Archives Mensuelles: décembre 2019

Feux d’Artifices Sinistres à Idlib!

 

Depuis le 26 avril 2019, la région d’Idlib subit une intensification des bombardements extrêmement violents, menés par l’aviation russo-assadienne, qui cible les civils en particulier (quartiers résidentiels et infrastructures de service). Pendant les deux dernières semaines seulement, le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a documenté trois bombardements des camps de déplacés internes, 9 bombardements de la route de l’exode (voir le rapport spécial du RSDH). Actuellement, des témoignages nous parviennent de Ma’arat al-Nu’man qui se vide de ses habitants, pour appeler à l’arrêt des bombardements. Le monde tout entier semble sourd à leur appel et s’occupe à célébrer le réveillon!

Tandis que dès les premières heures du nouvel an, l’aviation russe bombardait déjà la ville d’Idlib. Un peu plus tard, une école a été bombardée par l’aviation russe à Sarmine (région d’Idlib) tuant 9 personnes dont 4 enfants et une femme et blessant des dizaines d’autres!

FSD a choisi de traduire un article d’opinion à ce sujet. Il s’agit d’un article en arabe de Hazem Saghieh, intitulé « Nouvel an à Idlib! » publié le 29 décembre sur le site d’information Asharq al-Awsat.

Le Nouvel an 2020 à Idlib. Dessin de Mahmoud Salameh

 

« Nouvel an » à Idlib!

article en arabe de Hazem Saghieh

Cela fait quatre ans que le « Nouvel An » ne passe plus par Idlib, en Syrie. Là-bas, les années se suivent et se ressemblent. Le premier jour de l’an ne se distingue pas d’un autre; il n’y a pas de fête qui distingue un jour d’un autre. Chaque jour qui passe ressemble au précédent, en pire: «Oui, nous avons déjà vu ça, mais aujourd’hui c’est pire!». C’est cela la sagesse là-bas, la seule nouveauté c’est la répétition des massacres combinée à la tromperie et à l’indifférence, qui rythment l’espace et le temps.

Deux millions et demi de personnes vivent dans le gouvernorat d’Idlib, soumises à ce qui s’apparente de plus en plus à un génocide. Ça se produit petit à petit, ça une fois après l’autre, mais sa signification symbolique est impressionnante: il y a ceux qui meurent, et ceux que la mort a prêtés temporairement à la famine, au déplacement et au froid extrême, et ils viennent de partout en Syrie. Ainsi, à Idlib, on tue tous les Syriens, il n’y a pas de distinction entre l’hôte et l’invité. Au cours des dernières années, ils ont tous été poussés dans cette province du nord, afin de fuir la mort, la famine, et toutes sortes de violations. Ce qui leur a échappé, c’est qu’ils étaient destinés à engraisser la proie, et que grâce à eux, de nombreuses petites cibles se sont réduites à une seule, plus grande, pour la plus grande satisfaction des bureaucrates qui se précipitent pour l’exécution.

Ce qui se passe aujourd’hui à Idlib, se produit au vu et au su du monde entier, ainsi que de nous tous. Il est vrai que les différentes parties de l’univers se sont vu converger grâce à la technologie, mais Idlib seule, a été exilée au loin, loin à la fois de notre présence et de notre sensibilité. Idlib seule, est laissée aux seuls arguments politiques brutaux avancés par de « vrais » technologues de la mort qui se disent « réalistes »: n’est-il pas temps de se débarrasser du terrorisme et de « Jabhat al-Nosra » ? N’est-il pas temps pour Bachar Al-Assad d’étendre son autorité nationale sur l’ensemble du territoire syrien? Et bien sûr, n’est-il pas juste, voire progressiste, pour les deux alliés, Vladimir Poutine et Ali Khameneï, de prendre les positions influentes qu’ils méritent face à Donald Trump?

A Idlib, on bombarde les hôpitaux et les malades. A Idlib, on bombarde les écoles et les élèves. A Idlib, on détruit les maisons des familles et des individus. Ceux qui fuient la mort sont désormais des errants déplacés qui n’emportent avec eux que quelques petites affaires récoltées pendant leurs vies de pauvres. Des pauvres qui n’ont pas d’autres moyens de transport que des tas de ferraille qui se cassent sur la route de l’exode! Les bombardements hantent leurs déplacements sur terre, avions et barils, russes et syriens, qui s’amusent au jeu de la chasse depuis les airs. Et le reste du monde? Depuis le début de la révolution syrienne, et jusqu’à présent, la Russie a exercé son droit de veto 14 fois au conseil de sécurité, dont récemment pour empêcher l’acheminement  de secours pour Idlib! 

Des centaines de milliers de personnes fuyant vers le nord du nord syrien font face à une frontière turque fermée. Recep Tayyip Erdogan ne se sent concerné par les « frères » arabes que lorsqu’ils sont utiles pour instrumenter l’écrasement des « frères » kurdes. Pour compléter l’opération « Source de paix », on propose d’utiliser « l’arène libyenne » pour décider du sort de « l’arène syrienne » en déplaçant les combattants au gré de l’escalade ou désescalade souhaitée, en alternant trêves et combats! En attendant, il n’y a aucun mal à faire chanter les Européens en brandissant la menace des réfugiés: les barbares sont à votre porte!

Cette fois, ça a été le tour de Ma’arat al-Numan, au sud-est du gouvernorat d’Idlib. Ses habitants ont commencé à fuir lorsque l’attaque a commencé. Lorsqu’ils ont reçu l’invitation à « retourner dans les bras de la patrie d’Assad », ils étaient cent milles, maintenant, ils ne sont plus que quelques milliers. Le journaliste syrien Ahmed Al-Ahmad cite « Siham », une journaliste qui vivait jusqu’à très récemment à Ma’arat al-Numan: « Le déplacement est devenu un luxe pour les civils là-bas; quiconque peut se déplacer et a accès à un véhicule pour transporter sa famille peut être considéré comme chanceux. ». Siham poursuit: « Il y a des familles qui font de leur mieux pour sortir, mais elles ne peuvent pas le faire, en raison du manque de transports, et aussi parce que ceux qui arrivent à partir n’osent pas revenir dans leur ville presque détruite pour chercher les autres.»

En revenant aux expériences tragiques déjà vécues antérieurement en Syrie, l’écrivain syrien Bakr Sidqi note: «  Alep-Est ou la Ghouta orientale, par exemple, n’ont pas connu de retour des déplacés, sauf exceptions, en raison des restrictions imposées par l’appareil du régime sur les opérations de retour, mais aussi en raison de la réticence des déplacés à retourner dans l’enfer de « la patrie d’Assad ». L’alternative au retour des habitants d’origine de ces zones dévastées est peut-être (pour le régime Assad)  d’y implanter de nouveaux résidents auxquels les spécifications « d’homogénéité » requises (par Assad) s’appliquent mieux, en particulier leurs identités politiques, civiles et sectaires. Toutefois, la possibilité de l’appliquer dépend de la réhabilitation de ces zones pour qu’elles soient réadaptées à l’habitation. Ceci nécessite d’importantes ressources, qui dépassent aujourd’hui les capacités du régime, étouffé dans sa crise. Mais ces ressources dépassent également le potentiel de ses alliés russes et iraniens ». Mais qui sait, on verra peut-être bientôt des sortes d’ humains maléfiques faire ce que les actions de la nature n’ont pas fait jusqu’ici: par exemple, déplacer des tonnes d’Arabes là où vivent des tonnes de Kurdes, nous pourrions alors suivre de loin des scènes de combats où s’affrontent des masses dépersonnalisées sans noms ni visages. 

Idlib symbolise aujourd’hui l’impossibilité de voir reconnu le droit à une patrie ou de l’appartenance à un peuple reconnu. Mais elle est aussi, d’abord et surtout, synonyme de l’impuissance de la morale, de l’insensibilité des âmes, du désespoir de presque tout, peut-être de tout. Avec ces massacres, gratuits, chacun de nous rétrécit, devient plus petit, moins audible et finalement bien peu intéressé par un monde célébrant le Nouvel An.

L’UNIL organise un colloque sur Palmyre, qui se veut scientifique et apolitique ! mais l’est-il vraiment ?

Les 16 et 17 décembre se tiendra à l’UNIL le Colloque international de Lausanne sur Palmyre. Colloque organisé par l’Institut d’archéologie et des sciences de l’Antiquité de l’UNIL, avec le soutien financier du DFAE, entre autres, et qui se veut scientifique et apolitique!?

Chacun sait que le régime syrien est le principal responsable des destructions infligées à Palmyre. Malgré cela, on remarque parmi les participants plusieurs organisations internationales comme l’UNESCO et l’ICCROM, la fondation ALIPH (pour accorder des subventions?), l’Office Fédéral de la Culture (pour octroyer des financements?); mais aussi des personnalités politiques: comme la conseillère d’état Cesla Amarelle, et, cerise sur le gâteau, la présence d’une délégation de trois personnes du régime syrien qui représentent la Direction Générale des Antiquités et des Musées (DGAM), une institution du régime qui veille à diffuser sa propagande. Ceci annonce-t-il une future collaboration avec le régime Assad? Et malgré tout ce colloque se veut apolitique? Apolitique, vraiment?

Communiqué de la Coordination de Palmyre en mai 2016

Un communiqué de la Coordination révolutionnaire de Palmyre le 22.03.2016  « Russia is destroying our city and civilisation »

Education et droits humains?

La présence de l’UNESCO nous donne à réfléchir. Sur son site web on peut lire « La vision fondatrice de l’UNESCO est née en réponse à une guerre mondiale marquée par des violences racistes et antisémites. 70 ans après et de nombreuses luttes de libération plus tard, le mandat de l’UNESCO est plus pertinent que jamais. La diversité culturelle est attaquée et de nouvelles formes d’intolérance, de rejet des faits scientifiques et de menaces à la liberté d’expression menacent la paix et les droits humains. Le devoir de l’UNESCO est de réaffirmer les missions humanistes de l’éducation, de la science et de la culture. ».

Il n’est plus à prouver aujourd’hui que la moitié du peuple syrien a dû quitter sa maison et son chez soi pour fuir les arrestations arbitraires, la torture, la répression, le recrutement forcé dans l’armée criminelle du régime, et les bombardements aériens du régime et des russes. Cette moitié de la population syrienne a soit dû fuir la Syrie, soit dû subir un déplacement interne (la région d’Idlib compte à elle seule actuellement quelques trois millions de civils qui risquent leur vie quotidiennement sous les bombardements et sous le regard indifférent et silencieux du monde entier). Il est reconnu également que c’est la population sunnite qui a subi, plus particulièrement, des massacres répétitifs commis par les forces et milices pro-régime, avec le silence complice de toutes les organisations onusiennes. Il semble donc évident que la Syrie d’Assad est aujourd’hui le cimetière des droits humains (voir le rapport d’Amnesty International sur la prison de Saidnaya en Syrie intitulé « Abattoir Humain ») et la tombe de la liberté d’expression. La répression militaire du régime a obligé la population qui s’est soulevée massivement depuis 2011 au déplacement forcé dans le nord syrien dans le but d’un changement démographique de la population. Ce qui se passe en Syrie n’a jamais été une guerre civile, mais bien une guerre du régime contre la population civile qui avait osé réclamer le respect de ses droits fondamentaux, reconnus universellement par l’ONU et pour tous les humains!

Alors on est en droit de se demander ce qu’est devenue la mission de l’UNESCO? Qu’est devenue sa mission humaniste d’éducation alors que les écoles sont systématiquement ciblées dans le nord syrien (74 écoles pendant les six premiers mois de 2019 selon l’UNICEF), deux millions d’enfants (un tiers des enfants syriens de l’intérieur) ne sont plus scolarisés en plus des 800’000 enfants non scolarisés dans les pays voisins de la Syrie.

Tandis que l’avenir des enfants syriens est en grand danger, l’UNESCO vient discuter du financement de la protection des pierres à Palmyre, avec la collaboration du régime syrien, responsable de la grande majorité de ces crimes?

Le saviez-vous?

La chute de Palmyre entre les mains de Daech et ensuite sa reprise par l’armée d’Assad faisait partie d’une stratégie russo-assadienne!

Le régime Assad fait croire au monde entier que c’est Daech qui est responsable de la destruction partielle du patrimoine archéologique à Palmyre, alors que la responsabilité principale en revient au régime syrien qui a facilité la chute de Palmyre entre les mains de Daech. Mohamad Taha, archéologue et habitant de Palmyre avant sa fuite de Syrie, dit dans une interview datée du 24 mars 2016: « Ce qui se passe maintenant dans la ville de Palmyre n’a pas commencé hier, cela dure depuis plus d’un mois. Les bombardements de l’aviation, les missiles, y compris des missiles Scud et des bombes à sous-munitions bombardent continuellement Palmyre depuis un mois. En commun accord avec la Russie, le régime syrien a décidé de récupérer la ville après l’avoir remise à Daech il y a trois cent sept jours. Le but est d’envoyer le message qu’il est capable de récupérer des territoires, de vaincre Daech, et de protéger le patrimoine syrien, dont les antiquités de Palmyre, qui constituent une partie importante du patrimoine de l’humanité. Rien n’est plus faux, car le régime a contribué lui même a détruire Palmyre la ville antique et Daech n’a fait que compléter la destruction ensuite. Aujourd’hui les batailles que le régime mène avec l’artillerie lourde et les chars se déroulent au coeur de la ville antique, et se concentrent maintenant dans la vallée des tombes. Tout ce qui n’avait pas été pillé ou détruit auparavant est pillé et détruit en ce moment même. »

Un Ex-responsable du régime syrien à Palmyre a quant à lui fait défection début 2016 et il a donné des détails sur les relations entre le régime Assad et Daech.

Le régime Assad n’a jamais ciblé Daech lorsque Daech s’est installé à Raqqa, pourquoi?

Le régime Assad et l’aviation russe ont ciblé les civils à Alep mais ne se sont jamais attaqués à Daech, pourquoi?

Daech a avant tout détruit la prison de Palmyre où un massacre collectif a eu lieu en juin 1980, effectué sous les ordres de Rifaat Assad (oncle de Bachar Assad, propriétaire et résident occasionnel à Genève), peut-être pour effacer les preuves de ce crime ignoble contre l’humanité?

FSD