Archives de Catégorie: Femmes de la Révolution

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 5e partie, Témoignage de Kenda

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 5/5

Kenda, ancienne détenue, de Damas, 28 ans,

Kenda est une activiste dans la société civile et le mouvement de la paix. Elle a été arrêtée durant 2 mois suite à l’événement « les mariées de la liberté ». Elle a été libérée dans le cadre de l’échange avec des détenus iraniens intervenu le 9 janvier 2013.

«C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité.

Notre crime : nous avons mis des robes blanches de jeunes mariées et nous avons eu l’audace de porter, dans le souk de Damas, des banderoles demandant l’arrêt des violences, de la tuerie, et des interventions militaires. Notre mariage s’est terminé dans un centre de détention, dans une pièce simple de 2×3 mètres où l’on a regroupé 24 femmes de différentes régions de Syrie .

Les jeunes mariées de la liberté, Damas.

Les mariées de la liberté, Damas, novembre 2012.

Chacune de ces femmes a une histoire qui témoigne de sa patience et résume l’inhumanité de ce régime répressif et rancunier .

Je vous raconte mon expérience dans le centre de détention. Dans ce lieu, la dignité, l’humanité et toutes les valeurs morales de l’homme sont violées .

Je n’oublierai jamais les cris de Nawal de Homs, torturée pour qu’elle avoue un crime qu’elle n’a pas perpétré de ses mains. Je n’oublierai jamais les cris de Oum Ali et de Oum Ismail et de beaucoup d’autres femmes torturées.

J’ai passé dans ce centre de détention les jours les plus difficiles que j’ai pu vivre.

Dans ce lieu, ta patience et ta force sont mises à l’épreuve. J’aurai beaucoup à dire sur le comportement des geôliers et des interrogateurs, mais je vais vous le résumer : le traitement était très mauvais et sans aucune limite. L’unique mode de communication était la violence et la torture. J’ai vu de mes propres yeux beaucoup de femmes se faire torturer de différentes manières, telles que le câble électrique, le tuyau, la roue et bien d’autres méthodes, puisqu’ils en imaginaient continuellement de nouvelles; sans parler de leur langage fait d’insultes et de blasphèmes, utilisant les phrases les plus grossières.

Dans le centre de détention, tu oublies les fondements de ton humanité. Ce dont nous avons le plus souffert c’est d’entendre les voix des autres torturés, de voir le sang et des lambeaux de peau sur les murs, de sentir l’odeur du sang, de voir les restes des bâtons cassés (nommés par les geôliers “Al-Akhader BRAHIMI” parce que c’est un bâton en plastique de couleur verte et Akhdar signifie vert en arabe).

Souvent nous nous effondrions en pleurs, en entendant les cris de douleur derrière la porte de notre cellule. La pire des tortures c’est d’entendre les voix des autres torturés.

Nous avons passés des jours que je n’oublierai jamais. Nous avons souffert des poux sur la tête et sur le corps, qui se nichaient dans les habits, et nous avons souffert de différentes maladies telles que la grippe, la bronchite, l’empoisonnement, les infections urinaires , etc..

Nous étions affamées, nous attendions la nourritures avec impatience, jusqu’à recevoir un morceau de patate dur comme un caillou.

Nous avions besoin de serviettes hygiéniques pendant les menstruations, et les gardes ne nous les donnaient pas. Nous souffrions encore plus quand nous avions besoin de médicaments à cause des maladies contractées et ils nous privaient de médicaments comme punition supplémentaire.

Deux mois plus tard, nous avons appris que nous allions sortir à cause d’une amnistie ordonnée par Bachar al-Assad. Une fois sorties, nous avons été étonnées d’apprendre que nous avions été libérées suite a un échange de 48 détenus iraniens contre 2060 détenus ( hommes et femmes ) de toute la Syrie.

Je crois que ce régime a montré au monde entier tous ses crimes et ses oppressions.

Nous les femmes Syriennes nous méritons la paix et la liberté, et nous aspirons à ce que notre parole libre atteigne tout humain qui apprécie cette parole et sa signification.

Rendez justice à la femme syrienne qui subit les violences de ce régime, cette femme est le symbole de la patience et de la paix. »

FSD

Lire aussi les quatre premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Partie 4/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 4e partie, Témoignage d’Eman

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 4/5

Eman, ancienne détenue, de Homs, 30 ans,
“Je me suis impliquée dans la révolution syrienne depuis son début, dans l’action civile et dans les manifestations pacifiques qui ont eu lieu dans le quartier d’al-Khaldia à Homs.
J’ai travaillé dans le domaine des soins médicaux et j’ai participé aux efforts d’aide à la population. J’ai participé à la distribution d’habits, de nourriture et d’argent aux déplacés, aux familles pauvres et aux familles de détenus et de martyrs.
J’ai été arrêtée une première fois le 24 juin 2012 pour une période de 3mois par les Chabbiha (connus actuellement comme “armée de défense nationale”), qui sont en fait des groupes de mercenaires dont le rôle est de réprimer les manifestations civiles pacifiques.
On nous a emmenées vers des destinations et des maisons dédiées spécifiquement à l’emprisonnement des femmes, on ne nous a pas emprisonnées dans les prisons du régime ou dans les centres de détention des services secrets. Les buts de notre détention étaient, comme les gardiens nous l’ont dit, de nous échanger contre rançon, de nous échanger contre d’autres kidnappées, ou de nous violer.
Pendant notre détention nous avons été torturées physiquement et psychologiquement d’une manière inimaginable, que je n’avais jamais pensé pouvoir exister.
Les gardiens utilisaient l’électricité, le harcèlement sexuel, ils nous brulaient le corps avec des cigarettes et de l’eau bouillante. On nous frappait aussi avec des câbles électriques et des tuyaux. Ils ont coupé nos cheveux, ils nous ont violées collectivement et à répétition. Ils ont aussi tenté plusieurs fois de nous noyer dans l’eau. Par deux fois j’ai eu de forts saignements vaginaux. J’étais très effrayée par les voix et les cris des autres détenues qui étaient continuellement et violemment torturées.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Ils ont tué notre humanité, nous avons perdu la volonté de vivre, nous appelions la mort chaque jour. J’ai vu des femmes brutalement déshabillées et violées. Les gardiens les violaient devant nous et les battaient violemment, pour certaines jusqu’à la mort. On laissait alors leur corps dans la même cellule pendant un jour, avec pour conséquence que beaucoup d’entre nous ont tenté de se suicider.
Les gardiens étaient de vrais monstres assoiffés de sang, de revanche et de volonté de tuer. Ils nous donnaient juste assez de nourriture pour ne pas mourir dans la journée.
Des maladies sont apparues parmi les détenues à cause des infections et des blessures laissées sans soins, les poux et la saleté s’ajoutant à l’eau et aux aliments contaminés que consommions ont dégradé notre santé et provoqué de nombreuses entérites.
Lorsqu’on m’a relâchée on m’a mise dans un conteneur d’ordures.
J’ai été arrêtée pour la seconde fois le 3 février 2013 par des brigades armées sectaires non-syriennes, et détenue pendant 10 jours, au cours desquels on m’a volé toutes mes affaires, et l’on m’a battue et fouettée avec des câbles métalliques. »

FSD

Lire aussi les trois premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 3e partie, Témoignage d’Alaa

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.

Partie 3/5

Alaa, ancienne détenue, de Homs, 22 ans
“Depuis le début de la révolution j’ai été active dans l’aide humanitaire, ça a été une raison suffisante pour me faire arrêter par le régime Assad.
Dès l’instant où les membres des services de renseignement m’ont arrêtée, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont arrêtée sur le pont du président à Damas et ils m’ont ensuite amenée à la branche de la sécurité militaire 215. Après plusieurs séances de coups et de torture, l’un d’eux m’a fait entrer dans une petite chambre et un homme y est entré après moi. J’ai su plus tard qu’il s’agissait du directeur du centre de détention. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements sous prétexte de me fouiller. Lorsque j’ai refusé il m’a frappée et il a appelé cinq de ses hommes pour m’enlever mes vêtements par la force. Les coups et la fouille ne sont pas les seules exactions que subissent les femmes dans les centres de détention. J’y ai vu beaucoup d’autres manières de porter atteinte aux droits humains et perpétrer des crimes à l’encontre de la femme.
Dans ces centres de détention ils torturent les femmes sauvagement, en utilisant l’électricité, les coups sur toutes les parties du corps avec un câble électrifié, la roue (où le corps de la femme est plié en deux et maintenu dans cette position par un pneu), et la suspension du corps par les poignets sans que la plante des pieds ne touche le sol. Le pire est de voir une femme âgée qui se fait torturer à côté de soi, sans égard ni pour son âge ni pour son corps déjà épuisé.

La roue comme moyen de torture  (Photo du site www.vdc-sy.info)

La roue comme moyen de torture
(Photo du site http://www.vdc-sy.info)

Dans ces centres de détention, la torture a plusieurs facettes. En plus des coups, des humiliations et insultes verbales, les repas sont aussi utilisés pour nous torturer. Par exemple, ils nous donnaient les repas dans des sacs pleins de saletés et de poils. Nous étions aussi empêchées de nous laver sauf en acceptant que les gardiens nous lavent le corps. Les vêtements nous étions empêchées de les changer (lorsque nous avions de quoi nous changer) sauf s’ils étaient là pour nous regarder et nous prendre en photo. Alors personne ne voulait plus changer ses vêtements même lorsqu’ils étaient pleins de sang et de poux.
La période des règles était la période la plus dure et la plus difficile. Pendant cette période les femmes supplient les gardiens et se font humilier pour obtenir des serviettes hygiéniques, mais les gardes refusent de répondre à ces demandes. Lorsque les saignements deviennent très forts, le gardien amène un pull en coton ou en laine qu’il a pris de la cellule des hommes, un pull plein de poux et de sang pour contenir les saignements…

Je n’ai pas parlé ici en détail des cas de viol parce que tout ce qui précède est pour moi déjà une sorte de viol.

Moi j’en ai fini avec la détention, je suis actuellement libre, mais là-bas en Syrie il y a des milliers de détenues femmes qui vivent en ce moment même ce que j’ai décrit, et leur avenir reste inconnu.”

FSD

Lire aussi les deux premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 2e partie

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.
 
 
Genève 25 novembre 2014 Intervention de Tarek Kurdi par skype.

Genève 25 novembre 2014
Intervention de Tarek Kurdi par skype.

Partie 2/5

Tarek Kurdi, directeur du bureau des affaires légales, ministère de la justice, gouvernement provisoire syrien

Les femmes dans la révolution syrienne :
Dès que la femme a pu rêver de la liberté en Syrie au printemps 2011, elle est sortie pour l’exprimer avec des slogans et des chants et elle a commencé à le payer au prix de sa vie et de la vie de sa famille. Ces slogans venant des femmes étaient insupportables au régime syrien, alors il les a réprimés en utilisant des balles réelles et elles sont tombées mortes ou blessées. Il pensait ainsi faire taire leur voix. Lorsque le régime a réalisé son échec, les membres des services secrets et les chabbiha (milices pro-régime) ont commencé les arrestations, les enlèvements et la terreur. Le monde tout entier a assisté alors à l’humiliation des femmes de Syrie et à leur agression dans les rues. Celles qui ont eu la vie sauve ont subi les bombardements par l’aviation et les barils explosifs qui tuaient les femmes avec leurs familles cette fois. Et finalement ce régime a dépassé toutes les lignes rouges en utilisant l’arme chimique et en commettant un massacre horrible à al-Ghouta à Damas.

Quelques statistiques :
Il s’agit des statistiques du ministère de la justice du gouvernement provisoire syrien qui sont relatives aux exactions contre les femmes en Syrie depuis le printemps 2011 jusqu’au 14 novembre 2014.

Permettez moi tout d’abord de présenter mes excuses à chaque victime et à chaque famille, car je vais utiliser la langue des chiffres tout en étant conscient que chaque chiffre représente ici une âme humaine.
Le tableau ci-dessous montre le nombre de victimes parmi les femmes et les filles et les raisons qui ont conduit à leurs décès :

Victimes Parmi les femmes et les fille du 15.03.2011 au 14.11.2014

Victimes Parmi les femmes et les fille
du 15.03.2011 au 14.11.2014

Toutes ces statistiques ne représentent pas le nombre réel des victimes, car le travail de documentation est très difficile en Syrie et comprend beaucoup de dangers, ceci sans oublier qu’il est difficile d’atteindre toutes les régions de Syrie. D’un autre côté documenter les exactions contre les femmes est encore plus difficile car beaucoup de victimes et beaucoup de familles ne souhaite pas en parler. C’est pourquoi nous estimons que les nombres réels sont bien plus élevés que ceux que nous avons pu documenter.

Conventions et lois internationales :
La communauté internationale est consciente des besoins propres de la femme, c’est pourquoi elle a édicté des lois spéciales pour elle, lui réservant ainsi une attention particulière par rapport aux autres civils. Elle a aussi édicté une loi internationale qui force toutes les parties dans un conflit à respecter ces lois concernant les femmes mais également des conventions spéciales pour elles.

Nous savons tous que les filles et les femmes subissent plus que les autres ces temps de guerre à cause de la place particulière qu’elles occupent dans la société mais aussi à cause de leur sexe. C’est la raison de l’établissement d’articles de loi pour leur assurer une protection supplémentaire concernant leurs besoins médicaux et psychologiques particuliers.
C’est ce qu’on constate dans la 4e convention de Genève qui a donné aux femmes enceintes et à celles qui allaitent des garanties en rapport avec leur état de santé. Quant à la loi relative aux droits humains, qui doit être appliquée en temps de paix comme en temps de guerre, elle oblige les Etats à ne pas relâcher leur engagement de garantir le droit à la vie, d’éliminer la torture et tout comportement inhumain ou qui porte atteinte à la dignité humaine. Aujourd’hui, la loi pour les droits humains s’est enrichie de plusieurs conventions internationales ou régionales qui couvrent un large domaine des affaires civiles ou politiques et qui insistent sur certains droits comme l’arrêt de la torture et qui mentionne spécialement des bénéficiaires particuliers comme les enfants et les femmes.

Exactions du régime syrien contre les femmes :
Depuis quatre ans, le régime syrien mène une guerre contre sa population, ne respecte aucune loi internationale, ni aucun de ses engagements envers la communauté internationale.
De plus, il est allé encore plus loin en utilisant les femmes comme arme de guerre. Femmes et enfants ont été utilisés comme boucliers humains. En plus des arrestations des femmes activistes pacifiques, il a arrêté les soeurs, les mères et les femmes des activistes recherchés, ceci afin de les contraindre à se rendre pour être amenés à la mort. Il a aussi inventé un nouveau crime, celui des « snipers » qui ciblent les foetus dans le ventre de leurs mères. Ceci sans oublier les exactions qui se passent dans les sous-sols des centres de détention contre les femmes détenues, allant de la privation de leurs droits les plus basiques, en passant par la torture corporelle et psychique, le viol, et finalement par des grossesses forcées.

Bien entendu le régime syrien empêche les organisations internationales et à sa tête le CICR de visiter les centres de détention et les prisons en Syrie. Je ne vais pas parler plus longtemps des femmes détenues, il suffit de vous dire que plusieurs cas de viols d’hommes en détention sont documentés et je vous laisse imaginer l’enfer que vivent les femmes en détention retenues par ce régime qui a une grande expérience dans le crime.

Mais tout ce qui précède n’a pas suffi à ce régime qui a pourchassé ses victimes jusqu’à dans leurs villages et maisons en utilisant les bombardements à l’aveugle. Il a même ciblé les abris qui abritaient surtout les civils, femmes et enfants. C’est ce qui s’est passé lors du massacre de al-Maljaa dans le village al-Hbeit à Idleb le 31 août 2014. Et ce massacre n’est qu’un exemple des massacres quotidiens et des dizaines de milliers de cas documentés qui attendent que le dépassement de considérations politiques permette enfin d’accéder au tribunal pénal international.

N’oublions pas aussi le siège appliqué par le régime syrien à plusieurs quartiers, villages ou régions, les privant de nourriture et de médication alors que les habitants des ces régions sont des civils et que la majorité se compose de femmes et d’enfants.

Conditions de vie lors de migration forcée :
Pour ce qui concerne les conditions de vie de la femme et de la fille syrienne en cas de migration forcée vers les pays voisins, elles endurent la difficulté de trouver les moyens de subvenir à leurs besoins et aux besoins de leurs familles, surtout avec la diminution croissante de l’aide humanitaire offerte par l’ UNHCR, qui a accentué leur détresse et les a poussées à quitter le chemin de l’apprentissage pour essayer soit de travailler, soit d’aller dans la rue pour tendre la main.

Qu’attendent aujourd’hui les femmes syriennes ?
J’aurais souhaité vous parler aujourd’hui des moyens à mettre en oeuvre pour aider la femme syrienne à trouver sa place sur la scène politique et accéder aux postes à responsabilité ou encore des moyens pour éliminer les inégalités touchant la femme dans notre société… Mais les criminels en Syrie ont un autre avis et ils nous ont amenés à devoir nous contenter de tenter de protéger son droit à la vie et de stopper les exactions contre elle.

Au nom du ministère de la justice dans le gouvernement provisoire syrien, au nom de tous les juristes syriens pour les droits de l’homme et au nom de tous les hommes et femmes libres dans le monde entier, nous promettons ici aux femmes syriennes que nous poursuivrons les criminels, tous les criminels qui ont commis ces crimes à l’encontre des femmes en Syrie pour les juger dans les tribunaux internationaux pour que ces crimes disparaissent à jamais et partout dans le monde et pour que justice soit faite.

Avant de terminer, il me reste un mot à l’intention des coeurs:
Les femmes syriennes continuent à espérer qu’une main leur soit tendue pour sortir de cette catastrophe considérée comme étant la pire de ce siècle… ceci malgré l’incapacité de la communauté internationale à leur venir en aide jusqu’ici.
Les femmes de la Syrie ont rêvé de liberté, leur rêve a tourné au cauchemar effrayant… si vous ne pouvez pas les aider à accomplir leur rêve, aidez les juste à sortir de ce cauchemar.

FSD

Lire aussi la première partie de cet article:

Partie 1/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 1ère partie

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU  le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.
Genève, 25 novembre 2014

Genève, 25 novembre 2014

 
Partie 1/5
Noura Al-Ameer:

Nour rêvait de briser le présent amer et de construire dans son pays un avenir meilleur pour le bébé qu’elle portait en elle. Nour s’est fait arrêter à un barrage de sécurité à Damas. Personne ne sait si son bébé a vu le jour ou bien s’il a été tué. Un an et demi après sa disparition forcée, on a demandé à sa mère de se rendre à la police pour récupérer la carte d’identité de sa fille, tuée en détention par les services secrets. Personne n’a jamais su le sort de son fœtus.

Salma avait elle aussi un rêve, celui de se révolter contre la répression, la criminalité et la dictature. Etudiante à l’université d’Alep, elle écrivait les slogans contre le régime Assad et elle photographiait les soldats qui occupaient le campus de l’université en ignorant toutes les lois internationales. Elle a été enlevée du campus universitaire et ensuite torturée et violée dans les centres de détention des services secrets. Lorsqu’elle a été libérée elle portait en elle l’enfant du viol. Les services secrets continuaient à la persécuter. Elle n’a trouvé ni aide médicale, ni psychologique, ni un lieu qui lui offre un peu de sécurité. Pour mettre fin à sa souffrance, elle s’est jetée du haut de l’immeuble où elle habitait et son âme blessée a quitté ce monde. Un monde où l’humanité, la morale, la paix et la justice ne semblent pas exister.

Beaucoup d’autres femmes ont eu le même courage et les mêmes rêves que Nour et Salma, mais aussi la même punition et la même souffrance. Assad mène sa guerre contre sa population en passant sur le corps des civils et surtout celui des femmes.

Avec le début de la révolution syrienne, des voix se sont élevées dans les rues pour demander le départ du dictateur. Aux côtés des hommes, les femmes étaient présentes et contribuaient à l’élargissement des protestations. Avec l’évolution de la situation et l’augmentation de la violence et de la répression, il fallait être actif sur plusieurs tableaux pour garantir la continuité de la révolution. Les femmes étaient toujours là à chaque pas aux côtés des hommes dans cette révolution.

Comme toutes les dictatures qui se montrent créatives pour trouver toujours de nouvelles méthodes pour réprimer les populations, le régime Assad a décidé de réprimer sa population en se servant de la femme comme moyen de dissuasion et comme punition collective. On a vu dès ce moment les services secrets et les milices pro-Assad perpétrer leurs crimes à l’encontre des femmes syriennes. Le premier cas d’enlèvement, de torture et de viol qui a été documenté a eu lieu le 13 mai 2011, moins de deux mois après le début de la révolution.

Ceci n’était pas nouveau pour ce régime qui ignore toute loi de protection des femmes contre les abus et la violence sexuelle. Il a même laissé les mains libres aux responsables de l’Etat et aux chefs des services secrets pour faire usage de chantage à caractère sexuel sur les femmes au nom du pouvoir et ceci en toute impunité. Ce genre de chantage n’est pas très différent de la vente des femmes par l’Etat Islamique (Daech). Les Syriens ont des milliers de raisons pour se révolter contre la Dictature d’Assad et les femmes syriennes en ont deux fois plus. Ce qui redouble leur volonté et leur force pour continuer la révolution malgré tous les dangers.

Il est important de mentionner ici que, des années avant la révolution, les femmes syriennes ont exigé la modification de certains articles de la constitution relatifs aux droits de la femme. Car la constitution ne prévoyait pas de punition dissuasive pour les crimes dits d’honneur. Aucune loi ne protège la femme ni de la violence verbale, ni du viol, ni d’ autres exactions à caractère sexuel. Sans parler de l’impunité des membres des services secrets qui sont au-dessus des lois quels que soient les crimes commis; ceci les a d’ailleurs encouragés, depuis le régime du père Hafez Assad, à ne pas se priver d’en commettre. Je souhaite aussi souligner ici que la femme syrienne n’a toujours pas le droit de donner sa nationalité à ses enfants.

La persécution des femmes depuis le début de la révolution syrienne prend différentes formes :

  1. Arrestation, torture, violence verbale, abus sexuel et viol barbare.
  2. Enlèvement, effectué le plus souvent par les milices pro-Assad, accompagné de viol barbare dans la majorité des cas.
  3. Viol collectif et massacres lors de l’entrée de l’armée du régime dans les zones de protestation qui échappent au contrôle d’ Les atrocités dans ces cas dépassent toute description verbale: viol collectif, viol des femmes devant leurs familles ou alors sur les places publiques devant les hommes de la région qui sont menottés et amenés de force pour assister au viol des femmes.
  4. Utilisation des femmes pour mettre la pression sur les révolutionnaires hommes. Plusieurs stratégies ont été appliquées:
  5. les retenir pour mettre la pression sur les révolutionnaires de leurs familles, les forçant ainsi à se rendre aux services de sécurité,
  6. les arrêter et ensuite les violer devant les membres de leurs familles qui sont en détention afin de mettre la pression sur ces détenus pendant les interrogatoires,
  7. certains cas ont aussi été documentés où la femme a été violée devant un détenu sans aucun lien de parenté ou bien d’amitié entre les deux.
  8. Faire du chantage sexuel à l’encontre des femmes aux barrages de sécurité qui assiègent certaines régions de la Syrie depuis 2012. Ces régions sont privées de tout arrivage de nourriture, de médicaments et de lait pour les enfants. Plusieurs cas ont été enregistrés, spécialement dans al-Ghouta de l’Est, où des femmes ont été obligées à se soumettre au chantage sexuel pour obtenir une boîte de lait ou une galette de pain pour leurs enfants.
  9. Torture des femmes enceintes jusqu’à la perte de leurs fœ

 Les rapports du Secrétaire général de l’ONU et ceux de l’envoyé spécial Kofi Annan ont dénoncé et condamné ces crimes du régime Assad et de ses milices. Plusieurs organisations indépendantes de défense des droits de l’homme ont également documenté et condamné ces crimes.

Cette violence contre la femme constitue un facteur important motivant la fuite de la population de la Syrie pour trouver refuge dans les pays voisins. Ce qui a eu comme conséquence l’augmentation du niveau de danger pour les femmes en général et particulièrement pour les activistes parmi elles.

Les territoires libérés du contrôle d’Assad ont été pénétrés par Daech et al-Qaïda qui ont également persécuté les femmes activistes. Plusieurs parmi elles ont été enlevées et on ignore toujours leur sort. Daech a aussi lapidé certaines femmes jusqu’à la mort. Le réseau syrien des droits de l’homme a documenté cinq cas de lapidation. Beaucoup de femmes dans ces régions ont arrêté de sortir de chez elles par peur des exactions de Daech. Une brigade de femmes a également été formée par Daech pour surveiller les femmes et les persécuter. Plusieurs cas de violence corporelle contre les femmes à cause de leur tenue vestimentaire ont été constatés. Daech oblige les femmes dans ces régions à respecter une tenue obligatoire. Beaucoup de femmes ont préféré fuir la Syrie pour échapper à Daech. Ainsi Assad tout comme Daech ont été à l’origine des vagues de déplacements de la population syrienne qui a dû ainsi quitter son territoire et son pays.

Les femmes qui ont quitté la Syrie pour échapper à ces violences, se retrouvent à nouveau dans la spirale de la violence dans les pays d’accueil. Des jeunes filles de moins de 18 ans ont ainsi été obligées de se marier pour pouvoir survivre. Les mariages des syriennes dans les pays d’accueil ne peuvent pas être inscrits dans les registres de ces pays, ceci à cause de l’absence de tout document légal syrien certifiant leur état civil. Ceci fait partie d’une nouvelle catastrophe humanitaire avec la privation pour les réfugiés syriens de légaliser leurs mariages, divorces, décès, et naissance de leurs enfants.

Beaucoup de femmes ont subi le chantage prostitution contre survie, d’autres sont poussées à vendre leurs organes. Sans oublier que l’absence de lois qui réglemente les droits de ces réfugiés syriens dans les pays voisins conduit à l’exploitation et à l’injustice.

Finalement, je souhaite vous inviter à unir nos voix pour faire entendre la voix de la femme syrienne qui fait face à toutes sortes de persécutions et d’injustices pour revendiquer ses droits. Ensemble, nous devons exiger la fin de la cause principale de leur souffrance, le régime Assad. Nous devons aussi initier une réflexion pour trouver les moyens adéquats qui pourraient diminuer les conséquences de ces crimes pour que ces femmes puissent soigner leurs blessures, se reconstruire et avoir un rôle actif dans le futur.

Leur revendication essentielle aujourd’hui est d’obtenir justice de tous ceux qui ont commis des crimes en Syrie. Je vous invite à vous joindre à nous pour exiger la punition de ces criminels pour que justice soit faite. Une justice qui est primordiale pour aboutir à la paix dans le futur.

FSD

Violence contre la femme en Syrie: la Suisse n’en a rien à faire

Communiqué de presse

A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale intitulée « violence contre la femme en Syrie aujourd’hui » a été organisée à l’ONU pour le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus sont Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa AL-HOMSI, Kinda ZAOUR et Eman AL-KURDI. La conférence dénonce les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh).

Les visas de 3 jours demandés par T. KURDI, K. ZAOUR et E. ALKURDI ont été refusés par la Suisse ce vendredi 21.11.2014, sans justification, et l’attribution de celui de A. AL-HOMSI a été laissée en suspens jusqu’au 24.11., rendant ainsi impossibles leurs témoignages mardi matin. La conférence à l’ONU a donc dû être annulée.

 Il nous semble difficile de justifier ou de comprendre ces refus étant donné le rôle que la Suisse prétend jouer en accueillant diverses organisations internationales de l’ONU, ce qui suppose la possibilité pour chacun d’y accéder.

Cela soulève aussi quelques questions. La Suisse aurait-t-elle décidé que la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard de la femme n’est pas assez importante, ou bien juge-t-elle inutile de dénoncer les crimes d’Assad contre les femmes en Syrie? Et si la mission permanente de la Syrie d’Assad avait organisé une conférence à l’ONU, y aurait-il un refus de visa ?

Nous trouvons inadmissible et scandaleux d’entraver la dénonciation par des témoignages des crimes d’Assad contre les femmes en Syrie, en particulier en ce jour du 25 novembre qui leur est dédié. Des crimes ignobles et atroces auxquels les femmes syriennes font face tous les jours et qu’il est du devoir de l’opposition syrienne de dénoncer à chaque occasion devant la communauté internationale, ceci afin d’augmenter les chances d’y mettre fin. Où est la Suisse défenderesse des droits humains ? Où sont ses valeurs humanitaires ? Nous appelons aujourd’hui à déplacer les organisations internationales de l’ONU vers un pays plus digne d’assumer cet accueil et cette responsabilité.

Notre association “ FemmeS pour la Démocratie”, maintient quant à elle sa conférence-débat sur ce même sujet de la Violence à l’égard de la femme en Syrie, à Genève le 25 novembre 2014 à 19h30 à la maison des associations, rue des Savoises 15, avec Noura AL-AMEER et si possible Alaa AL-HOMSI. Une transmission par skype sera organisée pour les autres interventions.

FSD, 23.11.2014

Pour les détails sur la conférence

Conférence-débat: Violences contre la femme en Syrie aujourd’hui

A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, l’association FemmeS pour la Démocratie invite: Noura al-Ameer, vice-présidente de la Coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek Kurdi, juriste syrien en droit international, et trois anciennes détenues syriennes pour témoigner de la violence du régime syrien dictatorial et de l’Etat Islamique contre les femmes en Syrie.

Date: mardi, 25.11.2014, à 19h30

Lieu: Maison des Associations, rue des Savoises 15, Genève

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Depuis le début des protestations en Syrie, le 15 mars 2011, la répression féroce du régime Assad a touché toute la société syrienne, hommes, femmes et enfants. Les femmes ont participé activement aux manifestations d’abord et ont été actives ensuite dans l’aide humanitaire. Elles ont subi la répression en tant qu’activistes ou indirectement en représailles pour atteindre les activistes de leurs familles. Des familles entières se sont trouvées en détention. Les femmes syriennes ont ainsi subi la détention, la torture, l’enlèvement, la violence sexuelle, mais aussi le déplacement forcé vers d’autres régions en Syrie ou bien vers les pays voisins. Certaines parmi elles ont subi des atrocités soit en détention, soit sur les barrages de « sécurité », soit encore lorsque les milices pro-Assad pénétraient une région après l’avoir assiégée et bombardée. Il y a 7’000 cas de viols documentés et le nombre réel dépasse de loin ce chiffre. Plus de 10 millions de Syriens ont perdu leurs maisons et sont devenus réfugiés ou déplacés internes, dont la moitié sont des enfants et une majorité de femmes constitue l’autre moitié. De nombreuses femmes se sont retrouvées dans l’obligation de subvenir aux besoins de leurs familles suite au décès d’un époux, d’un père ou d’un frère.
Suite à la répression militaire prolongée et à la prolongation de la crise en Syrie que l’on peut attribuer au régime en place et à la lâcheté de la communauté internationale, l’Etat Islamique a vu le jour au printemps 2013. Ainsi les femmes dans certaines régions syriennes se sont vu faire face à la répression et à la violence de cette nouvelle entité terroriste (enlèvement, privation de libertés, etc.).

Noura al-Ameer 1987, activiste de Homs dès le début de la révolution. Arrêtée au printemps 2012, en détention pendant six mois, réfugiée en Turquie, elle s’est engagée dans le soutien des femmes victimes d’exactions de la part du régime syrien. Elue vice-présidente de la Coalition en janvier 2014 elle oeuvre en particulier pour améliorer la relation de la coalition avec le terrain et avec les institutions internationales, et le rôle de la femme sur la scène politique.

Tarek KURDI 1974, juriste syrien, spécialiste du droit international, responsable du bureau juridique au ministère de la justice du gouvernement provisoire syrien. Il défendait les détenus en Syrie avant d’être obligé de s’enfuir en 2012 lorsqu’il a su qu’il était recherché.

Kenda ZAOUR 1986, activiste pacifiste de Damas, s’est fait arrêter suite au rassemblement en 2012, dans le souk de Damas, de quatre jeunes femmes habillées en robes de mariage blanches et portant les slogans : « Pour l’humain en Syrie, la société civile déclare l’arrêt de toutes les opérations militaires » et « La Syrie est pour nous tous ». Elle a retrouvé la liberté dans l’échange des prisonniers iraniens deux mois plus tard.

Alaa AL-HOMSI 1993, activiste de Homs, militante dans l’aide humanitaire et dans la certification des martyrs de la ré- volution à Homs. Elle a été arrêtée en novembre 2012 et relâchée en janvier 2013 lors de l’échange avec les prisonniers iraniens.

Eman ALKURDI 1984, activiste à al-Khaldyeh à Homs, militante dans l’aide humanitaire et médicale à Homs, a quitté la Syrie en avril 2013 suite à deux arrestations durant lesquelles elle a subi la torture systématique.

Organisée par FemmeS pour la Démocratie
Soutenue par Amnesty International – Groupe Uni Genève, le site www.alencontre.org, le Mouvement pour le socialisme (MPS) et SolidaritéS – Genève

« Assad reste allié à l’Etat Islamique »

Article publié, par La Liberté le 22 septembre 2014, à l’occasion de la conférence de Noura al-Ameer à Lausanne le 18 septembre 2014. Conférence organisée par FSD.

FRAPPES EN SYRIE: L’opposition réclame aux Occidentaux des frappes contre le régime et le contrôle de l’espace aérien, insiste Noura al-Ameer, vice-présidente de la Coalition nationale syrienne. Interview.

PROPOS RECUEILLIS PAR

THIERRY JACOLET

Deux gars costauds en costard montent la garde sur la terrasse du café lausannois. La procédure habituelle pour les invités de l’ONU. Noura al-Ameer, vice- présidente de la Coalition nationale syrienne (CNS) depuis le début de l’année, regarde le duo qui veille sur elle, un sourire en coin, sous son foulard: «Je me sens privée de liberté…» Rien en comparaison avec ce que cette jeune activiste de 26 ans a vécu dans les geôles syriennes durant six mois en 2012, entre sévices corporels et torture psychologique (voir ci-dessous). Noura al- Ameer était récemment de passage en Suisse pour une conférence en marge de la session du Conseil des droits de l’homme à l’ONU. Interview.

Quel danger représente l’Etat islamique pour la révolution syrienne?

Noura al-Ameer: Le plus grand danger est qu’il réduise à néant toutes les aspirations du peuple syrien insurgé: la liberté, la justice, la démocratie, la dignité et l’égalité. Cette organisation s’est introduite en Syrie en avril 2013 pour «assassiner» le mouvement populaire. La révolution syrienne s’est retrouvée coincée entre la répression du régime d’al-Assad et les exactions de l’Etat islamique.

Quelle est la responsabilité du président syrien dans l’essor de l’EI?

Al-Assad, mais aussi l’Iran et le premier ministre irakien Nouri Maliki en ont la plus grande responsabilité. Le régime syrien a favorisé l’implantation et l’essor de ce mouvement terroriste en Syrie. Il a soutenu l’action d’al- Qaïda en Irak, dont l’Etat isla- mique est une émanation. Par ailleurs, des rapports certifient qu’al-Assad partage les bénéfices du pétrole syrien avec l’EI qui a pris le contrôle de puits. Ce qui offre à cette organisation des ressources financières supplémentaires à son développement.

Al-Assad a pourtant déclaré qu’il s’attaquerait à l’EI…

Il ne l’a jamais fait. Il épargne par exemple ces terroristes qui font le siège de Raqqa, alors qu’il frappe les civils de la ville. Depuis le début de la révolution, sa stratégie a été de dire qu’il combattait les terroristes. Ce qui est faux. Il dit ceci pour que la communauté internationale le laisse en place. Depuis l’attaque à l’arme chimique de la Ghouta en août 2013, il essaie de récupérer auprès des Occidentaux la légitimité qu’il a perdue.

Al-Assad et l’EI sont-ils des alliés de circonstance? 

Oui, ils sont toujours «alliés». Jusqu’à maintenant, l’EI ne combat que l’opposition syrienne. Prenez ce qui se passe actuellement autour d’Alep. Il y a une coordination entre les mouvements de l’armée et ceux des forces de l’EI. Al-Assad s’approche d’Alep par le sud et l’EI par le nord-est pour faire le siège de la ville en mains rebelles. Depuis qu’il y a une coalition internationale contre l’EI, al-Assad se présente comme le partenaire des Occidentaux. Le but d’al-Assad est d’abord d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution. Et après ils se battront entre eux pour le pouvoir.

A moins que l’EI ou Bachar al-Assad ne tombe avant. Croyez- vous au plan de la coalition internationale?

Jusqu’à maintenant, elle semble sérieuse dans son entreprise. La décision du congrès américain d’armer l’Armée syrienne libre (ASL) et de l’entraîner est une bonne nouvelle. Ce qui rassure, c’est que la coalition internationale a refusé qu’al-Assad soit partenaire et que l’Iran participe aux attaques. Mais il ne faut pas seulement éliminer l’EI: c’est l’occasion d’en finir avec toutes les sources du terrorisme.

«Le but d’al-Assad est d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution»

«Le but d’al-Assad est d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution»

Quel est le message de la Coalition nationale syrienne? 

Nous demandons des frappes contre l’EI mais aussi contre les positions des forces d’al-Assad. Le terrorisme, c’est comme un serpent: Assad est la tête et l’EI la queue. S’attaquer à la queue ne résoudra rien. Il faut aussi couper la tête. La CNS souhaite aussi que la communauté internationale procède d’urgence à un contrôle du ciel pour empêcher al-Assad de bombarder les positions de l’ASL.

Comment jugez-vous l’attitude occidentale? 

Il n’y a pas eu de soutien des Occidentaux à la révolution. Ils n’ont jamais répondu aux revendications du peuple syrien. L’exemple le plus flagrant est le massacre à l’arme chimique de la Ghouta, près de Damas, en août 2013. Malgré cela, les Occidentaux se sont satisfaits d’enlever une partie de l’arsenal chimique d’al-Assad sans rien faire pour la population qui souffre. Depuis, le régime continue les frappes avec des gaz mortels dans beaucoup d’endroits.

Mais Bachar devait évacuer du pays tout son arsenal chimique…

Des rapports font état de plus de 75 frappes avec du gaz depuis le massacre, alors que c’est interdit. Al-Assad a caché d’autres sites. Il en resterait encore trois avec armes chimiques. Ce dictateur criminel est aussi un manipulateur. Il ne fait pas que stocker mais fabrique encore des armes chimiques. Va-t-on l’épargner de nouveau pour qu’il sorte ces armes du pays?

Barack Obama ne veut plus la chute du président… 

Il a des craintes que sa chute crée un vide administratif et sécuritaire. Mais la CNS a déjà un plan très clair pour la période de transition qui ne va pas être calme ni facile. C’est une étape nécessaire pour passer à autre chose. Ce serait encore pire si cette période n’était pas accompagnée par des plans de justice transitionnelle, afin de s’occuper des suites juridiques des souffrances de la population.

Que peut faire la Coalition nationale syrienne? 

Notre conviction est que le combat militaire qui aura lieu n’est pas suffisant et qu’il faut un combat politique en parallèle. Nous revendiquons la mise en place d’un mouvement politique avec comme base les résultats de Genève 1 (la formation d’un gouvernement d’union nationale, ndlr). Il y a deux feuilles de route: politique pour la période transitoire et administrative pour les institutions de l’Etat.

De la prison au combat politique

«J’attendais la révolution. Il fallait voir la répression quotidienne et les exactions que su- bissaient les Syriens.» Noura al-Ameer s’est engagée dans la contestation dès le début du soulèvement. Elle s’activait à élargir le soutien populaire du mouvement. Jusqu’à son arrestation en mars 2012 dans un bus. Six mois de prison plus tard, elle se réfugie en Turquie d’où elle poursuit depuis mai 2013 son combat. Un combat politique au sein de la Coalition nationale syrienne (CNS) dont elle est vice-présidente. Cet organe de l’opposition est reconnu par de nombreux pays comme seul représentant légitime du peuple syrien. Noura al-Ameer est responsable du dossier des droits de l’homme et de la coordination avec les organisations internationales. «Je continuerai de lutter aussi longtemps que la Syrie sera gouvernée par un dictateur criminel ou un Etat de non-droit.»

Hommage à Alma, combattante de l’ASL, morte de ses blessures

En hommage à Alma Shahoud, combattante de l’ASL à Damas-Campagne, morte de ses blessures, nous re-publions la traduction de son témoignage publiée sur notre blog le 24 juillet 2013.

Témoignage d’une femme syrienne Alma

Interview par Souriia Al-Cha’eb « La Syrie du peuple », durée 15 minutes),

traduction de l’arabe par FSD:

00:00:00 Commentatrice:

La lumière de la lune envie la lumière des yeux de cette femme …

Alma à l'hôpital en Jordanie en juillet 2013

Alma à l’hôpital en Jordanie en juillet 2013

00:00:20 Alma 00:20 :

J’étais employée dans une compagnie privée et je travaillais comme secrétaire. J’habitais avec ma famille… je suis mère de cinq enfants. Je n’aime pas le régime Assad dans sa totalité et ceci depuis le début des évènements… vous avez certainement entendu parler de ce qu’il s’était passé à Hama du temps de Assad père. Cette mémoire s’est transmise aux générations suivantes.

00:00:50Commentatrice :

Ni le temps ni les circonstances n’ont limité la volonté d’une femme dont l’amour pour son pays a dépassé celui qu’elle éprouvait pour ses proches. ..

00:01:08 Alma :

Certains jeunes de la société pour laquelle je travaillais à A’arbin, région de Damas, ont décidé de se réunir et de soutenir la révolution. A travers nos réunions, nous avons décidé de soutenir les autres quartiers de Damas. Nous avons alors essayé de leur amener des munitions et des armes. J’étais la personne qui assurait cette mission car au début les femmes n’étaient pas fouillées par les Moukhabarat (services de renseignement syriens)…

Avec la volonté on peut y arriver… J’ai essayé en vain de recruter d’autres filles pour l’ASL mais le courage leur manquait. Peut-être que nos coutumes les freinaient. Pour moi, la femme doit être présente aux côtés de l’homme dans tous les domaines. Que de compliments de la part des combattants ! Ils me disaient « Que Dieu te protège » ou « Que Dieu bénisse la mère qui t’a portée ». Jamais aucun mauvais commentaire…

Je rentrais à pieds quand un taxi s’est arrêté et un jeune homme m’a proposé de faire un bout du chemin en taxi avec eux. J’ai accepté. En arrivant entre Zamalka et A’arbin, il y avait un barrage de sécurité provisoire. Des officiers des Moukhabarat Alaouites y contrôlaient les cartes d’identité des hommes. A l’époque, ils ne contrôlaient pas les femmes. Alors, je suis restée silencieuse. Ils ont fait descendre du taxi le jeune homme… il n’avait même pas 17 ans. « Tu participes aux manifestations?! » et ils ont commencé à le battre. Je n’ai pas supporté ça, alors je suis sortie de la voiture. Le chauffeur du taxi n’intervenait pas. J’ai dit à l’officier « Pourquoi tu le frappes? Il est encore jeune, considère-le comme ton fils ». J’ai essayé de tirer le garçon par derrière, alors ils ont commencé à nous frapper tous les deux. L’officier a insulté ma mère, alors je l’ai giflé et les coups se sont mis à me tomber dessus de toutes parts…Ils nous ont mis dans le coffre tous les deux et nous ont amenés au siège des Moukhabarat de l’Armée de l’Air à Harasta.

Je suis restée en détention 38 jours, ma famille n’avait aucune nouvelle de moi…

00:05:00 Commentatrice (images de torture):

Chaque heure passée en détention est une révolution en soi : torture et actes criminels sont infligés par des individus au comportement déviant qui semblent friands de sang humain. Mais cette fois Alma a échappé au pire, elle a été libérée.

00:05:25 Alma:

Je suis sortie de la prison brisée. Ce que j’ai vu à l’intérieur de la prison est indescriptible.Les détenus subissent la torture, des coups, des blessures à l’arme blanche, la suspension par les poignets à des fils métalliques… Les traces sont encore visibles sur mes poignets. Tout ce que tu peux imaginer comme torture nous l’avons vu en détention….

00:06:29 Alma:

J’ai rejoint un groupe. Je savais utiliser les armes et j’ai appris à utiliser un fusil. Le groupe effectuait surtout des descentes aux barrages de sécurité et s’occupait des snipers. Au début, ma tâche se limitait au chargement des armes des combattants. Notre groupe avait aussi des missions humanitaires. Nous nous chargions de distribuer des denrées alimentaires et du lait pour enfants aux civils qui s’abritaient dans les sous-sols pendant les périodes de bombardement. Aussi nous nous occupions de trouver des médicaments et de les passer à ceux qui en avaient besoin. Ensuite, j’ai eu l’idée d’installer un hôpital de fortune dans notre zone d’ activité, car le transfert des blessés de notre région à un hôpital d’une zone voisine était souvent une cause supplémentaire de décès des blessés. J’avais encore des bijoux en or que j’ai vendu et avec la contribution d’autres jeunes nous avons pu l’installer.

00:08:09 Alma:

Pendant la dernière descente, je voulais me venger de l’officier Mohammad Rahmoun qui était responsable du centre de détention pendant la période de mon arrestation. J’avais l’impression que son seul but était de me torturer. C’était au siège de la sécurité de l’armée de l’air. Alors nous avons coordonné l’opération avec les révolutionnaires de Zamalka, Hammouriyeh et Douma. Le jour J, nous avons fait la prière de Al-Icheh (la nuit) et nous avons crié Allahou-Akbar… c’était très émouvant, nous savions que nous allions à notre mort, car le but était le Siège de la Sécurité de l’Armée de l’Air!!!

00:10:20 Alma cachant ses larmes:

Lorsque deux membres des Moukhabarat, qui étaient jeunes, sont arrivés sur moi, j’étais habillée en militaire et j’avais le visage caché sous une cagoule. J’avais l’air d’un homme. Ils ont commencé à me frapper sur la tête, alors je suis tombée à genoux. J’ai essayé de ne pas crier pour ne pas montrer que j’étais une femme. Je savais que ce serait pire s’ils s’en rendaient compte, car il ne supportent pas de voir les femmes se joindre au mouvement de protestation. J’étais la seule qui ait pris les armes avec les hommes à Damas. J’ai senti les 2 ou 3 premiers coups… ensuite, je n’ai plus rien senti. Je me suis réveillée à l’hôpital. Les combattants de l’ASL avaient fini la bataille et m’avait amenée à l’hôpital.

00:12:16 Alma:

Ne sachant pas que j’étais recherchée, un groupe de l’ASL (de Jober, pas mon groupe) m’ont fait admettre dans un hôpital à Damas. J’ai été admise dans les soins intensifs mais j’ai été enchaînée pendant 50 jours… paralysée mais aussi enchaînée ! J’étais assistée pour la respiration aussi. Ensuite, les combattants de l’ASL m’ont fait fuir de l’hôpital et j’ai été transférée dans un hôpital dans notre région sous un faux nom où j’ai complété cette période de soins. Ils m’ont ensuite fait sortir de la Syrie, je me trouve aujourd’hui en Jordanie.

00:13:30 Médecin:

Nous avons pris connaissance de son cas il y a un mois. Elle se faisait soigner dans un hôpital à Amman. Elle y est restée 40 jours et a été renvoyée lorsqu’elle n’avait plus droit à l’aide financière accordée par une source anonyme. Elle souffrait d’une blessure à la 5e vertèbre de la nuque, qui a paralysé la moitié du bas de son corps et sa main droite. Nous l’avons reçue dans cet hôpital sous la surveillance de l’Association de la Syrie pour l’Aide Humanitaire et le Développement. Nous avons été surpris par son mauvais état général, psychique et sanitaire.

00:14:16 Commentatrice:

Après que certains aient profité d’elle, en tant que blessée syrienne, pour obtenir de l’argent pour eux-mêmes, elle s’est retrouvée seule au bord de la route. D’autres personnes, honnêtes, l’ont recueillie et l’ont transférée à cet hôpital via l’association pour y trouver de la compassion et des soins, loin des commerçants du sang.

Une autre interview de Alma, rédigée en anglais, peut être consultée à l’adresse:

http://www.theatlantic.com/international/archive/2013/06/take-your-portion-a-victim-speaks-out-about-rape-in-syria/276979/

Sur la femme en détention en Syrie

A l’occasion de la journée internationale de la femme, FemmeS pour la démocratie a traduit le témoignage d’une ancienne détenue afin de mettre en lumière le combat et la souffrance de la femme syrienne aujourd’hui, dont les ONG des droits de la femme parlent malheureusement si peu. Actuellement, il y a plus de 4’800 femmes détenues, 12’000 femmes victimes du conflit, plus de 7’000 cas de viols par les forces du régime documentés et très probablement bien plus en réalité. Des familles entières se trouvent dans les geôles du régime, grand-mères comme nouveau-nés, souvent détenus par représailles ou pour chantage.

 Traduit de l’arabe, témoignage de Lubna Za’our dans un journal libre de la révolution « La dame de la Syrie .

 Après la fin de l’enquête et de la torture le sentiment de regret disparaît, il se transforme en fierté féroce et joyeuse de ce que l’on a accompli sans plus aucun sentiment de regret.

Honnêtement, au moment des interrogatoires et dès le premier jour quand nous sommes entrés chez l’officier Souheil j’ai ressenti de la peur, du regret et de la terreur, sentiments volatilisés avec la fin de l’enquête.

Je fais partie de celles qui n’ont pas supporté l’intensité des menaces et de l’intimidation dès le premier jour de l’incarcération. Pendant l’interrogatoire j’ai fait une crise de nerf, ce qui a un peu allégé la procédure d’enquête et la torture à mon égard.

Chaque officier chargé d’enquêter sur les détenus a ses méthodes, et ils sont nombreux ; ils nous ont frappées, insultées et menacées.

Dans les prisons l’essentiel de leur travail consiste à détruire psychiquement la détenue en instillant la terreur dans son esprit, la pire des tortures et la plus efficace contre son moral.

Les méthodes de torture corporelles diffèrent selon le service de détention et selon l’accusation. Dans l’ensemble les accusations étaient légères dans le secteur dans lequel nous étions détenues, même si la majorité d’entre nous ont été frappées, fouettées et torturées psychiquement.

Le secteur d’à côté enfermait des prisonnières avec des accusations plus lourdes, certaines ont été réellement violées et pas seulement menacées de l’être comme nous l’avons été.

Dans notre secteur la plus jeune n’avait pas 19 ans. Quand nous avons été amenées pour être libérées à la Direction de la Police pour l’échange avec les otages iraniens nous avons rencontré toutes celles qui allaient être libérées des autres secteurs. Certaines de moins de 18 ans avaient été torturées, frappées et suspendues par les poignets.

Nous avons aussi rencontré de vieilles femmes dont Om Mohamad, d’origine marocaine, mariée à un syrien :  elle avait perdu son jeune fils et sa maison.

Sara Al Alaoui n’est pas la seule enfant à croupir dans les sous-sols des services de sécurité. J’ai rencontré Salam à la Direction de la Police. Originaire de Jabal Al Zaouieh, elle avait un visage lunaire et des yeux plus bleus que le ciel. Des traces de torture sur ses mains creusées semblaient dater de la veille, pourtant cela faisait déjà quatre mois qu’elle avait subi durant plusieurs jours des tortures dont le fouet et l’électricité. A 13 ans Salam était accusée d’avoir enlevé un officier et d’avoir piégé une voiture avec une bombe…

Dans ces sous-sols, beaucoup de visages croisés : grand-père, soeur, épouse, fillette, père, frère … des pleurs de nouveau-nés entendus mais aussi des plaintes de femmes enceintes, affamées, des gémissement de vieillards et des lamentations de jeunes et des bruits d’impatience d’enfants amenés là avec leurs mères.

Tous ces bruits de douleur face à l’unique et inchangé son du geôlier qu’aucun cri n’ébranle jamais. Cet homme n’est pourtant pas un être extra-terrestre, il a un père, une mère, des frères, une femme et des enfants, il a un coeur et du sang coule dans ses veines. Ne voyez-vous pas que le meilleur spécimen de schizophrénie est précisément ce geôlier ?

Toutes les femmes violées n’osent révéler leur état étant donné la position de la société à ce sujet. Une des détenues dénommée Om Tayem se faisait violé par l’officier Souheil, c’est arrivé trois fois pendant la durée de notre détention. La situation de la femme violée est difficile à décrire parce qu’elle se retrouve violée par tous : par la société qui la dévisage et par le machisme des hommes. La douleur psychique du viol est bien plus importante que sa douleur corporelle. La première question posée à une détenue à sa libération est : est-ce qu’ils t’ont violée ? Sans aucune attention pour le viol de sa dignité, de sa psyché et de son être. La détention est l’expérience des détails douloureux …

Cette expérience dans son extrême rudesse a anéanti ma personnalité mais m’a poussée à persister dans notre quête de liberté et de dignité.

Le plus grave dans ce qui se passe aujourd’hui est l’utilisation médiatique de la mort des enfants. Le criminel clame maintenant au monde et à travers écrans et hauts parleurs : « je suis le tueur des enfants ! je suis le tueur des enfants ! » … alors que le monde reste paralysé par ses intérêts.

Liberté à Sara et Salam.

Liberté à toutes ces âmes patientes emprisonnées.