd’hui un lien avec un passé douloureux, des geôliers haineux et des détenus sans défense. Les voix des détenus et leurs visages sont accrochés à notre esprit. Ce n’est pas mon sentiment seulement,  mais c’est le sentiment de chaque détenu qui a vécu les jours de la fête entre les murs rouges de Saidnaya. J’écrit ces lignes pour faire savoir au monde entier la quantité de haine que nous avons subi dans la prison de Saidnaya, dans le bâtiment rouge, le quatrième jour de l’Aïd al-Adha, le 28-09-2015. Ce jour, nous avons perdu de nombreux co-détenus. C’est comme si nous avions été nous les sacrifices offerts par les geôliers à leur Dieu diabolique, le régime de l’oppression et de la tyrannie. Le plus âgé des détenus dans notre cellule n’avait pas plus de 18 ans. 

Après le coucher du soleil, dont nous n’avons pas vu un rayon ce jour-là, nous attendions notre tour pour la séance de torture, ils appelaient ça « la fête de torture ».

A chaque période de fêtes en détention à Saidnaya, les géôliers consacrent une journée à la torture de tous les détenus dans la prison. Nous étions dans la neuvième cellule, l’avant-dernière, au deuxième étage, nous entendions les sons des tortures au rez-de-chaussée et nous attendions notre tour à chaque instant. Nous entendions pêle-mêle les geôliers qui se vantaient et les détenus qui hurlaient de souffrance. On entendait le bruit des pas qui se rapprochaient, des insultes et des rires sinistres. Tenez-vous prêts!

C’était notre tour. Nous nous sommes mis à plat ventre, tous, les mains sur les yeux et nos yeux implorant Dieu de nous soulager de ce tourment ou de reprendre nos âmes qui ne désiraient plus que la mort. Le geôlier a appelé l’officier: Monsieur, ils sont prêts à la garderie (le plus âgé de cette cellule n’ayant pas 18 ans). 6 ou 7 hommes sont entrés avec l’officier, nous ne savions pas leur nombre exact, mais nous connaissons la quantité de haine qu’ ils nourrissaient. La punition a commencé par des insultes et des passages à tabac avec les matraques, des chaînes de char et des sceaux en fer.

Lorsqu’ils en ont eu fini avec nous, ils nous ont ordonné d’entrer dans la salle de bain et d’y passer la nuit, avec l’interdiction de dormir et d’en sortir. Nous étions 36 personnes entassées dans une salle de bain longue de deux mètres. Lorsque le jour s’est levé, plusieurs parmi nous avaient rendu l’âme. Leur seule faute était d’avoir rêvé de vivre. Nous avons sorti les corps de nos martyrs et nous avons été privés de manger pour que le jeûne contribue à notre mort. 

Au nom de quel livre divin dois-je prier pour ceux qui sont toujours vivants et qui résistent dans ces cellules obscures?

Je ne sais plus quoi dire, pourquoi j’écris, ni à qui. Qui dois-je supplier? 

Ces organisations qui ne font que réclamer et dénoncer?

Où bien ces arrivistes qui ont profité de la révolution pour se remplir les poches?

Je sais parfaitement qu’il existe là-haut un Seigneur qui a promis la victoire aux opprimés, même si ce n’est que plus tard.

Je m’adresse au Dieu d’Adam, de Jésus-Christ, de Moïse et de Joseph. “Toi seul tu connais leur état et leurs désirs, alors aide-les, exauce leurs souhaits et libère les. « 

Le régime Assad c’est ça: 1

Témoignage: « Il y avait avec nous, dans notre cellule, à l’un des sièges des services de renseignements, un enfant qui s’appelait Mohamad Rifa’i, de Zabadani (dans la campagne ouest de Damas). Mohamad a été emmené à l’interrogatoire et à son retour dans la cellule il avait été violé. Un quart d’heure après, il a rendu l’âme. Nous avons alors frappé à la porte de la cellule pour demander au geôlier d’ouvrir pour sortir son corps. Il a répondu d’ un ton moqueur:  « Attendez un peu, il pourrait encore accoucher d’un enfant ». Cette histoire me hante depuis».

Récit de Bashar Wanli, ancien détenu du régime syrien (de 2013 à 2017), lors du rassemblement de solidarité avec les détenus de la révolution syrienne et leurs familles devant l’ONU à Genève le 08.12.2018.

Rassemblement à Genève le 08.12.2018