Archives Mensuelles: juin 2019

Sauvez Idlib! Appel de l’ancien maire d’Alep, en grève de la faim

Alors que le régime syrien et son allié russe bombardent sans relâche hôpitaux, écoles, marchés, boulangeries et autres objectifs civils dans la région d’Idlib en Syrie, Brita Hagi Hassan, ancien maire d’Alep élu démocratiquement, aujourd’hui réfugié forcé en France, engage une grève de la faim depuis le 08.06.2019. Il  lance un appel à l’aide, ci-après, aux responsables politiques et humanitaires, et à l’opinion publique pour faire pression, afin que cesse le massacre, et que l’aide soit apportée aux populations civiles, qui ne trouvent d’autre abri que les oliviers près de la frontière turque hermétiquement fermée.

Les oliviers comme seul abri des Civils d’Idlib

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les représentants des peuples du monde libre,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations de la société civile,

Mesdames et Messieurs les responsables des médias, les penseurs et leaders d’opinion soucieux des causes justes,

Plus de huit ans se sont passés,  dans le silence assourdissant de la communauté internationale, depuis le début de la tuerie organisée par le régime d’Assad en Syrie, en réponse au soulèvement du peuple syrien pour la liberté, la dignité et les droits les plus élémentaires. Pourtant les exactions criminelles de plus en plus féroces du régime Assad, de ses alliés russes et iraniens et de leurs milices sectaires contre la population syrienne, ont été largement documentées dans de nombreux rapports d’organismes internationaux reposant sur des sources d’information particulièrement fiables.

Aujourd’hui les Syriens sont les victimes d’innombrables crimes contre l’Humanité et crimes de guerre. Ces Syriens réfugiés dans leur propre pays subissent encore des bombardements barbares, des disparitions forcées dans les geôles du régime et la mort sous la torture dans leurs sous-sols obscurs. Ces crimes, les plus brutaux et les plus laids de notre histoire moderne et contemporaine équivalent aujourd’hui à un véritable génocide.

En dépit des atrocités et des brutalités subies, ces Syriens gardent leurs aspirations à la liberté et à la dignité. Mais ils tiennent également à une solution politique fondée en priorité sur l’application de la loi internationale, capable de garantir l’exécution des résolutions de l’ONU et de faire en sorte  que les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité répondent de leurs actes devant la justice.

Je fais ici appel à toutes les institutions concernées pour qu’elles assument leurs responsabilités face à la tragédie exceptionnelle que vit le peuple syrien. Je fais également appel à elles pour qu’elles jouent  un rôle à la mesure de la responsabilité historique, morale et juridique que leur impose cette tragédie. Elles doivent ainsi mettre en oeuvre le principe de “la responsabilité de protéger” tel qu’il a été entériné par le Sommet Mondial de 2005 des chefs d’Etats et de gouvernements. Cet objectif pourrait être réalisé en appliquant les principes suivants:

1. Une résolution contraignante du Conseil de sécurité devrait  placer les prisons et les centres de détention syriens sous le contrôle de l’ONU et veiller  au respect de cette obligation par le régime syrien. Les organisations internationales et humanitaires ainsi que les commissions de défense des droits de l’homme devraient être en mesure d’être informées et d’informer à tout moment sur les conditions de détention des détenus. Des mesures sérieuses et immédiates devraient  contraindre le régime Assad à appliquer les clauses 12,13,14 de la résolution du Conseil de sécurité n ° 2254 de 2015, à procéder à la libération des détenus et à révéler le sort des victimes des disparitions forcées.

2.  Une intervention directe devrait être lancée  pour sauver les Civils de la région d’Idlib, conformément au principe de « la responsabilité de protéger » et pour empêcher le régime de continuer à bombarder et à détruire les habitations et les infrastructures, et à commettre des massacres, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre contre les Civils.

3.  Le parachutage de tentes, de couvertures, de denrées alimentaires et l’apport de toute aide essentielle à la survie dans les zones assiégées et sinistrées.

4.   La réactivation des efforts entrepris pour aboutir à une solution politique à Genève, du fait qu’il a été prouvé que la voie tracée par Astana n’a conduit qu’à davantage de crimes de guerre commis par le régime et ses alliés russes et iraniens. Cette solution politique doit obligatoirement mener à une transition sans le régime Assad.

5. Le placement de la Syrie sous administration internationale intérimaire en adoptant une résolution contraignante du Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII.

6. L’activation de la justice pour mettre fin à l’impunité pour les crimes commis par le régime Assad et ses alliés, en particulier pour l’utilisation d’armes chimiques et de barils d’explosifs, ceci conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

7. La mise en place d’une protection juridique pour les réfugiés syriens, conformément à la Charte des Nations Unies et à la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, et l’empêchement de leur retour forcé en Syrie, tant que de graves risques pour leur vie et pour leurs libertés fondamentales subsistent.

La protection du peuple syrien contre le terrorisme du régime et de ses alliés russes et iraniens, en particulier les milices sectaires de la garde de la révolution iranienne, qui est classée parmi les organisations terroristes, est une étape incontournable de la guerre contre le terrorisme dans la région.

Aujourd’hui, il incombe au monde libre et aux organisations onusiennes et humanitaires concernées d’intervenir pour mettre fin aux massacres et aux violations des droits du peuple syrien. Ce peuple qui partage avec ce monde les mêmes valeurs et les mêmes objectifs humanistes, le même rêve d’un avenir de paix, de justice, de fraternité, de rejet de l’extrémisme et de la culture de la haine, un monde qui respecte et garantit les aspirations des peuples à la liberté et à la dignité.

En espérant avoir su vous convaincre de l’importance d’apporter sans délai aux civils syriens l’assistance dont ils ont urgemment besoin, je vous prie de recevoir, Mesdames et Messieurs, l’assurance de ma considération distinguée.

Brita Hagi Hassan, ex-maire d’Alep                                                                                                                       14.06.2019

Co-signataires:

– Achawi Sabater-Bono Béatrice

– Aeberhard Marilune, Suisse

– Aebi Jania, Suisse

– Arigoni Simona, Suisse

– Baroffio Françoise 

– Benitez Carmen

– Bertholet Marc, Suisse

– Binz Philippe, Suisse

– Blanchard C. 

– Bolognini Luigi, Suisse

– Branquino Tiago, Suisse

– Breton Frédéric, France

– Brunet Michèle, Suisse

– Brunn Marc

– Buchli Ruth, Suisse

– Buckel Milena, Suisse

– Carlucci-Barbezat Stéphanie

– Comba Fabienne 

– Conte Salvatore, Suisse 

– Corcelle Stéphane, France

– Déjardin Cindy 

– Ding Licchelli Catherine, Suisse

– Dupasquier Ingrid, Suisse

– Dutruy Gilbert

– Freeman Géraldine, Suisse

– Guex Sébastien, Suisse

– Gygax David, Suisse

– Jeandé François, Suisse

– Jelk-Peila Andrée

– Joliat Françoise, Suisse

– Jobin Claire, Suisse

– Juillard Michel, Suisse

– Kämpf Gabriela, Suisse

– Laurain Christine

– Lepori Angelica, Suisse

– Lopreno Dario, Suisse

– Mardirossian ELza 

– Marquis Jean-François, Suisse

– Metz Benoît 

– Miserez Lucine, Suisse

– Molo Romolo, Suisse

– Naciri Yamama, Suisse

– Nino Magali, Suisse

– Parriaux Olivier, Suisse

– Picut Josyane, FRANCE

– Pocar Serge

– Poinsignon Claire A., France

– Poney Marc

– Pronzini Matteo, Suisse

– Renk Hans-Peter, Suisse

– Sapin Hélène, Suisse

– Schnyder Cédric, Suisse

– Steiner Annick 

– Stitelmann Magali, Suisse

– Studer Eric, Suisse

– Thomas Marie-Laure

– Touilloux Brice

– Udry Charles-André, Suisse

– Vogt Karin, Suisse

– Zimmermann Wajd, Suisse

Sauvez les Civils à Idlib, dernier espace de survie

Revenons brièvement sur les étapes de la déportation des Syriens depuis le début de la révolution en mars 2011: 

  • En 2012 Baba-Amr, quartier assiégé à Homs, a été bombardé par le régime Assad, les civils ont été déportés et aussitôt ciblés sur le chemin de l’exode…
  • En 2013 Al-Qusseir, ville assiégée de la région de Homs, a été bombardée par le régime Assad et le Hezbollah, les civils ont été déportés et aussitôt ciblés sur le chemin de l’exode…
  • En 2014 la ville de Homs (14 quartiers), assiégée et affamée, a été bombardée par le régime Assad et ses alliés, les civils ont été déportés, cette fois vers la campagne-nord  de Homs ou vers Idlib…
  • Dès 2014, Idlib a accueilli les déportés de toutes les régions syriennes de protestation… 
  • Rappelons-nous aussi des bombardements barbares sur Alep en 2016, cette fois avec l’aide de l’aviation russe, et les civils ont été une fois de plus déportés vers Idlib
  • Ensuite ça a été le tour de la campagne-nord de Homs, d’al-Waer à Homs, d’al-Ghouta et des villes de la région de Damas…
  • Finalement Daraa a subi le même sort…
  • Même des réfugiés de Ersal au Liban ont été déportés vers Idlib.

Depuis 8 ans, le monde entier assiste en silence aux massacres perpétrés par Assad et ses alliés, avec toujours le même prétexte, écraser les extrémistes, d’ailleurs souvent préalablement libérés et cofinancés par le régime. Cependant Assad et Poutine ciblent spécialement les civils, seul vrai danger pour leur longévité, parce qu’ils représentent la démocratie. Et ce  silence complice, Assad et Poutine, tous deux criminels de guerre, le considèrent comme un permis de tuer en toute impunité.

Aujourd’hui l’aviation russe et celle d’Assad bombardent Idlib pour essayer d’en finir avec la révolution. Plus de 3,5 millions de Syriens habitent cette région surpeuplée. Avec une frontière hermétiquement fermée les civils ne trouvent plus où aller… sauf à l’ombre des oliviers près de la frontière avec la Turquie.

Genève le 08.06.2019

En seulement 6 semaines de bombardements le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a documenté:

  • Plus de 340 civils tués,
  • plus de 932 civils blessés, 
  • plus de 29 attaques contre des institutions médicales,
  • plus de 15 attaques contre des centres des casques blancs,
  • plus de 58 attaques contre des écoles,
  • plus 8 attaques contre des marchés.

Genève le 08.06.2019

Des familles entières ont été décimées… 

Une mère reçoit ce qui reste de ses enfants dans un carton…

Un père de 4 enfants perd trois de ses enfants: deux jumelles de 4 ans et un garçon de 9 ans avec sa mère en un seul instant… et sa fille ainée de 14 ans est dans un état grave.

Cette énorme injustice qui dure depuis 8 ans marquera à jamais les générations futures en Syrie… Elle débordera aussi inévitablement sur le reste du monde!

Les Syriens continuent à revendiquer une solution politique, à Genève et non pas en Russie, qui mette fin à la violence et garantisse une transition sans les criminels du régime Assad et sans les factions extrémistes pour permettre aux Syrien.ne.s d’acheminer leur pays vers un Etat de droit, démocratique, et basé sur la citoyenneté de tous. C’est la seule solution pour retrouver une paix juste en Syrie et une véritable humanité dans le monde.

Vive la Révolution syrienne, elle est dans nos coeurs.