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Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après. 

Intervention de Ibraheem Malki 4/4

Je suis l’avocat Ibraheem Malki, membre du comité pour la défense des détenu.es en Syrie, ancien détenu et aujourd’hui je suis réfugié en Suisse.

Je remercie mes collègues qui ont abordé la question des violations en Syrie. A la lumière de ces violations, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis par Bachar al-Assad envers les Syrien.nes, on se demande comment le monde tout entier et en particulier les pays actifs dans les droits humains, y compris la Suisse, n’en sont pas venus à l’évidence que ce dictateur est un criminel? Les crimes continuent en Syrie, le monde reste silencieux, et il y a là une lacune dans le principe de la responsabilité. 

La Syrie a vécu ces dernières années et vit toujours un conflit armé brutal, des attaques aveugles par  bombardements aériens, tuant des civils, détruisant des villes et utilisant des armes chimiques toxiques sur le peuple syrien. L’injustice, l’oppression et la brutalité ont été et sont encore le langage du régime, de ses services de renseignement et de ses forces armées pour faire face aux syrien.nes pacifiques. Et dans cette brutalité, Bachar al-Assad a eu et tient encore le rôle principal qui a conduit à la tragédie du peuple syrien qui se poursuit.

Et à propos de ces crimes, qui touchent aussi Europe et de la propagation du terrorisme en Europe, ils portent aussi la signature d’Assad, criminel de guerre par excellence. 

Nous, en tant que Syrien.nes, voulons la justice. Nous ne nous vengeons pas, nous voulons respecter le principe de la justice, même s’il est quelque peu incomplet. Il n’est pas possible de résoudre le problème de la Syrie sans le principe de la responsabilité. Ensuite viendra la réconciliation, et la suite. Même la question de la stabilité et de la solution politique ne peut se régler sans régler d’abord la question de la responsabilité.

Aujourd’hui, je m’adresse ici au Conseil Fédéral, qui incarne une histoire d’humanité et de valeurs humaines, héberge les conventions de Genève et leurs protocoles qui ont été établis en Suisse, et de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains: « Vous ne devriez pas fermer les yeux sur l’impunité ni accepter l’idée que Bachar al-Assad soit maintenu comme président reconnu et agréé par les Etats Unis ou l’Europe ». 

Bern, le 30.09.2021

En Syrie maintenant, nous n’avons pas d’autre choix que de revendiquer la justice. Vous savez que certaines instances pour rendre justice ne sont pas accessibles à cause du veto russe qui empêche l’accès à la Cour pénale internationale d’une part et à cause de la présence du régime à l’intérieur de la Syrie d’autre part. Par conséquent, nous demandons l’application du principe de la compétence universelle qui pourrait être appliqué pour les violations graves commises en Syrie. Deux pays, l’Allemagne et la Norvège, ont instruit des procès basés sur ce principe. Le tribunal de Coblence en est l’exemple, où deux anciens responsables qui travaillaient pour les renseignements généraux en Syrie, dans la branche de Damas, sont jugés:

– Eyad A. qui a été condamné à quatre ans de prison pour avoir commis une trentaine de crimes contre l’humanité. 

– Le général Anwar R. qui est actuellement jugé pour des crimes contre l’humanité, et pour qui le verdict sera rendu dans deux mois. L’avocat Brooker s’attend à ce que le verdict soit de plus de vingt ans et puisse atteindre la réclusion à perpétuité. 

La juge Catherine Marchi-Uhel, responsable du mécanisme international impartial et indépendant de l’ONU situé à Genève, a estimé que le tribunal de Coblence est le premier tribunal au monde à rendre un verdict de condamnation pour des violations commises en Syrie. Bien sûr, ce résultat doit beaucoup à de nombreuses personnalités, des procureurs, des enquêteurs et des professionnels du droit. Il y a 12 procès en cours en Europe (en Allemagne, Norvège, France, Suède, Pays-Bas et Autriche). Alors qu’en Suisse, il y a qu’une procédure contre Rifaat al-Assad (oncle de Bachar al-Assad) mais qui n’avance pas. Trial International a accusé le procureur général suisse d’avoir ralenti la mise en oeuvre de la procédure contre Rifaat al-Assad. Une dénonciation pénale de Trial contre Rifaat al-Assad a eu lieu en 2013 et ensuite la procédure a été gelée. Elle a été réactivée en 2017, puis elle a été gelée encore une fois. Il semble qu’il n’y ait pas de volonté politique pour aller de l’avant avec ce dossier, alors que la Suisse est un pays neutre et le lieu de la solution de nombreux problèmes et réconciliations par excellence.

Selon José de la Mata,  le juge espagnol qui examine le procès intenté par l’Espagne contre Rifaat al-Assad, celui-ci posséderait une fortune en Suisse depuis 1984. L’argent volé à la Syrie serait en partie en Suisse.

Nous attendons avec espoir que la Suisse joue un rôle important en ouvrant les portes à la poursuite des auteurs de crimes de guerre (notamment Rifaat al-Assad*, auteur de massacres à Palmyre et à Hama). La Suisse a l’expérience, l’intégrité, la justice, l’impartialité, une force économique, une expertise technique et diplomatique, et peut supporter des charges financières, mais elle a besoin de volonté politique.

Je vous remercie pour votre écoute. Je vous remercie d’avance d’écouter les victimes des violations à l’encontre des détenu.es d’opinion et les prisonniers de Syrie et pour écouter les demandes du peuple syrien pour mettre fin à sa souffrance. Car vous portez en vous la même humanité que nous tou.tes dans ce monde.


* Rifaat al-Assad retourne en Syrie le 7 octobre 2021 pour y trouver refuge et éviter la condamnation qui a été confirmée en France. Plus d’information sur le site de Trial International

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après. 

Intervention de Tawfik Chamaa 3/4

La situation humanitaire en Syrie est la catastrophe humanitaire la plus importante depuis la 2e guerre mondiale.

Dès le début des manifestations en 2011, l’action humanitaire en soi a été prise en otage. Les civils qui manifestaient pacifiquement dans la rue étaient pris pour cible et tirés à balles réelles, Les médecins et les soignant.es qui voulaient soigner les premiers blessés, étaient capturés, médecins et infirmier.es. C’est ainsi que notre organisation l’UOSSM a vu le jour. 

Les quartiers d’où sortaient les manifestations étaient bombardés, quelques hôpitaux aussi. Même les soignant.es du croissant rouge, qui étaient en faveur de l’égalité des soins pour tous, ont été exfiltré.es, capturé.es et liquidé.es

Cette situation a continué pendant les dix ans qui ont suivi, ce qui a créé une catastrophe humanitaire qui n’a pas d’équivalent depuis la 2e guerre mondiale. Le bilan aujourd’hui est lourd: 70% des infrastructures pour les services aux civils ont été détruites, les hôpitaux, les stations d’épuration de l’eau, les stations électriques, etc. Alors que des images des centres villes, qui n’ont pas été touchés, circulent pour la propagande spécialement. 

Tout au long de cette période, des régions ont été assiégées en continu. Lorsque le siège de certaines régions était rompu d’autres régions étaient assiégées par la suite. Et jusqu’à très récemment, nous avions environ un million de personnes qui étaient assiégées dans le sud. Vous en avez sans doute entendu parler pour la région de Daraa, qui a été bombardée et où la population souffrait de manque de pain et de nourriture. Les sièges qui ont duré longtemps n’ont pas eu d’équivalents dans l’histoire, car même les Nazis ne bombardaient pas les hôpitaux et laissaient les soins accessibles aux deux parties. 

L’aide humanitaire qui parvenait à être livrée dans les régions assiégées étaient amputée de tout ce qui est médical, médicaments et kits de chirurgie, même suite à des accords signés. 

Lorsque vous entendez dire que la population a été transférée dans le nord c’est que ces résidents des régions assiégées n’avaient pas le choix. Comment feriez vous si vous aviez une famille et des enfants pour rester sans soins? C’est la  façon de faire la plus efficace pour parvenir à ce qu’on peut appeler l’épuration ethnique ou l’évacuation ou simplement vider ces régions de leurs habitants.  Vider des villages et des villes entières tout simplement en les privant d’accès aux soins médicaux.

Cibler des hôpitaux avec des bombardements était systématique, c’est prouvé et ça a fait l’objet de plusieurs rapports. Les médecins ont été ciblé.es, nous avons plusieurs témoignages. Des milliers ont été tués ou blessé.es et aucun ne portait une arme. 3’300 personnes du corps médical ont été arrêtés ou sont disparus forcés. 

Bern, le 30.09.2021

La moitié des Syriens ont été obligés de fuir leur pays ou leur région dont la moitié sont des réfugiés et l’autre moitié sont des déplacés internes. 350’000 morts jusqu’ à aujourd’hui c’est le chiffre qui a été donné en dernier en 2014 par l’ONU et c’est là que le compteur a été arrêté. C’est ce même chiffre qui est apparu il y a quelques jours dans la presse mondiale. Je me permets de vous proposer de le multiplier par deux ou par 3 parce que la tuerie en Syrie ne s’est pas arrêtée et chaque jour les bombardements continuent. 

En dix ans nous avons eu 300’000 handicapés physiques et nous avons dû créer des centres pour les appareiller avec des jambes ou des bras, ceci avec l’aide internationale. Jusqu’aujourd’hui nous n’avons pas fini de les appareiller. Jamais une guerre n’a produit proportionnellement autant d’handicapés. Il faut savoir que les snipers, jusqu’il y a encore deux ou trois ans ciblaient la colonne vertébrale pour créer une paraplégie. Ces snipers étaient entrainés pour créer des handicapés. Les atrocités commises n’ont pas d’équivalent dans l’histoire. Des millions d’handicapés psychologiques, psychiatriques et psycho-sociaux sans oublier qu’on a 300’000 orphelins. 600 des familles qui s’occupent d’une partie de ces orphelins sont soutenues par l’UOSSM suisse , à la frontière de la région d’Idleb. Nos centres de soutien pour les cas psychiatriques et psycho-sociaux ne sont absolument pas suffisants pour cette catastrophe. Tous les Syriens réfugiés, déplacés internes ou même ceux qui se trouvaient déjà à l’extérieur de la Syrie depuis longtemps sont traumatisés.

Concernant le COVID, pour la région du nord-est de la Syrie sous contrôle des forces kurdes et zone d’influence des américains, il y a 1.1 million d’habitants et le nombre de doses arrivées dans cette région pourtant accessible est de 17’500. Le taux de vaccination est inférieur à 1 pour mille. Dans le seul nord ouest de la Syrie, nous comptons 50 à 100 morts par jour et la vaccination est quasi inexistante. Les 300 à 400 000 premières doses arrivées en Syrie sont toutes allées à l’armée.

Si il y a une situation grave c’est celle dans la région controlée par le régime. J’ai de la famille là-bas et ils ne savent pas comment obtenir du pain. Ce mois, en 17 jours, plus de 70’000 syriens ont quitté la Syrie. Le chanceux est celui qui quitte le pays, 45% sont allés en Egypte qui a ouvert la frontière et c’est pour leur survie qu’ils partent. 

J’espère qu’à court terme, on  pourra recevoir des doses de vaccin dans la région du nord syrien. Arriver à 50 à 100 morts par jour, pour une population de 4 millions d’habitants, c’est  une véritable catastrophe. 

A moyen terme, on espère que la Suisse soutiendra des positions qui vont dans le sens d’empêcher la transformation de la Syrie en une 2e Corée du nord, ce qui serait une catastrophe pour toute l’Humanité et pas seulement pour la Syrie.


Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (2/4 M. Darwish)

Quatre intervenant.es syrien·nes, engagé.es dans la défense des droits humains du peuple syrien, étaient présent·es au Palais fédéral jeudi 30 septembre 2021, à l’invitation du parlementaire Christian Dandrès, pour témoigner de la situation humanitaire et politique en Syrie, et parler des procès menés en Europe contre des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Les conséquences terribles du COVID ont aussi été au centre de la discussion. Dix ans après le début du soulèvement populaire, les activistes de la société civile et la population civile résistent toujours face à un régime dictatorial et criminel. 

Les intervenant·es sont selon l’ordre d’intervention: 

Mariana KARKOUTLY, juriste syrienne exilée en Allemagne, enquêtrice pour la poursuite des crimes commis en Syrie depuis 2011

Mazen DARWISH, avocat syrien exilé en France, fondateur et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression

Tawfik CHAMAA, médecin suisse d’origine syrienne, membre fondateur de l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM) 

Ibraheem MALKI, avocat et activiste syrien exilé en Suisse, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion arrêtés à la suite de l’arrestation des membres de la déclaration de Damas en 2006 et membre du Centre syrien pour la justice et pour l’obligation de rendre des comptes.

Les interventions ont été traduites en français par FSD et sont publiées ci-après.

Intervention de Mazen Darwish, 2/4

Je remercie ma collègue Mariana de nous avoir rappelé quelques femmes syriennes d’exception, et je suis fier de connaître la plupart d’entre elles, dont ma collègue Razan Zaitouneh.

La source de ma fierté pour ces femmes n’est pas que nous partagions la même nationalité syrienne, mais le fait que malgré la diversité de nos affiliations sectaires et ethniques, et même de nos positions politiques, nous avons tou.tes pu participer ensemble au rejet du régime  tyrannique pour essayer d’atteindre la démocratie en Syrie.

Les efforts d’un groupe de femmes, en particulier les victimes, nous ont permis en tant que défenseurs des droits humains et en tant qu’organisations civiles syriennes et internationales, d’essayer d’obtenir justice par le biais des tribunaux européens en utilisant la compétence universelle. Ceci a été le cas pour les procédures lancées en France, en Allemagne et en Suède suite à l’utilisation d’armes chimiques.

Razan Zaitouneh était à Douma (ville de la Ghouta de Damas), avec l’équipe de travail du VDC (Centre de documentation des violations), lors de l’attaque chimique d’août 2013. La présence des victimes arrivées en Europe et leur courage nous ont permis de lancer la procédure.

L’utilisation d’armes chimiques, au 21e siècle, s’est malheureusement produite et s’est répétée des centaines de fois contre des civils.

Bern, 30.09.2021

L’une de mes connaissances, vivant dans les zones contrôlées par le régime à proximité des zones de la Ghouta, est une personne très éloignée de mes positions politiques et de celles en faveur des droits humains. Cette personne veut simplement vivre en paix. Mais cette personne m’a dit qu’elle était heureuse que notre centre se soit impliqué dans la procédure contre les responsables de l’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta. Ce fût une surprise pour moi et je lui en ai demandé la raison, surtout qu’elle n’avait jamais exprimé de prise de position contre le régime, ni aucune opposition. Sa réponse a été que si le vent avait tourné ce jour-là,  le gaz chimique aurait pu atteindre sa maison et tuer sa famille. Pour cette personne,  ce régime représentait simplement une menace pour l’humanité et pour tous les gens, quelles que soient leurs affiliations sectaires, ethniques et politiques. Les armes utilisées par le régime contre les civils, comme les armes chimiques et les barils d’explosifs ne faisant aucune distinction entre les loyalistes et les opposants au régime.

Lorsque nous utilisons les outils disponibles pour obtenir justice, notre motivation n’est pas la vengeance, ça n’est pas non plus parce que nous sommes des victimes de  la torture ou à cause de la perte de ceux que nous aimions. Au contraire, nous voulons la paix et nous voulons un avenir sûr pour nos enfants afin qu’ils ne vivent pas la même expérience que nous avons vécue. Mais comment parvenir à une paix durable ?

Tout accord politique entre les parties du conflit, sans tenir compte de la question de la justice, de la responsabilité et des droits des victimes, ne sera qu’un cessez-le-feu. Un tel accord ne fera pas la paix et ne sera pas durable. Sans justice, sans responsabilité, et sans parvenir à une véritable transition politique, un tel accord se résumerait à donner du temps aux parties en conflit, et au régime en particulier, pour recharger leurs armes et pour préparer  une nouvelle guerre motivée par la vengeance, et à cause de l’absence de justice.

Je fais partie des réfugiés en Europe et je suis reconnaissant d’être maintenant en sécurité, mais je souhaite sincèrement pouvoir retourner un jour dans mon pays pour reprendre ma profession, mon bureau, mon pays, la langue que je maîtrise et retrouver les régions que je connais. Mais aujourd’hui, nous sentons, nous les réfugiés, qu’on attend de nous de retourner dans une Syrie toujours dirigée par le même régime qui a causé notre fuite, avec la domination des mêmes services de sécurité qui nous ont arrêtés; et je souligne que ma dernière arrestation a duré environ quatre ans.

Si vous avez entendu parler des photos de César (images des corps des détenu.es mort.es sous la torture), elles sont bien réelles, et j’aurais pu faire partie de ces photos et j’ai été le témoin direct de ces exactions. C’est pourquoi, quand on envisage aujourd’hui de nous renvoyer sous le même régime, avec les mêmes appareils sécuritaires, avec les mêmes conditions… Pour moi, ce serait  donner à notre tueur une autre chance de nous tuer. Et comme malheureusement la première fois il n’a pas pu nous éliminer, on nous demande cette fois d’emmener nos enfants avec nous. Je ne pense pas que ce soit juste ou acceptable.

Si nous voulons vraiment que les réfugiés puissent rentrer en Syrie, nous devons nous assurer qu’il y ait une vraie transition politique et qu’il y ait justice et responsabilité en Syrie.

Nous voulons également la justice et la responsabilité afin d’éliminer le terrorisme, et nous avons souffert du terrorisme et de l’extrémisme, et nous sommes contre le terrorisme et l’extrémisme en Syrie. Mais je ne pense pas que l’utilisation des moyens militaires pour éliminer le terrorisme et l’extrémisme soit la bonne méthode. La même erreur a été faite en Irak en 2006 où les États-Unis et leurs alliés ont formé une coalition internationale et ont bombardé al-Qaïda et tué al-Zarqawi sans justice, sans  principe de responsabilité, sans garantir la démocratie et sans le développement du pays en parallèle. Ce n’était pas la bonne méthode, car en quelques années l’Etat islamique a émergé.

Si nous allons en Syrie pour combattre le terrorisme de la même manière, en utilisant uniquement des moyens militaires, tout en maintenant une dictature sectaire au pouvoir et sans obtenir justice et  satisfaction pour les victimes, alors nous instaurerions l’émergence d’un nouveau groupe terroriste avec un nouveau nom, non seulement en Syrie mais en Europe aussi. 

Ces organisations terroristes ont besoin d’un oxygène particulier pour survivre. Leur oxygène c’est les personnes et les jeunes qui ressentent l’injustice, la persécution, le manque d’intérêt et qui ressentent le désespoir de la justice et de la loi. Ces personnes là sont  les plus susceptibles de devenir des loups solitaires et d’aller vers l’extrémisme.

Je vais évoquer ici les « élections » présidentielles et la restauration de la légitimité en Syrie… 

Mon expérience des élections c’est celles de 2014 que j’ai vécu en Syrie. Nous étions environ 8000 personnes détenues dans une prison civile, et nous avons été traduits devant le tribunal du terrorisme pour des accusations de terrorisme, par le régime. Nous étions 8000 personnes absolument opposées au régime.

Le résultat des « élections démocratiques » de 2014 au sein de notre prison a conclu que 99,8% des opposants que nous étions « ont élu » Bachar al-Assad! C’est ça les élections sous le contrôle du régime Assad et c’est ça les élections qui se déroulent au Moyen-Orient sous les dictatures.

Les civils de l’intérieur de la Syrie, de Deraa à Idlib, ont largement démontré, par la poursuite des manifestations, que les élections de mai 2021 n’ont eu aucune forme démocratique et n’ apportent donc aucune légitimité à aucune autorité politique.

En effet, ces Syriens qui pour la plupart sont à l’intérieur du pays, s’accrochent toujours à nos revendications de justice et de démocratie. Et nous sommes surpris de voir qu’ils ne sont pas fatigués, eux qui sont à l’intérieur de la Syrie, alors que  nous  à l’extérieur le sommes.

J’ai un seul ami suisse. Mon ami est fier que la Suisse puisse accueillir la rencontre de Biden et Poutine, les présidents des deux pays les plus puissants du monde. Il est aussi fier de l’équipe nationale de football qui a fait des progrès remarquables récemment, et surtout, il est fier que la Suisse soutienne financièrement des organisations concernées par la justice en Syrie, comme la nôtre….

Nous espérons que vous préserverez la fierté de mon ami et que les positions politiques suisses et l’argent des impôts n’iront pas aux criminels de guerre ni aux mauvaises orientations.


Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (1/4 M. Karkoutly)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (3/4 T. Chamaa)

Situation Humanitaire et Politique en Syrie: Témoignages au Palais Fédéral (4/4 I. Malki)

Syrie, Russie et justice transitionnelle – Forum L’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions. Ibrahim Malki est intervenu dans l’atelier Syrie-Russie.

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Syrie, Russie et justice transitionnnelle

Par Ibrahim Malki, avocat

(Texte traduit de l’arabe)

MALKI Ibrahim est un avocat, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion, notamment suite à la Déclaration de Damas (2005). Il a été arrêté en 1997, puis en 2011, en 2012 et nalement le 3 novembre 2013 avant de devoir s’exiler. Membre fondateur du collectif des avocats syriens. Il a participé à diverses commissions visant à établir les principes d’une justice transitionnelle.

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Atelier Syrie-Russie, le 28 mai 2016

La violence est un produit naturel de la culture des régimes tyranniques qui favorisent la voie de l’assassinat, de la criminalité, de l’esprit mafieux et de la théorie du complot: « celui qui n’est pas avec moi est forcément contre moi ». C’est ce que le régime syrien a pratiqué depuis plus de quarante ans, avec le soutien de régimes totalitaires et répressifs qui lui ressemblent, au moins structurellement et mentalement, comme l’Iran, la Russie et les milices chiites, s’immergeant ainsi dans un monde de sauvagerie.

La Révolution syrienne a commencé par un soulèvement de la société civile syrienne, et elle est soudain devenue la cause de tous. C’est pourtant la jeunesse syrienne libre, aimant sa patrie et assoiffée de liberté, de justice et d’égalité, qui a porté la révolution. La réaction du régime a été la violence et la criminalité, et ce mouvement révolutionnaire a dû affronter les tirs à balles réelles et les bombardements de toutes sortes. Nous pouvons donc affirmer que le terrorisme, la violence et la réponse à la répression ne faisaient pas partie du mouvement initial de la révolution syrienne, et qu’ils en constituent un élément imprévu.
Pour soutenir sa violence contre la population, le régime a eu recours à des forces obscurantistes, internes et externes au pays, à forte tendance chiite, familières de l’usage de représailles et de la vengeance. Il a ainsi ouvert les portes de la Syrie à l’extrémisme, piétinant toutes les lois. Il a également introduit les Russes et les Iraniens comme soutiens de son pouvoir, contrairement à toutes les lois et conventions relatives à la protection de l’Etat, utilisant le principe de la liberté de l’Etat dans la gestion des affaires intérieures et extérieures, oubliant que cette liberté est limitée par les règles du droit international, notamment en matière de respect des droits de l’homme, et ignorant le fait qu’il s’agissait là d’une révolte interne contre l’injustice et ses conséquences.

La position russe dans la Révolution syrienne

Les Russes sont entrés de plein pied dans le conflit syrien dés le premier jour, de par leur triple veto aux conseil de sécurité des Nations Unies, empêchant ainsi toute solution politique en Syrie. A cette époque, la révolution syrienne était dans sa phase pacifique, exigeant la liberté, la dignité et une réforme constitutionnelle globale. La position russe a évolué ensuite progressivement, jusqu’à l’intervention militaire directe de son aviation, l’apport d’armes au régime, et son intervention dans les négociations de Genève.
La Russie, après avoir re-équilibré les forces en présence en faveur du régime, semble aujourd’hui pressée de chercher une solution qui satisfasse le régime. Ceci pour plusieurs raisons: socio-économiques internes à la Russie d’abord, et internationales liées à l’occupation par la Russie de plusieurs territoires ensuite; d’où la pression énorme exercée sur l’opposition afin de la faire revenir à la table des négociations aux termes et aux conditions fixées par le régime et par la Russie. L’objectif immédiat est d’abaisser le plafond des aspirations au changement de l’opposition et d’obtenir une solution politique qui satisfasse aux intérêts russes sur la scène internationale, et qui par ailleurs ne diffèrent pas, sur le fond, de la solution voulue par le régime syrien, qui vise à rester au pouvoir. Mais il y a aussi d’autres motivations à cette hâte, dont :

  • Le fait que l’administration américaine ne va pas vers l’escalade, et se limite à une gestion laxiste de la question syrienne, de plus son mandat expire à la fin de l’année.
  • L’évidence que la Russie n’est pas sûre de pouvoir travailler et collaborer avec la prochaine administration américaine, y compris avec la démocrate Clinton.

L’échec des négociations de Genève, voulu par l’Iran et par le régime syrien, serait gênant pour les Russes qui œuvrent pour imposer rapidement et à eux seuls une solution favorable au régime. C’est dans ce but que la Russie frappe le pan militaire des forces de la révolution modérée (pour être tout à fait clair: la Russie n’a jamais frappé Daech comme elle le prétend, ce qui a poussé les américains, les français et les britanniques à contrecarrer les tentatives Russes à Alep, en soutenant l’opposition).

Les différences de vues entre Moscou et les Etats du Golfe, dirigés par l’Arabie saoudite, ont empêché le retour des négociations syriennes à Genève, ce qui montre qu’il y a un grand écart entre leurs positions respectives. De plus, le Haut Comité de Négociation de l’opposition a tenu à ce que la résolution 2254 soit mise en œuvre, résolution qui prévoit la formation d’un corps de gouvernement transitoire doté de tous les pouvoirs. De leur côté, les Russes, qui tiennent à maintenir Assad au pouvoir, disent que c’est « au peuple syrien de décider du sort de son pays », discours fallacieux et mensonge flagrant destiné à contrecarrer la volonté des Syriens et à les soumettre à la volonté des Russes. Ces derniers ont en effet pour but d’étendre leur influence sur la nouvelle Syrie, parce qu’ ils considèrent la révolution syrienne comme un règlement de comptes et un moyen de revenir sur la scène internationale en tant que superpuissance. Les Russes ne veulent pas d’une Syrie démocratique, civile, construite par ses propres citoyens, nous en sommes convaincus.

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Assad, noeud du désaccord entre les Américains et les Russes

Les Russes essaient d’imposer le maintien d’Assad à tout prix sous prétexte qu’à leurs yeux personne ne peut remplacer Assad. Ceci constitue un désaccord fondamental avec le peuple syrien, avec les Américains et avec tous les amis du peuple syrien. Les Russes ne sous-estiment pas pour autant la volonté d’Obama de faire “ce qu’il pense juste” à n’importe quel moment, ce qui constitue l’essence même de la position américaine affichée.
Les Américains sont conscients de la grande distance qui sépare les positions de Washington et de Moscou relatives à une solution politique en Syrie. Toutefois ils sont d’accord pour interdire de laisser l’une des parties s’emparer d’une victoire militaire, ceci en raison de la spécificité du cas syrien. Car si l’une des parties est vaincue sur le terrain, cela signifierait l’impossibilité d’une solution politique. D’accord avec la partie russe, la chute du régime n’est donc pas acceptable, ni sa victoire. De même une victoire militaire de l’opposition n’est pas permise, ni son effondrement, et chacun a ses arguments.
Les Russes disent ne pas vouloir d’une scène similaire à la Libye d’après la chute de Kadhafi, et les Américains partagent cette opinion. Les deux parties préfèrent donc gérer la crise, voire la prolonger. De plus il est évident que les Russes n’accepteront pas le départ d’Assad, ni sa chute.
La question qui subsiste dès lors est la suivante: les Russes et les Américains préfèrent-ils, au stade actuel, le chaos à une solution, pour différentes raisons, dont la présence de Daech, de Jabhat Al-Nosra et des innombrables milices chiites?
Pour être un peu plus clair: il faut réaliser que la défaite de la révolution serait une défaite de l’Amérique. Sans les Américains et les « amis » du peuple syrien, les Russes auraient écrasé la révolution syrienne. Le fait de multiplier les contradictions ajoute à la confusion et conduit à la prolongation du conflit et à la poursuite des combats. Cependant, aujourd’hui, ce sont bien les Russes qui perturbent les chances d’une solution politique et l’application de l’accord de Genève 1.

II est certain que, profitant de l’absence de résolution de l’ONU pour mettre fin à la souffrance des Syriens, le Kremlin considère son intervention en Syrie comme un excellent coup stratégique, qui lui a permis de d’établir de nouvelles bases dans la région. Cette nouvelle influence russe pourrait prendre la place de celle des Etats Unis, qui tendent à se désintéresser de cette région. Une telle volonté a par ailleurs été clairement exprimée lors de la rencontre de Lavrov avec les représentants des pays du Golfe.

La pierre d’achoppement majeure dans notre crise à nous, Syriens, semble donc être:

  • L’ inefficacité des forces de l’opposition politique à obtenir les soutiens nécessaires et leur incapacité à formuler des revendications en accord avec les aspirations du peuple qui s’est soulevé.
  • Cette lacune et la faiblesse structurelle des forces de l’opposition ont conduit à une mainmise des forces extérieures sur le trajectoire et les orientations de la révolution.

La Révolution syrienne doit insister sur l’application des décisions des Nations Unies (Genève 1 et la résolution 2254) pour obtenir la formation d’un organe de transition avec les pleins pouvoirs. Au nom de ses pouvoirs, cet organe devrait œuvrer ensuite à la mise en place d’une commission constitutive ou d’une conférence nationale pour formuler une constitution syrienne temporaire ou une vision constitutionnelle dont le but serait de défaire l’ « état sécuritaire » actuel qui ne produit qu’oppression et tyrannie.

Constitution et justice transitionnelle

Le Haut Comité de Négociation doit aujourd’hui s’en tenir aux règles du droit international, aux décisions de Genève 1 et à la résolution 2254, ceci afin d’embarrasser le régime syrien, qui a tout intérêt à la prolongation du conflit et à l’absence de toute possibilité d’un règlement qui produirait une solution dans laquelle il se trouverait perdant.

Les Syriens ont besoin d’une constitution temporaire opérationnelle qui permette de légiférer pendant la période transitoire, qui est l’une des étapes décisives de la transition de l’état de guerre à l’état de reconstruction. Cette constitution doit piloter, soutenir et protéger la transition. C’est un cadre juridique transitoire incontournable pour la phase de transition. Cette constitution provisoire doit inclure un nouveau contrat social pour les Syriens, car elle constitue une occasion historique pour que le changement se fasse de manière appropriée et en phase avec la justice syrienne à venir. De cette façon une nouvelle identité nationale qui rassemble les syriens de manière non coercitive pourrait naître. Cette nouvelle identité pourrait alors résoudre les problèmes liés à la justice transitionnelle. Les organisations de la société civile doivent y tenir un rôle important, afin de diffuser une culture de tolérance et de réconciliation, soutenue par la Constitution, après la période de jugement des responsables de crimes. Nous avons besoin premièrement du jugement, deuxièmement de la réconciliation, et troisièmement du pardon, suivant en cela l’exemple de l’Afrique du Sud , qui a profité du génie de Mandela en la matière.
C’est aux familles des victimes que revient le droit d’établir un chemin de réconciliation et de pardon, et c’est à la loi de juger ceux qui sont tenus responsables. Pour arriver à ce stade, nous avons besoin de nouveaux cadres politiques et d’organisations efficaces de la société civile, qui cherchent une réforme substantielle, à la mesure du challenge posé par la création d’un nouveau système politique, légal et législatif.

 

« Raqa est égorgée en silence » – Forum l’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions.

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« Raqa est égorgée en silence »

Par Rima Alajaji

Rima ALAJAJI est une avocate et activiste de Raqa. Elle a participé aux manifestations contre le régime à Raqa, elle a été en outre active dans leur organisation. Suite à la brutale répression armée des forces de la dicature qui s’est abattue sur Homs, Alep et Deir -Ezzor, elle a contribué à l’aide humanitaire en faveur des déplacé·e·s (réfugiés internes).
Après l’arrivé de Daech à Raqa en été 2013, elle a de nouveau participé aux rassemblements contre les exactions de l’ »Etat islamique ». Elle a cependant dû fuir Raqa en janvier 2014 suite aux disparitions multiples d’activistes. Elle est aujourd’hui réfugiée en Suisse.

L'Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’intervention en arabe

La société de Raqa

Raqa n’a jamais été la couveuse des baasistes comme on l’entendait souvent dire au début de la révolution. Cette conviction s’est installée suite au déplacement de Bachar Assad à Raqa pour assister à la prière de Eid al-Adha pendant la première année de la révolution. Raqa et ses habitants ne constituent pas plus une couveuse de Daech comme le font croire le régime et les médias occidentaux. Raqa n’est pas non plus un terrain fertile pour diffuser le chiisme comme se plait à l’affirmer l’ambassade d’Iran à travers la construction d’un complexe religieux chiite.

La ville de Raqqa, et sa campagne, forment un environnement fragile dont le visage n’est pas bien défini. Elle se montre ouverte aux nouveautés. Les habitants de Raqa pratiquent leur religion d’une façon populaire, simple, facile et aimable, sans aucune trace de règles strictes qui empêchent le mixage entre femmes et hommes. L’habillement varie des vêtements traditionnels aux vêtement modernes. Ses habitants sont accueillants et leurs maisons sont ouvertes aux visiteurs de la ville.

Raqa dans la révolution

Depuis le début de la révolution et malgré le black-out médiatique, Raqa s’est soulevée pour revendiquer la liberté et la chute du régime à travers des manifestations pacifiques et des sit-in. Le régime ne l’a pas épargnée et elle a subi la même répression que les autres villes : bombardements aveugles, arrestations et tirs à balles réelles sur les manifestants. J’ai moi-même participé au sit-in des avocats libres qui a eu lieu à l’intérieur de la cour de Raqa. Nos revendications comprenaient la libération des détenus, le retrait de l’armée de toutes les villes et l’arrêt des bombardements. Les forces de sécurité ont encerclé le palais de justice et ont arrêté tout le monde. Parmi les détenus, il y avait aussi une avocate nommée Rima qui était enceinte de sept mois qui a commencé à saigner à cause de la peur, ce qui ne lui a pas épargné la détention.

Manifestations à Raqa

Manifestations à Raqa (L’activiste bien visible à gauche « Firas Al-Haj Saleh » a été kidnappé par Daech en été 2013, on est sans nouvelle de lui)

Raqa a joué un rôle important dans l’hébergement d’un million de Syriens venus d’Alep, de Deir-Ezzor, de Homs et de Rastan pour échapper à la mort sous les bombardements intenses que ces villes subissaient.
Ce grand nombre de déplacés internes a été accueilli et géré par les habitants de cette ville, les riches comme les pauvres, pour offrir l’aide nécessaire à leurs frères et sœurs. Alors que beaucoup de pays ont considéré comme une crise majeure l’arrivée d’un même nombre de réfugiés dans l’ensemble de leurs régions et ont tenu nombre de réunions et conventions pour y faire face.

En août 2012, Tal- Abyad, ville de la province de Raqa, a été la première région libérée de Syrie. Tal-Abyad est alors devenue un joyau de liberté et de vie civique. Ses habitants ont formé un conseil local d’administration de la ville. La jeunesse de la ville a commencé à diffuser la culture de la société civile. Une opération militaire a également été lancée par l’armée syrienne libre (ASL) pour la libération de Raqa.

Libération et gestion locale de Raqa

La bataille pour la libération de Raqa a commencé le 4 mars 2013 et elle s’est terminée avec le départ des forces du régime de la ville et la chute de la statue de Hafez Assad. Ceci lui a valu la colère du régime qui s’est abattue sur cette ville avec les barils explosifs et les missiles Scud. Les écoles étaient ciblées et de nombreux étudiants y ont trouvé la mort, mais aussi les hôpitaux et les infrastructures ont été ciblés. Les deux ponts sur le fleuve de l’Euphrate, qui reliaient la ville à la campagne ont également été bombardés, coupant aussi la route vers d’autres villes.

Chute de la statue de Hafez Assad

Chute de la statue de Hafez Assad

Ce fut un grand défi pour les habitants de Raqa. Toutefois un sentiment de liberté et une joie indicible régnaient parmi nous. Nous avons mis en place un Conseil local d’administration du gouvernorat et j’y ai siégé moi-même. La jeunesse s’est activée pour la création des collectifs de la société civile.

Cette situation a duré plusieurs mois, et cette expérience aurait pu être le noyau de la nouvelle Syrie si l’opposition avait assumé ses responsabilités.

Raqa sous contrôle de Daech

Il semble que la statue de Hafez, tombée en mars 2013, soit revenue sous une autre forme avec l’entrée des groupes extrémistes dans la ville. L’un des plus éminents dirigeants de Daech arrivé à Raqa était Abu Luqman, qui avait été détenu dans la prison de Seidnaya pour son appartenance au Jihadisme Salafiste et qui était parmi les jihadistes libérés par le régime quelques mois après le début de la révolution.
Abu Luqman et son groupe ont installé leur siège dans le bâtiment de l’administration du gouvernorat. Progressivement, ils ont commencé à opprimer les habitants de la ville et à interférer dans les décisions du Conseil local. Ils ont ensuite bloqué les rassemblements des jeunes et arrêté beaucoup des jeunes militants les plus importants, et ils ont confisqué leur matériel. Le voile intégral a été imposé pour les femmes de la ville, les étudiantes ont été empêchées de poursuivre leur formation et finalement les écoles et les universités ont été fermées définitivement privant ainsi l’ensemble de la jeunesse de formation.

Protestations contre Daech

Protestations contre Daech

Ils ont ciblé aussi un certain nombre d’avocats, de médecins et de politiciens comme M. Abdullah Khalil et le Dr Ismail Hamedh, ainsi que le Père Paolo Dall’Oglio quand il est venu à Raqa. Ce dernier s’est rendu à leur QG pour négocier avec eux la libération de certains kidnappés, mais il n’est jamais revenu.
Ils ont également liquidé les dirigeants les plus éminents de l’ASL. Ils ont brûlé les églises.Ils ont aussi infiltré les rangs des militants, ainsi que l’ASL.
Ils ont ensuite été rejoints par de nombreux immigrants, venus de plusieurs pays arabes et étrangers, et aussi des femmes, de nationalité française et britannique et d’autres pays. La mission de ces femmes était l’arrestation et la torture des femmes de la ville qui ne suivaient pas les instructions de Daech.

Finalement il ne restait plus que l’option militaire pour se débarrasser de cette organisation hostile.
Durant le premier mois de 2014, les bataillons de l’ASL et le mouvement d’Ahrar al-Sham ont lancé la bataille contre Daech, dans la ville, bataille qui a duré trois jours d’affilée. Ce fut une guerre des rues terrifiante. Nous ne pouvions pas sortir de la maison et nous restions loin des fenêtres à cause de l’intensité des tirs. A la fin, les cadavres étaient éparpillés dans les rues et empêchaient parfois les ambulances de s’approcher.
Suite à cette bataille, Daech a pris le contrôle sur Raqa et le reste de l’ASL s’est retirée. Il était clair à la fin que l’ASL avait été infiltrée par des membres de Daech.

A partir de ce jour, Raqa est devenue aux yeux du monde la capitale de Daech. Mais il est nécessaire de préciser ici un point important:
Raqa est considérée par Daech comme étant sa base , ceci à cause de ses caractéristiques géographiques et de ses richesses naturelles. Raqa donne accès, en Syrie , à cinq gouvernorats, elle a des ressources de pétrole, de gaz et d’eau, sans oublier ses barrages. Ces caractéristiques deviennent dès lors la malédiction de ses habitants. Cette malédiction qui lui a valu d’être considérée désormais comme la capitale de Daech, et la capitale du terrorisme. Mais quelle est la responsabilité des habitants de Raqa dans tout ça? Quel est le pourcentage des jeunes de Raqa dans les rangs de Daech?

Selon les dernières statistiques menées par la campagne « Raqa est égorgée en silence », croisées avec les statistiques du journaliste allemand Juergen Todenhöfer (le seul journaliste qui a pu interroger les membres de l’organisation), le nombre des membres de Daech en Syrie a atteint les 40’000, y compris combattants et gestionnaires. Quant aux dirigeants de l’organisation, ils viennent exclusivement d’Irak.
Le nombre de Syriens qui ont rejoint Daech est d’environ 10’000 originaires de Hama, Homs, Idlib et Raqa, dont environ 4’000 de Raqa seule. Cependant 12’000 membres de Daech sont basés à Raqa dont seulement 4’000 de la ville même, ce qui veut dire que 66% des membres de Daech à Raqa sont des étrangers.

Parmi ceux qui ont rejoint l’organisation à Raqa, certains étaient pro-régime avant l’arrivée de Daech, d’autres étaient marginalisés dans la société, d’autres recherchaient le pouvoir et enfin d’autres fuyaient la pauvreté. Il est à noter que la classe moyenne à Raqa, avant la révolution, est tombée dans la pauvreté et doit lutter pour sa survie dans la ville depuis l’arrivée de Daech. Les civils sont retenus à Raqa. Ceux qui tentent d’en sortir sont accusés de quitter la terre des Musulmans pour rejoindre la terre des infidèles. Ils doivent subir un interrogatoire prolongé et abusif mené par un dispositif d’ interrogation de très mauvaise réputation. A l’issue de cet interrogatoire, il est rare d’obtenir un laisser passer, ce qui rend les habitants de Raqa prisonniers de fait dans leur propre ville où ils n’arrivent même pas à trouver de quoi se nourrir.

Opération de libération… vraiment?

Actuellement, les Etats Unis lancent une opération militaire pour la «libération» de Raqa, en collaboration avec des forces au sol appelées «forces de la Syrie démocratique» qui ne portent même pas le drapeau de la révolution et qui sont de fait des forces proche du régime et de la Russie. Est-ce que cette opération vise vraiment à libérer Raqa ? Est-ce qu’on va assister bientôt à un concert d’Obama à Raqa semblable à celui de son ami Poutine à Palmyre? Le titre qui conviendrait alors serait « Daech, la vache laitière » ! Une telle «libération» ferait de Raqa une ville pilote, destinée à tester toutes les sortes d’organisations semblables à Daech, avec et sans barbes, portant différentes couleurs et parlant différentes langues.

Les habitants de Raqa ont pourtant appelé à l’aide avec force mais le monde ne les entend pas…

Forum L’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Syrie. Pour la liberté, la démocratie, la paix et la justice sociale

La parole à des représentant.e.s de la société civile de Syrie

Vendredi 27 mai dès 19h15 documentaires, à 20h15 Forum
Samedi 28 mai, workshops dès 10h45, séance de clôture à 19h15

Organisé par le site alencontre.org, Editions Page 2, FemmeS pour la Démocratie
Soutenu par Mouvement Pour le Socialisme

La «situation en Syrie», pour l’essentiel, est traitée sous l’éclairage de négociations internationales et régionales. A tel point que le dessein du clan Assad de «rendre invisible le peuple syrien» est souvent atteint.

L’Autre Genève se veut une contribution visant à contrecarrer à la fois l’ignorance et l’indifférence face aux combats d’une population asservie, depuis longtemps, par une dictature implacable. Ses multiples luttes traduisent une profonde aspiration à la liberté, à la dignité, à la justice sociale et à une paix consolidée par le jugement des responsables de crimes ayant peu de précédents.

Quelque 400’000 morts; plus de 325’000 de détenus et de disparus. Des millions de réfugié·e·s ont fui les bombardements du régime. Et, depuis octobre 2015, ceux de l’aviation russe. S’y ajoutent celles et ceux qui veulent échapper aux pires forfaits de Daech.

Le refus par les diverses forces de l’opposition démocratique d’une prétendue transition démocratique sous la présidence de Bachar el-Assad est validé par la pratique passée et présente du régime Assad, ainsi que de ses alliés régionaux et internationaux. Et pourtant c’est une «solution de ce genre» qui se dessine lors de prétendues négociations à Genève, placées sous l’égide de l’ONU et des Etats impliqués dans le conflit, sans prendre en compte la volonté du peuple syrien.

L’Autre Genève va permettre à des Syriennes et Syriens – de générations et de sensibilités politiques et culturelles différentes – d’exprimer les raisons de leur engagement à la fois contre la barbarie de Bachar el-Assad et contre celle du soi-disant Etat islamique.

Dès l’instauration d’une trêve relative, le 27 février 2016, dans de nombreuses villes et bourgades, la population, épuisée, est descendue dans la rue, avec des drapeaux de la révolution pour exiger la paix et le départ de Bachar, comme de l’EI et de forces analogues.

Devant ce peuple, tu n'as pas d'autres alternatives que le départ

« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autres alternatives que le départ »

Le combat de la population syrienne retrouvait sa visibilité. La riposte du pouvoir fut immédiate: bombarder ces villes et bourgades, souvent assiégées et condamnées à la famine. La dictature voulait rendre inaudible et insaisissable cette fraction d’une population martyrisée qui clame, encore et toujours, des idéaux affirmés dès mars 2011, et même avant.

Les combattant·e·s de la révolution syrienne initiée en 2011 se sont vu refuser l’armement défensif nécessaire pour faire face à un régime dont la force militaire a pour fonction de mater et terroriser la population et d’assurer la perpétuation de sa mainmise sur le pays. L’impasse des affrontements militaires favorisa les interventions multiples de puissances internationales et régionales, visant chacune ses propres buts. Le désastre irakien, issu de l’intervention américaine en 2003, avait amorcé la redistribution des cartes dans la région. Il en résulta, en quelque sorte, une expropriation des buts essentiels – anti-dictatoriaux et démocratiques – de la majorité de la population de Syrie.

L’Autre Genève s’inscrit contre «l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre.» (Gramsci) L’Autre Genève doit faire écho à toutes les actions et toutes les voix de ceux et celles qui, en Syrie, dans les innombrables camps de réfugiés et en exil, perpétuent des idéaux devant bouleverser une situation que les dominants présentent comme une fatalité.

  • Ces voix et ces actions seront présentes le vendredi 27 mai et le samedi 28 mai à Genève. Parmi les intervenant·e·s : Noura Al Ameer, Gilbert Achcar, Mazen Darwish, Mohamad Sabra, Khalil Houssein, Hayma Al Yousfi, Faraj Bayrakdar, Alia Mansour, Farouk Mardam Bey, Khaldoon Hawali, Khawla Dunia, Hani Abbas, Omar Qaddour, Ibrahim Malki, Assaad Al Achi  et d’autres.
  • Les ateliers qui se tiendront le samedi 28 mai dès 10h45 porteront entre autres sur:
    les Etats-Unis et la Syrie (avec la présence d’Ahmed Shawki, ISO et d’un activiste syrien) ; sur la Syrie, la Grèce et le drame des réfugié·e·s (avec Antonis Ntavanellos); sur la Syrie et la politique de Poutine (avec Vladimir Plotnikov), sur la Syrie, la Turquie et le Kurdistan (avec Khalil Houssein, Kurde syrien, et Sanem Ozturk, sociologue, activiste du centre d’assistance aux femmes syriennes réfugiées en Turquie, et d’autres ateliers.

Le programme complet sera consultable sur les sites

www.alencontre.org et https://femmesdemoc.wordpress.com

Conférence: Deux femmes réfugiées témoignent

A l’occasion de la journée internationale de la femme et du 5e anniversaire de la révolution syrienne, FSD collabore avec Amnesty International, Section suisse, pour l’organisation d’une conférence qui aura lieu dans plusieurs villes suisses entre le 7 et le 12 mars 2016.

A Lausanne,

le 7 mars à 17h15, Université de Lausanne, Amphimax, salle 415

A Genève,

le 11 mars à 18h30, Université de Genève, Uni Mail, salle MS150

A Berne,

un rassemblement  le 12 mars de 16h00 à la place Münsterplatz

Il y aura également des conférences à Bâle, à Zürich et à Berne

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Avec Raneem Ma'touq et Amal Nasr

Avec Raneem Ma’touq et Amal Nasr

Plus de 250’000 mort·e·s, des milliers de personnes torturées, plus de quatre millions de réfugié·e·s contraint·e·s de prendre la fuite et 6,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le conflit syrien a créé la plus grande crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

A l’occasion de la Journée internationale de la femme et cinq ans après le début du conflit en Syrie, Amnesty International donne la parole à deux femmes syriennes qui ont dû fuir les atrocités de la guerre. Raneem Ma’touq et Amal Nasr reviendront sur les causes de l’exil de millions de Syrien·ne·s et raconteront leurs combats pour les droits humains, notamment pour les droits des femmes.

Raneem Ma’touq est une jeune étudiante ayant participé aux manifestations pacifiques en 2011. Elle a été emprisonnée pendant plusieurs mois en raison de son engagement militant et a perdu toute trace de son père, célèbre avocat des droits humains kidnappé en 2013. Elle a trouvé refuge en Allemagne.

Amal Nasr est une militante féministe depuis les années 1990. Elle s’engageait pour les droits des femmes en Syrie avec différentes organisations avant d’être, elle aussi, incarcérée. Elle vit désormais en Suisse depuis un peu plus d’un an, d’où elle continue son engagement pour les droits des femmes syriennes.

ENTRÉE GRATUITE. TRADUCTION ARABE-FRANÇAIS ASSURÉE.

Evénement organisé avec le soutien de l’UNIL, FemmeS pour la Democratie, Terre des femmes, CODAP, Vivre Ensemble, ELISA et Solidarité sans frontières.

Au cœur de la machine de mort syrienne

Le 24 novembre 2015 à 18h30

Université de Genève – Uni Mail – Salle MR060

Le groupe Syrie d’Amnesty UNIGE organise une conférence en collaboration avec l’association FemmeS pour la démocratie, sur la machine de mort que sont les centres de détentions en Syrie. Nous aurons la présence exceptionnelle de:

– Garance Le Caisne: Journaliste française indépendante, elle est l’auteure de Opération César. Au coeur de la machine de mort syrienne (Stock, 2015). C’est le témoignage d’un photographe de la police militaire, dont le nom de code est César, qui a risqué sa vie pour exfiltrer, pendant deux ans, 45000 photos et documents de détenus torturés à mort par le régime syrien. Garance Le Caisne l’a rencontré et écrit son témoignage.

G-LeCaisne
– Un activiste syrien réfugié en Suisse: Opposant de longue date au régime et ayant passé plusieurs années dans les prisons, il a été contraint de fuir le pays pendant le soulèvement syrien.

AmnestyUnig20151124

Mort, torture et abus: L’enfer des prisons et des centres de détention en Syrie

Conférence avec:

  • Anwar Al Bounni, avocat spécialiste des droits humains
  • Majd Izzat Shurbaji, activiste de la première heure lors de la révolution pacifique de 2011

Genève, Maison des associations, 15 Rue des Savoises, salle Chico Mendes

Jeudi, 25 juin 2015, 18h30

Organisée par

Amnesty International Suisse et FemmeS pour la Démocratie

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Il y a un mois environ, des combattants de «l’Etat islamique» ont pris la ville de Palmyre/ Tadmor au cœur de la Syrie. Pour le monde occidental, Palmyre est synonyme de l’une des plus belles ruines romaines au monde, ce qui explique sa peur de voir cet héritage inestimable détruit par «l’État islamique».

Pour la population syrienne, la ville de Tadmor / Palmyre éveille un sentiment de terreur. Les ruines côtoient les pires prisons syriennes. Depuis plus de quarante ans, des milliers de personnes y ont été emprisonnées dans des conditions déplorables. Leur quotidien rimant avec torture et mort.

Tadmor n’est que l’un des nombreux centres de détention gérés par les services de sécurité syriens. Depuis le début des manifestations pacifiques contre le régime en 2011 – «Printemps arabe» -, des milliers de personnes considérées comme des opposant∙e∙s au régime y ont disparu.

Anwar Al Bounni, avocat spécialiste des droits humains depuis 1995, et Majd Izzat Shurbaji, activiste de la première heure en 2011 à Daraya (lieu de protestation de la banlieue de Damas et symbole du soulèvement pacifique), raconteront leur expérience personnelle de la détention.

Prison-Tadmor

Prisons syriennes

Anwar Al Bounni est un avocat spécialiste des droits humains reconnu, qui défend des prisonniers politiques pacifiques depuis 1995. Entre 2006 et 2011, il a lui-même été emprisonné, suite à son travail en faveur des droits humains. Lorsqu’il était en prison, il a reçu en 2008 le Prix Front Line honorant les défenseurs des droits humains et en 2009 le Prix des Droits de l’Homme de la Fédération des Juges Allemands. En 2012, il a publié des recommandations provisoires constitutionnelles en faveur d’une transition démocratique en Syrie. Il est également le directeur du Centre Syrien d’études juridiques ainsi que membre fondateur de l’Association pour les Droits de l’Homme en Syrie. En 2014, il a dû quitter la Syrie par crainte d’être persécuté. Il vit actuellement en Allemagne.

La militante Majd Izzat Shurbaji a reçu le Prix International du Courage Féminin décerné tous les ans par le Département d’État américain lors de la Journée internationale des femmes. Shurbaji est née en 1981 dans la ville de Daraya, banlieue de la capitale Damas. Mère de trois enfants, elle a dû surmonter de nombreux défis durant la révolution syrienne. Elle a été déplacée, détenue durant sept mois en prison et elle a dû s’exiler. Son mari est décédé à la suite de tortures et de mauvais traitements, en octobre dernier. Elle considère que les difficultés traversées ont été sa plus grande motivation pour continuer son travail.

Conférence-débat: Le point sur 4 ans de révolution en Syrie

Conférence-débat avec Françoi Burgat et Nahed Badawia

 François Burgat, politologue, directeur de recherche à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence en France. Il consacre l’essentiel de ses travaux à l’étude des dynamiques politiques et des courants islamistes dans le monde arabe.

 Nahed Badawia, journaliste, militante de gauche, opposante de longue date au régime Assad et activiste pour la démocratie et les droits de l’homme.

 En introduction : « Jalila », la femme dans la révolution syrienne

Film documentaire de Adnan Jetto qui retrace la révolution à travers la femme syrienne qui représente la résistance de tout un peuple

 Lausanne, UNIL, jeudi 19 mars 2015, 17h15

Bâtiment Geopolis, salle 2227

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Déjà quatre ans et le peuple syrien revendique toujours ses droits humains les plus basiques, à commencer par le droit à la vie, en passant par le droit à la liberté, la dignité et la démocratie. Dès les premières manifestations, restées pacifiques pendant six mois, le régime dictatorial et mafieux de Bachar al-Assad n’a pas hésité à user d’une répression féroce pour étouffer ce mouvement qui a pourtant rapidement gagné plusieurs régions de Syrie. Les arrestations et les tortures les plus atroces ont commencé dès les premiers jours de la révolution syrienne et n’ont même pas épargné les enfants, dont Hamza al-Khatib, 13 ans, rendu à sa famille en mai 2011, sans vie et mutilé jusqu’à être méconnaissable. Depuis 2011, le régime syrien continue de commettre ses crimes contre l’humanité sous le regard indifférent du monde tout entier. Une large partie de la Syrie et de ses infrastructures ont été détruites sous les bombardements quotidiens. Plus de la moitié du peuple syrien a dû se déplacer à l’intérieur du pays ou vers les pays limitrophes. Plus de 250’000 personnes ont perdu la vie dont une grande majorité de civils, dont au moins 15’000 sous la torture. Les femmes ont été ciblées également et la violence sexuelle à leur encontre est l’une des causes importantes du mouvement de migration vers les pays voisins et plus loin.

Hamza

Cette révolution tant attendue par le peuple syrien a vu le jour dans un contexte régional et international instable, qui a conduit au détournement de la révolution au profit des intérêts des puissances régionales et internationales. Les stratégies perverses du régime syrien conjuguées à une couverture sélective par la quasi-totalité des médias occidentaux ont conduit à donner injustement un visage islamiste à la révolution. Le peuple syrien a dès lors été abandonné seul dans sa lutte pourtant légitime. Ceci a abouti au prolongement de cette guerre d’Assad contre le peuple syrien, à la mainmise de l’Iran sur la Syrie, à l’émergence de groupes extrémistes comme “l’Etat Islamique” et aujourd’hui à la formation d’une coalition internationale contre ce dernier groupe seulement.

François Burgat et Nahed Badawia feront le point sur ces quatre ans de révolution en Syrie. Nahed Badawia abordera, en particulier, l’évolution du rôle de la femme syrienne dans la révolution. Tous deux répondront ensuite aux questions du public.

Organisée par : FemmeS pour la Démocratie

Soutenue par : Mouvement pour le Socialisme (MPS), SolidaritéS, www.alenconre.com, Groupe  Regards Critiques (UNIL), Cercle La Brèche, Réseau des Femmes Syriennes