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Syrie: 7 Ans et la Révolution Continue

Appel au rassemblement

Genève, place des Nations le 17.03.2018, de 15h30 à 17h00

Il y a sept ans que la révolution syrienne a débuté en mars 2011 par un soulèvement populaire pacifique réclamant la dignité, la liberté et la démocratie. Sept ans aussi que le boucher de Damas livre avec ses alliés russes et iraniens une guerre qui vise avant tout la population syrienne partout où une forme de société civile alternative au régime s’est développée.

Le bilan est aujourd’hui extrêmement lourd: un demi million de morts, deux millions de blessés, un demi million de détenus et de disparus, plus de 11,5 millions de réfugiés et déplacés internes, et la destruction des infrastructures (entre autres, les cliniques et hôpitaux) et des quartiers résidentiels dans de vastes régions. Si l’on y ajoute les 18 millions de membres de la diaspora syrienne qui ont quitté la Syrie avant la révolution, suite surtout aux exactions antérieures du régime syrien, on en conclut qu’une grande majorité de syriens ne sont plus derrière Assad.

Poutine serait lui paraît-il attaché à la stabilité du Moyen-orient et de la Syrie? C’est peu probable! Ce qui se passe aujourd’hui à la-Ghouta orientale, région de désescalade, tout comme ce qui s’est passé ailleurs en Syrie depuis 2012 montre bien que la coalition mafieuse Poutine-Assad a d’autres intentions:

– La politique d’Assad n’a jamais eu pour but de reprendre le contrôle des régions assiégées. Son but principal est de détruire ces régions, d’y exterminer les civils ou de les forcer à migrer vers d’autres régions pour faciliter un changement démographique et y implanter une population acquise à son régime mafieux.

Depuis le 10 mars, alors que les milices d’Assad et affidés sont entrées dans la Ghouta, les exécutions sommaires sytématiques y ont commencé.

– A aucun moment, Poutine n’a oeuvré au respect d’un cessez-le-feu, en fait il alterne entre de prétendues négociations à Moscou, Astana, ou Sotchi et la prétendue impossibilité de faire pression sur Assad sur place pour empêcher toute solution constructive avant la mise en place d’une configuration favorable à ses plans et accessoirement à ceux d’Assad. A Sotchi, les «chefs négociateurs» autour de Poutine sont: Rouhani, le président du régime répressif et réactionnaire de la République islamique d’Iran, dont les milices participent aux massacres en Syrie; et le dictateur Recep Tayyip Erdogan qui y poursuit son propre agenda  régional.

L’arrêt des bombardements sur al-Ghouta ne dépend aujourd’hui que de Poutine, que ce soit au sein de l’ONU où la Russie bloque toute tentative de résolution contraignante, ou sur place à al-Ghouta même, où Assad n’est que la marionnette de Poutine. Poutine est donc aujourd’hui le premier responsable des crimes de guerre commis contre des civils en Syrie en général, et à al-Ghouta en particulier.

Quant à la communauté internationale, elle cache sa lâcheté derrière une prétendue impossibilité d’intervenir légalement et des simulacres d’interventions humanitaires. De fait elle est devenue complice des crimes commis en Syrie. I.Malki, avocat des droits de l’homme à Alep jusqu’ à fin 2014, aujourd’hui réfugié à Zurich, s’est exprimé à ce sujet: “… En fait, l’article 27 de la charte des Nations Unis exige des membres du conseil de sécurité directement impliqués dans un conflit de s’abstenir de voter, les vetos systématiques des russes sur la Syrie n’ont donc aucune base légale…” (http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-v/index.html)

Soyez solidaires avec les civils de al-Ghouta orientale bombardés et massacrés chaque jour par l’aviation d’Assad et de Poutine.

Joignez-vous nombreux à notre rassemblement en solidarité avec le peuple syrien en révolte, qui revendique son droit à la vie, à la liberté et à la démocratie, ainsi que la justice, seule garante d’une paix durable.

Organisé par: FemmeS pour la Démocratie en collaboration avec Solidarity Organisation for Syria

Soutenu par: Mouvement pour le Socialisme (MPS), alencontre.org

 

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Déclarations de Poutine à Hmeimim, de la poudre aux yeux!

Depuis lundi 11 décembre 2017, les négociations de Genève 8 ont repris même si un doute plane sur leur aboutissement. Ce même lundi, Poutine a fait une escale surprise dans la base militaire de Hmeimim en Syrie où il a rencontré Assad et annoncé le retrait des forces russes de Syrie. Il est bien évident qu’aucun retrait substantiel ne sera effectué par la Russie. Quel est alors le but de ces déclarations? Sans doute s’agit-il de se donner un visage de pacificateur pour justifier le déplacement des négociations à Sotchi, dont personne ne veut à part Assad. Comment en effet oublier la sombre image de l’occupation russe qui, depuis plus de deux ans, supporte militairement le dictateur Assad pour tenter d’étouffer la révolution populaire syrienne en s’attaquant à la population civile dans les régions de protestations libérées du pouvoir d’Assad? Rappelons que dans ces régions, les populations avaient instauré, dès leur libération et avant d’être écrasées par l’aviation russe, des mécanismes démocratiques pour la gestion administrative qui auraient parfaitement pu former le noyau d’une alternative au régime Assad.
FSD a choisi de traduire un article concernant l’annonce du retrait russe, publié sur le site d’information Geroun.

                                      Rassemblement à Genève pour « Syrian Day of Rage », 14 octobre 2017

 

Le retrait russe, des déclarations pour la consommation médiatique

Geroun, le 11.12.2017

L’agence de presse russe NOVOSTI a confirmé lundi que le président russe Vladimir Poutine a ordonné au chef d’état-major et au ministre de la Défense de préparer le début du retrait des troupes russes de Syrie, ceci après une rencontre avec le président syrien Bashar al-Assad dans la base militaire russe Hmeimim qui se trouve dans la campagne de Lattaquié (nord-ouest).

L’annonce de Poutine remet en question le sérieux des intentions de retrait de la Russie de la Syrie et on est en droit de se demander si ces déclarations médiatiques ne sont pas liées à des problèmes internes à la Russie, notamment les prochaines élections, et le désir du gouvernement russe d’absorber la colère nationale.

« Je ne pense pas que la Russie envisage sérieusement de se retirer de Syrie car elle l’avait déjà annoncé plus d’une fois précédemment. Il s’agit très probablement d’une politique médiatique liée à des questions internes à la Russie et aux élections prévues pour mars prochain », déclare le capitaine Said Narkash. Il ajoute: « Poutine a l’intention de se battre”, ajoutant que “le retrait de la Russie signifierait la défaite du régime fragile d’Assad, qui, sans l’intervention de Moscou, appartiendrait déjà au passé. »
Il s’explique:  « L’intervention de la Russie, il y a deux ans ou plus, a eu lieu principalement pour consolider le régime d’Assad, considéré le seul capable de protéger les intérêts russes. Ce but n’a toujours pas été atteint car les rebelles contrôlent toujours de vastes régions du pays. Il faudrait aussi prendre en compte le fait que la Russie cible une présence russe en Syrie pour le long terme, d’abord parce que c’est le seul accès pour elle vers les eaux chaudes de la Méditerranée. D’autre part, la Russie tente d’utiliser le conflit syrien comme une carte pour renforcer ses positions face aux Américains et aux Européens, dans d’autres régions comme la Géorgie et l’Ukraine ».
Cette annonce de Poutine pendant cette période de temps a suscité des questions concernant la possibilité que la Russie change de position et s’engage dans un véritable processus politique en Syrie, en particulier après la confirmation de la fin de la guerre sur Daech et la défaite de cette dernière en Syrie. Poutine a souligné cette défaite lors de sa visite à la base Hmeimim lundi en disant: « Nos soldats rentrent chez eux victorieux aujourd’hui, et cette victoire a été obtenue après un court laps de temps qui n’a pas dépassé deux ans.».

A ce sujet, M. Narkash dit: « Je ne pense pas qu’un changement affectera la politique de Moscou ou ses positions vis-à-vis de la Syrie. Même l’annonce de la défaite de Daech n’est pas vraie et ne représente pas plus qu’un exercice médiatique pour soutenir l’orientation de Moscou et sa propre vision concernant la solution en Syrie, qui est basée sur ce qu’on appelle les accords de « réconciliation » avec le régime syrien ».

Il ajoute:  « Depuis deux ans, la Russie essaie d’imposer des compromis et des accords de « réconciliation » en exerçant la pression (militaire) sur les zones assiégées, même les accords pour la désescalade dont Moscou était garante à la Ghouta de l’Est ou à Qalamoun, n’ont pas abouti. La Russie a dû annuler la conférence du dialogue national qu’elle avait planifiée à Hmeimim. Par la suite, cette même conférence a été déplacée à Sotchi et la date a dû être repoussée plus d’une fois. Moscou ne peut imposer aucun règlement politique, au moins maintenant, en attendant un consensus russo-américain sur une solution globale en Syrie. »

D’autre part, une source qui préférait ne pas être nommée, a déclaré à Geroun: « Toutes ces déclarations russes concernant les intentions de Moscou de retirer ses troupes de Syrie sont pour la consommation médiatique, et sont liées à deux questions principales: la première c’est la question des prochaines élections présidentielles russes, la deuxième c’est pour donner un peu de sérieux aux négociations de Genève qui piétinent, ceci dans le but de convaincre les parties qui rejettent toujours la Conférence de Sotchi que c’est la seule conférence capable de parvenir à un règlement du conflit syrien. Dans tous les cas, la Russie tient à son unique accès sur la Méditerranée».

Après Alep-Est: Idlib; le massacre des civils continue! (2/3)

Chronique de la Syrie

Il y a environ une année le régime syrien et la Russie intensifiaient les bombardements sur Alep-Est, ce qui a conduit quelques mois plus tard à la chute de cette ville, suite sans doute à un accord non révélé avec la Trquie. Depuis, les Syriens dénoncent le déplacement forcé des populations en révolte de plusieurs régions de la Syrie vers Idlib (Homs, Darayya, al-Muaaddamyat, Zabadani, Alep-Est, Wadi Barada, al-Waer, etc.) et craignent leur extermination prochaine.

Depuis le 19 septembre, et malgré les accords d’Astana mi-septembre 2017, l’aviation russe mène une offensive contre la région d’Idlib et le nord de la région de Hama.Tout comme l’offensive à Alep-Est, l’aviation cible les civils, les hôpitaux, les écoles, les boulangeries, les centres des casques blancs! L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme documente 38 enfants et 29 femmes parmi les civils qui ont perdu la vie depuis.

Après Alep-Est, c’est bien Idlib, où est réunie aujourd’hui toute  la population en révolte venant de toute la Syrie, qui subit la foudre d’Assad et de la Russie… Le massacre des civils continue et le silence de la communauté internationale aussi!

Bombardement de la ville de Jisr-Alshugur.

Partie 2:

FSD a choisi de traduire de l’arabe un article du site d’information Aleppo Media Center publié le 27.09.2017

500 victimes entre martyrs et blessés c’est le bilan des 9 derniers jours de bombardements continus des campagnes d’Idlib et de Hama

Aleppo Media Center
Mercredi, le 27.09.2017

Pour la deuxième semaine consécutive l’offensive de l’aviation du régime syrien et celle des forces d’occupation russes ciblent les zones résidentielles et les centres des services publics dans les campagnes d’Idlib et de Hama. Ce mercredi, l’aviation a effectué une série de raids aériens sur la ville de Jisr-Alshugur dans la campagne d’Idlib et nous n’avons encore aucune information concernant les pertes de civils et les blessés.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a documenté 500 cas de morts et de blessés parmi les civils, ceci pendant ces seuls neuf jours d’ offensive militaire. Ces frappes aériennes ont détruit de nombreux centres des services publics dans les régions ciblées, en particulier les hôpitaux, les centres médicaux et ceux de la défense civile.

L’Observatoire a ajouté que le nombre de raids ciblant les campagnes d’Idlib et de Hama effectués depuis le 19 septembre a atteint 1300 raids aériens. Il a aussi souligné que la plupart des martyrs étaient des femmes et des enfants de moins de 18 ans.

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Lire aussi:

Après Alep-Est: Idlib; le massacre des civils continue! (1/3)

Après Alep-Est: Idlib; Quand donc cessera-t-on de croire aux mensonges des Russes (3/3)

Pas de Paix durable sans jugement des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité

Appel à un rassemblement pour faire entendre la voix des civils syriens

Genève, place des Nations, jeudi 23.2.2017 de 17h00-18h00

et un rassemblement samedi 25 (15h00-16h30)

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        Justice d’abord! Photo de Genève II

A l’occasion des négociations de Genève IV pour la paix, qui réuniront les délégations de l’opposition syrienne et du régime syrien en février 2017, nous appelons à la mobilisation pour faire entendre la voix des Syriens et Syriennes en lutte, pour réaffirmer leurs revendications légitimes qui doivent être la base des négociations.

Evolution depuis l’échec de Genève II et Genève III :

–    Le déplacement forcé des populations des régions assiégées (régions soulevées depuis 2011) s’étend et devient une politique qui œuvre pour un changement démographique en Syrie. Les populations de ces régions sont poussées à fuir le pays ou transférées de force vers Idleb (au nord), avec la bénédiction de l’ONU. Après Darayya en septembre 2016, l’intensification des bombardements barbares russes en décembre a conduit à la destruction d’Alep-Est et au déplacement forcé de ses habitants vers Idleb. En janvier 2017 ce fut le tour de Wadi Barada (région de Damas).

–    Un accord de cessez-le-feu, orchestré par la Russie, a été signé avec l’approbation de l’Iran et de la Turquie, fin décembre 2016. Aujourd’hui et malgré le cessez-le-feu, les bombardements sur Wadi Barada ont conduit au déplacement forcé de sa population vers Idleb fin janvier, la Russie continue à bombarder Idleb !  et d’autres régions en Syrie continuent à subir les bombardements du régime syrien et de ses alliés.

Les crimes commis contre les civils continuent en Syrie et le silence de la communauté internationale continue lui aussi.

Quel bilan et quelle solution?

Plus de la moitié de la population syrienne a été déplacée, on compte aujourd’hui plus de 450’000 morts, plus de 1’000’000 de blessés, plus de 325’000 arrestations et disparitions forcées, plus de 12’000 morts sous la torture documentées, et environ 13’000 exécutions sommaires dans la prison de Saydnaya seule (selon le rapport récent d’Amnesty International). Face à cette énorme souffrance de la population, infligée essentiellement par le régime Assad, seule la justice et le jugement des responsables de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre peuvent aider à obtenir une véritable solution politique. Sans oublier que l’apparition de Daech (EI) et de ses semblables est une conséquence directe de la politique du régime Assad.

Les pourparlers de paix de Genève 4 doivent conduire à la satisfaction des aspirations du peuple syrien pour la liberté, la dignité et la justice sociale dans un Etat démocratique. Ces objectifs doivent être garantis et protégés contre les intérêts et les manipulations des puissances régionales et mondiales qui ont démontré au cours des six dernières années leur attachement exclusif à leur stratégie régionale, qui ne sert que leurs propres intérêts, comme le fait le régime Assad, sur le terrain et dans les couloirs de l’ONU.

Le défi consiste à établir et garantir les droits fondamentaux des citoyens, dans le cadre d’une Syrie unie et démocratique, libre et souveraine, rassemblant toutes les composantes de sa population, droits basés sur le concept de la citoyenneté avec des droits égaux pour tous.

Nous Syriens exigeons: 

  • Le départ immédiat du dictateur criminel Bachar Al Assad afin d’établir un gouvernement de transition représentatif des différentes composantes du peuple Syrien, en vue de tenir des élections libres et équitables pour une véritable assemblée constituante.
  • La fin du siège, de la famine imposée et des déplacements forcés dans toutes les régions assiégées.
  • La fin effective de tous les bombardements sur les quartiers et villages.
  • Le départ de tous les combattants étrangers présents en Syrieet la fin de toutes les interventions étrangères, en particulier russe, iranienne.
  • La libération de tous les prisonniers politiques, des militants, des journalistes, des civils et des combattants de la liberté détenus dans les geôles du régime tyrannique d’Assad ou celles de tout autre groupe armé en Syrie.
  • L’arrestation et le jugement de ceux qui se sont rendus coupables de crimes de guerre ou de crimes contrel’Humanité au cours des 40 dernières années.
  • La reconstruction du pays dans le respect des personnes, et la création de conditions saines et sûres pour le retour des personnes déplacées à leurs domiciles.

Les négociations avec le régime tyrannique de Bachar Al-Assad ne devraient en aucun cas conduire à une négation des demandes légitimes du peuple syrien, sinon les Syriens n’auront d’autre choix que de continuer leur combat avec force et détermination, même au prix exorbitant de la souffrance actuelle, jusqu’à la construction d’un nouvel Etat libre et démocratique.

Hommage aux victimes de la tyrannie. Vive la révolution syrienne!

Organisé par: FemmeS pour la Démocratie avec la collaboration de …

Soutenu par: Mouvement pour le socialisme (MPS), alencontre.org, le Cercle La brèche,

« Raqa est égorgée en silence » – Forum l’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions.

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« Raqa est égorgée en silence »

Par Rima Alajaji

Rima ALAJAJI est une avocate et activiste de Raqa. Elle a participé aux manifestations contre le régime à Raqa, elle a été en outre active dans leur organisation. Suite à la brutale répression armée des forces de la dicature qui s’est abattue sur Homs, Alep et Deir -Ezzor, elle a contribué à l’aide humanitaire en faveur des déplacé·e·s (réfugiés internes).
Après l’arrivé de Daech à Raqa en été 2013, elle a de nouveau participé aux rassemblements contre les exactions de l’ »Etat islamique ». Elle a cependant dû fuir Raqa en janvier 2014 suite aux disparitions multiples d’activistes. Elle est aujourd’hui réfugiée en Suisse.
L'Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’intervention en arabe

La société de Raqa

Raqa n’a jamais été la couveuse des baasistes comme on l’entendait souvent dire au début de la révolution. Cette conviction s’est installée suite au déplacement de Bachar Assad à Raqa pour assister à la prière de Eid al-Adha pendant la première année de la révolution. Raqa et ses habitants ne constituent pas plus une couveuse de Daech comme le font croire le régime et les médias occidentaux. Raqa n’est pas non plus un terrain fertile pour diffuser le chiisme comme se plait à l’affirmer l’ambassade d’Iran à travers la construction d’un complexe religieux chiite.

La ville de Raqqa, et sa campagne, forment un environnement fragile dont le visage n’est pas bien défini. Elle se montre ouverte aux nouveautés. Les habitants de Raqa pratiquent leur religion d’une façon populaire, simple, facile et aimable, sans aucune trace de règles strictes qui empêchent le mixage entre femmes et hommes. L’habillement varie des vêtements traditionnels aux vêtement modernes. Ses habitants sont accueillants et leurs maisons sont ouvertes aux visiteurs de la ville.

Raqa dans la révolution

Depuis le début de la révolution et malgré le black-out médiatique, Raqa s’est soulevée pour revendiquer la liberté et la chute du régime à travers des manifestations pacifiques et des sit-in. Le régime ne l’a pas épargnée et elle a subi la même répression que les autres villes : bombardements aveugles, arrestations et tirs à balles réelles sur les manifestants. J’ai moi-même participé au sit-in des avocats libres qui a eu lieu à l’intérieur de la cour de Raqa. Nos revendications comprenaient la libération des détenus, le retrait de l’armée de toutes les villes et l’arrêt des bombardements. Les forces de sécurité ont encerclé le palais de justice et ont arrêté tout le monde. Parmi les détenus, il y avait aussi une avocate nommée Rima qui était enceinte de sept mois qui a commencé à saigner à cause de la peur, ce qui ne lui a pas épargné la détention.

Manifestations à Raqa

Manifestations à Raqa (L’activiste bien visible à gauche « Firas Al-Haj Saleh » a été kidnappé par Daech en été 2013, on est sans nouvelle de lui)

Raqa a joué un rôle important dans l’hébergement d’un million de Syriens venus d’Alep, de Deir-Ezzor, de Homs et de Rastan pour échapper à la mort sous les bombardements intenses que ces villes subissaient.
Ce grand nombre de déplacés internes a été accueilli et géré par les habitants de cette ville, les riches comme les pauvres, pour offrir l’aide nécessaire à leurs frères et sœurs. Alors que beaucoup de pays ont considéré comme une crise majeure l’arrivée d’un même nombre de réfugiés dans l’ensemble de leurs régions et ont tenu nombre de réunions et conventions pour y faire face.

En août 2012, Tal- Abyad, ville de la province de Raqa, a été la première région libérée de Syrie. Tal-Abyad est alors devenue un joyau de liberté et de vie civique. Ses habitants ont formé un conseil local d’administration de la ville. La jeunesse de la ville a commencé à diffuser la culture de la société civile. Une opération militaire a également été lancée par l’armée syrienne libre (ASL) pour la libération de Raqa.

Libération et gestion locale de Raqa

La bataille pour la libération de Raqa a commencé le 4 mars 2013 et elle s’est terminée avec le départ des forces du régime de la ville et la chute de la statue de Hafez Assad. Ceci lui a valu la colère du régime qui s’est abattue sur cette ville avec les barils explosifs et les missiles Scud. Les écoles étaient ciblées et de nombreux étudiants y ont trouvé la mort, mais aussi les hôpitaux et les infrastructures ont été ciblés. Les deux ponts sur le fleuve de l’Euphrate, qui reliaient la ville à la campagne ont également été bombardés, coupant aussi la route vers d’autres villes.

Chute de la statue de Hafez Assad

Chute de la statue de Hafez Assad

Ce fut un grand défi pour les habitants de Raqa. Toutefois un sentiment de liberté et une joie indicible régnaient parmi nous. Nous avons mis en place un Conseil local d’administration du gouvernorat et j’y ai siégé moi-même. La jeunesse s’est activée pour la création des collectifs de la société civile.

Cette situation a duré plusieurs mois, et cette expérience aurait pu être le noyau de la nouvelle Syrie si l’opposition avait assumé ses responsabilités.

Raqa sous contrôle de Daech

Il semble que la statue de Hafez, tombée en mars 2013, soit revenue sous une autre forme avec l’entrée des groupes extrémistes dans la ville. L’un des plus éminents dirigeants de Daech arrivé à Raqa était Abu Luqman, qui avait été détenu dans la prison de Seidnaya pour son appartenance au Jihadisme Salafiste et qui était parmi les jihadistes libérés par le régime quelques mois après le début de la révolution.
Abu Luqman et son groupe ont installé leur siège dans le bâtiment de l’administration du gouvernorat. Progressivement, ils ont commencé à opprimer les habitants de la ville et à interférer dans les décisions du Conseil local. Ils ont ensuite bloqué les rassemblements des jeunes et arrêté beaucoup des jeunes militants les plus importants, et ils ont confisqué leur matériel. Le voile intégral a été imposé pour les femmes de la ville, les étudiantes ont été empêchées de poursuivre leur formation et finalement les écoles et les universités ont été fermées définitivement privant ainsi l’ensemble de la jeunesse de formation.

Protestations contre Daech

Protestations contre Daech

Ils ont ciblé aussi un certain nombre d’avocats, de médecins et de politiciens comme M. Abdullah Khalil et le Dr Ismail Hamedh, ainsi que le Père Paolo Dall’Oglio quand il est venu à Raqa. Ce dernier s’est rendu à leur QG pour négocier avec eux la libération de certains kidnappés, mais il n’est jamais revenu.
Ils ont également liquidé les dirigeants les plus éminents de l’ASL. Ils ont brûlé les églises.Ils ont aussi infiltré les rangs des militants, ainsi que l’ASL.
Ils ont ensuite été rejoints par de nombreux immigrants, venus de plusieurs pays arabes et étrangers, et aussi des femmes, de nationalité française et britannique et d’autres pays. La mission de ces femmes était l’arrestation et la torture des femmes de la ville qui ne suivaient pas les instructions de Daech.

Finalement il ne restait plus que l’option militaire pour se débarrasser de cette organisation hostile.
Durant le premier mois de 2014, les bataillons de l’ASL et le mouvement d’Ahrar al-Sham ont lancé la bataille contre Daech, dans la ville, bataille qui a duré trois jours d’affilée. Ce fut une guerre des rues terrifiante. Nous ne pouvions pas sortir de la maison et nous restions loin des fenêtres à cause de l’intensité des tirs. A la fin, les cadavres étaient éparpillés dans les rues et empêchaient parfois les ambulances de s’approcher.
Suite à cette bataille, Daech a pris le contrôle sur Raqa et le reste de l’ASL s’est retirée. Il était clair à la fin que l’ASL avait été infiltrée par des membres de Daech.

A partir de ce jour, Raqa est devenue aux yeux du monde la capitale de Daech. Mais il est nécessaire de préciser ici un point important:
Raqa est considérée par Daech comme étant sa base , ceci à cause de ses caractéristiques géographiques et de ses richesses naturelles. Raqa donne accès, en Syrie , à cinq gouvernorats, elle a des ressources de pétrole, de gaz et d’eau, sans oublier ses barrages. Ces caractéristiques deviennent dès lors la malédiction de ses habitants. Cette malédiction qui lui a valu d’être considérée désormais comme la capitale de Daech, et la capitale du terrorisme. Mais quelle est la responsabilité des habitants de Raqa dans tout ça? Quel est le pourcentage des jeunes de Raqa dans les rangs de Daech?

Selon les dernières statistiques menées par la campagne « Raqa est égorgée en silence », croisées avec les statistiques du journaliste allemand Juergen Todenhöfer (le seul journaliste qui a pu interroger les membres de l’organisation), le nombre des membres de Daech en Syrie a atteint les 40’000, y compris combattants et gestionnaires. Quant aux dirigeants de l’organisation, ils viennent exclusivement d’Irak.
Le nombre de Syriens qui ont rejoint Daech est d’environ 10’000 originaires de Hama, Homs, Idlib et Raqa, dont environ 4’000 de Raqa seule. Cependant 12’000 membres de Daech sont basés à Raqa dont seulement 4’000 de la ville même, ce qui veut dire que 66% des membres de Daech à Raqa sont des étrangers.

Parmi ceux qui ont rejoint l’organisation à Raqa, certains étaient pro-régime avant l’arrivée de Daech, d’autres étaient marginalisés dans la société, d’autres recherchaient le pouvoir et enfin d’autres fuyaient la pauvreté. Il est à noter que la classe moyenne à Raqa, avant la révolution, est tombée dans la pauvreté et doit lutter pour sa survie dans la ville depuis l’arrivée de Daech. Les civils sont retenus à Raqa. Ceux qui tentent d’en sortir sont accusés de quitter la terre des Musulmans pour rejoindre la terre des infidèles. Ils doivent subir un interrogatoire prolongé et abusif mené par un dispositif d’ interrogation de très mauvaise réputation. A l’issue de cet interrogatoire, il est rare d’obtenir un laisser passer, ce qui rend les habitants de Raqa prisonniers de fait dans leur propre ville où ils n’arrivent même pas à trouver de quoi se nourrir.

Opération de libération… vraiment?

Actuellement, les Etats Unis lancent une opération militaire pour la «libération» de Raqa, en collaboration avec des forces au sol appelées «forces de la Syrie démocratique» qui ne portent même pas le drapeau de la révolution et qui sont de fait des forces proche du régime et de la Russie. Est-ce que cette opération vise vraiment à libérer Raqa ? Est-ce qu’on va assister bientôt à un concert d’Obama à Raqa semblable à celui de son ami Poutine à Palmyre? Le titre qui conviendrait alors serait « Daech, la vache laitière » ! Une telle «libération» ferait de Raqa une ville pilote, destinée à tester toutes les sortes d’organisations semblables à Daech, avec et sans barbes, portant différentes couleurs et parlant différentes langues.

Les habitants de Raqa ont pourtant appelé à l’aide avec force mais le monde ne les entend pas…

Si nous ne sommes plus capables de colère, au moins ayons honte

FSD co-organise, avec le site alencontre.org et les éditions Page 2, le forum L’Autre Genève qui s’inscrit contre « l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. » (Gramsci). Ce forum donne la parole à des représentant.e.s de la société civile syrienne dont la voix est volontairement étouffée dans la scène internationale ! C’est le résultat de la politique mafieuse du régime syrien qui trouve un écho dans certaines politiques régionales et internationales.
Amjad Nasser nous parle de la familiarité que nous développons devant les images d’horreur qui nous parviennent de Syrie et questionne nos consciences concernant la responsabilité de chacun dans l’inaction pour mettre fin à ce bain de sang et donc dans la prolongation de la souffrance syrienne.
FSD a traduit, ci-dessous, l’article de Amjad Nasser de l’arabe.
(source : https://www.alaraby.co.uk/opinion/2016/5/1/يا-رايحين-ع-حلب-1 )

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« Vous qui partez pour Alep… »

par Amjad Nasser

Du temps de la révolution palestinienne armée nous chantions en choeur, et les chansons faisaient partie des nécessités de la grande maison de Damas. Rien ne rapproche comme le chant en choeur qui est aussi une forme de résistance. Même si ce mot est récent dans nos dictionnaires, nos ancêtres utilisaient le mot «djihad» pour l’exprimer,(exprimer quoi?) sans qu’il n’ait nécessairement une signification religieuse. Parce que ce mot existait déjà bien avant la religion (musulmane) qui l’a utilisé pour valoriser l’action qui touchait les cœurs et les âmes. Du temps de la révolution palestinienne armée, la révolution de l’OLP, pas celle de Qassam, nous chantions en groupes, c’était un besoin, pas un dérivatif.

J’avais entendu ce jour-là l’un de nos compagnons chanter Rozana¹, et sous le raisin, dans sa chanson, il y avait des armes et non des pommes comme dans la chanson originale. Notre compagnon ne nous avait pas dit pourquoi il avait modifié la chanson. Je pensais que c’était en relation avec la grande révolution syrienne (contre l’occupation française de la Syrie, qui a commencé en 1925). Ceux qui chantaient ainsi, tout comme notre camarade damascène, étaient les révolutionnaires et les sympathisants parmi les paysans syriens qui leur faisaient passer des armes pour les soutenir dans leur combat contre la puissance coloniale française. Ces armes parvenaient à Alep « Shahbaa », sous le raisin, dans les convois de nourriture.

Alep n’a plus besoin du chant de Rozana pour être présente à l’esprit. Elle est sur tous les écrans de télévision, montrant sa destruction, le sang et les corps de ses habitants, aux Arabes mais aussi aux populations non-Arabes, confortablement installées dans leurs salles de séjour.
Que Dieu s’insurge contre la banalisation de tels évènements. Cette banalisation est plus grave encore que la tuerie elle-même. La banalisation a remplacé la sédition. Rien ne transforme le sang en eau comme le fait la répétition de la tuerie. Faites couler le sang autant que vous le pouvez, vous échapperez à toute punition et «votre ennemi ne saura plus quoi faire de vous. Faire couler un peu de sang est un crime, mais faire couler beaucoup de sang est une guerre. Dans les guerres, on ne se lance pas de fleurs. Les criminels sont jugés, et conduits à la prison ou à la potence, et peut-être décapités dans certains pays. Mais les chefs de guerre, ceux qui tuent en masse, on les décore, avec des médailles. Cette règle se vérifie en Syrie depuis le massacre de Houla², et peut-être déjà depuis les premiers jours de Daraa. Elle se poursuit aujourd’hui avec les massacres quotidiens d’Alep. La recette a été testée et elle fonctionne !
Lorsqu’aucune résolution n’est émise par un seul organisme international concerné par les crimes de guerre, et lorsque les noms des responsables de ces crimes n’apparaissent sur aucune liste de criminels de guerre, listes qui sont sous le contrôle de forces politiques mondiales corrompues, alors les criminels ne craignent personne et répètent encore et encore les mêmes crimes. Mettons le nom d’un seul commandant militaire ou politique syrien, russe ou iranien sur une liste de criminels de guerre, et ensuite observons l’évolution sur le terrain. La guerre ne s’arrêterait pas sans doute, et les catastrophes humaines qui l’accompagnent ne cesseraient pas, mais elles seraient peut-être moins « féroces ».

"Qui se soucie du sang syrien?" Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

« Don’t worry, I’m just another Syrian » Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

Mais qui se soucie du sang syrien? Vraiment qui s’en soucie? Que ce soit le monde arabe ou occidental. Je doute que l’on considère comme du sang ce qui est répandu en Syrie, et comme de vrais blessés les blessés syriens. Si c’était le cas, il y aurait au moins de vrais efforts pour les soigner. Y-a-t-il des secouristes et des équipes soignantes pour ces blessés? Y-a-t-il une goutte de honte, un soupçon de conscience, chez ceux qui dirigent le jeu de la politique internationale ? Ceux qui restent indifférents aux crimes commis dans ce jeu de mort sur la terre des humains. Les cris de douleur et de détresse des victimes, ne parviennent-ils pas jusqu’à l’oreille de tous? Si. Mais, personne ne réagit à leurs appels au secours.
Un poète arabe ancien a dit : « Si tu parlais à un vivant il t’entendrait, si tu soufflais dans le feu il s’illuminerait, mais tu souffles dans les cendres ! ». C’est le cri des morts dans un monde encore plus mort qu’eux. Qui l’entendra ? Dans quelle oreille vivante finira-t-il ?

Tout ce que font les «alliés» et les amis du peuple syrien c’est de publier des déclarations de condamnation, d’ouvrir des portails spécialisés pour la Syrie sur leurs écrans (les nouvelles syriennes sont devenues une «matière spécialisée», comme la physique, ou la chimie) pour un public en baisse constante. La guerre s’est allongée. Les nerfs sont fatigués. L’image d’un syrien mort, blessé, perdu, dont le corps a échoué sur une plage européenne, ne suscite plus ce qu’elle est censée susciter : la colère, pas la pitié, la colère, pas la compassion. Les images de ces êtres humains qui nous ressemblaient, avant que les barils d’Assad ne leur tombent dessus, ont besoin de colère. S’il ne nous reste plus assez de colère alors il faut qu’elles suscitent au moins la honte, pas moins ! Nous devrions avoir honte, aujourd’hui, de ces images, car lorsque nos descendants les auront vues, ils nous diront: avez-vous vraiment vècu ce temps de hyènes, et vous n’avez rien fait ?

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¹Rozana est une chanson populaire qui chante Alep et qui commence par « Vous qui partez vers Alep… »

²Houla, région du gouvernorat de Homs, dont les habitants ont subi le premier massacre collectif de la part des forces du régime syrien le 25 mai 2012. Cette date a marqué le début d’une période de massacres collectifs en Syrie commis par le régime Assad.

La vérité sur la chute de Palmyre (4/4)

Le 20 mai 2015 Daech (Etat Islamique) s’empare de Palmyre, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, après le retrait de l’armée syrienne d’Assad, préparé une semaine plus tôt. Le convoi de Daech traverse le désert en toute tranquillité sans qu’il soit ciblé par l’aviation d’Assad ou de la coalition internationale. Le 30 mai, Daech fait exploser la prison de Palmyre qui recèle la triste mémoire de tortures sauvages et d’exécutions sommaires des prisonniers des années huitante. Bien plus tard, Daech commence à détruire certains sites archéologiques de Palmyre.
Récemment l’ancien procureur général de Palmyre, Mohamad Qassim Nasser, quitte la Syrie, fait défection et n’hésite pas à livrer des détails révélateurs relatifs à la relation entre Daech et le régime Assad et à l’implication du régime dans la chute de Palmyre.
Il est utile de rappeler ici que Palmyre a rejoint la révolution syrienne très rapidement et qu’elle a été l’un de ses bastions (voir Un oeil sur la Syrie, 21 mai 2015).
FSD publie ici une traduction de l’interview de M. Q. Nasser. Source : http://www.rp-syria.com/blog/archives/56010

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Ex-responsable syrien révèle des détails étonnants sur

la chute dePalmyre et la relation entre

Daech et le régime Assad

(3e partie 3/4)

Trafic d’armes entre le régime et Daech
Sur le sujet des trafics d’armes entre le régime et Daech, le juge a expliqué: «Etant procureur général, j’ai appris de Cheikh Mahmoud Hamoudi, un ami proche à Palmyra, que Mohamad Jaber, officier des forces du régime, faisait du trafic d’armes avec des éléments de Daech, ceci de deux manières. La première correspond à une vente directe d’armes aux éléments de Daech, par contrebande se faisant la nuit, le payement se faisant par le biais d’intermédiaires entre lui-même et Daech ». Pour la deuxième méthode, Nasser a souligné: «elle a été  plus souvent utilisée, entre l’officier Mohammed Jaber et Daech, par le biais d’intermédiaires, y compris le Cheikh Hamoudi. L’intermédiaire se mettait d’accord avec Daech sur le genre d’armes souhaitées, la qualité, la quantité et le prix. Les armes et munitions demandées par Daech étaient stockées en un lieu convenu ou un barrage de sécurité. Ensuite Daech attaquait le lieu choisi ou le barrage de sécurité sous contrôle de la Brigade des faucons du désert (milice pro-régime), dirigée par Jaber. Dès que l’attaque survenait, Jaber donnait l’ordre à ses hommes de se retirer pour sauver leur vie. Ensuite les éléments de Daech prenaient le contrôle du lieu et le transfert des armes s’effectuait vers leurs positions. Une fois l’opération terminée et le stock d’armes vidé, la brigade des faucons du désert reprenait le contrôle du lieu. Ensuite, l’intermédiaire entre les deux parties se chargeait du transfert des millions de dollars de Daech à l’officier Jaber. Tous les officiers dans la ville de Palmyre et tous les fonctionnaires sont au courant de ces manoeuvres de Jaber, mais personne ne fait d’objection. »
Concernant les informations à propos d’opérations d’armement directes entre le régime et Daech, le procureur général a déclaré « A Palmyre, en plus des intermédiaires que j’ai cités et qui facilitent l’armement des éléments de Daech, le régime arme directement certains éléments de Daech, qui touchent des salaires mensuels afin de protéger les installations pétrolières, les champs de pétrole et de gaz, les pipelines et les fournitures de gaz et de pétrole en provenance de l’est de la Syrie (contrôlé par Daech) vers les zones de contrôle du régime à l’ouest ».

Les ennemis de la révolution syrienne.

Les ennemis de la révolution syrienne.

La fuite de Palmyre
Parlant de sa fuite de Palmyre avant sa chute entre les mains de Daech, le procureur général a déclaré: « les officiers des services de renseignement du régime m’ont assuré que Daech allait commencer par attaquer Al-Sokhna, puis se déplacerait vers Palmyra. Ils m’ont conseillé de quitter Palmyre avec ma famille dès que Daech arrive à Al-Sokhna et de prendre la route vers Homs. C’est effectivement ce qui est arrivé, Daech a attaqué Al-Sokhna, et le lendemain, j’ai rencontré tous les officiers responsables à Palmyre et je suis resté jusqu’au soir dans la ville. Ensuite j’ai quitté Palmyre la nuit, secrètement, avec ma famille, dans la voiture de l’un de mes parents. Nous avons essuyé des tirs et nous avons survécu miraculeusement. Je n’ai informé personne de ma décision de quitter Palmyre de peur d’être liquidé par le régime, comme ils (les forces du régime) avaient déjà liquidé des officiers sunnites à Palmyre, ou bien leur avaient interdit de la quitter. Je suis allé à Damas, puis à Homs, où j’ ai pratiqué en tant que procureur général jusqu’à la fin de 2015. À la fin de l’année, j’ai réussi à fuir de Damas vers la Turquie et j’ai voulu raconter au monde entier ce que j’ai vu et vécu en Syrie. »
Il ajoute: « au début de la révolution, j’ai été témoin de la révolution pacifique et du meurtre de manifestants pacifiques, à Homs, qui sont sortis dans les rues par centaines de milliers de manière pacifique, et ils ne portaient même pas un bâton. Le régime n’hésitait pas à tuer les manifestants et il nous demandait de certifier leurs corps, et de dire devant la presse qu’ils avaient été tués par des éléments infiltrés. Nous n’avions pas le moyen de faire quoique ce soit ».

Sa vision pour l’avenir de la Syrie

Le procureur général a conclu son discours en expliquant sa vision de la situation actuelle et de l’avenir de la Syrie: « je veux dire que je suis récemment sorti de la Syrie, et que par mon travail et mes contacts avec toutes les parties et composantes de la société syrienne, aussi bien les partisans de Bachar Assad que ses opposants, je peux affirmer que la plupart de ceux qui sont en Syrie, les intellectuels et les hommes politiques, sont opposés au régime, mais il vivent dans la peur et la terreur. La Syrie est devenue une grande prison, moi-même, avant de sortir de Syrie, j’ai dû d’abord faire évacuer tous mes parents et ma famille et je suis le dernier de la famille à avoir fui. Parce que, quand il y a défection d’un employé du régime, les services de renseignement pourchasse tous les membres de sa famille ».
Il ajoute: « Avant l’intervention et l’agression de la Russie contre la Syrie, le régime était dans ses derniers jours, il se désagrégeait de l’intérieur, la corruption était généralisée à toute la société, la livre syrienne s’effondrait, le moral des partisans du régime et de son armée baissait, surtout avec la croissance du nombre de morts dans leurs rangs, sur les différents fronts de combat. Ils étaient en très mauvaise posture et nous nous attendions à la chute d’Assad d’un moment à l’autre, soit tué par l’un de ses gardes du corps, ou prenant son sac et s’enfuyant. Cependant, le début de la dernière agression russe a donné un soutien moral aux partisans du régime, mais ce soutien reste fragile. »
Nasser continue: « Ce que j’ai à dire, et que le monde entier et Bachar Assad m’écoutent, c’est que tout le peuple syrien ressent de la haine contre Bachar, qui a tué les Sunnites, et a utilisé les Alaouites comme combustible, ce qui a abouti au décès de milliers de leurs jeunes hommes. Les Alaouites (éléments des forces du régime) qui se trouvent sur les barrages de sécurité maudissent Assad, mais il est pour eux un mal nécessaire, les partisans qui désirent encore dire une louange pour Bachar, disent aujourd’hui «que Dieu bénisse son père». En fait tout le monde déteste et insulte Assad. Ils savent tous qu’à un moment ou à un autre ils risquent d’être tués ou contraints de fuir, et tout le monde attend ce moment, tout le monde sait qu’Assad est déjà vaincu. Je pense pour ma part qu’il est un serviteur de l’Iran et reçoit ses ordres de ce pays, y compris celui de rester en Syrie jusqu’à l’expiration de son rôle. S’il le pouvait, il prendrait son sac et quitterait le pays ».

"Devant ce peuple, tu n'as pas d'autre alternative que le départ", Panneau de Kafranbel en mars 2016!

« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autre alternative que le départ », Panneau de Kafranbel en mars 2016!

Lire aussi:

La vérité sur la chute de Palmyre (3/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (2/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (1/4)

Conférence-débat: Le point sur 4 ans de révolution en Syrie

Conférence-débat avec Françoi Burgat et Nahed Badawia

 François Burgat, politologue, directeur de recherche à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence en France. Il consacre l’essentiel de ses travaux à l’étude des dynamiques politiques et des courants islamistes dans le monde arabe.

 Nahed Badawia, journaliste, militante de gauche, opposante de longue date au régime Assad et activiste pour la démocratie et les droits de l’homme.

 En introduction : « Jalila », la femme dans la révolution syrienne

Film documentaire de Adnan Jetto qui retrace la révolution à travers la femme syrienne qui représente la résistance de tout un peuple

 Lausanne, UNIL, jeudi 19 mars 2015, 17h15

Bâtiment Geopolis, salle 2227

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Déjà quatre ans et le peuple syrien revendique toujours ses droits humains les plus basiques, à commencer par le droit à la vie, en passant par le droit à la liberté, la dignité et la démocratie. Dès les premières manifestations, restées pacifiques pendant six mois, le régime dictatorial et mafieux de Bachar al-Assad n’a pas hésité à user d’une répression féroce pour étouffer ce mouvement qui a pourtant rapidement gagné plusieurs régions de Syrie. Les arrestations et les tortures les plus atroces ont commencé dès les premiers jours de la révolution syrienne et n’ont même pas épargné les enfants, dont Hamza al-Khatib, 13 ans, rendu à sa famille en mai 2011, sans vie et mutilé jusqu’à être méconnaissable. Depuis 2011, le régime syrien continue de commettre ses crimes contre l’humanité sous le regard indifférent du monde tout entier. Une large partie de la Syrie et de ses infrastructures ont été détruites sous les bombardements quotidiens. Plus de la moitié du peuple syrien a dû se déplacer à l’intérieur du pays ou vers les pays limitrophes. Plus de 250’000 personnes ont perdu la vie dont une grande majorité de civils, dont au moins 15’000 sous la torture. Les femmes ont été ciblées également et la violence sexuelle à leur encontre est l’une des causes importantes du mouvement de migration vers les pays voisins et plus loin.

Hamza

Cette révolution tant attendue par le peuple syrien a vu le jour dans un contexte régional et international instable, qui a conduit au détournement de la révolution au profit des intérêts des puissances régionales et internationales. Les stratégies perverses du régime syrien conjuguées à une couverture sélective par la quasi-totalité des médias occidentaux ont conduit à donner injustement un visage islamiste à la révolution. Le peuple syrien a dès lors été abandonné seul dans sa lutte pourtant légitime. Ceci a abouti au prolongement de cette guerre d’Assad contre le peuple syrien, à la mainmise de l’Iran sur la Syrie, à l’émergence de groupes extrémistes comme “l’Etat Islamique” et aujourd’hui à la formation d’une coalition internationale contre ce dernier groupe seulement.

François Burgat et Nahed Badawia feront le point sur ces quatre ans de révolution en Syrie. Nahed Badawia abordera, en particulier, l’évolution du rôle de la femme syrienne dans la révolution. Tous deux répondront ensuite aux questions du public.

Organisée par : FemmeS pour la Démocratie

Soutenue par : Mouvement pour le Socialisme (MPS), SolidaritéS, www.alenconre.com, Groupe  Regards Critiques (UNIL), Cercle La Brèche, Réseau des Femmes Syriennes

A propos de liberté d’expression en Syrie

Charlie-de-Bachar-2

Violence contre la femme en Syrie: la Suisse n’en a rien à faire

Communiqué de presse

A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale intitulée « violence contre la femme en Syrie aujourd’hui » a été organisée à l’ONU pour le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus sont Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa AL-HOMSI, Kinda ZAOUR et Eman AL-KURDI. La conférence dénonce les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh).

Les visas de 3 jours demandés par T. KURDI, K. ZAOUR et E. ALKURDI ont été refusés par la Suisse ce vendredi 21.11.2014, sans justification, et l’attribution de celui de A. AL-HOMSI a été laissée en suspens jusqu’au 24.11., rendant ainsi impossibles leurs témoignages mardi matin. La conférence à l’ONU a donc dû être annulée.

 Il nous semble difficile de justifier ou de comprendre ces refus étant donné le rôle que la Suisse prétend jouer en accueillant diverses organisations internationales de l’ONU, ce qui suppose la possibilité pour chacun d’y accéder.

Cela soulève aussi quelques questions. La Suisse aurait-t-elle décidé que la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard de la femme n’est pas assez importante, ou bien juge-t-elle inutile de dénoncer les crimes d’Assad contre les femmes en Syrie? Et si la mission permanente de la Syrie d’Assad avait organisé une conférence à l’ONU, y aurait-il un refus de visa ?

Nous trouvons inadmissible et scandaleux d’entraver la dénonciation par des témoignages des crimes d’Assad contre les femmes en Syrie, en particulier en ce jour du 25 novembre qui leur est dédié. Des crimes ignobles et atroces auxquels les femmes syriennes font face tous les jours et qu’il est du devoir de l’opposition syrienne de dénoncer à chaque occasion devant la communauté internationale, ceci afin d’augmenter les chances d’y mettre fin. Où est la Suisse défenderesse des droits humains ? Où sont ses valeurs humanitaires ? Nous appelons aujourd’hui à déplacer les organisations internationales de l’ONU vers un pays plus digne d’assumer cet accueil et cette responsabilité.

Notre association “ FemmeS pour la Démocratie”, maintient quant à elle sa conférence-débat sur ce même sujet de la Violence à l’égard de la femme en Syrie, à Genève le 25 novembre 2014 à 19h30 à la maison des associations, rue des Savoises 15, avec Noura AL-AMEER et si possible Alaa AL-HOMSI. Une transmission par skype sera organisée pour les autres interventions.

FSD, 23.11.2014

Pour les détails sur la conférence