Le régime Assad c’est ça: 4

«Parce que mes chaussures ressemblaient à celles d’une autre, j’ai perdu ma virginité et ils m’ont violée en bande et à répétitions!»

Témoignage de l’ancienne détenue Aaïda al-Haj Youssuf*, Traduit par FSD d’un article paru sur Zaman al-Wasl le 27.11.2018, en arabe:  

Prison de Aadra, Damas

Dans les prisons d’Assad -où se passent les pires exactions criminelles- les moments sont tous pareils, les minutes peinent à passer, chaque jour ressemble à son précédent, les visages peuvent changer, mais la souffrance accumulée est la même et c’est elle qui prévaut, avec de légères différences dans les détails des histoires des détenues; des histoires qui restent pourtant similaires.

Certains des événements douloureux qui nous ont le plus affligées, moi et les autres détenues, sont profondément ancrés dans ma mémoire et ne la quittent jamais. Les plus marquants se passaient pendant cette heure du soir où des femmes détenues dans les branches du service de renseignement (Moukhabarat) sont amenées à la section des accusées de terrorisme de la prison d’Aadra. Pendant ces moments toutes les prisonnières de cette section s’affairaient  comme des abeilles pour essayer de soulager la souffrance des nouvelles arrivées. Elles s’activaient  pour chauffer de l’eau pour les douches, pour faire de la place dans la cellule collective, pour arranger les restes de nourriture et rechercher des vêtements usés ici et là, souvent sans succès.

Après un séjour sinistre dans les branches des Moukhabarat, il y a parmi ces femmes qui arrivent à la prison de Aadra, celles qui quittent la prison dès la première session du semblant de procès qui suit, et d’autres qui attendent encore aujourd’hui leur libération ou une décision à leur sujet.

Un soir, un mois environ après mon arrivée dans cette prison, les Moukhabarat ont transfèré à la section du « terrorisme » de Aadra des femmes dont la majeure partie avaient été préalablement détenues dans la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air. Parmi ces femmes, il y avait une jeune femme de 23 ans, brune, maigre, grande, vêtue d’un manteau noir, d’un voile noir et de chaussures blanches. Elle pleurait le plus souvent, puis se calmait sans réelle raison. Sa fatigue et son épuisement étaient bien visibles. De nombreuses cicatrices couvraient tout son corps: des hématomes, des traces de brûlures, des traces d’électrocution et des tâches de couleur rose indiquant la cicatrisation d’autres blessures. Il était évident qu’elle avait subi une torture extrêmement dure. Cette jeune femme était très semblable à toutes les autres détenues, mais d’elle se dégageait un sentiment de bonté et d’infinie simplicité.

En parlant avec elle pour la réconforter j’appris qu’elle était détenue depuis quatre mois suite à son arrestation par les Moukhabarat près de la campagne est de Damas, que lors de son arrestation elle portait une burqa qui lui a été  confisquée immédiatement, et qu’elle n’avait reçu qu’une éducation primaire. Elle m’a demandé si le saignement vaginal dont elle souffrait affecterait sa santé. J’ai été choquée quand elle m’a confié ses craintes d’être enceinte parce qu’elle avait perdu sa virginité dans la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air lors d’un viol qu’elle y avait subi. Elle m’a rapporté que son violeur disait: «C’est ça ce que vous vouliez, c’est de votre faute si on en est arrivé là. C’est vous les traîtres et les collaborateurs». Elle m’a dit, et son visage traduisait sa honte, que plusieurs membres de cette branche se sont succédés pour la violer à plusieurs reprises. Et elle a ajouté, “ces salauds ne m’ont même pas donné une pilule pour éviter une grossesse, et pendant ces quatre mois je n’ai pas pu me laver une seule fois ». Elle m’a demandé si elle devait informer sa famille des viols dont elle avait été victime. Ne sachant quoi lui conseiller j’ai évité de lui donner une réponse. En même temps, j’ai senti la colère monter en moi et une tension énorme m’envahir car j’aurais tellement voulu lui dire oui, il faut absolument en parler. Beaucoup de femmes détenues ont subi le même sort que cette jeune femme et la plupart d’entre elles ont gardé ce secret pour elles!

Elle avait besoin de comprendre les raisons de la torture qu’elle avait subi. Ils l’avaient torturée pour lui extorquer les « aveux » qu’ils voulaient entendre, à savoir une supposée aide apportée aux « groupes armés » et de prétendues visites aux quartiers généraux secrets de ces derniers près de Damas. Elle ne pouvait rien reconnaître de tout cela car elle n’y comprenait rien.

Une semaine plus tard, elle a comparu devant le tribunal « contre le terrorisme». Le juge a ordonné son arrestation pour avoir aidé et financé les groupes armés! Elle a donc été renvoyée à la prison d’Aadra. A son retour, elle était complètement effondrée et  criait « Dites-moi  ce que j’ai fait pour mériter l’emprisonnement? ». J’aurais voulu lui répondre: « Ma petite, personne ne peut te dire pourquoi… car aucune des femmes qui sont dans cette section de la prison ne sait  pourquoi elle a été arrêtée et la majorité des accusations contre ces femmes sont fausses. Certaines sont accusées de livraison de pain ou de médicaments dans les zones assiégées, d’autres d’avoir soigné des blessés, ou encore d’avoir passé des informations. Ma petite, ici, toute action qui montre un peu d’humanité conduit à est une accusation qui pourrait t’amener à une exécution sommaire ou  à une mort lente en détention». 

Le cas de cette jeune femme n’a pas attiré l’attention de « Miriana », la « Poule d’or »** du directeur de la prison de Aadra, dont nous avons parlé dans les témoignages précédents, parce qu’elle était issue d’une famille pauvre. Au cours de son emprisonnement à Aadra, elle aidait d’autres femmes détenues, plus aisées financièrement, dans le but de gagner une petite somme d’argent pour pouvoir obtenir des produits d’hygiène et pour couvrir les frais de communications téléphoniques avec ses proches.

Deux mois et demi plus tard, elle a été surprise de recevoir la décision de sa libération dans laquelle elle a pu lire « arrêtée par erreur, à cause d’une similitude de chaussures ». A ses parents on a expliqué son arrestation  par le fait qu’une jeune femme travaillant avec les groupes armés aurait été sous surveillance des Moukhabarat et aurait porté des chaussures similaires à celles de leur fille! 

En guise d’adieu, ses derniers mots me furent adressés avec une voix innocente et une expression désemparée: «A cause d’une ressemblance de chaussures, j’ai perdu ma virginité et j’ai subi des viols répétés!».

Pendant ses quatre mois de détention dans les sous-sols de la branche des Moukhabarat d’Assad, les géôliers n’ont pas pu extorquer des aveux à cette jeune femme, malgré la torture, et n’ont su, comme des monstres déchaînés , que la violer et lui enlever ce bien si important pour une femme orientale, sa virginité!

————

* Aïda al-Haj Youssuf a passé 8 mois à la prison d’Aadra en 2017, suite à son arrestation en décembre 2016 et sa détention dans une branche des Moukhabarat. A sa libération elle a fui la Syrie vers la Turquie et depuis elle publie ses témoignages, qui lui ont valu d’être agressée physiquement

https://en.zamanalwsl.net/news/article/37723/ 

** Miriana est une détenue à la prison d’Aadra, qui intervient auprès des détenues fortunées  comme  bras du directeur de la prison, pour leur soustraire de l’argent. En contre-partie elle a les faveurs du directeur.

https://www.zamanalwsl.net/news/article/94860/

Publié le 18/01/2019, dans FSD, Mémoire de la Révolution, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :