Archives de Catégorie: Chronique de la Syrie

Retour en enfer, seul choix laissé aux Migrant.es

Lettre ouverte adressée à M. Antonio Vitorino, directeur général de l’OIM

Monsieur le Directeur général de l’OIM,

Notre collectif Femmes Syriennes pour la Démocratie (FSD) suit avec beaucoup d’inquiétude les événements qui se passent sur la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Comme vous le savez, parmi les migrant.es qui sont pris en otage et qui risquent leur vie sur cette frontière il y a beaucoup de ressortissant.es syrien.nes. 

Les dernières nouvelles indiquent que les autorités biélorusses poussent les migrant.es vers la frontière avec l’Union Européenne, qui refuse de les laisser entrer. La nourriture et l’eau manquent fortement, seule une petite quantité d’aide leur parvient du côté biélorusse alors que les forces polonaises refusent d’aider même les plus vulnérables. 

Très récemment nous avons appris par Nawal SOUFI qu’actuellement les migrant.es reçoivent un papier leur donnant le choix entre déposer une demande d’asile en Biélorussie ou bien demander leur rapatriement « volontaire » via l’OIM (voir une photo de ce papier ci-après). Vous trouverez aussi, ci-joint, une traduction en français d’une interview de Nawal SOUFI, publiée sur un site d’information, en italien.

Photo du papier distribué aux Migrant.es à la frontière

Vous n’êtes pas sans savoir que si la Biélorussie donne des visas à des ressortissant.es en quête de sécurité c’est seulement pour son propre intérêt, elle ne leur octroierait donc certainement pas l’asile. Ce qui veut dire qu’une demande d’asile aboutirait, très certainement, à leur renvoi vers leur pays d’origine. Ce qui a pour conséquence que le seul choix proposé à ces gens c’est le retour à l’enfer qu’ils tentent de fuir. Et la grande majorité de ces personnes n’a plus ni la possibilité de vivre en sécurité dans son pays d’origine ni la possibilité de le quitter. En tout les cas toutes les frontières sont fermées aujourd’hui pour les Syrien.nes.

L’implication de l’OIM dans ce « choix » de rapatriement nous surprend, alors même que les organisations de défense des droits humains lancent l’alerte contre tout renvoi vers la Syrie. Il est clair qu’aujourd’hui aucune région de la Syrie n’est sûre, selon la décision de la Cour Européenne pour les Droits de l’Homme du 14 septembre 2021.

Nous vous demandons donc d’agir rapidement pour sauver ces migrant.es (enfants, femmes et hommes) en leur donnant accès à de l’aide humanitaire tout d’abord et en les aidant ensuite à trouver un lieu et un vrai pays d’accueil.

En vous remerciant pour l’intérêt que vous porterez à cette lettre, nous vous adressons, Monsieur le Directeur général de l’OIM, nos salutations distinguées.

Femmes Syriennes pour la Démocratie

“Dans la forêt je vois mourir les réfugiés et avec eux meurt notre dignité”

Témoignage de Nawal SOUFI

Article publié le 12.11.2021 en italien sur le site Striscia Rossa et traduit en français par FSD

La situation à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne s’aggrave d’heure en heure. Désormais, les migrants, en réalité des réfugiés fuyant la guerre qui devraient être protégés par le droit international, sont devenus des «armes non conventionnelles», des otages innocents de ce qui se trame dans leur dos et à leurs dépens. En attendant que les institutions européennes prennent des décisions, c’est aux volontaires et aux activistes qu’incombe la tâche de rendre leur situation moins difficile et d’essayer d’éviter la mort de milliers de personnes bloquées dans la forêt.

Nawal Soufi par exemple, militante italo-marocaine engagée pour la défense des droits humains des migrants, que l’on connaît déjà pour l’avoir suivie sur la route des Balkans, est là pour documenter, images et témoignages effroyables à l’appui, les conséquences du jeu politique cynique où prévalent les intérêts partisans au mépris des principes humanitaires.

« Les bébés sont sans lait et les mères ne peuvent plus allaiter, car elles vivent dans des conditions inhumaines depuis longtemps » explique Nawal dans son journal de frontière. Les volontaires ne réussissent même pas à aider tous ceux qui sont dans les bois en territoire polonais : certains à seulement trois kilomètres de la frontière, d’autres plus loin, voire vingt kilomètres à l’intérieur. Pour ceux qui se trouvent sur le territoire biélorusse la situation est encore plus dramatique : ils sont complètement livrés à leur sort.

Grands coeurs

Nawal est parfois aidée par un chauffeur de taxi local pour transporter les gens à Minsk. Des trajets pour sauver la vie de ceux qui n’ont pas mangé depuis des jours. En fait, il n’y a plus grand-chose à faire à part acheter de la nourriture et la livrer à cet homme bon, qui l’apporte ensuite aux migrants.

Avant-hier une femme, après 25 jours de cet enfer, a réussi à arriver à Varsovie. Nawal a donc demandé à ses contacts sociaux de lui chercher un endroit où dormir dans cette ville. La réponse d’Italie est arrivée : heureusement, il y a beaucoup de gens au grand cœur.

La volontaire a devant les yeux des images terribles, auxquelles s’ajoutent les récits d’autres témoins : la police bloquant des familles entières, avec des enfants effrayés et affamés auxquels on refuse même de l’eau ; de jeunes Syriens arrêtés en Pologne et hospitalisés en raison de leur état critique : dès qu’ils se rétabliront, ils seront expulsés. Il semble que certains d’entre eux aient demandé l’asile politique et le droit international exige que leur volonté soit respectée. Mais il est peu probable que cela se fasse.

Une femme errant depuis des jours dans la forêt, avec la faim, le gel, la solitude, et son téléphone portable presque déchargé, était en danger de mort, heureusement elle a été rejointe et secourue. Une parmi beaucoup. Et encore, une famille de 10, petite communauté à laquelle s’ajoute chaque jour quelqu’un d’autre : « Ils ont déjà tenté huit fois de franchir la frontière polonaise et à chaque fois, après avoir demandé l’asile, ils ont été ramenés dans la forêt. Il y a des femmes dans le groupe, dont une femme âgée. Mais hier soir quelque chose de très grave s’est produit et le groupe a disparu après nous avoir envoyé ce message : un chien policier a attaqué un garçon de Deraa (Syrie) et l’ a mordu à la tête. A partir de ce moment, je n’ai plus de nouvelles. Je ne peux pas décrire ce que je ressens », explique Nawal.

Colère et frustration

On ne peut que l’imaginer, mais elle est là, suivant de près cette tragédie humanitaire, avec de la colère et un sentiment de frustration. Et puis encore des enfants, de plus en plus frigorifiés, qui ont besoin de manger : « Cette nuit entre 3 et 4 h., un hélicoptère a terrifié les petits. C’était la première fois qu’ ils ont pu s’endormir après une journée terrible », raconte-t-elle. D’autres suppliant : Dieu, j’ai faim. Et les destins individuels deviennent le paradigme d’un échec tragique. « Cet enfant – dit Nawal en choisissant un exemple parmi tant d’autres – est aux portes de l’Europe. Il est de ceux qui enterreront la dignité d’une Europe unie. Oui, l’Union européenne a perdu sa dignité à cette frontière. L’enfant tente encore de sourir, il a été amputé des deux jambes et n’a pas pu obtenir de l’eau et de la nourriture depuis trop longtemps. Peut-être qu’un jour il retournera dans son pays d’origine ou peut-être mourra-t-il près de cette frontière à cause du froid et de la faim et il nous restera la tâche ardue de nous regarder dans le miroir au cours des prochaines années ».

Oui, elle a raison, Nawal, et lorsque nous nous regarderons, nous verrons le visage de celui qui a fermé ses yeux et son cœur : le visage du bourreau et de son complice.

Le renvoi des réfugié.es syrien.nes est un crime contre l’Humanité

Dix ans après le début de la révolution syrienne, les Syrien.nes de l’intérieur poursuivent leur résistance contre le régime Assad. Depuis le début de cette année 2021, alors que la presse s’en est largement désintéressée, la Syrie revit les étapes de la révolution, à vitesse accélérée. Tout d’abord l’apparition des messages contre la réélection d’Assad qui ont envahi les murs à Sweida (au sud), ensuite les manifestations populaires, aussi bien à Idleb au nord-ouest que dans la région de Daraa au sud (sous contrôle du régime), qui scandent à nouveau les slogans de la révolution. Sans oublier la grève générale dans la région de Daraa, le jour des « élections » présidentielles, et les autres formes de résistance ailleurs en Syrie, de Damas-campagne à Alep, en passant par Homs. Les réactions répressives du régime ont été immédiates: arrestations partout en Syrie, siège de Daraa et  famine imposée, suivis par les bombardements et le déplacement forcé de la population.

Les événements à Daraa ont été médiatisés et ont suscité des prises de position verbales par plusieurs pays occidentaux (la France, l’Europe et le Canada) pour dénoncer cette répression armée tout comme le refus du régime de laisser passer l’aide humanitaire dans la région assiégée.

Malgré cette résistance qui n’a jamais cessé et malgré la faillite économique de la Syrie d’Assad, le président du CICR Peter Maurer invite la communauté internationale, lors de la conférence de Bruxelles le 30 mars 2021, à augmenter l’aide humanitaire à l’intérieur de la Syrie(via le régime). Curieusement pour P. Maurer la question de la responsabilité d’Assad dans cette catastrophe doit s’effacer devant l’urgence humanitaire. On oublie là que les camps des déplacés internes dans le nord-ouest de la Syrie tout comme dans le sud sont privés d’aide humanitaire suffisante, alors que l’aide véhiculée par le régime n’atteint que très partiellement ceux qui en ont besoin

Récemment, le haut commissaire de l’ONU pour les réfugié.es, Filippo Grandi, a fait une visite de deux jours à Damas. Il a demandé au gouvernement d’Assad d’assurer la sécurité des réfugié.es à leur retour en Syrie! Comment peut-on demander à un criminel toujours actif et à ses services de renseignements de sinistre notoriété d’assurer la sécurité de leurs victimes, qui avaient fui le pays à cause de ce même criminel et de son appareil « sécuritaire » (voir le rapport d’Amnesty International et de celui de HRW au sujet des dangers du retour des réfugiés)? D’ailleurs, une chercheuse de HRW lance une alerte contre le rapprochement visible des organisations de l’ONU avec la Syrie d’Assad.

Alors que les Syrien.nes tentent aujourd’hui encore de fuir leur pays pour trouver refuge en Europe ou ailleurs, ceci malgré les dangers de ce périple (voir le passage de la Biélorussie en Pologne), le Danemark continue de retirer les permis de séjours de certains réfugié.es syrien.nes et de les confiner dans un centre de rétention en attendant (et peut-être pour forcer) leur accord pour un renvoi vers la Syrie. Ces centres de rétention constituent une privation de la liberté de ces gens qui ont le choix entre la mort ou rester pour une période indéterminée en rétention! 

La Cour Européenne pour les Droits de l’Homme a jugé un cas de renvoi de la Russie vers la Syrie, en se basant sur plusieurs rapports récents relatifs à la situation en Syrie. Elle a ainsi rendu sa décision le 14 septembre concluant que tout renvoi en Syrie pourrait mettre la vie des personnes renvoyées en danger ou bien les exposer à des mauvais traitements etc., ceci quel que soit leur statut dans le pays d’asile et quelle que soit la région dont ils sont originaires. Il semble que le Danemark ne voie pas là de raison pour changer ses pratiques.

Mazen Darwish et Mariana Karkoutly, avocat et juriste activistes syrien.es étaient récemment invité.es au Palais fédéral pour témoigner de la situation politique et humanitaire en Syrie, iels ont mis en garde explicitement contre tout renvoi des réfugié.es vers la Syrie1

Aujourd’hui, les Syrien.nes en Europe craignent leur renvoi en Syrie. Plusieurs procès sont en cours en Europe contre les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Procès utiles et nécessaires certes, mais qui ne répondent pas à la question que se posent des centaines de milliers de syrien.nes: où est mon père? où est ma soeur? que sont-ils tous devenus?

Mazen Darwish, Mariana Karkoutly et Ibraheem Malki, activistes pour les droits humains, affirment qu’en Syrie seuls la justice et le principe de la responsabilité permettront à une solution politique d’émerger et d’acheminer le pays vers une paix durable. Iels demandent à la Suisse d’utiliser la compétence universelle dans le cas du dossier syrien1.

Quant à Tawfik Chamaa, médecin d’origine syrienne à Genève, membre fondateur de l’UOSSM, il rappelle que la crise économique en Syrie est aggravée par le COVID, en particulier dans la région nord-ouest qui abrite la majorité des déplacé.es forcé.es. Il appelle la Suisse à l’aide pour obtenir sans délai des doses de vaccin en quantité suffisante dans cette région1.

Ne fermons pas les yeux sur l’évidence que le renvoi des réfugié.es syrien.nes en Syrie serait aujourd’hui un crime contre l’Humanité et que seule une transition politique sans le régime Assad peut changer cette situation.

Assad n’est pas un rempart contre le terrorisme, il en est l’instigateur (voir l’intervention de I. Malki).


1 Voir les interventions de M. Karkoutly, de M. Darwish, de I. Malki et de T. Chamaa

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après. 

Intervention de Ibraheem Malki 4/4

Je suis l’avocat Ibraheem Malki, membre du comité pour la défense des détenu.es en Syrie, ancien détenu et aujourd’hui je suis réfugié en Suisse.

Je remercie mes collègues qui ont abordé la question des violations en Syrie. A la lumière de ces violations, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis par Bachar al-Assad envers les Syrien.nes, on se demande comment le monde tout entier et en particulier les pays actifs dans les droits humains, y compris la Suisse, n’en sont pas venus à l’évidence que ce dictateur est un criminel? Les crimes continuent en Syrie, le monde reste silencieux, et il y a là une lacune dans le principe de la responsabilité. 

La Syrie a vécu ces dernières années et vit toujours un conflit armé brutal, des attaques aveugles par  bombardements aériens, tuant des civils, détruisant des villes et utilisant des armes chimiques toxiques sur le peuple syrien. L’injustice, l’oppression et la brutalité ont été et sont encore le langage du régime, de ses services de renseignement et de ses forces armées pour faire face aux syrien.nes pacifiques. Et dans cette brutalité, Bachar al-Assad a eu et tient encore le rôle principal qui a conduit à la tragédie du peuple syrien qui se poursuit.

Et à propos de ces crimes, qui touchent aussi Europe et de la propagation du terrorisme en Europe, ils portent aussi la signature d’Assad, criminel de guerre par excellence. 

Nous, en tant que Syrien.nes, voulons la justice. Nous ne nous vengeons pas, nous voulons respecter le principe de la justice, même s’il est quelque peu incomplet. Il n’est pas possible de résoudre le problème de la Syrie sans le principe de la responsabilité. Ensuite viendra la réconciliation, et la suite. Même la question de la stabilité et de la solution politique ne peut se régler sans régler d’abord la question de la responsabilité.

Aujourd’hui, je m’adresse ici au Conseil Fédéral, qui incarne une histoire d’humanité et de valeurs humaines, héberge les conventions de Genève et leurs protocoles qui ont été établis en Suisse, et de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains: « Vous ne devriez pas fermer les yeux sur l’impunité ni accepter l’idée que Bachar al-Assad soit maintenu comme président reconnu et agréé par les Etats Unis ou l’Europe ». 

Bern, le 30.09.2021

En Syrie maintenant, nous n’avons pas d’autre choix que de revendiquer la justice. Vous savez que certaines instances pour rendre justice ne sont pas accessibles à cause du veto russe qui empêche l’accès à la Cour pénale internationale d’une part et à cause de la présence du régime à l’intérieur de la Syrie d’autre part. Par conséquent, nous demandons l’application du principe de la compétence universelle qui pourrait être appliqué pour les violations graves commises en Syrie. Deux pays, l’Allemagne et la Norvège, ont instruit des procès basés sur ce principe. Le tribunal de Coblence en est l’exemple, où deux anciens responsables qui travaillaient pour les renseignements généraux en Syrie, dans la branche de Damas, sont jugés:

– Eyad A. qui a été condamné à quatre ans de prison pour avoir commis une trentaine de crimes contre l’humanité. 

– Le général Anwar R. qui est actuellement jugé pour des crimes contre l’humanité, et pour qui le verdict sera rendu dans deux mois. L’avocat Brooker s’attend à ce que le verdict soit de plus de vingt ans et puisse atteindre la réclusion à perpétuité. 

La juge Catherine Marchi-Uhel, responsable du mécanisme international impartial et indépendant de l’ONU situé à Genève, a estimé que le tribunal de Coblence est le premier tribunal au monde à rendre un verdict de condamnation pour des violations commises en Syrie. Bien sûr, ce résultat doit beaucoup à de nombreuses personnalités, des procureurs, des enquêteurs et des professionnels du droit. Il y a 12 procès en cours en Europe (en Allemagne, Norvège, France, Suède, Pays-Bas et Autriche). Alors qu’en Suisse, il y a qu’une procédure contre Rifaat al-Assad (oncle de Bachar al-Assad) mais qui n’avance pas. Trial International a accusé le procureur général suisse d’avoir ralenti la mise en oeuvre de la procédure contre Rifaat al-Assad. Une dénonciation pénale de Trial contre Rifaat al-Assad a eu lieu en 2013 et ensuite la procédure a été gelée. Elle a été réactivée en 2017, puis elle a été gelée encore une fois. Il semble qu’il n’y ait pas de volonté politique pour aller de l’avant avec ce dossier, alors que la Suisse est un pays neutre et le lieu de la solution de nombreux problèmes et réconciliations par excellence.

Selon José de la Mata,  le juge espagnol qui examine le procès intenté par l’Espagne contre Rifaat al-Assad, celui-ci posséderait une fortune en Suisse depuis 1984. L’argent volé à la Syrie serait en partie en Suisse.

Nous attendons avec espoir que la Suisse joue un rôle important en ouvrant les portes à la poursuite des auteurs de crimes de guerre (notamment Rifaat al-Assad*, auteur de massacres à Palmyre et à Hama). La Suisse a l’expérience, l’intégrité, la justice, l’impartialité, une force économique, une expertise technique et diplomatique, et peut supporter des charges financières, mais elle a besoin de volonté politique.

Je vous remercie pour votre écoute. Je vous remercie d’avance d’écouter les victimes des violations à l’encontre des détenu.es d’opinion et les prisonniers de Syrie et pour écouter les demandes du peuple syrien pour mettre fin à sa souffrance. Car vous portez en vous la même humanité que nous tou.tes dans ce monde.


* Rifaat al-Assad retourne en Syrie le 7 octobre 2021 pour y trouver refuge et éviter la condamnation qui a été confirmée en France. Plus d’information sur le site de Trial International

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après. 

Intervention de Tawfik Chamaa 3/4

La situation humanitaire en Syrie est la catastrophe humanitaire la plus importante depuis la 2e guerre mondiale.

Dès le début des manifestations en 2011, l’action humanitaire en soi a été prise en otage. Les civils qui manifestaient pacifiquement dans la rue étaient pris pour cible et tirés à balles réelles, Les médecins et les soignant.es qui voulaient soigner les premiers blessés, étaient capturés, médecins et infirmier.es. C’est ainsi que notre organisation l’UOSSM a vu le jour. 

Les quartiers d’où sortaient les manifestations étaient bombardés, quelques hôpitaux aussi. Même les soignant.es du croissant rouge, qui étaient en faveur de l’égalité des soins pour tous, ont été exfiltré.es, capturé.es et liquidé.es

Cette situation a continué pendant les dix ans qui ont suivi, ce qui a créé une catastrophe humanitaire qui n’a pas d’équivalent depuis la 2e guerre mondiale. Le bilan aujourd’hui est lourd: 70% des infrastructures pour les services aux civils ont été détruites, les hôpitaux, les stations d’épuration de l’eau, les stations électriques, etc. Alors que des images des centres villes, qui n’ont pas été touchés, circulent pour la propagande spécialement. 

Tout au long de cette période, des régions ont été assiégées en continu. Lorsque le siège de certaines régions était rompu d’autres régions étaient assiégées par la suite. Et jusqu’à très récemment, nous avions environ un million de personnes qui étaient assiégées dans le sud. Vous en avez sans doute entendu parler pour la région de Daraa, qui a été bombardée et où la population souffrait de manque de pain et de nourriture. Les sièges qui ont duré longtemps n’ont pas eu d’équivalents dans l’histoire, car même les Nazis ne bombardaient pas les hôpitaux et laissaient les soins accessibles aux deux parties. 

L’aide humanitaire qui parvenait à être livrée dans les régions assiégées étaient amputée de tout ce qui est médical, médicaments et kits de chirurgie, même suite à des accords signés. 

Lorsque vous entendez dire que la population a été transférée dans le nord c’est que ces résidents des régions assiégées n’avaient pas le choix. Comment feriez vous si vous aviez une famille et des enfants pour rester sans soins? C’est la  façon de faire la plus efficace pour parvenir à ce qu’on peut appeler l’épuration ethnique ou l’évacuation ou simplement vider ces régions de leurs habitants.  Vider des villages et des villes entières tout simplement en les privant d’accès aux soins médicaux.

Cibler des hôpitaux avec des bombardements était systématique, c’est prouvé et ça a fait l’objet de plusieurs rapports. Les médecins ont été ciblé.es, nous avons plusieurs témoignages. Des milliers ont été tués ou blessé.es et aucun ne portait une arme. 3’300 personnes du corps médical ont été arrêtés ou sont disparus forcés. 

Bern, le 30.09.2021

La moitié des Syriens ont été obligés de fuir leur pays ou leur région dont la moitié sont des réfugiés et l’autre moitié sont des déplacés internes. 350’000 morts jusqu’ à aujourd’hui c’est le chiffre qui a été donné en dernier en 2014 par l’ONU et c’est là que le compteur a été arrêté. C’est ce même chiffre qui est apparu il y a quelques jours dans la presse mondiale. Je me permets de vous proposer de le multiplier par deux ou par 3 parce que la tuerie en Syrie ne s’est pas arrêtée et chaque jour les bombardements continuent. 

En dix ans nous avons eu 300’000 handicapés physiques et nous avons dû créer des centres pour les appareiller avec des jambes ou des bras, ceci avec l’aide internationale. Jusqu’aujourd’hui nous n’avons pas fini de les appareiller. Jamais une guerre n’a produit proportionnellement autant d’handicapés. Il faut savoir que les snipers, jusqu’il y a encore deux ou trois ans ciblaient la colonne vertébrale pour créer une paraplégie. Ces snipers étaient entrainés pour créer des handicapés. Les atrocités commises n’ont pas d’équivalent dans l’histoire. Des millions d’handicapés psychologiques, psychiatriques et psycho-sociaux sans oublier qu’on a 300’000 orphelins. 600 des familles qui s’occupent d’une partie de ces orphelins sont soutenues par l’UOSSM suisse , à la frontière de la région d’Idleb. Nos centres de soutien pour les cas psychiatriques et psycho-sociaux ne sont absolument pas suffisants pour cette catastrophe. Tous les Syriens réfugiés, déplacés internes ou même ceux qui se trouvaient déjà à l’extérieur de la Syrie depuis longtemps sont traumatisés.

Concernant le COVID, pour la région du nord-est de la Syrie sous contrôle des forces kurdes et zone d’influence des américains, il y a 1.1 million d’habitants et le nombre de doses arrivées dans cette région pourtant accessible est de 17’500. Le taux de vaccination est inférieur à 1 pour mille. Dans le seul nord ouest de la Syrie, nous comptons 50 à 100 morts par jour et la vaccination est quasi inexistante. Les 300 à 400 000 premières doses arrivées en Syrie sont toutes allées à l’armée.

Si il y a une situation grave c’est celle dans la région controlée par le régime. J’ai de la famille là-bas et ils ne savent pas comment obtenir du pain. Ce mois, en 17 jours, plus de 70’000 syriens ont quitté la Syrie. Le chanceux est celui qui quitte le pays, 45% sont allés en Egypte qui a ouvert la frontière et c’est pour leur survie qu’ils partent. 

J’espère qu’à court terme, on  pourra recevoir des doses de vaccin dans la région du nord syrien. Arriver à 50 à 100 morts par jour, pour une population de 4 millions d’habitants, c’est  une véritable catastrophe. 

A moyen terme, on espère que la Suisse soutiendra des positions qui vont dans le sens d’empêcher la transformation de la Syrie en une 2e Corée du nord, ce qui serait une catastrophe pour toute l’Humanité et pas seulement pour la Syrie.


Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après.

Intervention de Mazen Darwish, 2/4

Je remercie ma collègue Mariana de nous avoir rappelé quelques femmes syriennes d’exception, et je suis fier de connaître la plupart d’entre elles, dont ma collègue Razan Zaitouneh.

La source de ma fierté pour ces femmes n’est pas que nous partagions la même nationalité syrienne, mais le fait que malgré la diversité de nos affiliations sectaires et ethniques, et même de nos positions politiques, nous avons tou.tes pu participer ensemble au rejet du régime  tyrannique pour essayer d’atteindre la démocratie en Syrie.

Les efforts d’un groupe de femmes, en particulier les victimes, nous ont permis en tant que défenseurs des droits humains et en tant qu’organisations civiles syriennes et internationales, d’essayer d’obtenir justice par le biais des tribunaux européens en utilisant la compétence universelle. Ceci a été le cas pour les procédures lancées en France, en Allemagne et en Suède suite à l’utilisation d’armes chimiques.

Razan Zaitouneh était à Douma (ville de la Ghouta de Damas), avec l’équipe de travail du VDC (Centre de documentation des violations), lors de l’attaque chimique d’août 2013. La présence des victimes arrivées en Europe et leur courage nous ont permis de lancer la procédure.

L’utilisation d’armes chimiques, au 21e siècle, s’est malheureusement produite et s’est répétée des centaines de fois contre des civils.

Bern, 30.09.2021

L’une de mes connaissances, vivant dans les zones contrôlées par le régime à proximité des zones de la Ghouta, est une personne très éloignée de mes positions politiques et de celles en faveur des droits humains. Cette personne veut simplement vivre en paix. Mais cette personne m’a dit qu’elle était heureuse que notre centre se soit impliqué dans la procédure contre les responsables de l’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta. Ce fût une surprise pour moi et je lui en ai demandé la raison, surtout qu’elle n’avait jamais exprimé de prise de position contre le régime, ni aucune opposition. Sa réponse a été que si le vent avait tourné ce jour-là,  le gaz chimique aurait pu atteindre sa maison et tuer sa famille. Pour cette personne,  ce régime représentait simplement une menace pour l’humanité et pour tous les gens, quelles que soient leurs affiliations sectaires, ethniques et politiques. Les armes utilisées par le régime contre les civils, comme les armes chimiques et les barils d’explosifs ne faisant aucune distinction entre les loyalistes et les opposants au régime.

Lorsque nous utilisons les outils disponibles pour obtenir justice, notre motivation n’est pas la vengeance, ça n’est pas non plus parce que nous sommes des victimes de  la torture ou à cause de la perte de ceux que nous aimions. Au contraire, nous voulons la paix et nous voulons un avenir sûr pour nos enfants afin qu’ils ne vivent pas la même expérience que nous avons vécue. Mais comment parvenir à une paix durable ?

Tout accord politique entre les parties du conflit, sans tenir compte de la question de la justice, de la responsabilité et des droits des victimes, ne sera qu’un cessez-le-feu. Un tel accord ne fera pas la paix et ne sera pas durable. Sans justice, sans responsabilité, et sans parvenir à une véritable transition politique, un tel accord se résumerait à donner du temps aux parties en conflit, et au régime en particulier, pour recharger leurs armes et pour préparer  une nouvelle guerre motivée par la vengeance, et à cause de l’absence de justice.

Je fais partie des réfugiés en Europe et je suis reconnaissant d’être maintenant en sécurité, mais je souhaite sincèrement pouvoir retourner un jour dans mon pays pour reprendre ma profession, mon bureau, mon pays, la langue que je maîtrise et retrouver les régions que je connais. Mais aujourd’hui, nous sentons, nous les réfugiés, qu’on attend de nous de retourner dans une Syrie toujours dirigée par le même régime qui a causé notre fuite, avec la domination des mêmes services de sécurité qui nous ont arrêtés; et je souligne que ma dernière arrestation a duré environ quatre ans.

Si vous avez entendu parler des photos de César (images des corps des détenu.es mort.es sous la torture), elles sont bien réelles, et j’aurais pu faire partie de ces photos et j’ai été le témoin direct de ces exactions. C’est pourquoi, quand on envisage aujourd’hui de nous renvoyer sous le même régime, avec les mêmes appareils sécuritaires, avec les mêmes conditions… Pour moi, ce serait  donner à notre tueur une autre chance de nous tuer. Et comme malheureusement la première fois il n’a pas pu nous éliminer, on nous demande cette fois d’emmener nos enfants avec nous. Je ne pense pas que ce soit juste ou acceptable.

Si nous voulons vraiment que les réfugiés puissent rentrer en Syrie, nous devons nous assurer qu’il y ait une vraie transition politique et qu’il y ait justice et responsabilité en Syrie.

Nous voulons également la justice et la responsabilité afin d’éliminer le terrorisme, et nous avons souffert du terrorisme et de l’extrémisme, et nous sommes contre le terrorisme et l’extrémisme en Syrie. Mais je ne pense pas que l’utilisation des moyens militaires pour éliminer le terrorisme et l’extrémisme soit la bonne méthode. La même erreur a été faite en Irak en 2006 où les États-Unis et leurs alliés ont formé une coalition internationale et ont bombardé al-Qaïda et tué al-Zarqawi sans justice, sans  principe de responsabilité, sans garantir la démocratie et sans le développement du pays en parallèle. Ce n’était pas la bonne méthode, car en quelques années l’Etat islamique a émergé.

Si nous allons en Syrie pour combattre le terrorisme de la même manière, en utilisant uniquement des moyens militaires, tout en maintenant une dictature sectaire au pouvoir et sans obtenir justice et  satisfaction pour les victimes, alors nous instaurerions l’émergence d’un nouveau groupe terroriste avec un nouveau nom, non seulement en Syrie mais en Europe aussi. 

Ces organisations terroristes ont besoin d’un oxygène particulier pour survivre. Leur oxygène c’est les personnes et les jeunes qui ressentent l’injustice, la persécution, le manque d’intérêt et qui ressentent le désespoir de la justice et de la loi. Ces personnes là sont  les plus susceptibles de devenir des loups solitaires et d’aller vers l’extrémisme.

Je vais évoquer ici les « élections » présidentielles et la restauration de la légitimité en Syrie… 

Mon expérience des élections c’est celles de 2014 que j’ai vécu en Syrie. Nous étions environ 8000 personnes détenues dans une prison civile, et nous avons été traduits devant le tribunal du terrorisme pour des accusations de terrorisme, par le régime. Nous étions 8000 personnes absolument opposées au régime.

Le résultat des « élections démocratiques » de 2014 au sein de notre prison a conclu que 99,8% des opposants que nous étions « ont élu » Bachar al-Assad! C’est ça les élections sous le contrôle du régime Assad et c’est ça les élections qui se déroulent au Moyen-Orient sous les dictatures.

Les civils de l’intérieur de la Syrie, de Deraa à Idlib, ont largement démontré, par la poursuite des manifestations, que les élections de mai 2021 n’ont eu aucune forme démocratique et n’ apportent donc aucune légitimité à aucune autorité politique.

En effet, ces Syriens qui pour la plupart sont à l’intérieur du pays, s’accrochent toujours à nos revendications de justice et de démocratie. Et nous sommes surpris de voir qu’ils ne sont pas fatigués, eux qui sont à l’intérieur de la Syrie, alors que  nous  à l’extérieur le sommes.

J’ai un seul ami suisse. Mon ami est fier que la Suisse puisse accueillir la rencontre de Biden et Poutine, les présidents des deux pays les plus puissants du monde. Il est aussi fier de l’équipe nationale de football qui a fait des progrès remarquables récemment, et surtout, il est fier que la Suisse soutienne financièrement des organisations concernées par la justice en Syrie, comme la nôtre….

Nous espérons que vous préserverez la fierté de mon ami et que les positions politiques suisses et l’argent des impôts n’iront pas aux criminels de guerre ni aux mauvaises orientations.


Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après. 

Intervention de Mariana Karkoutly 1/4

Cher.es invité.es, 

Je m’appelle Mariana Karkoutly. Je suis une femme syrienne déplacée de force en Syrie et je suis aujourd’hui réfugiée en Allemagne. 

Aujourd’hui et dix ans après le début de la révolution en Syrie, qui a commencé par les revendications des Syrien.nes pour leurs droits humains fondamentaux, la justice, la liberté et la dignité, beaucoup de mes ami.es et des membres de leurs familles sont toujours emprisonné.es ou considéré.es comme disparu.es en Syrie, simplement parce qu’ils ont manifesté contre une dictature. 

À ce jour, ceux qui ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en Syrie – notamment des attaques aux armes chimiques contre des civils, des actes de torture, des violences sexuelles dans les centres de détention, des sièges,  la famine imposée et d’innombrables autres traitements inhumains – restent dans l’impunité.
En même temps, nous, Syrien.nes dispersé.es dans le monde, devons vivre dans la crainte constante d’être expulsé.es des pays où nous avons trouvé refuge. 

Bern, le 30.09.2021

Aujourd’hui, on estime qu’il y a plus de 150’000 personnes disparues ou détenues en Syrie, et nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir combien d’entre elles sont en vie ou sont mortes sous la torture.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme a recensé la mort d’environ 389’000 personnes en Syrie – 117’000 civils, dont 22’000 enfants, 14 000 femmes et 81 000 hommes. 

Aujourd’hui encore, le régime syrien utilise le siège et la famine imposée comme arme de guerre en de nombreux endroits, et tout récemment à Daraa. 

Dix ans après le début de la révolution, la Syrie est un pays déchiré par la guerre, où la société civile vit dans une situation économique terrible et dans la crainte des arrestations et des disparitions forcées. 

Depuis le 6 juin 2020, des personnes ont manifesté à plusieurs reprises dans la ville de Sweida, à majorité druze, pour protester contre la dégradation constante des conditions de vie. Les slogans politiques de ces manifestations vont jusqu’à demander le renversement du régime syrien. Ils tiennent le dirigeant Bachar al-Assad pour personnellement responsable de l’impossibilité de résoudre les nombreuses crises sociales et nationales. Aujourd’hui encore – et après tout ce qu’ils ont perdu – les Syrien.nes réclament leur liberté. 

Pendant ce temps, le régime syrien et ses alliés planifient des projets de reconstruction dans le pays, avec pour objectif un changement démographique dans des régions comme le nord de la Syrie. La reconstruction d’un pays dirigé par une dictature et des criminels de guerre ne devrait pas être possible. La reconstruction d’un pays dont la moitié de la population a été tuée, a disparu ou a fui ne devrait être ni possible ni soutenue. 

Le rapport d’Amnesty International de septembre 2021 « Vous allez à votre mort » sur la situation en Syrie souligne que les personnes qui retournent en Syrie sont emprisonnées ou disparaissent. Plus précisément, le rapport indique – et je cite: 

« Les services de renseignements syriens ont soumis les Syrien.nes qui sont rentré.es chez eux, après avoir cherché refuge à l’étranger, à la détention, à la disparition et à la torture, y compris des violences sexuelles. L’organisation a documenté un catalogue de violations horribles commises par des agents du renseignement syrien contre 66 rapatriés, dont 13 enfants. Parmi ces violations, Amnesty International a documenté cinq cas dans lesquels des détenus sont morts en détention après leur retour en Syrie, tandis que le sort de 17 personnes disparues forcées reste inconnu. »

À ce jour, les familles des personnes détenues ou disparues ne savent rien du sort de leurs proches ni de l’endroit où ils se trouvent. L’une d’entre elles est Razan Zeitoneh. Razan, célèbre avocate, militante et journaliste syrienne spécialisée dans les droits de l’homme, a consacré sa vie à la défense des prisonniers politiques, à la documentation des crimes contre l’humanité et au soutien de ceux qui ont tenté de se libérer de l’oppression. Elle est co-fondatrice des Comités de coordination locaux (LCC) – un réseau national de comités de quartier – et du Centre de documentation des violations (VDC), qui documente les violations des droits de l’homme en Syrie depuis le début de la révolution en 2011. Avec son mari et deux collègues (à savoir : Samira Khalil, Nazem Hamadi et Wael Hamada), elle a disparu à Douma le 9 décembre 2013 après qu’un groupe d’hommes armés ait pris d’assaut le bureau du centre de documentation. Personne n’a entendu parler d’eux depuis. 

Dans un rapport pour le magazine « Rise to freedom » – l’un des magazines fondés dans le sillage de la révolution en Syrie – Razan a parlé de la révolution syrienne et a dit, je cite : 

« Malgré la peur qui se lit dans leurs yeux, chacun parle avec  certitude de la liberté que seuls les Syrien.nes révolté.es connaîtront. La  liberté construite par la victoire sur les fronts, mais aussi en n’oubliant jamais que nous ne construirons pas notre État sur des cadavres ni n’endosserons l’habit du régime, et notre vengeance sera d’obtenir justice ». Fin de la citation. 

Razan Zeitoneh, Huda al-Khayty, Fadwa Mahmoud, Mariam al-Hallak, Joumana Seif, Nawal al-Yazji, Sabah al-Hallak, Majdolin Hassan, Leen al-Wafai, Samiha Nader, Hasiba Abd al-Rahman, Ferdos al-Bahra, Amina Kholani et bien d’autres femmes étonnantes et fortes, qui ne peuvent révéler leurs identités pour des raisons de sécurité jusqu’à aujourd’hui, ont ouvert la voie et se sont battues contre les lois discriminatoires à l’égard des femmes dans le cadre de la législation sur le statut des personnes  avant même le début de la révolution. Elles ont apporté une contribution très importante en documentant les violations des droits de l’homme et les atrocités commises en Syrie. De nombreux avocat.es syrien.nes, aujourd’hui dispersé.es dans la diaspora, travaillent actuellement à l’ouverture de dossiers relatifs aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité en Syrie. Ils mettent en lumière les nombreux actes de violence sexiste et sexuelle dont sont victimes les Syrien.nes dans les centres de détention, les sièges de régions et autres contextes propres aux conflits. 

Lors du premier procès au monde, en Allemagne, de deux individus ayant commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en Syrie, Anwar R. et Eyad A., procès connu sous le nom de procès al-Khatib, deux avocates spécialisées dans les droits de l’homme, Joumana Seif et Alexandera LiLi Kather, ont présenté une affaire faisant suite au procès al-Khatib et portant sur les crimes impliquant des violences sexuelles et sexistes en Syrie, ceci au nom de l’ECCHR et des victimes et survivant.es de violences sexuelles et sexistes.

Tous ces efforts déployés par les femmes syriennes, depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui, devraient être évoqués en présentant les femmes syriennes comme des actrices actives et non comme des victimes ou des membres passives de la communauté syrienne. 

De plus, sans les immenses efforts des organisations de la société civile syrienne, des avocat.es et des militant.es syrien.nes, le processus d’utilisation de la compétence universelle comme outil pour poursuivre les criminels de guerre syriens en Europe n’aurait pas été possible.  

Outre le principe selon lequel il ne doit pas y avoir de refuge pour les criminels de guerre et l’intention de faire des efforts conjoints entre les Syriens et certaines autorités de poursuite européennes pour rattraper ces criminels, les survivant.es et les victimes doivent pouvoir bénéficier de la sécurité en Europe. 

En juillet 2012, la Croix-Rouge a qualifié les crimes en Syrie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La lutte pour la liberté et la justice se poursuit aujourd’hui. Nous constatons actuellement des efforts pour enquêter sur les crimes commis en Syrie et pour ouvrir des dossiers dans différents pays européens en utilisant la compétence universelle. Nous saluons ces efforts et appelons les autres pays européens à utiliser activement la compétence universelle, car les crimes qui ont été et sont toujours commis en Syrie aujourd’hui ne sont pas seulement dirigés contre les Syrien.nes, mais contre toute l’humanité.

Je travaille actuellement avec ma collègue Leila, sur les massacres dans les zones assiégées du sud de Damas, dans le cadre d’un dossier plus large qui considère la famine comme crime de guerre et crime contre l’humanité. Nous avons lancé notre enquête suite à l’initiative suisse de 2019, qui proposait de poursuivre comme criminels de guerre les responsables des actions entreprises en vue d’affamer des civils dans des pays comme la Syrie et le Yémen pendant la guerre. Les 122 États membres de la Cour pénale internationale ont approuvé à l’unanimité la proposition suisse lors de leur session annuelle de 2019 à La Haye. Selon le ministère suisse des Affaires étrangères, cette initiative vise à renforcer la protection des victimes dans les conflits. 

Depuis lors, nous avons commencé à enquêter sur ces crimes commis dans le sud de Damas. Et à ce jour, nous avons recueilli plus de 40 témoignages de violations des droits de l’homme commises dans la région. 

À la suite de notre travail, avec Yasmin Nahlawi et un groupe d’avocates syriennes, nous avons lancé une initiative appelée « Huquqyat », qui vise à former des juristes syriennes pour qu’elles puissent travailler sur les enquêtes relatives aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité en Syrie, et  élaborer des dossiers qui permettront d’appliquer la compétence universelle dans divers États européens. 

Aujourd’hui, en tant que Syrien.nes œuvrant pour que les responsables des crimes contre les droits de l’homme commis en Syrie rendent des comptes, nous demandons au gouvernement suisse d’envisager des efforts conjoints avec d’autres pays européens tels que la Norvège, la Suède et l’Allemagne pour enquêter sur les crimes de guerre et faire en sorte que les criminels de guerre rendent des comptes. Nous appelons le gouvernement suisse à écouter et à prendre en compte les demandes de la société civile syrienne et à soutenir les Syrien.nes dans leurs revendications pour une future Syrie juste, sûre et libre. 

La Syrie ne sera pas un pays sûr tant qu’elle sera dirigée par un dictateur.
La Syrie ne sera pas un pays sûr tant que les Syrien.nes subiront des arrestations et des disparitions forcées. 

Il ne peut y avoir de paix dans un pays où les criminels de guerre ne sont pas tenus responsables des crimes qu’ils ont commis. 


Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Il y a 10 ans, le grand rassemblement pacifique de la place de l’Horloge à HOMS a été réprimé dans le sang!

Mémoire de la révolution

FSD re-publie ici un article d’avril 2014 relatif à ce rassemblement populaire en 2011. Pour que la mémoire de la révolution syrienne reste vivante.

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Homs subit ces jours une opération militaire effroyable sur la ville assiégée depuis deux ans. Après l’assassinat du père Francis qui avait choisi de rester avec la population affamée, le régime a entrepris de niveler Homs assiégée et d’exterminer jusqu’ aux derniers habitants. Leur tort aura été d’avoir demandé la liberté, la dignité, la démocratie et la justice sociale. Ces valeurs que vous prétendez les vôtres. Les syriens avaient cru un moment que l’occident est une terre de valeurs et que l’ONU en est le gardien, quelle erreur! L’ONU n’est que l’observateur paralysé des crimes mafieux perpétrés par ses propres membres sous son nez et glorifiés sur ses bancs sous le nom de lutte contre le terrorisme. Son rôle se limite aujourd’hui à préparer les excuses qu’elle présentera dans 20 ans, comme pour le Rwanda.

Pendant ce temps, aujourd’hui, même les quartiers de Homs qui sont restés sous contrôle du régime mais qui avaient participé aux protestations pacifiques subissent des bombardements de mortiers massifs et quotidiens. Les snipers du régime y ciblent tous ceux qui osent encore mettre un pied dehors. Une ambiance de guerre intense règne à Homs. Une guerre qui oppose le régime Assad et ses associés russe et iranien, et ses milices étrangères (du Liban, de l’Irak, de l’Iran, de l’Afganistan, de la Grèce, et bien d’autres) à la population de Homs. 

Homs assiégée, 13.04.2014

Homs assiégée, 13.04.2014

L’association FemmeS pour la Démocratie répond ici à l’appel des activistes de Homs et organise un rassemblement le 18 avril 2014 à 16h00 à la place du Port à Ouchy pour commémorer la journée de 18 avril comme journée internationale de Homs, mais aussi pour manifester notre solidarité avec Homs qui subit aujourd’hui une opération militaire sans précédent.

Cette journée commémore le sit-in du 18 avril 2011 où les habitants de Homs, de tous âge et de toutes appartenances, se sont rassemblés pacifiquement sur la place de l’Horloge. Malheureusement, ce rassemblement s’est terminé très tard la nuit par les tirs des forces de « sécurité » sur les manifestants. Cette nuit là, beaucoup ne sont pas rentrés chez eux, parce qu’on comptait les morts par dizaines, tout comme les détenus et les disparus.

Ce jour là la souffrance de Homs a commencé ; Homs est devenue une ville blessée, dont les blessures ne cessent d’augmenter. Ce jour là restera à jamais lié, dans la mémoire des Homsis, au massacre de la place de l’Horloge.

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 Nous avons choisi de partager avec vous un témoignage d’une Homsi sur ce sit-in et un témoignage d’un ancien officier dans l’armée du régime sur la répression meurtrière qui a sévi cette nuit là.

Témoignage d’une Homsi :

« J’étais au lit, malade, quand le téléphone a sonné. Mon père nous a appelés pour nous informer du rassemblement : « des milliers de gens sont rassemblés sur la place de l’Horloge… Dépêchez-vous pour vous joindre à nous. »

J’ai oublié ma maladie, je me suis habillée rapidement, nous avons préparé quelques panneaux et nous y sommes allés. Nous sommes arrivés au moment de la prière du coucher du soleil. La scène était si incroyable que nous avions les larmes aux yeux.

La place était pleine de citoyens de toutes les religions et de toutes les classes sociales. J’ai été étonnée de voir des gens que je ne pensais pas rencontrer à cette occasion. J’étais si heureuse et fière. Je ne peux pas oublier les moments où les gens nous ont ouvert des passages pour nous les femmes pour atteindre l’Horloge.

Soudainement, mon père a paru fatigué, avec un visage pâle. J’ai demandé de l’aide. Trois médecins l’examinaient sur la place quand mon frère est arrivé. Nous nous sommes inquiétés pour mon père, mais il nous a demandé de rester avec les gens au sit-in, tandis qu’il retournait à la maison avec ma mère, répondant aux instructions des médecins.

Malheureusement, notre bonheur a été troublé quand ma mère nous a appelé pour nous informer que mon père devrait être hospitalisé. Il avait un caillot. Ces émotions lui ont causé une crise cardiaque. Il a été choqué d’entendre les gens chantant d’une seule voix pour la liberté et pour la chute du régime: « Le Peuple veut renverser le régime ». Son coeur ne pouvait pas supporter un tel bonheur. Il a eu besoin de chirurgie.

À 2h00 du matin, les tirs des mitrailleuses ont commencé. C’était la première fois de ma vie que j’entendais des tirs… Je suis devenue folle. Inconsciemment je hurlais en pleurant: « ils sont morts… Ils sont tous morts… Ils les ont tués ». Les gens s’enfuyaient en courant dans les rues. Ce jour est devenu une tragédie dans les coeurs des citoyens de Homs.

Je suis restée éveillée toute la nuit, je priais pour que les Homsis soient saufs avant de recevoir la pire nouvelle : mon cousin Wassim a été tué. La meilleure personne de la famille est décédée.

Le choc de cette tragédie était très fort, mais il nous a rendus encore plus forts.

Et voilà, cette journée du 18 avril 2011 était la meilleure journée de ma vie et elle est devenue la pire!!! Que l’âme de mon cousin Wassim Tammam Kroma reste en paix. ».

Témoignage du Général Ahmad Tlass [extrait] :

« Il s’était produit exactement la même chose à Homs, provoquant la mort d’un grand nombre de citoyens pacifiques dans des conditions identiques.

Des jeunes s’étaient rassemblés, le 18 avril, pour un sit-in au centre de la ville, au pied de la vieille horloge. Tous les responsables concernés par la sécurité se trouvaient à la Direction de la Police, à proximité immédiate. Des émissaires sont allés négocier avec ceux qui occupaient les lieux pour les convaincre d’évacuer la place. Ils étaient quelques milliers, entre 5 000 et 10 000 peut-être. Ils ont refusé de partir. Vers le milieu de la nuit, nous avons tenu une réunion avec le général Mounir Adanov, qui était déjà là, pour décider de ce qu’il y avait lieu de faire. On a à nouveau demandé aux jeunes de quitter la place en empruntant les rues qu’ils voulaient. Mais, alors que les discussions se poursuivaient, des agents des moukhabarat jawiyeh – le Service de sécurité de l’Armée de l’Air – qui avaient été dépêchés depuis Damas pour « disperser des voyous », ont commencé à mitrailler la foule. Ils ont fait des dizaines de morts. Ils obéissaient à l’ordre de tirer à vue qui leur avait été donné par de hauts responsables de la sécurité. Il s’agit encore une fois de ces officiers invisibles aux regards, mais suffisamment puissants pour donner directement des instructions à des éléments à leur dévotion. Certains de ces éléments sont des agents des différents Services de renseignements. Mais ils peuvent être aussi des fonctionnaires d’autres ministères, comme celui de l’Education. Il s’agit ni plus ni moins que, comme je l’ai déjà dit, d’un état dans l’Etat. »

 FSD

 

Assad, « pilleur » du coronavirus

Article de Omar Kaddour publié en arabe le 01.08.2020 sur le site almodon

Traduction en français par FSD

File d’attente devant l’office des pompes funèbres à Damas, le 01.08.2020. Source: page de Fawaz Tello.

Le régime Assad a récemment renoncé à son déni de la propagation du virus corona dans les régions qu’il contrôle. Mais cet abandon a été bien calculé « comme d’habitude » et n’implique pas le moindre changement dans la nature du pouvoir. Le déni lui-même a pris différentes formes. Au début, il y a eu l’annonce de cas d’infection très très limités, accompagnés de spectacles tels que laver les rues et les lieux publics, ou imposer une quarantaine sur des régions entières à cause de l’apparition d’un seul cas; sans oublier le confinement général annoncé alors même que le discours adopté affirmait l’absence de cas. Ensuite on a insisté sur le fait de n’avoir que de rares cas, que tout cela venait de l’étranger, et que c’était sous contrôle.

Récemment, le déni a pris une nouvelle apparence: les autorités annoncent un nombre de victimes presque stable quotidiennement, tandis que les pages des réseaux sociaux pro-régimes sont remplies d’informations parlant d’un nombre de cas bien plus important (1). Mais c’est le régime seul qui décide du nombre de cas annoncé aux organisations internationales. Même lorsque le régime reconnaît que les chiffres peuvent ne pas être exacts, il blâme les sanctions internationales imposées à certains secteurs, même si ces sanctions n’affectent ni l’alimentation ni la médecine. Par exemple, nous avons appris trois cas de décès de personnes qui nous sont connues en une seule journée, mais le régime n’a  annoncé qu’un seul décès pour toute la Syrie ce jour là. L’autorité en Syrie décide du nombre qu’elle souhaite annoncer, peu importe le nombre de cas dont nous sommes sûrs.

Il est plus que probable que l’autorité n’a pris aucune mesure sérieuse au cours de la période récente pendant laquelle l’épidémie s’est propagée. Toutefois, cette période a été mise à profit pour réfléchir à la meilleure manière d’exploiter les circonstances, ou, selon l’expression chère aux syriens, comment « piller » l’épidémie. Ainsi, par exemple, le pouvoir syrien a annoncé sa décision d’obliger les voyageurs, au départ et au retour au pays, de passer un test facturé 100 dollars, et en obligeant les rapatriés à passer une nuit dans un hôtel bien précis, qui coûte 100 dollars la nuit, et qui appartient à des personnes proches du pouvoir.

A titre de comparaison, le coût du même test en France équivalait à 60 dollars (avant d’être inclus dans l’assurance maladie) et il est moins élevé dans la plupart des pays et gratuit dans d’autres. De plus, selon les annonces de l’OMS, il est très probable, que le pouvoir Assad ait obtenu les tests de corona gratuitement. Ce qui signifierait que cette aide médicale serait utilisée comme moyen pour soutirer aux citoyens syriens de l’argent en monnaie étrangère. D’après notre appréhension de la nature du pouvoir syrien, ces décisions pourraient bien être une action sur mesure pour intégrer l’épidémie dans un schéma de corruption. Tandis que les hôpitaux publics renoncent à tester les malades par manque de disponibilité des tests, ces derniers sont disponibles pour ceux qui ont l’intention et les moyens de voyager. Sous ce même prétexte, des tests peuvent être disponibles plus généralement pour ceux qui sont en mesure de payer, qu’ils voyagent ou non. La corruption permet à ceux qui ont plus d’argent que les autres à avoir un appareil respiratoire, tandis que les appels à l’aide pour en avoir un envahissent les pages de médias sociaux.

Au cours des derniers jours, les médecins travaillant dans les hôpitaux concernés ont averti à plusieurs reprises les malades du corona et ceux soupçonnés de l’être de ne pas se rendre dans l’un de ces hôpitaux, car ils n’y obtiendraient pas les soins souhaités et risqueraient donc davantage d’être infectés, s’ils ne le sont pas déjà. La répétition de ces avertissements publics signifie que les autorités sont indifférentes aux normes minimales de santé, et se comportent avec une arrogance extrême. Elles ne se préoccupent même pas des scandales publiés dans les médias. Alors que jusqu’à récemment des personnes se faisaient arrêter pour avoir exprimé bien moins de critiques que ce que l’on entend aujourd’hui. 

Un journaliste travaillant pour un média du régime nous donne une meilleure idée de ce qui se passe dans les hôpitaux, à travers sa page Facebook. Il accompagne son ami malade à l’hôpital universitaire de Mouwasat et constate que le service d’urgence est surpeuplé et ne fait aucune distinction entre les cas. Heureusement, son ami obtient un lit avec un respirateur. Mais peu après un médecin lui recommande de ramener son ami pour un traitement à domicile. Ce patient quitte le lit muni d’un respirateur, qui sera alors attribué immédiatement et sans stérilisation à une patiente souffrant d’hypoglycémie. Selon le récit du journaliste, le médecin lui demande alors de photographier deux ordonnances accrochées au mur. Il semble que l’hôpital les recommande à tous les patients, et parmi les médicaments se trouve l’hydroxychloroquine, qui a déclenché une polémique à l’échelle mondiale, et dont la dangerosité est confirmée aujourd’hui pour certains patients. Ce patient, selon le témoignage de son ami journaliste, avait tenté sans succès d’appeler le numéro mis à disposition des personnes présentant les symptômes du corona. Il n’a pas eu non plus de meilleure réponse lorsqu’il s’était rendu à l’hôpital universitaire Assad avant de se rendre à l’hôpital Mouwasat. Ce patient est décédé deux jours après dans de fortes souffrances liée au corona et à l’absence de soins offerts par l’équipe médicale dans les deux hôpitaux publics.

Les deux ordonnances non-nominales accrochées au mur des urgences de l’hôpital universitaire Mouwasat à Damas. Source

Sans exclure la présence de médecins et d’infirmières vigilants, y compris ceux qui mettent en garde contre la fréquentation des hôpitaux publics, la dégradation des services de ces derniers ne reflète pas seulement la dégradation du secteur de la santé en général, mais elle reflète aussi l’indifférence totale vis à vis d’ une situation d’épidémie qui nécessiterait de lui donner la priorité. Ces manifestations de négligence ne peuvent prévaloir que dans un climat général de corruption et d’insouciance, avec même un petit pourcentage de personnels de santé contribuant à l’exacerber, sans oublier le travail des cadres médicaux dans des conditions qui ne leur assurent aucune protection. D’après notre connaissance de la nature du pouvoir, tout cela relève de la négligence délibérée dont les pauvres sont victimes, et ceux qui sont en mesure de payer trouvent de meilleurs endroits pour le diagnostic et les soins. D’ailleurs, il n’est pas exclu que l’hôpital lui-même ait des sections « luxueuses » pour ceux qui peuvent se permettre de payer cher, et d’autres pour les misérables laissés pour compte dont la survie dépend alors seulement de leur immunité personnelle.

On ne s’attendait pas à ce que l’autorité d’Assad se montre moins mauvaise qu’elle ne l’est. Le fait de tirer profit de la situation épidémique liée au corona était attendu, même s’il  était difficile de s’attendre à ce niveau de grossièreté. On ne trouvera nulle part ailleurs des malades poussés à préférer la mort à la maison plutôt que d’aller à l’hôpital. On ne trouvera nulle part ailleurs des familles en deuil qui taisent la cause de la mort de leur défunt de peur qu’ils ne soient soumis à un chantage avec obligation de l’enterrer loin du cimetière où les autres membres de leur famille sont enterrés. On ne trouvera nulle part ailleurs ce type de commerce avec les cadavres. Comme nous sommes pris au dépourvu par cette terrible affliction humaine, nous n’avons d’autre moyen que de souhaiter que l’épidémie soit plus bienveillante envers les victimes. Et alors que nous sommes plongés dans notre stupéfaction et nos vœux naïfs, il y a un gang qui est peut-être en train de se dire que l’exploitation de cette situation d’épidémie du corona ne lui a pas rapporté un gain suffisant, et qu’il faudrait concevoir d’autres méthodes plus rémunératrices pour compenser.


(1) Les réseaux sociaux syriens parlent d’environ 100 morts par jour à Damas la semaine dernière.

« Le Conseil du Peuple » en Syrie: Une institution cosmétique au seul service d’un régime totalitaire

Article de Youssef Kaddoura, publié en arabe sur le site de Jusoor for Studies  le 18 juillet 2020.

Extraits traduits de l’arabe par FSD.

Introduction

Le conseil du peuple a perdu ce qui lui restait d’influence sur la scène politique syrienne contemporaine dès les premiers moments du coup d’État militaire de Hafez al-Assad le 16 novembre 1970, lorsque ses chars ont encerclé le parlement et ont mis fin au règne de Noureddine al-Atassi.

Cependant, le régime Assad a maintenu la façade du conseil mais l’a exonéré de ses fonctions, ceci afin de poursuivre un certain nombre d’objectifs. Le régime tenait en effet à organiser ses élections législatives périodiques, même dans les circonstances exceptionnelles que le pays a traversées ces dernières années. Les élections de 2012, par exemple, se sont déroulées à un moment où le gouvernement contrôlait moins de la moitié du territoire syrien, tandis que les élections de 2016 se sont déroulées sur moins des deux tiers du territoire syrien, une situation similaire aux élections de 2020.

En maintenant la forme du conseil, le régime montre son empressement à se cramponner à l’image d’un État doté d’une autorité législative, semblable à celle des états démocratiques.

Depuis qu’Assad père a pris les rênes du pouvoir en Syrie, la composition du conseil du peuple reflète cependant le régime totalitaire imposé aux Syriens. Le parti Baas a la majorité des sièges du conseil, tandis que le peu de sièges restants sont occupés par des partis affiliés à l’autorité, qui relèvent du «Front national progressiste» comprenant – aux côtés du parti Baas – neuf partis socialistes et communistes, en plus de la Fédération générale des syndicats et de l’Union générale des paysans.

Le régime a codifié le contrôle du parti Baas sur le conseil du peuple et sur le reste des institutions de l’État en imposant l’article 8 dans la constitution de 1973, qui stipule que «le parti socialiste arabe Baas est le principal parti de la société et de l’État, et dirige un front national progressiste qui unifie les masses du peuple et les met au service des objectifs de la nation arabe».

La révolution syrienne du printemps 2011 a poussé le régime à adopter certaines dispositions par lesquelles il a tenté de calmer la rue en révolution. Au huitième mois de la même année, il a promulgué la loi des partis qui autorise le multipartisme conformément au décret no 100 de 2011. En vertu de cette loi, un certain nombre de partis ont été autorisés, tous des copies semblables aux partis déjà présents dans le Front national progressiste, et tous des partis fictifs qui n’existent pas vraiment dans la rue.

Le régime a également édité une nouvelle constitution en 2012 et le changement le plus important par rapport à la constitution précédente a été l’abolition de l’article 8, ce qui signifie que le parti Baas n’est plus théoriquement le principal parti de l’État et de la société. L’article 8 a été remplacé par un nouvel article qui parle de pluralisme politique et stipule que le régime politique de l’État est basé sur le « principe du pluralisme politique et que le pouvoir s’exerce démocratiquement par le vote», et que les partis politiques et les rassemblements électoraux autorisés contribuent à « la vie politique nationale et doivent respecter les principes de souveraineté nationale et de démocratie».

Assad: accomplissements pour une Syrie « démocratique »… Source

 

Élections du Conseil après 2011

Après 2011, le conseil du peuple a connu trois cycles électoraux, le premier en 2012 (qui devait d’abord avoir lieu en 2011), le deuxième en 2016 et le troisième en juillet 2020 (qui a été reporté deux fois en raison des circonstances causées par la propagation du virus corona).

Les élections de 2012 ont été les plus tendues et les plus sensibles pour le régime, car elles se sont déroulées au plus fort de la révolution contre le régime Assad et avec la majeure partie du territoire syrien hors de son contrôle. C’était aussi la première élection après l’approbation de la loi sur les partis et l’adoption de la constitution amendée.

En conséquence, la période électorale a été témoin d’une forte prolifération sécuritaire et militaire dans les zones contrôlées par le régime, et les activités électorales ont été considérablement réduites. Ces élections ont également permis à l’opposition de cibler le semblant de système électoral d’une manière jamais vue auparavant. Les photos et les banderoles des candidats, auxquelles le régime tient tant pour conserver l’apparence d’un processus électoral ont été saccagées  comme jamais dans les élections précédentes. Des milliers de Syriens ont participé, pour la première fois, à des campagnes d’opposition parallèles à travers leurs comptes dans les nouveaux médias, principalement du fait de l’effondrement du mur de la peur que le système de sécurité avait érigé au cours des quarante dernières années, une situation qui a par la suite accompagné tous les événements « électoraux » à venir.

Les résultats des élections annoncés début mai 2012 ont montré l’effet limité de la loi sur les partis et même du changement de constitution, le parti Baas conservant son contrôle sur le parlement, bien qu’il soit accompagné de faux-semblants de nouveaux « partis » opportunément constitués depuis quelques mois seulement.

Les élections de 2016 ont vu apparaître un amendement à la loi électorale, selon lequel les membres de l’armée et de la police étaient autorisés à voter. Le nombre de candidats à ces élections est alors passé à environ 11 000 contre environ 7 000 lors des élections précédentes.

Composition du conseil

Notons également qu’en 2016, le conseil du peuple comprenait un certain nombre de chefs des milices constituées après 2011, qui ont ensuite été incorporées à la Cinquième Légion, ou transformées en sociétés de « sécurité ». Le conseil comprenait alors vingt des chefs de milices, ou personnes travaillant dans le cadre d’organes offrant leurs services de soutien aux milices (1).

On comprend mieux la stratégie du régime en observant qu’il choisit les membres du conseil du peuple parmi ceux auxquels il veut offrir une forme de récompense pour services rendus, ou une promotion sociale, d’autant que la plupart d’entre eux sont issus de milieux sociaux et éducatifs modestes.

Outre les chefs des milices, le conseil comprend aussi un certain nombre d’agents de l’armée, de la sécurité et de la police, parfois à la retraite,…

La société syrienne connaissant bien la manière dont les membres du conseil sont choisis, le choix de ses membres est devenu un moyen de distinction destiné  à pointer leur importance et leur proximité aux services de sécurité. Cela se traduit par une influence accrue de chaque membre qu’il peut ensuite exploiter dans son propre cercle d’hommes d’affaires, d’artistes, de journalistes, d’athlètes ou de religieux.

Le conseil comprend aussi un certain nombre de sièges permanents réservés aux chefs de clans, car l’État peut ainsi contrôler l’équilibre entre ces clans, la nomination des chefs de clans et les clivages internes au sein même de chaque clan.

Élections 2020

Comme ce fut le cas lors des élections de 2012 et 2016, les élections  de 2020 ne se déroulent que sur environ deux tiers du territoire syrien. Vu le grand nombre d’acteurs internationaux présents à l’intérieur de la Syrie, l’aspect formel et l’importance politique de la mise en œuvre de ces élections étaient essentiels.

A travers ces élections le régime cherche avant tout à perpétuer son image de continuité vis-à-vis de l’extérieur, et à repenser sa carte interne, que ce soit en supprimant ceux dont les positions ont changé au cours des années précédentes, comme les alliés de Rami Makhlouf dans le secteur économique, ou en introduisant de nouveaux visages, hommes d’affaires ou politiciens à qualifier en vue de la prochaine étape.

Résumé

Un examen de la composition du conseil du peuple et du rôle qu’il a joué historiquement montre que, pendant le règne du parti Baas, il n’a été qu’une institution du régime, au  rôle cosmétique, à destination de l’étranger,  permettant au régime de parler de ladite démocratie populaire et de participer aux organismes internationaux liés aux parlements.

Au plan interne, le conseil représente un outil officiel pour distribuer des quotas et des bonus dans les différents secteurs, des clans, du  clergé, des hommes d’affaires et des artistes , et aux chefs des milices;  il est également perçu comme un outil pour valoriser des personnalités loyales au régime et en faire des leaders locaux capables d’influencer leurs secteurs respectifs ou leur environnement social.

Le conseil a aussi pour rôle de compléter l’apparence de légitimité juridique du régime, afin de donner l’image d’un état basé sur des institutions « crédibles » qui adoptent les lois et les législations conformément aux principes généralement acceptés. Bien que le régime lui-même ait ridiculisé ce rôle lorsqu’il était sous la pression du temps, comme cela s’est produit lorsque la constitution a été modifiée après la mort de Hafez al-Assad, et que le régime a été contraint de demander au conseil de faire ce changement en quelques minutes!

Dans un tel cadre, l’organisation d’ élections, à la date prévue est un objectif essentiel en soi pour le régime. En effet depuis 2011, le régime tente de faire croire que c’est toujours le parti qui contrôle réellement la Syrie, qu’il s’agisse du contrôle du territoire, alors qu’il n’en contrôle pas plus des deux tiers maintenant, ou de la capacité décisionnelle de Damas, aujourd’hui répartie entre la Russie et l’Iran, alors que le régime n’a plus qu’une influence marginale.

Le parapluie du conseil du peuple revêt aussi une grande importance pour les alliés du régime, qui y voient un point d’entrée pour tenter d’inclure l’opposition dans une «forme améliorée» du régime. Il est à noter que les alliés du régime à Moscou et à Téhéran utilisent largement cette approche dans tous leurs dialogues ou messages adressés à l’opposition au sens large.

Le fait que la communauté internationale compte sur les élections comme point d’entrée pour un changement à venir en Syrie n’est cependant pas réaliste tant que les forces de sécurité restent dans leur rôle actuel. En l’état, ceci signifie que le processus électoral dans son ensemble n’a pas la moindre forme d’intégrité, et le discours relatif au « panier électoral » (2) perd tout son sens en dehors d’une réforme de l’appareil sécuritaire et judiciaire. C’est ce dernier élément que les alliés du régime tentent à tout prix de sortir du cercle d’étude, car il est l’appareil déterminant de la survie du régime qu’ils soutiennent. Cet appareil-là constitue le guide réel de l’Etat et de la société au sein du régime Assad. Changer cet appareil entraînerait automatiquement le changement du régime lui-même.


(1) Une liste avec les noms de ces vingt membres du conseil est incluse dans l’article original en arabe (https://www.jusoor.co/public/details/مجلس-الشعب-في-سورية-مؤسسة-تجميلية-لنظام-شمولي/730/ar?fbclid=IwAR1Dpe2rk5N_Qud6iykBUz-4WwcmRKJcoU1-rg7rAomFu0GcP-CfepHBzaE).

(2) Dans le cadre des pourparler pour la paix en Syrie, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie a proposé la notion de quatre « paniers » à négocier indépendamment les uns des autres dont le « panier électoral » et le « panier sécuritaire et judiciaire ».