Archives de Catégorie: Personnalités de la Révolution

Deraa: Le Vrai Visage du Régime Assad

Hamza al-Khateeb, c’est ce jeune garçon syrien de Deraa(1), né le 06.05.1998, qui à 13 ans, par la spontanéité de son engagement humanitaire, à Deraa en avril 2011, aura montré la voie juste. Supplicié et horriblement mutilé par les services du régime Assad il en a démontré la vraie nature dès le printemps 2011, en vain?

              Hamza AL-KHATEEB

En voyant passer les tanks du régime qui se dirigeaient vers le sud la population a cru d’abord à une reprise imminente du Golan. Mais non! L’objectif était le siège de Deraa, destiné à imposer aux habitants de la ville une punition collective, en les affamant , pour avoir osé braver le régime criminel.

Les habitants de al-Jiza (village natal de Hamza) ont alors organisé une marche vers Deraa,  le 29 avril 2011, pour casser le siège et apporter du pain à ses habitants. Hamza y a pris part, il a été arrêté par les forces du renseignement militaire d’Assad, avec Thamer et avec des dizaines d’autres, sur le chemin de Deraa.

Le 25 mai 2011, le corps mutilé et méconnaissable de Hamza al-Khateeb a été rendu à ses parents. Les photos du corps de Hamza sont parues parmi les photos de César (2) où il porte le numéro 23 (3).

Le corps de Thamer al-Char’i, 15 ans, a été rendu à ses parents, mutilé et méconnaissable, le 8 juin 2011. Les photos du corps de Thamer sont parues parmi les photos de César où il porte le numéro 12.

Thamer_vdc-sy_info

Thamer AL-CHAR’I (Photo: vdc-sy.info)

Aujourd’hui, depuis l’écrasement de Deraa, le 12.07.2018, les appels se multiplient sur les pages des fidèles de Bachar Assad (4) pour inciter les soldats d’Assad à aller déféquer sur la tombe de Hamza al-Khateeb. Même mort, il reste l’image à abattre, parce que ce que Thamer et lui ont fait est noble. Des millions de syriens les ont suivis. Beaucoup ont payé de leur vie. Mais la révolution vit aujourd’hui dans le coeur de la grande majorité des syriens. Elle est en marche. Elle aurait pu aboutir dès 2013, avec un peu de protection aérienne. A terme elle vaincra.

Aux justes, il faut opposer la petitesse de ceux, gouvernements, institutions internationales ou individus, qui avaient le moyen d’agir ou au moins de ne pas collaborer, activement ou passivement, avec le régime barbare, de ceux qui auraient mieux fait de se taire, de ceux qui ont vu dans cette révolution l’occasion d’un profit, de ceux qui demandent aujourd’hui le maintien du boucher de Damas, qui se ressemble s’assemble (Putin, mais aussi Netanyahu: “Nous ne perdrons pas de mesure contre Assad” (5) ) ou croient devoir prôner un dialogue avec le “régime en place”, au mépris des droits humains.

Qu’il s’agisse d’implication directe, de prise de position, d’aide humanitaire où d’aide aux réfugiés la révolution syrienne n’aura fait et ne fait encore, quotidiennement, que démontrer une fois de plus la médiocrité quasi universelle des institutions et gouvernements de la communauté internationale qui, confrontés au respect des droits humains, s’écrasent au lieu de les glorifier.

Honte à la communauté internationale!

FSD

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1- Daraa c’est une ville du sud de la Syrie où l’étincelle de la révolution a été allumée avec l’arrestation des écoliers qui avaient écrit sur le mur de leur école un slogan hostile au dictateur Bachar Assad
2- http://www.liberation.fr/planete/2014/01/21/la-machine-a-torturer-syrienne-revelee_974443
3- https://www.zamanalwsl.net/news/article/59307
4- https://www.qasioun-news.com/ar/news/show/154301/إعلام_موال_للنظام_يحرض_على_قبر_الشهيد_حمزة_الخطيب_بدرعا_صور
5- https://fr.timesofisrael.com/netanyahu-epargnera-assad-mais-exhorte-poutine-a-sortir-les-iraniens-de-syrie/
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Yassin Al Haj Saleh : Quand la Syrie «frappe avec sa tête»

FSD publie ici certains passages de l’article publié sur le blog My Global Suburbia à l’occasion du passage de Yassin Al Haj Saleh à Paris:

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Dans son album de 1983 Loin des yeux de l’Occident, Daniel Balavoine, qui amorçait alors un tournant dans sa carrière en revenant vers la «musique rock» par laquelle il se disait influencé – celle de Yes, The Police ou Peter Gabriel dont l’on sentait en effet l’influence dans les arrangements de certains titres, notamment Pour la femme veuve qui s’éveille – et en abordant les thématiques de Droits de l’Homme qui lui étaient chères, marqua les esprits avec une chanson intitulée Frappe avec ta tête.

Dédiée au pianiste argentin, emprisonné sous la dictature militaire de l’époque, Miguel Ángel Estrella, cette chanson raconte l’histoire d’un écrivain emprisonné et torturé auquel ses geôliers ont coupé la langue pour qu’il ne puisse plus parler et les doigts pour l’empêcher d’écrire. Mais, comme le chante Balavoine dans le refrain,

«Dans la cellule du poète,
Quand le geôlier vient près de lui,
Quand plus personne ne s’inquiète,
L’homme que l’on croyait endormi …

Oh,
Frappe avec sa tête.»

Tout le monde ne le sait pas, mais Miguel Ángel Estrella est libanais par son père, issu d’une famille Najem, «étoile» en arabe, ce qui donne estrella en espagnol. Et derrière la frontière du Liban, justement, il y a la Syrie, celle de Bachar el-Assad, des prisons remplies de gens dont le seul crime a été de s’opposer à la dictature dynastique, ces prisons qui, pendant les quarante-quatre ans du régime Assad, ont vu passer, souffrir, parfois mourir, tant de gens qui n’auraient jamais dû s’y trouver.

Parmi eux, il y a Yassin Al Haj Saleh. Né en 1961 à Raqqa, il fut arrêté à Alep alors qu’il était étudiant en médecine, puis emprisonné de 1980 à 1996, pour appartenance à un mouvement communiste dissident. Son épouse, Samira Khalil, elle aussi communiste dissidente, qui a elle-même passé quatre ans dans les prisons de la dictature, a été enlevée en décembre 2013 à Douma, dans la Ghouta de Damas, avec l’avocate Razan Zaïtouneh, directrice du Centre de Documentation des Violations des Droits de l’Homme, ainsi que ses collègues Défenseurs des Droits de l’Homme Wael Hamadi et Nazem Hammadi. Yassin Al Haj Saleh dut lui-même passer près de deux ans dans la clandestinité avant de pouvoir passer en Turquie, résidant aujourd’hui à Istanbul.

De passage à Paris, Yassin Al Haj Saleh a fait une halte ce jeudi 2 avril à l’Institut du Monde Arabe, où c’était sa toute première visite, pour venir débattre autour de son livre nouvellement paru, Récits d’une Syrie oubliée : Sortir la mémoire des prisons*, publié à l’origine en arabe et proposé en traduction au public français.

C’est dans une Salle du Haut Conseil comble, dominant l’Institut et regardant de loin les tours de Notre-Dame, que Yassin Al Haj Saleh, non francophone, a pu s’adresser au public en arabe et en français grâce à l’interprétariat aimablement fourni par Ziad Majed, professeur de politique internationale et chercheur à l’Université américaine de Paris, qui fut également le modérateur de l’événement.

Yassin Al Haj Saleh : Écrire la Syrie pour la défendre contre l’oubli

Yassin Al Haj Saleh a commencé par remercier toutes les personnes qui étaient venues, nombreuses en cette tombée du soir, à l’Institut du Monde Arabe. Leur seule présence, a-t-il affirmé, est une preuve que la tragédie du peuple syrien n’est pas oubliée, et par là même, elle est source d’espoir.

L’idée principale que Yassin Al Haj Saleh cherche à traduire, c’est la puissance, la force, de la liberté. Ce sont cette puissance et cette force qui lui ont permis, ainsi qu’à nombre de personnes qui ont connu la détention politique, de devenir des écrivains célèbres, alors même qu’en les emprisonnant, le régime entendait les faire taire.

S’il a voulu écrire ce livre, c’est pour offrir au public le récit de toute une génération de Syriens, pour publier ce témoignage de la Syrie carcérale. Cette Syrie qui, déjà, n’existe plus, car avec la révolution de 2011, c’est bel et bien une nouvelle phase dans l’histoire de la Syrie qui a commencé.

Mais dans la Syrie d’Assad, le premier des défis de l’écriture, c’était bien de contredire le récit officiel, celui de tous les gens qui considéraient que la Syrie, c’était Assad, et que ce qu’il y avait à dire sur le pays s’arrêtait là. Il fallait lutter pour offrir un autre récit, ne pas permettre à la dictature de confisquer les Syriens.

Rester silencieux face au discours officiel du régime, c’est comme avaliser l’idée que les Syriens n’existent pas. D’où la nécessité de parler, de montrer que, quand le régime dit que lui seul représente la Syrie, ce n’est pas vrai.

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien et auteur de "Récits d'une Syrie oubliée"

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien et auteur de « Récits d’une Syrie oubliée »


Il faut construire des projets, ceux dont a besoin pour émerger la nouvelle Syrie dans toutes ses dimensions. Il faut lutter contre l’oubli des expériences qui ont conforté le monde dans le déni de l’existence des Syriens. C’est ce à quoi tente de contribuer ce livre, en tant que témoignage de ce qu’a traversé toute une génération de Syriens, que l’on a opprimée mais qui jamais ne s’est soumise.

Bien entendu, en la prison, il convient de voir une métaphore de la Syrie dans son entier, toujours sous le double prisme de l’oppression et de la résistance.

Pour les Syriens, écrire, cela procède aussi d’une volonté de déconstruire les deux récits qui tendent à effacer leur existence : le récit géostratégique, celui de gens comme Bachar el-Assad et le leader du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, donc les acteurs de la «politique d’en haut», et le récit culturaliste, celui qui ne voit pas les dynamiques sociales et culturelles, un récit essentialiste qui réduit le Moyen-Orient à un vulgaire agglomérat de clivages religieux et sectaires.

Aussi le titre choisi pour cet ouvrage est-il une réponse aux simplifications de ces amateurs de généralités, adeptes de tels discours réducteurs. En le choisissant, Yassin Al Haj Saleh a voulu confronter les deux, qui permettent à certains journalistes et/ou chercheurs de devenir des «spécialistes» ou «experts» autoproclamés seulement parce qu’ils ont lu des articles écrits par des adeptes de l’une ou l’autre des deux écoles du mensonge sur la Syrie et croient donc pouvoir en parler. Par leurs écrits ineptes et dangereux, les tenants de ces deux simplismes offrent à des incompétents la possibilité de donner au grand public des leçons sur la Syrie alors qu’ils ignorent tout d’elle.

C’est toute l’expérience syrienne de l’écriture – rendre plus difficile l’oubli et le meurtredes Syriens, de faire obstacle à ceux qui voudraient faire disparaître le peuple syrien dans la nuit des temps. Défendre cette expérience, c’est un devoir à la fois culturel et politique.

Tout ce qui a été fait jusqu’à présent demeure insuffisant. Ce qu’il faut, c’est refaire des Syriens des êtres humains, qui partagent les valeurs universelles et auxquels celles-ci s’appliquent donc aussi. Cela commence en rendant plus difficile l’écrit contre les Syriens.

Décrire ce que les Syriens subissent, c’est les protéger. L’évocation des crimes, qu’il s’agisse de la torture, des déplacements forcés, des noyades en Méditerranée de demandeurs d’asile syriens qui n’auront donc jamais atteint l’Europe, des «disparitions» chaque jour plus nombreuses, simplement parler de tout cela, c’est en soi un moyen de l’empêcher, c’est en soi un acte de résistance.

Au-delà de la seule expérience de l’écriture, le devoir que ressentent tous les Syriens qui veulent s’exprimer, qu’ils soient écrivains, cinéastes, juristes, militants ou autres, est le même – libérer la parole.

Si l’expérience politique échoue, à tout le moins, que l’expérience culturelle à laquelle se prêtent Yassin Al Haj Saleh et d’autres avec lui demeure vivante et se poursuive. Il est indispensable de lutter contre les absolus et les totalitarismes, contre tous en même temps, l’un n’étant jamais meilleur que l’autre. Lutter, chez les Syriens, c’est incarner la volonté de résister tout à la fois contre la dictature des Assad et contre Daesh, le nouveau monstre, qui veut priver les gens de leurs individualités, qui veut nier la femme et broyer la vie privée.

Yassin Al Haj Saleh a conclu en évoquant le grand nombre de jeunes, ainsi que de moins jeunes, qu’il a vus devoir quitter la Syrie et qui sont autant de gens créatifs grâce auxquels l’on peut dire sans faire preuve d’une ambition excessive que le potentiel pour une révolution culturelle en Syrie existe, qu’il est réellement possible de se réapproprier les outils de l’expression, que c’est en effet l’un des possibles qui s’offrent à la Syrie nouvelle.

* Editions Les Prairies Ordinaires, Collection Traversées.

Noura Al-Ameer entre en grève de la faim pour dénoncer le déni de justice dont est victime le peuple syrien

Chronique de la Syrie

Depuis le 29.12.2014 Noura Al-Ameer, vice présidente de la coalition nationale syrienne, fait la grève de la faim en solidarité avec les centaines de prisonniers de conscience de la prison centrale de Homs. Ces derniers ont commencé leur grève de la faim le samedi 27 décembre 2014 pour dénoncer les injustices dans le traitement légal de leurs dossiers d’une part mais surtout pour revendiquer leur libération. Certains ont été condamnés sans même être présentés devant un juge, d’autres ont reçu des condamnations démesurées par rapport aux accusations qui se limitaient à la participation aux protestations pacifiques à Homs.

Noura Al-Ameer, responsable du dossier des droits humains et vice présidente de la coalition nationale syrienne.

Noura Al-Ameer, responsable du dossier des droits humains et vice présidente de la coalition nationale syrienne.

"Nous ne voulons pas de médicaments, nous voulons être avec nos familles et c'est notre droit", prisonniers de la prison centrale de Homs.

« Nous ne voulons pas de médicaments, nous voulons être avec nos familles et c’est notre droit », prisonniers de la prison centrale de Homs.

Noura Al-Ameer a elle-même vécu la détention en Syrie, dont une partie dans la prison centrale de Homs, elle a à cette époque participé à deux grèves de la faim dans cette même prison. Elle rappelle que plusieurs actions semblables ont eu lieu dans cette prison, suite auxquelles certains prisonniers sont morts et d’autres ont été privés de leur droit aux soins médicaux. Elle dit : « Il est très regrettable et même honteux que les organisations internationales des droits de l’homme comme les organisations politiques ignorent l’appel des détenus revendiquant leur droits les plus basiques et la justice face aux crimes qu’ils subissent de la part le régime syrien. ». Al-Ameer ajoute « Ma décision de faire une grève de la faim est motivée tout d’abord par ma solidarité avec les détenus de la prison de Homs, mais aussi pour passer un message à tous les détenus en Syrie leur disant qu’ils ne sont pas seuls dans cette souffrance. Mon action est également un message à la communauté internationale disant qu’il est inacceptable de garder le silence sur les conditions de détention inhumaines en Syrie. Elle est aussi motivée par l’injustice que subissent tous les Syriens qui vivent dorénavant dans une grande prison où qu’ils soient. Notre situation à nous autres n’est pas meilleure que celle des détenus à Homs, car tout le peuple syrien vit actuellement dans un monde devenu pour lui une grande prison obscure, où seule la loi du plus fort règne à cause de l’absence totale du soleil de la loi internationale et des droits humains ».

Al-Ameer dénonce l’inaction de la communauté internationale: « Il est nécessaire d’instaurer dès aujourd’hui une surveillance médicale dans les centres de détention et les prisons en Syrie qui sont utilisés comme moyens de pression pour mettre un terme à la volonté du peuple syrien d’exiger le changement du régime dictatorial. Il est urgent de mettre un terme aux crimes du régime Assad à l’encontre des détenus syriens et d’œuvrer pour que l’impunité cesse.»

Elle lance un appel urgent :

  • au CICR: pour qu’il supervise la situation médicale et légale des détenus en Syrie,
  • à tous les pays qui se proclament défenseurs de la liberté et des droits humains: de prendre une position morale face à la catastrophe syrienne,
  • à tous les syriens et à tous les amoureux de la liberté: de se joindre au mouvement de grève de la faim afin d’aboutir à la libération de tous les détenus d’opinion en Syrie.

FSD

Syria: No word on four abducted activists

A year on, no information on Douma Four

The prominent Syrian human rights defenders Razan Zaitouneh, Samira Khalil, Wa’el Hamada and Nazem Hamadi – the Douma Four—remain missing a year after their abduction, 57 organizations said today. The four were abducted in Duma, a city near Damascus under the control of armed opposition groups. They should be released immediately, the groups said.

Four-Douma

On 9 December 2013, at about 10:40 pm, a group of armed men stormed into the office of the Violations Documentation Center in Syria (VDC), a Syrian human rights monitoring group, in Duma and abducted Razan Zaitouneh, the head of the center, and her colleagues – Wa’el Hamada, who is also her husband, Samira Khalil and Nazem Hamadi. The four human rights defenders have not been heard of since.

The armed groups exercising de facto control over Duma include the Army of Islam, headed by Zahran Alloush, which is part of the Islamic Front, a coalition of armed groups. The groups should immediately release the four human rights defenders if they are in the groups’ custody, or work toward ensuring they are released unharmed and without delay. Countries that support these groups, as well as religious leaders and others who may have influence over them, should also press for the immediate release of the four activists and for an end to abductions of civilians.

Razan Zaitouneh has been one of the key lawyers defending political prisoners in Syria since 2001. Since the beginning of the crisis in 2011, Razan Zaitouneh has played a key role in efforts to defend human rights for all and protect independent groups and activists in Syria. Along with a number of other activists, she established the VDC, which monitors human rights violations and records casualties in Syria, and co-founded the Local Coordination Committees (LCCs), which coordinates the work of local committees in various cities and towns across Syria. She also established the Local Development and Small Projects Support Office (LDSPS), which assists non-governmental organizations in besieged Eastern Ghouta.

As a result, both by the Syrian authorities and armed opposition groups threatened her. She had been receiving threats for several months before her abduction. She described some of these threats in an article she wrote in the online news outlet Now Lebanon. She had also informed human rights activists outside Syria in September 2013 that she was being threatened by local armed groups in Duma were threatening her. In April 2014, Razan Zaitouneh’s family issued a statement holding Zahran Alloush responsible for her and her colleagues’ wellbeing, given the large presence his group maintains in the area.

Samira Khalil, has been a longtime political activist in Syria. The Syrian government had detained her between 1987 and 1991 for her activism. She later worked in a publishing house before shifting her efforts to working with the families of detainees and writing about detention in Syria. Before her abduction, she was working to help women in Duma support themselves by initiating small income generating projects.  Wael Hamada was also an activist before the uprising in Syria. When peaceful protests first broke out in the country in 2011, the government detained and later released Hamada.. He is an active member and co-founder of the Local Coordination Committees and the VDC. Before his abduction Wa’el Hamada was working to provide desperately needed humanitarian assistance to the residents of besieged Eastern Ghouta. Nazim Hammadi, a lawyer and poet, was one of the most prominent volunteer defenders of political prisoners before and after the uprising in Syria. He contributed to founding the Local Coordination Committees and also worked to provide humanitarian assistance to residents of Eastern Ghouta. Razan Zaitouneh and her colleagues appear to have been abducted and arbitrarily deprived of their liberty as punishment for their legitimate activities as human rights defenders. Such actions are prohibited by international humanitarian law and are contrary to international human rights standards. The armed groups in control of the area and the governments who support them should do everything in their power to facilitate the release of Razan Zaitouneh, Wa’el Hamada, Samira Khalil and Nazem Hamadi.

Signatories:

1 – Alhaqanya Organization for Law firm and Law, Egypt.

2 – Alkarama Foundation.
3 – Amnesty International.
4 – Arab Network for Human Rights Information, ANHRI.
5 – Assyrian Human Rights Network.
6 – Badael for sustainable peace in Syria.
7 – Caabu – The Council for Arab-British Understanding.
8 – Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS).

9 – The SKeyes Center for Media and Cultural Freedom.

10 – Women’s Studies Center – Palestine.
11 – CIVICUS: World Alliance for Citizen Participation.
12 – Damascus Center for Human Rights Studies.
13 – Egyptian Center for Economic and Social Rights (ECESR).
14 – Egyptian Initiative for Personal Rights.
15 – Euro Mediterranean Human Rights Network, EMHRN.
16 – European Women Initiative.
17 – Every Casualty, UK.
18 – FemmeS pour la Démocratie.
19 – Fraternity Center for Democracy and Civil Society.
20 – Freedom House, USA.
21 – Front Line Defender.
22 – Gulf Center for Human Rights (GCHR).
23 – HIVOS – Humanist Institute for Cooperation with Developing Countries.
24 – HRDAG – Human Rights Data Analysis Group.
25 – Human Rights Watch, HRW.
26 – Humanrights.ch / MERS- Swiss.
27 – Institute for War and Peace Reporting (IWPR).

28 – International Media Support (IMS)
29 – International Service for Human Rights – ISHR.
30 – Kesh Malak Organization, Aleppo Syria.
31 – Kurdish Organization for Human Rights in Syria (DAD).
32 – Lawyers for Lawyers, Netherland.
33 – Lebanese Center for Human Rights (CLDH).
34 – Local Development and Small Projects Support office (LDSPS).
35 – Maan Organization for Supporting Women Issues.
36 – No Peace without Justice, NPWJ.
37 – Nuestra Aparente Rendición Association.
38 – Pax Christi International.
39 – PAX for peace, Netherland.
40 – RAW in WAR (Reach All Women in War).
41 – Swedish network for democracy and HR.
42 – The Syria Campaign.
43 – Syria Justice and Accountability Center (SJAC).
44 – Syrian Association for Citizenship.
45 – Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM).
46 – Syrian Center for Studies and Legal Researches.
47 – Syrian Human Rights Network (SHRN).
48 – Syrian Liberals lawyers Association.
49 – Syrian Observatory for Human Rights, UK.
50 – Syrians for Citizenship State.

51 – Syrian Women’s Network
52 – The Day after Association (TDA).
53 – The International Federation for Human Rights (FIDH).
54 – The Kvinna till Kvinna Foundation, Sweden.
55 – The World Organization against Torture (OMCT).

56 – Center for Civil Society and Democracy in Syria CCSDS
57 – Violations Documentation Center in Syria (VDC).

Une pensée pour Paolo à l’occasion de ses 60 ans

A l’occasion de ses 60 ans, la famille de Paolo Dall’Oglio invite ceux qui l’aime à partager une pensée pour lui.
Message de sa famille:
« Cher Paolo,
Le 17 novembre, pour tes soixante ans, notre cadeau pour toi sera une prière ou une pensée partagée à distance.
Nous le proposons à ceux qui t’aiment dans tous les coins du monde, à 19h heure italienne.
Nous prierons pour toi et pour toute personne privée de liberté.
Nous prierons pour les évêques et les autres prêtres dont, comme toi, on n’a plus eu de nouvelles depuis longtemps.
Nous prierons pour la paix et la justice dans cette région.
Nous prierons afin qu’un peu de lumière et un souffle de vent puissent apporter soutien et réconfort à toi et à ceux qui souffrent depuis trop longtemps.
Cher Paolo, nous t’aimons et continuons à t’attendre avec constance et espoir.
Ta famille. »
Source: 
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=861744893870109&set=a.430378780340058.99826.100001038195886&type=1&theater
Une pensée pour Paolo à l'occasion de ses 60 ans.

Une pensée pour Paolo à l’occasion de ses 60 ans.

« Assad reste allié à l’Etat Islamique »

Article publié, par La Liberté le 22 septembre 2014, à l’occasion de la conférence de Noura al-Ameer à Lausanne le 18 septembre 2014. Conférence organisée par FSD.

FRAPPES EN SYRIE: L’opposition réclame aux Occidentaux des frappes contre le régime et le contrôle de l’espace aérien, insiste Noura al-Ameer, vice-présidente de la Coalition nationale syrienne. Interview.

PROPOS RECUEILLIS PAR

THIERRY JACOLET

Deux gars costauds en costard montent la garde sur la terrasse du café lausannois. La procédure habituelle pour les invités de l’ONU. Noura al-Ameer, vice- présidente de la Coalition nationale syrienne (CNS) depuis le début de l’année, regarde le duo qui veille sur elle, un sourire en coin, sous son foulard: «Je me sens privée de liberté…» Rien en comparaison avec ce que cette jeune activiste de 26 ans a vécu dans les geôles syriennes durant six mois en 2012, entre sévices corporels et torture psychologique (voir ci-dessous). Noura al- Ameer était récemment de passage en Suisse pour une conférence en marge de la session du Conseil des droits de l’homme à l’ONU. Interview.

Quel danger représente l’Etat islamique pour la révolution syrienne?

Noura al-Ameer: Le plus grand danger est qu’il réduise à néant toutes les aspirations du peuple syrien insurgé: la liberté, la justice, la démocratie, la dignité et l’égalité. Cette organisation s’est introduite en Syrie en avril 2013 pour «assassiner» le mouvement populaire. La révolution syrienne s’est retrouvée coincée entre la répression du régime d’al-Assad et les exactions de l’Etat islamique.

Quelle est la responsabilité du président syrien dans l’essor de l’EI?

Al-Assad, mais aussi l’Iran et le premier ministre irakien Nouri Maliki en ont la plus grande responsabilité. Le régime syrien a favorisé l’implantation et l’essor de ce mouvement terroriste en Syrie. Il a soutenu l’action d’al- Qaïda en Irak, dont l’Etat isla- mique est une émanation. Par ailleurs, des rapports certifient qu’al-Assad partage les bénéfices du pétrole syrien avec l’EI qui a pris le contrôle de puits. Ce qui offre à cette organisation des ressources financières supplémentaires à son développement.

Al-Assad a pourtant déclaré qu’il s’attaquerait à l’EI…

Il ne l’a jamais fait. Il épargne par exemple ces terroristes qui font le siège de Raqqa, alors qu’il frappe les civils de la ville. Depuis le début de la révolution, sa stratégie a été de dire qu’il combattait les terroristes. Ce qui est faux. Il dit ceci pour que la communauté internationale le laisse en place. Depuis l’attaque à l’arme chimique de la Ghouta en août 2013, il essaie de récupérer auprès des Occidentaux la légitimité qu’il a perdue.

Al-Assad et l’EI sont-ils des alliés de circonstance? 

Oui, ils sont toujours «alliés». Jusqu’à maintenant, l’EI ne combat que l’opposition syrienne. Prenez ce qui se passe actuellement autour d’Alep. Il y a une coordination entre les mouvements de l’armée et ceux des forces de l’EI. Al-Assad s’approche d’Alep par le sud et l’EI par le nord-est pour faire le siège de la ville en mains rebelles. Depuis qu’il y a une coalition internationale contre l’EI, al-Assad se présente comme le partenaire des Occidentaux. Le but d’al-Assad est d’abord d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution. Et après ils se battront entre eux pour le pouvoir.

A moins que l’EI ou Bachar al-Assad ne tombe avant. Croyez- vous au plan de la coalition internationale?

Jusqu’à maintenant, elle semble sérieuse dans son entreprise. La décision du congrès américain d’armer l’Armée syrienne libre (ASL) et de l’entraîner est une bonne nouvelle. Ce qui rassure, c’est que la coalition internationale a refusé qu’al-Assad soit partenaire et que l’Iran participe aux attaques. Mais il ne faut pas seulement éliminer l’EI: c’est l’occasion d’en finir avec toutes les sources du terrorisme.

«Le but d’al-Assad est d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution»

«Le but d’al-Assad est d’aider l’EI à exterminer l’armée rebelle pour en finir avec la révolution»

Quel est le message de la Coalition nationale syrienne? 

Nous demandons des frappes contre l’EI mais aussi contre les positions des forces d’al-Assad. Le terrorisme, c’est comme un serpent: Assad est la tête et l’EI la queue. S’attaquer à la queue ne résoudra rien. Il faut aussi couper la tête. La CNS souhaite aussi que la communauté internationale procède d’urgence à un contrôle du ciel pour empêcher al-Assad de bombarder les positions de l’ASL.

Comment jugez-vous l’attitude occidentale? 

Il n’y a pas eu de soutien des Occidentaux à la révolution. Ils n’ont jamais répondu aux revendications du peuple syrien. L’exemple le plus flagrant est le massacre à l’arme chimique de la Ghouta, près de Damas, en août 2013. Malgré cela, les Occidentaux se sont satisfaits d’enlever une partie de l’arsenal chimique d’al-Assad sans rien faire pour la population qui souffre. Depuis, le régime continue les frappes avec des gaz mortels dans beaucoup d’endroits.

Mais Bachar devait évacuer du pays tout son arsenal chimique…

Des rapports font état de plus de 75 frappes avec du gaz depuis le massacre, alors que c’est interdit. Al-Assad a caché d’autres sites. Il en resterait encore trois avec armes chimiques. Ce dictateur criminel est aussi un manipulateur. Il ne fait pas que stocker mais fabrique encore des armes chimiques. Va-t-on l’épargner de nouveau pour qu’il sorte ces armes du pays?

Barack Obama ne veut plus la chute du président… 

Il a des craintes que sa chute crée un vide administratif et sécuritaire. Mais la CNS a déjà un plan très clair pour la période de transition qui ne va pas être calme ni facile. C’est une étape nécessaire pour passer à autre chose. Ce serait encore pire si cette période n’était pas accompagnée par des plans de justice transitionnelle, afin de s’occuper des suites juridiques des souffrances de la population.

Que peut faire la Coalition nationale syrienne? 

Notre conviction est que le combat militaire qui aura lieu n’est pas suffisant et qu’il faut un combat politique en parallèle. Nous revendiquons la mise en place d’un mouvement politique avec comme base les résultats de Genève 1 (la formation d’un gouvernement d’union nationale, ndlr). Il y a deux feuilles de route: politique pour la période transitoire et administrative pour les institutions de l’Etat.

De la prison au combat politique

«J’attendais la révolution. Il fallait voir la répression quotidienne et les exactions que su- bissaient les Syriens.» Noura al-Ameer s’est engagée dans la contestation dès le début du soulèvement. Elle s’activait à élargir le soutien populaire du mouvement. Jusqu’à son arrestation en mars 2012 dans un bus. Six mois de prison plus tard, elle se réfugie en Turquie d’où elle poursuit depuis mai 2013 son combat. Un combat politique au sein de la Coalition nationale syrienne (CNS) dont elle est vice-présidente. Cet organe de l’opposition est reconnu par de nombreux pays comme seul représentant légitime du peuple syrien. Noura al-Ameer est responsable du dossier des droits de l’homme et de la coordination avec les organisations internationales. «Je continuerai de lutter aussi longtemps que la Syrie sera gouvernée par un dictateur criminel ou un Etat de non-droit.»

Assad, Daech et l’Occident… vérités et mensonges!

Chronique de la Syrie

Récemment, l’Etat Islamique (IS ou en arabe Daech) a décapité deux journalistes américains qui s’étaient tous deux dévoués pour faire entendre la voix et la souffrance du peuple syrien ! Le prétexte invoqué est l’intervention américaine et les frappes aériennes sur des bases ou sur des troupes de Daech en Irak. Toutefois, il faut rappeler ici que Daech dès son apparition s’en est pris aux activistes, aux médecins et aux journalistes syriens qui faisaient partie de la révolution ou qui soulageaient la souffrance de la population ou encore qui faisaient entendre sa voix. Tous ceux qui ont été enlevés par Daech oeuvraient pour défendre ou aider les opprimés et pour que la justice et l’humanité ne soient pas oubliées en Syrie. Jamais, jusqu’à tout récemment, Daech et le régime mafieux Assad ne se sont attaqués mutuellement ! Les barils d’explosifs du régime Assad ont toujours épargné soigneusement les forces de Daech à Alep, préférant cibler les civils.

Tout ça devrait nous inviter tous à nous poser la question du rôle d’Assad dans la naissance de Daech.

La décapitation de James Foley ajoute un élément semblable, car James Foley a été détenu par le régime Assad en novembre 2012, bien avant la naissance même de Daech (au printemps 2013) et soudainement il se trouve entre les mains de Daech qui le décapite au moment où Assad se propose comme partenaire pour la lutte contre le terrorisme ! En mai 2013, l’AFP a publié qu’il avait été enlevé par des milices pro-régime et qu’il était entre les mains du service de renseignement à Damas.

Avec une possible intervention proche de l’Occident en Syrie, FSD a jugé utile de traduire un article de l’écrivain syrien Yassin al-Haj Saleh qui approfondit la question de Daech.

 FSD, 07.09.2014

Trois niveaux d’action sont nécessaires pour faire face à Daech

Yassin al-Haj Saleh

01.09.2014

 

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien

Yassin al-Haj Saleh, écrivain syrien

Il semble que les Etats unis et l’occident se préparent à faire face à Daech (Etat Islamique – EI) en Syrie, même s’il est fort probable que ces actions n’iront pas plus loin que des frappes aériennes, et peut-être quelques opérations de commandos. L’objectif probable des frappes serait de mettre cette organisation terroriste naissante sous pression et de l’occuper à rassembler ses forces suite à ces possibles frappes, pour l’empêcher de progresser.

De son côté le régime syrien s’est dépêché d’offrir ses services dans le cadre de cette action militaire occidentale probable. Tandis que l’occident continue à mépriser Assad, il n’est pas exclu qu’il ait recours à ses services pour avoir une base militaire avancée contre Daech (EI), et par conséquent qu’il facilite la prolongation de sa mainmise sur le peuple Syrien.

Il est certain que ces frappes seront sans effet si elles se veulent punitives seulement. Il est clair que le recours à la force est nécessaire pour faire face à cette puissance fasciste qui utilise le terrorisme comme tactique de combat, comme outil psychologique et comme méthode pour gouverner. Faire face à cette entité terroriste par la violence n’est pas seulement légitime suite aux crimes qu’elle a perpétrés, mais aussi parce qu’il est impossible de se débarrasser de cette force d’occupation sans utiliser la force. Le problème d’une intervention occidentale probable contre Daech n’est pas seulement qu’elle comprend uniquement une dimension militaire, mais aussi que cette intervention militaire resterait très probablement limitée aux frappes et ne servirait qu’à gérer la crise à la place de lui trouver une solution réelle. Une telle méthode de gestion de crise enlève à notre combat toute dimension de justice et de libération des peuples, et l’assimile à une bagarre entre gamins, dont on veut ignorer la cause profonde, avec pour seul but de calmer le jeu et rétablir la stabilité de la région.

Il n’y a pas pire que cette méthode, ni plus égoïste et irresponsable. Ce genre de gestion est en partie responsable de la destruction de la Syrie et de la naissance de créatures immondes comme Daech. Peut-être que les Américains pensent que de telles créatures ont leur place naturelle dans le marais du Moyen-Orient. Et ils ont peut-être raison. Mais ce marais est le produit de leurs efforts et de ceux de l’occident au fil de plusieurs générations, tout comme il est le produit de la présence d’une autre entité d’occupation terroriste, Israël, comme maître de la région. Ce marais n’est pas vraiment le produit des « gamins » syriens, irakiens, libanais, etc. Un autre facteur important dans l’apparition d’un tel marais, est le recours perpétuel à des régimes terroristes, comme celui d’Assad et de ses semblables pour garantir la stabilité de la région, au détriment de toute justice et au mépris de toute dignité humaine.

C’est pourquoi une intervention militaire américaine et occidentale, même si elle a pour but d’en finir avec Daech et non pas de l’affaiblir seulement, ne présente qu’une seule des trois dimensions nécessaires pour être réellement efficace.

La deuxième dimension consiste à faire face à l’origine du terrorisme dans la région, à savoir le régime syrien, ou bien d’aider les Syriens à y mettre un terme. Punir Daech seulement, alors que le régime syrien a déjà commis pire que Daech, et laisser ce régime criminel dans l’impunité donnerait le pire des messages aux Syriens et aux peuples du Moyen-Orient plus généralement. Sans oublier que de s’attaquer à Daech seul rendrait un grand service à ce dernier et l’aiderait sans doute à justifier et renforcer son action. (En ternissant l’image de la révolution aux yeux de l’Occident, note du traducteur), les groupes islamistes en Syrie et Daech en particulier, auront finalement servi à faire perdre aux Syriens leur confiance dans la communauté internationale et dans la justice mondiale. Basé sur cette perte de confiance, Daech s’apprête à détruire complètement l’image du reste du monde dans notre environnement social et psychologique.

Il est bien possible qu’une frappe de Daech à al-Raqa, ville qui a déjà été bombardée par Assad, en prenant soin d’éviter les positions de Daech, et bombardée à nouveau récemment sous prétexte de frapper Daech, ait comme conséquence de rapprocher les habitants de al-Raqa de cette organisation à la place de les en éloigner. Les frappes occidentales doivent viser les deux criminels à la fois, Daech et le régime syrien, et ne doivent en aucun cas frapper l’un et laisser l’autre. La décapitation de James Foley, qui est un crime odieux, n’est pas comparable à la mort sous la torture des 11’000 détenus jusqu’en août 2013, pas comparable non plus au massacre aux armes chimiques dans al-Ghouta en août 2013 et aux massacres de Darayya, Jdaydeh Artouz, Banias, al-Houla, al-Treimsseh et tous les autres massacres imputables au régime syrien. Les crimes ne sont pas comparables, mais en sanctionnant un criminel tout en laissant l’autre impuni on détruit la notion même du crime et avec elle celle de la justice et de la sanction juste. Une telle gestion irresponsable pourrait ouvrir la porte au terrorisme et on pourrait même voir naître des créatures pires encore que Daech.

Il y a une troisième dimension pour faire face à Daech, où les occidentaux ne peuvent ni intervenir ni aider, et il est même préférable qu’ils ne tentent pas de s’en mêler. Daech n’est pas seulement une organisation criminelle, n’est pas seulement le produit de certaines politiques criminelles locales et internationales, Daech a aussi un lien à l’Islam. Les islamistes et les musulmans qui disent que Daech est un produit des services secrets et que l’Islam n’a rien à avoir avec lui se trompent eux-mêmes. Daech est une évolution d’al-Qaïda dans le contexte Syrien et Irakien qui est bien connu, al-Qaïda elle même étant une organisation d’origine saoudienne et égyptienne. Il n’est pas sérieux de nier l’influence religieuse dans la naissance de Daech, même s’il s’agit là d’un phénomène contemporain. Ce monstre est notre produit, il est né de la décomposition de notre politique, de notre pensée et de notre morale.

Il est clair que cette troisième dimension pour faire face à Daech ne peut être affrontée que par les musulmans eux-mêmes et les sunnites plus spécialement. Daech est une pensée islamiste qui ne peut être contrée que par la pensée. On doit se demander où se trouve la pensée islamique qui peut faire face à Daech fermement ? Lorsque les islamistes critiquent Daech pour sa conduite cruelle et sa précipitation et son refus d’acheminer les changements graduellement, ils ne le critiquent pas pour son projet de vouloir imposer un pouvoir islamiste par la force. Ceci n’est pas sérieux, tout comme la différence faite par les américains entre les crimes de Daech et ceux du régime n’est pas sérieuse. Il est nécessaire de dépasser la situation actuelle en amenant une réforme de l’Islam qui en augmente la dimension de la croyance et de la justice et en diminue la dimension du pouvoir et du droit islamiste. C’est une opération à long terme mais nécessaire pour faire face aux entités comme Daech.

En résumé, Daech est un problème sécuritaire, et plus que ça un problème politique et encore plus que ça un problème de la pensée. Faire face à Daech efficacement doit avoir à la fois une composante d’opposition militaire, et c’est exactement ce que les syriens opposants au régime ont fait les premiers et avant quiconque, une composante politique qui fait un pas vers la justice en Syrie en mettant un terme au régime syrien criminel, et une composante liée à la pensée musulmane qui arracherait l’Islam des mains de Daech et le Daechisme de l’Islam.

 01.09.2014, Yassin al-Haj Saleh, écrivain syrien

Enlèvement du Père Paolo Dall’Oglio, un an déjà

Rassemblement de solidarité avec le Père Paolo Dall’Oglio
et tous les détenus de Syrie

Lausanne, 7 août 2014, rendez-vous place de la Riponne à 17h30

paolo-un-an

  • Dans la nuit du 27 au 28 juillet 2014, le régime dictatorial syrien de Bachar el-Assad déversait des barils de TNT sur Chaar, un quartier rebelle d’Alep: au moins neuf civils dont trois enfants sont tués. Tous les jours depuis plus de trois ans, la tragique liste des victimes de ce régime ne cesse de s’allonger. Tués, blessés, emprisonnés, torturés, kidnappés par les services du régime et ses alliés du moment dont Daech, contraints à l’exil intérieur et à l’exil dans les pays voisins, ces persécutés se comptent par millions.
  • Le 29 juillet 2013 – il y a un an – le Père Paolo Dall’Oglio a été enlevé en Syrie par Daech (Etat islamique en Irak et au Levant- EIIL). Depuis lors, sa voix nous accompagne, au milieu d’un silence qu’impose, aujourd’hui, ladite communauté internationale sur cette disparition et sur les ténèbres dans lesquelles est plongée la majorité de celles et ceux qui constituent le peuple de Syrie.
  • Paolo Dall’Oglio, engagé dans le dialogue islamo-chrétien, animait le monastère de Mar Moussa en Syrie. Dès mars 2011, il prit parti pour la révolution syrienne. Dans son dernier ouvrage La rage et la lumière, il révélait les racines de cet engagement : «La tragédie de Hama en 1982, ses dizaines de milliers de morts, dans le plus grand silence occidental, a été l’objet de questions qui m’ont taraudé: à quel titre et pour quelles missions avais-je demandé un permis de résidence en Syrie à ce même régime qui exerçait sur son propre peuple une dictature féroce?» En février 1982, le régime d’Hafez el-Assad – père de l’autocrate Bachar – bombardait la ville de Hama, rebelle, faisant des milliers de morts. Déjà les grandes puissances se taisaient au nom de la «stabilité régionale». Les membres des Frères musulmans n’étaient pas des êtres humains. Paolo Dall’Oglio n’a pu l’accepter. Voilà la raison pour laquelle il écrivait, peu de temps avant sa disparition : «La Oumma humaine devrait porter les angoisses et les blessures de la Oumma musulmane, avec plus de miséricorde, de solidarité, car nous sommes tous embarqués sur cette planète fragile. Ne pas porter le poids des uns des autres rend la vie de chacun insupportablement lourde.» A sa façon, Paolo Dall’Oglio, dans cette partie du monde, exprimait son option préférentielle pour tous les opprimés et les exploités, sans exception.
  • En suivant cette voie – sa voie – il ne pouvait que prendre parti pour la révolution qui commença en mars 2011 en Syrie. Il nous laissait en effet ce message : «Je me suis rangé du côté de la révolution, au point de justifier l’autodéfense armée de ce peuple trahi et abandonné par l’opinion publique.» En juillet 2013 – après avoir été expulsé par le régime de Bachar el-Assad en juin 2012 – il décida de faire un nouveau voyage en Syrie. Tout d’abord, car il croyait «à la force de la prière en situation… toute notre tradition sémitique locale, juive, chrétienne et musulmane témoigne de cette expérience que la prière force les événements, tord le bras du destin, dévie la trajectoire du malheur». Ensuite, «car le massacre, surtout des civils, enfants, femmes, vieillards restés à la maison, montre le désir de se débarrasser radicalement de l’autre, de nettoyer la terre de sa présence, de couper et de tarir sa descendance».
  • Paolo Dall’Oglio n’a pas disparu pour nous. Il nous habite, car il enseigne par ses actes et sa parole un choix qui s’impose à tous et toutes. Epouser avec conviction et raison les espoirs qui se logent aujourd’hui dans le cœur de millions de Syriennes et Syriens, des espoirs qui brisent le silence construit par les dominants qui n’ont que mépris pour les majorités dites silencieuses quand elles se rebellent et optent pour leur émancipation, dans toutes ses dimensions. Sur ce chemin, la révolution pour une Syrie libre, juste et démocratique est la première étape nécessaire pour qu’un peuple martyr et toujours en lutte recouvre sa dignité. Un peuple qui comprendrait immédiatement ce que disait le 22 juillet 2014 un Palestinien de Gaza : «Nous avons reçu des tracts pour évacuer, il y a quelques jours, mais je ne m’attendais pas à un tel carnage. C’est comme si nous étions à Alep.» Une unité profonde soude les aspirations et les attentes du peuple syrien rebelle et du peuple palestinien, comme des peuples de toute une région. L’Occident a voulu assigner ces peuples à une prétendue «servitude volontaire» qui légitimait les dictatures. Cela pour faire oublier le despotisme colonial et les services rendus par ces autocraties.

Paolo Dall’Oglio rejetait ces mystifications, ces mensonges. Il nous le répète sous des modalités que chacune et chacun se doivent de bâtir dans un combat partagé.

Rassemblement organisé par FemmeS pour la Démocratie et soutenu par Mouvement pour le Socialisme (MPS) et SolidaritéS.

Lettre d’une syrienne à l’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que SYRIEN

Mémoire de la Révolution

En hommage à l’Oncle Ghassan Sultana, protecteur des rassemblements de femmes à Damas, un an après sa mort, FSD republie la lettre de Zein Al-Malazi. L’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que syrien.

Aujourd’hui je t’écris à toi et pas sur toi…

Tu nous manques à tous, et tes paroles resteront à jamais gravées dans nos cœurs.

L’Egypte a perdu de sa superbe avec ton départ et le Nil s’en retrouve endeuillé… Mais peut-être que d’ici 40 jours ce chagrin se dissipera et le Nil remplira à nouveau ce monde de vie.. Pour toi… car la vie te va si bien…

Je me rappelle la première fois où nous nous sommes rencontrés, il y avait beaucoup de femmes avec toi et autour de toi.. Je me demandais, était-il possible que l’Oncle les aime toutes ? ou alors qu’elles l’aiment toutes ? Le jour où je t’ai réparé ton ordinateur portable tu m’as expliqué : « Je sortais avec les femmes que tu vois ici en tant que protecteur dans toutes les manifestations et tous les rassemblements à Damas. J’ai toujours été proche des femmes, mais ce n’est qu’avec la révolution que j’ai compris pourquoi. J’ai compris que je me sentais responsable de leur sécurité. Ce sont nos sœurs, nos amies, les symboles de notre dignité et je n’imaginais pas un jour que ces *** (pardonne-moi ces vilains mots que j’utilise toujours facilement lorsque je parle des gens du régime) puissent être d’une telle vilenie et d’une telle bassesse. Un jour, alors que je participais à l’un des rassemblements de femmes, nous nous sommes tous faits arrêté sans exception, moi y compris. J’étais comme paralysé quand les cris de chacune d’entre elles me parvenaient de la pièce voisine sans que je n’y puisse faire quoi que ce soit. J’ai tout essayé, je me suis débattu, j’ai frappé dans tous les sens, alors, pour se débarrasser de moi, ils m’ont crucifié… Regarde les cicatrices que ça a laissé sur mes mains (deux trous noirs étaient visibles sur les mains de l’Oncle). Je ne me suis senti soulagé que lorsque j’ai appris que toutes les femmes avaient été libérées, j’ai alors attendu mon tour tranquillement puisqu’ils ne pouvaient rien faire de moi.

L'Oncle des Syriennes et Syriens révolté(e)s

L’Oncle des Syriennes et Syriens révolté(e)s Ghassan Sultana

Je ne suis pas un coureur de jupons, au contraire, je me sens responsable de ces femmes. Elles sont mes protégées. J’espère être capable de continuer et de pouvoir vivre le jour tant attendu où cette ordure tombera. Ces femmes, je veux assister à leurs mariages à toutes.”

Je t’ai alors demandé, “Et toi mon Oncle ?”, et tu m’as répondu : “Oh moi, votre joie me comblera. Ce sera une belle fin.” Mon Oncle, aujourd’hui toutes ces femmes prient pour toi. Nous n’oublierons jamais ta bonté. Tu as été l’ami, le camarade, le frère, le père et l’oncle, et même, pour beaucoup d’entre nous le bien-aimé. Personne pouvait ne pas t’aimer.

Récitons ensemble un verset du Coran sur ton âme, mon Oncle.

Zein Al Malazi

Traduit de l’arabe par FSD:

https://www.facebook.com/zein.malazi/posts/10153112752505381

Lettre d’une syrienne à l’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que SYRIEN

Lettre d’une syrienne à l’Oncle Ghassan Sultana, Chrétien de son vivant, Musulman converti à sa mort pour ne mourir que syrien.

Aujourd’hui je t’écris à toi et pas sur toi…

Tu nous manques à tous, et tes paroles resteront à jamais gravées dans nos cœurs.

L’Egypte a perdu de sa superbe avec ton départ et le Nil s’en retrouve endeuillé… Mais peut-être que d’ici 40 jours ce chagrin se dissipera et le Nil remplira à nouveau ce monde de vie.. Pour toi… car la vie te va si bien…

Je me rappelle la première fois où nous nous sommes rencontrés, il y avait beaucoup de femmes avec toi et autour de toi.. Je me demandais, était-il possible que l’Oncle les aime toutes ? ou alors qu’elles l’aiment toutes ? Le jour où je t’ai réparé ton ordinateur portable tu m’as expliqué : « Je sortais avec les femmes que tu vois ici en tant que protecteur dans toutes les manifestations et tous les rassemblements à Damas. J’ai toujours été proche des femmes, mais ce n’est qu’avec la révolution que j’ai compris pourquoi. J’ai compris que je me sentais responsable de leur sécurité. Ce sont nos sœurs, nos amies, les symboles de notre dignité et je n’imaginais pas un jour que ces *** (pardonne-moi ces vilains mots que j’utilise toujours facilement lorsque je parle des gens du régime) puissent être d’une telle vilenie et d’une telle bassesse. Un jour, alors que je participais à l’un des rassemblements de femmes, nous nous sommes tous faits arrêté sans exception, moi y compris. J’étais comme paralysé quand les cris de chacune d’entre elles me parvenaient de la pièce voisine sans que je n’y puisse faire quoi que ce soit. J’ai tout essayé, je me suis débattu, j’ai frappé dans tous les sens, alors, pour se débarrasser de moi, ils m’ont crucifié… Regarde les cicatrices que ça a laissé sur mes mains (deux trous noirs étaient visibles sur les mains de l’Oncle). Je ne me suis senti soulagé que lorsque j’ai appris que toutes les femmes avaient été libérées, j’ai alors attendu mon tour tranquillement puisqu’ils ne pouvaient rien faire de moi.

Ghassan-Soultana

Je ne suis pas un coureur de jupons, au contraire, je me sens responsable de ces femmes. Elles sont mes protégées. J’espère être capable de continuer et de pouvoir vivre le jour tant attendu où cette ordure tombera. Ces femmes, je veux assister à leurs mariages à toutes.”

Je t’ai alors demandé, “Et toi mon Oncle ?”, et tu m’as répondu : “Oh moi, votre joie me comblera. Ce sera une belle fin.” Mon Oncle, aujourd’hui toutes ces femmes prient pour toi. Nous  n’oublierons jamais ta bonté. Tu as été l’ami, le camarade, le frère, le père et l’oncle, et même, pour beaucoup d’entre nous le bien-aimé. Personne pouvait ne pas t’aimer.

Récitons ensemble un verset du Coran sur ton âme, mon Oncle.

Zein Al Malazi

Traduit de l’arabe par FSD:

https://www.facebook.com/zein.malazi/posts/10153112752505381