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Après Alep-Est: Idlib; le massacre des civils continue! (2/3)

Chronique de la Syrie

Il y a environ une année le régime syrien et la Russie intensifiaient les bombardements sur Alep-Est, ce qui a conduit quelques mois plus tard à la chute de cette ville, suite sans doute à un accord non révélé avec la Trquie. Depuis, les Syriens dénoncent le déplacement forcé des populations en révolte de plusieurs régions de la Syrie vers Idlib (Homs, Darayya, al-Muaaddamyat, Zabadani, Alep-Est, Wadi Barada, al-Waer, etc.) et craignent leur extermination prochaine.

Depuis le 19 septembre, et malgré les accords d’Astana mi-septembre 2017, l’aviation russe mène une offensive contre la région d’Idlib et le nord de la région de Hama.Tout comme l’offensive à Alep-Est, l’aviation cible les civils, les hôpitaux, les écoles, les boulangeries, les centres des casques blancs! L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme documente 38 enfants et 29 femmes parmi les civils qui ont perdu la vie depuis.

Après Alep-Est, c’est bien Idlib, où est réunie aujourd’hui toute  la population en révolte venant de toute la Syrie, qui subit la foudre d’Assad et de la Russie… Le massacre des civils continue et le silence de la communauté internationale aussi!

Bombardement de la ville de Jisr-Alshugur.

Partie 2:

FSD a choisi de traduire de l’arabe un article du site d’information Aleppo Media Center publié le 27.09.2017

500 victimes entre martyrs et blessés c’est le bilan des 9 derniers jours de bombardements continus des campagnes d’Idlib et de Hama

Aleppo Media Center
Mercredi, le 27.09.2017

Pour la deuxième semaine consécutive l’offensive de l’aviation du régime syrien et celle des forces d’occupation russes ciblent les zones résidentielles et les centres des services publics dans les campagnes d’Idlib et de Hama. Ce mercredi, l’aviation a effectué une série de raids aériens sur la ville de Jisr-Alshugur dans la campagne d’Idlib et nous n’avons encore aucune information concernant les pertes de civils et les blessés.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a documenté 500 cas de morts et de blessés parmi les civils, ceci pendant ces seuls neuf jours d’ offensive militaire. Ces frappes aériennes ont détruit de nombreux centres des services publics dans les régions ciblées, en particulier les hôpitaux, les centres médicaux et ceux de la défense civile.

L’Observatoire a ajouté que le nombre de raids ciblant les campagnes d’Idlib et de Hama effectués depuis le 19 septembre a atteint 1300 raids aériens. Il a aussi souligné que la plupart des martyrs étaient des femmes et des enfants de moins de 18 ans.

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Lire aussi:

Après Alep-Est: Idlib; le massacre des civils continue! (1/3)

Après Alep-Est: Idlib; Quand donc cessera-t-on de croire aux mensonges des Russes (3/3)

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Pas de Paix durable sans jugement des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité

Appel à un rassemblement pour faire entendre la voix des civils syriens

Genève, place des Nations, jeudi 23.2.2017 de 17h00-18h00

et un rassemblement samedi 25 (15h00-16h30)

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        Justice d’abord! Photo de Genève II

A l’occasion des négociations de Genève IV pour la paix, qui réuniront les délégations de l’opposition syrienne et du régime syrien en février 2017, nous appelons à la mobilisation pour faire entendre la voix des Syriens et Syriennes en lutte, pour réaffirmer leurs revendications légitimes qui doivent être la base des négociations.

Evolution depuis l’échec de Genève II et Genève III :

–    Le déplacement forcé des populations des régions assiégées (régions soulevées depuis 2011) s’étend et devient une politique qui œuvre pour un changement démographique en Syrie. Les populations de ces régions sont poussées à fuir le pays ou transférées de force vers Idleb (au nord), avec la bénédiction de l’ONU. Après Darayya en septembre 2016, l’intensification des bombardements barbares russes en décembre a conduit à la destruction d’Alep-Est et au déplacement forcé de ses habitants vers Idleb. En janvier 2017 ce fut le tour de Wadi Barada (région de Damas).

–    Un accord de cessez-le-feu, orchestré par la Russie, a été signé avec l’approbation de l’Iran et de la Turquie, fin décembre 2016. Aujourd’hui et malgré le cessez-le-feu, les bombardements sur Wadi Barada ont conduit au déplacement forcé de sa population vers Idleb fin janvier, la Russie continue à bombarder Idleb !  et d’autres régions en Syrie continuent à subir les bombardements du régime syrien et de ses alliés.

Les crimes commis contre les civils continuent en Syrie et le silence de la communauté internationale continue lui aussi.

Quel bilan et quelle solution?

Plus de la moitié de la population syrienne a été déplacée, on compte aujourd’hui plus de 450’000 morts, plus de 1’000’000 de blessés, plus de 325’000 arrestations et disparitions forcées, plus de 12’000 morts sous la torture documentées, et environ 13’000 exécutions sommaires dans la prison de Saydnaya seule (selon le rapport récent d’Amnesty International). Face à cette énorme souffrance de la population, infligée essentiellement par le régime Assad, seule la justice et le jugement des responsables de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre peuvent aider à obtenir une véritable solution politique. Sans oublier que l’apparition de Daech (EI) et de ses semblables est une conséquence directe de la politique du régime Assad.

Les pourparlers de paix de Genève 4 doivent conduire à la satisfaction des aspirations du peuple syrien pour la liberté, la dignité et la justice sociale dans un Etat démocratique. Ces objectifs doivent être garantis et protégés contre les intérêts et les manipulations des puissances régionales et mondiales qui ont démontré au cours des six dernières années leur attachement exclusif à leur stratégie régionale, qui ne sert que leurs propres intérêts, comme le fait le régime Assad, sur le terrain et dans les couloirs de l’ONU.

Le défi consiste à établir et garantir les droits fondamentaux des citoyens, dans le cadre d’une Syrie unie et démocratique, libre et souveraine, rassemblant toutes les composantes de sa population, droits basés sur le concept de la citoyenneté avec des droits égaux pour tous.

Nous Syriens exigeons: 

  • Le départ immédiat du dictateur criminel Bachar Al Assad afin d’établir un gouvernement de transition représentatif des différentes composantes du peuple Syrien, en vue de tenir des élections libres et équitables pour une véritable assemblée constituante.
  • La fin du siège, de la famine imposée et des déplacements forcés dans toutes les régions assiégées.
  • La fin effective de tous les bombardements sur les quartiers et villages.
  • Le départ de tous les combattants étrangers présents en Syrieet la fin de toutes les interventions étrangères, en particulier russe, iranienne.
  • La libération de tous les prisonniers politiques, des militants, des journalistes, des civils et des combattants de la liberté détenus dans les geôles du régime tyrannique d’Assad ou celles de tout autre groupe armé en Syrie.
  • L’arrestation et le jugement de ceux qui se sont rendus coupables de crimes de guerre ou de crimes contrel’Humanité au cours des 40 dernières années.
  • La reconstruction du pays dans le respect des personnes, et la création de conditions saines et sûres pour le retour des personnes déplacées à leurs domiciles.

Les négociations avec le régime tyrannique de Bachar Al-Assad ne devraient en aucun cas conduire à une négation des demandes légitimes du peuple syrien, sinon les Syriens n’auront d’autre choix que de continuer leur combat avec force et détermination, même au prix exorbitant de la souffrance actuelle, jusqu’à la construction d’un nouvel Etat libre et démocratique.

Hommage aux victimes de la tyrannie. Vive la révolution syrienne!

Organisé par: FemmeS pour la Démocratie avec la collaboration de …

Soutenu par: Mouvement pour le socialisme (MPS), alencontre.org, le Cercle La brèche,

« Raqa est égorgée en silence » – Forum l’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions.

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« Raqa est égorgée en silence »

Par Rima Alajaji

Rima ALAJAJI est une avocate et activiste de Raqa. Elle a participé aux manifestations contre le régime à Raqa, elle a été en outre active dans leur organisation. Suite à la brutale répression armée des forces de la dicature qui s’est abattue sur Homs, Alep et Deir -Ezzor, elle a contribué à l’aide humanitaire en faveur des déplacé·e·s (réfugiés internes).
Après l’arrivé de Daech à Raqa en été 2013, elle a de nouveau participé aux rassemblements contre les exactions de l’ »Etat islamique ». Elle a cependant dû fuir Raqa en janvier 2014 suite aux disparitions multiples d’activistes. Elle est aujourd’hui réfugiée en Suisse.
L'Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’Autre Genève, 27 et 28 mai 2016

L’intervention en arabe

La société de Raqa

Raqa n’a jamais été la couveuse des baasistes comme on l’entendait souvent dire au début de la révolution. Cette conviction s’est installée suite au déplacement de Bachar Assad à Raqa pour assister à la prière de Eid al-Adha pendant la première année de la révolution. Raqa et ses habitants ne constituent pas plus une couveuse de Daech comme le font croire le régime et les médias occidentaux. Raqa n’est pas non plus un terrain fertile pour diffuser le chiisme comme se plait à l’affirmer l’ambassade d’Iran à travers la construction d’un complexe religieux chiite.

La ville de Raqqa, et sa campagne, forment un environnement fragile dont le visage n’est pas bien défini. Elle se montre ouverte aux nouveautés. Les habitants de Raqa pratiquent leur religion d’une façon populaire, simple, facile et aimable, sans aucune trace de règles strictes qui empêchent le mixage entre femmes et hommes. L’habillement varie des vêtements traditionnels aux vêtement modernes. Ses habitants sont accueillants et leurs maisons sont ouvertes aux visiteurs de la ville.

Raqa dans la révolution

Depuis le début de la révolution et malgré le black-out médiatique, Raqa s’est soulevée pour revendiquer la liberté et la chute du régime à travers des manifestations pacifiques et des sit-in. Le régime ne l’a pas épargnée et elle a subi la même répression que les autres villes : bombardements aveugles, arrestations et tirs à balles réelles sur les manifestants. J’ai moi-même participé au sit-in des avocats libres qui a eu lieu à l’intérieur de la cour de Raqa. Nos revendications comprenaient la libération des détenus, le retrait de l’armée de toutes les villes et l’arrêt des bombardements. Les forces de sécurité ont encerclé le palais de justice et ont arrêté tout le monde. Parmi les détenus, il y avait aussi une avocate nommée Rima qui était enceinte de sept mois qui a commencé à saigner à cause de la peur, ce qui ne lui a pas épargné la détention.

Manifestations à Raqa

Manifestations à Raqa (L’activiste bien visible à gauche « Firas Al-Haj Saleh » a été kidnappé par Daech en été 2013, on est sans nouvelle de lui)

Raqa a joué un rôle important dans l’hébergement d’un million de Syriens venus d’Alep, de Deir-Ezzor, de Homs et de Rastan pour échapper à la mort sous les bombardements intenses que ces villes subissaient.
Ce grand nombre de déplacés internes a été accueilli et géré par les habitants de cette ville, les riches comme les pauvres, pour offrir l’aide nécessaire à leurs frères et sœurs. Alors que beaucoup de pays ont considéré comme une crise majeure l’arrivée d’un même nombre de réfugiés dans l’ensemble de leurs régions et ont tenu nombre de réunions et conventions pour y faire face.

En août 2012, Tal- Abyad, ville de la province de Raqa, a été la première région libérée de Syrie. Tal-Abyad est alors devenue un joyau de liberté et de vie civique. Ses habitants ont formé un conseil local d’administration de la ville. La jeunesse de la ville a commencé à diffuser la culture de la société civile. Une opération militaire a également été lancée par l’armée syrienne libre (ASL) pour la libération de Raqa.

Libération et gestion locale de Raqa

La bataille pour la libération de Raqa a commencé le 4 mars 2013 et elle s’est terminée avec le départ des forces du régime de la ville et la chute de la statue de Hafez Assad. Ceci lui a valu la colère du régime qui s’est abattue sur cette ville avec les barils explosifs et les missiles Scud. Les écoles étaient ciblées et de nombreux étudiants y ont trouvé la mort, mais aussi les hôpitaux et les infrastructures ont été ciblés. Les deux ponts sur le fleuve de l’Euphrate, qui reliaient la ville à la campagne ont également été bombardés, coupant aussi la route vers d’autres villes.

Chute de la statue de Hafez Assad

Chute de la statue de Hafez Assad

Ce fut un grand défi pour les habitants de Raqa. Toutefois un sentiment de liberté et une joie indicible régnaient parmi nous. Nous avons mis en place un Conseil local d’administration du gouvernorat et j’y ai siégé moi-même. La jeunesse s’est activée pour la création des collectifs de la société civile.

Cette situation a duré plusieurs mois, et cette expérience aurait pu être le noyau de la nouvelle Syrie si l’opposition avait assumé ses responsabilités.

Raqa sous contrôle de Daech

Il semble que la statue de Hafez, tombée en mars 2013, soit revenue sous une autre forme avec l’entrée des groupes extrémistes dans la ville. L’un des plus éminents dirigeants de Daech arrivé à Raqa était Abu Luqman, qui avait été détenu dans la prison de Seidnaya pour son appartenance au Jihadisme Salafiste et qui était parmi les jihadistes libérés par le régime quelques mois après le début de la révolution.
Abu Luqman et son groupe ont installé leur siège dans le bâtiment de l’administration du gouvernorat. Progressivement, ils ont commencé à opprimer les habitants de la ville et à interférer dans les décisions du Conseil local. Ils ont ensuite bloqué les rassemblements des jeunes et arrêté beaucoup des jeunes militants les plus importants, et ils ont confisqué leur matériel. Le voile intégral a été imposé pour les femmes de la ville, les étudiantes ont été empêchées de poursuivre leur formation et finalement les écoles et les universités ont été fermées définitivement privant ainsi l’ensemble de la jeunesse de formation.

Protestations contre Daech

Protestations contre Daech

Ils ont ciblé aussi un certain nombre d’avocats, de médecins et de politiciens comme M. Abdullah Khalil et le Dr Ismail Hamedh, ainsi que le Père Paolo Dall’Oglio quand il est venu à Raqa. Ce dernier s’est rendu à leur QG pour négocier avec eux la libération de certains kidnappés, mais il n’est jamais revenu.
Ils ont également liquidé les dirigeants les plus éminents de l’ASL. Ils ont brûlé les églises.Ils ont aussi infiltré les rangs des militants, ainsi que l’ASL.
Ils ont ensuite été rejoints par de nombreux immigrants, venus de plusieurs pays arabes et étrangers, et aussi des femmes, de nationalité française et britannique et d’autres pays. La mission de ces femmes était l’arrestation et la torture des femmes de la ville qui ne suivaient pas les instructions de Daech.

Finalement il ne restait plus que l’option militaire pour se débarrasser de cette organisation hostile.
Durant le premier mois de 2014, les bataillons de l’ASL et le mouvement d’Ahrar al-Sham ont lancé la bataille contre Daech, dans la ville, bataille qui a duré trois jours d’affilée. Ce fut une guerre des rues terrifiante. Nous ne pouvions pas sortir de la maison et nous restions loin des fenêtres à cause de l’intensité des tirs. A la fin, les cadavres étaient éparpillés dans les rues et empêchaient parfois les ambulances de s’approcher.
Suite à cette bataille, Daech a pris le contrôle sur Raqa et le reste de l’ASL s’est retirée. Il était clair à la fin que l’ASL avait été infiltrée par des membres de Daech.

A partir de ce jour, Raqa est devenue aux yeux du monde la capitale de Daech. Mais il est nécessaire de préciser ici un point important:
Raqa est considérée par Daech comme étant sa base , ceci à cause de ses caractéristiques géographiques et de ses richesses naturelles. Raqa donne accès, en Syrie , à cinq gouvernorats, elle a des ressources de pétrole, de gaz et d’eau, sans oublier ses barrages. Ces caractéristiques deviennent dès lors la malédiction de ses habitants. Cette malédiction qui lui a valu d’être considérée désormais comme la capitale de Daech, et la capitale du terrorisme. Mais quelle est la responsabilité des habitants de Raqa dans tout ça? Quel est le pourcentage des jeunes de Raqa dans les rangs de Daech?

Selon les dernières statistiques menées par la campagne « Raqa est égorgée en silence », croisées avec les statistiques du journaliste allemand Juergen Todenhöfer (le seul journaliste qui a pu interroger les membres de l’organisation), le nombre des membres de Daech en Syrie a atteint les 40’000, y compris combattants et gestionnaires. Quant aux dirigeants de l’organisation, ils viennent exclusivement d’Irak.
Le nombre de Syriens qui ont rejoint Daech est d’environ 10’000 originaires de Hama, Homs, Idlib et Raqa, dont environ 4’000 de Raqa seule. Cependant 12’000 membres de Daech sont basés à Raqa dont seulement 4’000 de la ville même, ce qui veut dire que 66% des membres de Daech à Raqa sont des étrangers.

Parmi ceux qui ont rejoint l’organisation à Raqa, certains étaient pro-régime avant l’arrivée de Daech, d’autres étaient marginalisés dans la société, d’autres recherchaient le pouvoir et enfin d’autres fuyaient la pauvreté. Il est à noter que la classe moyenne à Raqa, avant la révolution, est tombée dans la pauvreté et doit lutter pour sa survie dans la ville depuis l’arrivée de Daech. Les civils sont retenus à Raqa. Ceux qui tentent d’en sortir sont accusés de quitter la terre des Musulmans pour rejoindre la terre des infidèles. Ils doivent subir un interrogatoire prolongé et abusif mené par un dispositif d’ interrogation de très mauvaise réputation. A l’issue de cet interrogatoire, il est rare d’obtenir un laisser passer, ce qui rend les habitants de Raqa prisonniers de fait dans leur propre ville où ils n’arrivent même pas à trouver de quoi se nourrir.

Opération de libération… vraiment?

Actuellement, les Etats Unis lancent une opération militaire pour la «libération» de Raqa, en collaboration avec des forces au sol appelées «forces de la Syrie démocratique» qui ne portent même pas le drapeau de la révolution et qui sont de fait des forces proche du régime et de la Russie. Est-ce que cette opération vise vraiment à libérer Raqa ? Est-ce qu’on va assister bientôt à un concert d’Obama à Raqa semblable à celui de son ami Poutine à Palmyre? Le titre qui conviendrait alors serait « Daech, la vache laitière » ! Une telle «libération» ferait de Raqa une ville pilote, destinée à tester toutes les sortes d’organisations semblables à Daech, avec et sans barbes, portant différentes couleurs et parlant différentes langues.

Les habitants de Raqa ont pourtant appelé à l’aide avec force mais le monde ne les entend pas…

Si nous ne sommes plus capables de colère, au moins ayons honte

FSD co-organise, avec le site alencontre.org et les éditions Page 2, le forum L’Autre Genève qui s’inscrit contre « l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. » (Gramsci). Ce forum donne la parole à des représentant.e.s de la société civile syrienne dont la voix est volontairement étouffée dans la scène internationale ! C’est le résultat de la politique mafieuse du régime syrien qui trouve un écho dans certaines politiques régionales et internationales.
Amjad Nasser nous parle de la familiarité que nous développons devant les images d’horreur qui nous parviennent de Syrie et questionne nos consciences concernant la responsabilité de chacun dans l’inaction pour mettre fin à ce bain de sang et donc dans la prolongation de la souffrance syrienne.
FSD a traduit, ci-dessous, l’article de Amjad Nasser de l’arabe.
(source : https://www.alaraby.co.uk/opinion/2016/5/1/يا-رايحين-ع-حلب-1 )

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« Vous qui partez pour Alep… »

par Amjad Nasser

Du temps de la révolution palestinienne armée nous chantions en choeur, et les chansons faisaient partie des nécessités de la grande maison de Damas. Rien ne rapproche comme le chant en choeur qui est aussi une forme de résistance. Même si ce mot est récent dans nos dictionnaires, nos ancêtres utilisaient le mot «djihad» pour l’exprimer,(exprimer quoi?) sans qu’il n’ait nécessairement une signification religieuse. Parce que ce mot existait déjà bien avant la religion (musulmane) qui l’a utilisé pour valoriser l’action qui touchait les cœurs et les âmes. Du temps de la révolution palestinienne armée, la révolution de l’OLP, pas celle de Qassam, nous chantions en groupes, c’était un besoin, pas un dérivatif.

J’avais entendu ce jour-là l’un de nos compagnons chanter Rozana¹, et sous le raisin, dans sa chanson, il y avait des armes et non des pommes comme dans la chanson originale. Notre compagnon ne nous avait pas dit pourquoi il avait modifié la chanson. Je pensais que c’était en relation avec la grande révolution syrienne (contre l’occupation française de la Syrie, qui a commencé en 1925). Ceux qui chantaient ainsi, tout comme notre camarade damascène, étaient les révolutionnaires et les sympathisants parmi les paysans syriens qui leur faisaient passer des armes pour les soutenir dans leur combat contre la puissance coloniale française. Ces armes parvenaient à Alep « Shahbaa », sous le raisin, dans les convois de nourriture.

Alep n’a plus besoin du chant de Rozana pour être présente à l’esprit. Elle est sur tous les écrans de télévision, montrant sa destruction, le sang et les corps de ses habitants, aux Arabes mais aussi aux populations non-Arabes, confortablement installées dans leurs salles de séjour.
Que Dieu s’insurge contre la banalisation de tels évènements. Cette banalisation est plus grave encore que la tuerie elle-même. La banalisation a remplacé la sédition. Rien ne transforme le sang en eau comme le fait la répétition de la tuerie. Faites couler le sang autant que vous le pouvez, vous échapperez à toute punition et «votre ennemi ne saura plus quoi faire de vous. Faire couler un peu de sang est un crime, mais faire couler beaucoup de sang est une guerre. Dans les guerres, on ne se lance pas de fleurs. Les criminels sont jugés, et conduits à la prison ou à la potence, et peut-être décapités dans certains pays. Mais les chefs de guerre, ceux qui tuent en masse, on les décore, avec des médailles. Cette règle se vérifie en Syrie depuis le massacre de Houla², et peut-être déjà depuis les premiers jours de Daraa. Elle se poursuit aujourd’hui avec les massacres quotidiens d’Alep. La recette a été testée et elle fonctionne !
Lorsqu’aucune résolution n’est émise par un seul organisme international concerné par les crimes de guerre, et lorsque les noms des responsables de ces crimes n’apparaissent sur aucune liste de criminels de guerre, listes qui sont sous le contrôle de forces politiques mondiales corrompues, alors les criminels ne craignent personne et répètent encore et encore les mêmes crimes. Mettons le nom d’un seul commandant militaire ou politique syrien, russe ou iranien sur une liste de criminels de guerre, et ensuite observons l’évolution sur le terrain. La guerre ne s’arrêterait pas sans doute, et les catastrophes humaines qui l’accompagnent ne cesseraient pas, mais elles seraient peut-être moins « féroces ».

"Qui se soucie du sang syrien?" Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

« Don’t worry, I’m just another Syrian » Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

Mais qui se soucie du sang syrien? Vraiment qui s’en soucie? Que ce soit le monde arabe ou occidental. Je doute que l’on considère comme du sang ce qui est répandu en Syrie, et comme de vrais blessés les blessés syriens. Si c’était le cas, il y aurait au moins de vrais efforts pour les soigner. Y-a-t-il des secouristes et des équipes soignantes pour ces blessés? Y-a-t-il une goutte de honte, un soupçon de conscience, chez ceux qui dirigent le jeu de la politique internationale ? Ceux qui restent indifférents aux crimes commis dans ce jeu de mort sur la terre des humains. Les cris de douleur et de détresse des victimes, ne parviennent-ils pas jusqu’à l’oreille de tous? Si. Mais, personne ne réagit à leurs appels au secours.
Un poète arabe ancien a dit : « Si tu parlais à un vivant il t’entendrait, si tu soufflais dans le feu il s’illuminerait, mais tu souffles dans les cendres ! ». C’est le cri des morts dans un monde encore plus mort qu’eux. Qui l’entendra ? Dans quelle oreille vivante finira-t-il ?

Tout ce que font les «alliés» et les amis du peuple syrien c’est de publier des déclarations de condamnation, d’ouvrir des portails spécialisés pour la Syrie sur leurs écrans (les nouvelles syriennes sont devenues une «matière spécialisée», comme la physique, ou la chimie) pour un public en baisse constante. La guerre s’est allongée. Les nerfs sont fatigués. L’image d’un syrien mort, blessé, perdu, dont le corps a échoué sur une plage européenne, ne suscite plus ce qu’elle est censée susciter : la colère, pas la pitié, la colère, pas la compassion. Les images de ces êtres humains qui nous ressemblaient, avant que les barils d’Assad ne leur tombent dessus, ont besoin de colère. S’il ne nous reste plus assez de colère alors il faut qu’elles suscitent au moins la honte, pas moins ! Nous devrions avoir honte, aujourd’hui, de ces images, car lorsque nos descendants les auront vues, ils nous diront: avez-vous vraiment vècu ce temps de hyènes, et vous n’avez rien fait ?

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¹Rozana est une chanson populaire qui chante Alep et qui commence par « Vous qui partez vers Alep… »

²Houla, région du gouvernorat de Homs, dont les habitants ont subi le premier massacre collectif de la part des forces du régime syrien le 25 mai 2012. Cette date a marqué le début d’une période de massacres collectifs en Syrie commis par le régime Assad.

La vérité sur la chute de Palmyre (4/4)

Le 20 mai 2015 Daech (Etat Islamique) s’empare de Palmyre, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, après le retrait de l’armée syrienne d’Assad, préparé une semaine plus tôt. Le convoi de Daech traverse le désert en toute tranquillité sans qu’il soit ciblé par l’aviation d’Assad ou de la coalition internationale. Le 30 mai, Daech fait exploser la prison de Palmyre qui recèle la triste mémoire de tortures sauvages et d’exécutions sommaires des prisonniers des années huitante. Bien plus tard, Daech commence à détruire certains sites archéologiques de Palmyre.
Récemment l’ancien procureur général de Palmyre, Mohamad Qassim Nasser, quitte la Syrie, fait défection et n’hésite pas à livrer des détails révélateurs relatifs à la relation entre Daech et le régime Assad et à l’implication du régime dans la chute de Palmyre.
Il est utile de rappeler ici que Palmyre a rejoint la révolution syrienne très rapidement et qu’elle a été l’un de ses bastions (voir Un oeil sur la Syrie, 21 mai 2015).
FSD publie ici une traduction de l’interview de M. Q. Nasser. Source : http://www.rp-syria.com/blog/archives/56010

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Ex-responsable syrien révèle des détails étonnants sur

la chute dePalmyre et la relation entre

Daech et le régime Assad

(3e partie 3/4)

Trafic d’armes entre le régime et Daech
Sur le sujet des trafics d’armes entre le régime et Daech, le juge a expliqué: «Etant procureur général, j’ai appris de Cheikh Mahmoud Hamoudi, un ami proche à Palmyra, que Mohamad Jaber, officier des forces du régime, faisait du trafic d’armes avec des éléments de Daech, ceci de deux manières. La première correspond à une vente directe d’armes aux éléments de Daech, par contrebande se faisant la nuit, le payement se faisant par le biais d’intermédiaires entre lui-même et Daech ». Pour la deuxième méthode, Nasser a souligné: «elle a été  plus souvent utilisée, entre l’officier Mohammed Jaber et Daech, par le biais d’intermédiaires, y compris le Cheikh Hamoudi. L’intermédiaire se mettait d’accord avec Daech sur le genre d’armes souhaitées, la qualité, la quantité et le prix. Les armes et munitions demandées par Daech étaient stockées en un lieu convenu ou un barrage de sécurité. Ensuite Daech attaquait le lieu choisi ou le barrage de sécurité sous contrôle de la Brigade des faucons du désert (milice pro-régime), dirigée par Jaber. Dès que l’attaque survenait, Jaber donnait l’ordre à ses hommes de se retirer pour sauver leur vie. Ensuite les éléments de Daech prenaient le contrôle du lieu et le transfert des armes s’effectuait vers leurs positions. Une fois l’opération terminée et le stock d’armes vidé, la brigade des faucons du désert reprenait le contrôle du lieu. Ensuite, l’intermédiaire entre les deux parties se chargeait du transfert des millions de dollars de Daech à l’officier Jaber. Tous les officiers dans la ville de Palmyre et tous les fonctionnaires sont au courant de ces manoeuvres de Jaber, mais personne ne fait d’objection. »
Concernant les informations à propos d’opérations d’armement directes entre le régime et Daech, le procureur général a déclaré « A Palmyre, en plus des intermédiaires que j’ai cités et qui facilitent l’armement des éléments de Daech, le régime arme directement certains éléments de Daech, qui touchent des salaires mensuels afin de protéger les installations pétrolières, les champs de pétrole et de gaz, les pipelines et les fournitures de gaz et de pétrole en provenance de l’est de la Syrie (contrôlé par Daech) vers les zones de contrôle du régime à l’ouest ».

Les ennemis de la révolution syrienne.

Les ennemis de la révolution syrienne.

La fuite de Palmyre
Parlant de sa fuite de Palmyre avant sa chute entre les mains de Daech, le procureur général a déclaré: « les officiers des services de renseignement du régime m’ont assuré que Daech allait commencer par attaquer Al-Sokhna, puis se déplacerait vers Palmyra. Ils m’ont conseillé de quitter Palmyre avec ma famille dès que Daech arrive à Al-Sokhna et de prendre la route vers Homs. C’est effectivement ce qui est arrivé, Daech a attaqué Al-Sokhna, et le lendemain, j’ai rencontré tous les officiers responsables à Palmyre et je suis resté jusqu’au soir dans la ville. Ensuite j’ai quitté Palmyre la nuit, secrètement, avec ma famille, dans la voiture de l’un de mes parents. Nous avons essuyé des tirs et nous avons survécu miraculeusement. Je n’ai informé personne de ma décision de quitter Palmyre de peur d’être liquidé par le régime, comme ils (les forces du régime) avaient déjà liquidé des officiers sunnites à Palmyre, ou bien leur avaient interdit de la quitter. Je suis allé à Damas, puis à Homs, où j’ ai pratiqué en tant que procureur général jusqu’à la fin de 2015. À la fin de l’année, j’ai réussi à fuir de Damas vers la Turquie et j’ai voulu raconter au monde entier ce que j’ai vu et vécu en Syrie. »
Il ajoute: « au début de la révolution, j’ai été témoin de la révolution pacifique et du meurtre de manifestants pacifiques, à Homs, qui sont sortis dans les rues par centaines de milliers de manière pacifique, et ils ne portaient même pas un bâton. Le régime n’hésitait pas à tuer les manifestants et il nous demandait de certifier leurs corps, et de dire devant la presse qu’ils avaient été tués par des éléments infiltrés. Nous n’avions pas le moyen de faire quoique ce soit ».

Sa vision pour l’avenir de la Syrie

Le procureur général a conclu son discours en expliquant sa vision de la situation actuelle et de l’avenir de la Syrie: « je veux dire que je suis récemment sorti de la Syrie, et que par mon travail et mes contacts avec toutes les parties et composantes de la société syrienne, aussi bien les partisans de Bachar Assad que ses opposants, je peux affirmer que la plupart de ceux qui sont en Syrie, les intellectuels et les hommes politiques, sont opposés au régime, mais il vivent dans la peur et la terreur. La Syrie est devenue une grande prison, moi-même, avant de sortir de Syrie, j’ai dû d’abord faire évacuer tous mes parents et ma famille et je suis le dernier de la famille à avoir fui. Parce que, quand il y a défection d’un employé du régime, les services de renseignement pourchasse tous les membres de sa famille ».
Il ajoute: « Avant l’intervention et l’agression de la Russie contre la Syrie, le régime était dans ses derniers jours, il se désagrégeait de l’intérieur, la corruption était généralisée à toute la société, la livre syrienne s’effondrait, le moral des partisans du régime et de son armée baissait, surtout avec la croissance du nombre de morts dans leurs rangs, sur les différents fronts de combat. Ils étaient en très mauvaise posture et nous nous attendions à la chute d’Assad d’un moment à l’autre, soit tué par l’un de ses gardes du corps, ou prenant son sac et s’enfuyant. Cependant, le début de la dernière agression russe a donné un soutien moral aux partisans du régime, mais ce soutien reste fragile. »
Nasser continue: « Ce que j’ai à dire, et que le monde entier et Bachar Assad m’écoutent, c’est que tout le peuple syrien ressent de la haine contre Bachar, qui a tué les Sunnites, et a utilisé les Alaouites comme combustible, ce qui a abouti au décès de milliers de leurs jeunes hommes. Les Alaouites (éléments des forces du régime) qui se trouvent sur les barrages de sécurité maudissent Assad, mais il est pour eux un mal nécessaire, les partisans qui désirent encore dire une louange pour Bachar, disent aujourd’hui «que Dieu bénisse son père». En fait tout le monde déteste et insulte Assad. Ils savent tous qu’à un moment ou à un autre ils risquent d’être tués ou contraints de fuir, et tout le monde attend ce moment, tout le monde sait qu’Assad est déjà vaincu. Je pense pour ma part qu’il est un serviteur de l’Iran et reçoit ses ordres de ce pays, y compris celui de rester en Syrie jusqu’à l’expiration de son rôle. S’il le pouvait, il prendrait son sac et quitterait le pays ».

"Devant ce peuple, tu n'as pas d'autre alternative que le départ", Panneau de Kafranbel en mars 2016!

« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autre alternative que le départ », Panneau de Kafranbel en mars 2016!

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Conférence-débat: Le point sur 4 ans de révolution en Syrie

Conférence-débat avec Françoi Burgat et Nahed Badawia

 François Burgat, politologue, directeur de recherche à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence en France. Il consacre l’essentiel de ses travaux à l’étude des dynamiques politiques et des courants islamistes dans le monde arabe.

 Nahed Badawia, journaliste, militante de gauche, opposante de longue date au régime Assad et activiste pour la démocratie et les droits de l’homme.

 En introduction : « Jalila », la femme dans la révolution syrienne

Film documentaire de Adnan Jetto qui retrace la révolution à travers la femme syrienne qui représente la résistance de tout un peuple

 Lausanne, UNIL, jeudi 19 mars 2015, 17h15

Bâtiment Geopolis, salle 2227

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux

Déjà quatre ans et le peuple syrien revendique toujours ses droits humains les plus basiques, à commencer par le droit à la vie, en passant par le droit à la liberté, la dignité et la démocratie. Dès les premières manifestations, restées pacifiques pendant six mois, le régime dictatorial et mafieux de Bachar al-Assad n’a pas hésité à user d’une répression féroce pour étouffer ce mouvement qui a pourtant rapidement gagné plusieurs régions de Syrie. Les arrestations et les tortures les plus atroces ont commencé dès les premiers jours de la révolution syrienne et n’ont même pas épargné les enfants, dont Hamza al-Khatib, 13 ans, rendu à sa famille en mai 2011, sans vie et mutilé jusqu’à être méconnaissable. Depuis 2011, le régime syrien continue de commettre ses crimes contre l’humanité sous le regard indifférent du monde tout entier. Une large partie de la Syrie et de ses infrastructures ont été détruites sous les bombardements quotidiens. Plus de la moitié du peuple syrien a dû se déplacer à l’intérieur du pays ou vers les pays limitrophes. Plus de 250’000 personnes ont perdu la vie dont une grande majorité de civils, dont au moins 15’000 sous la torture. Les femmes ont été ciblées également et la violence sexuelle à leur encontre est l’une des causes importantes du mouvement de migration vers les pays voisins et plus loin.

Hamza

Cette révolution tant attendue par le peuple syrien a vu le jour dans un contexte régional et international instable, qui a conduit au détournement de la révolution au profit des intérêts des puissances régionales et internationales. Les stratégies perverses du régime syrien conjuguées à une couverture sélective par la quasi-totalité des médias occidentaux ont conduit à donner injustement un visage islamiste à la révolution. Le peuple syrien a dès lors été abandonné seul dans sa lutte pourtant légitime. Ceci a abouti au prolongement de cette guerre d’Assad contre le peuple syrien, à la mainmise de l’Iran sur la Syrie, à l’émergence de groupes extrémistes comme “l’Etat Islamique” et aujourd’hui à la formation d’une coalition internationale contre ce dernier groupe seulement.

François Burgat et Nahed Badawia feront le point sur ces quatre ans de révolution en Syrie. Nahed Badawia abordera, en particulier, l’évolution du rôle de la femme syrienne dans la révolution. Tous deux répondront ensuite aux questions du public.

Organisée par : FemmeS pour la Démocratie

Soutenue par : Mouvement pour le Socialisme (MPS), SolidaritéS, www.alenconre.com, Groupe  Regards Critiques (UNIL), Cercle La Brèche, Réseau des Femmes Syriennes

A propos de liberté d’expression en Syrie

Charlie-de-Bachar-2

Violence contre la femme en Syrie: la Suisse n’en a rien à faire

Communiqué de presse

A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale intitulée « violence contre la femme en Syrie aujourd’hui » a été organisée à l’ONU pour le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus sont Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa AL-HOMSI, Kinda ZAOUR et Eman AL-KURDI. La conférence dénonce les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh).

Les visas de 3 jours demandés par T. KURDI, K. ZAOUR et E. ALKURDI ont été refusés par la Suisse ce vendredi 21.11.2014, sans justification, et l’attribution de celui de A. AL-HOMSI a été laissée en suspens jusqu’au 24.11., rendant ainsi impossibles leurs témoignages mardi matin. La conférence à l’ONU a donc dû être annulée.

 Il nous semble difficile de justifier ou de comprendre ces refus étant donné le rôle que la Suisse prétend jouer en accueillant diverses organisations internationales de l’ONU, ce qui suppose la possibilité pour chacun d’y accéder.

Cela soulève aussi quelques questions. La Suisse aurait-t-elle décidé que la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard de la femme n’est pas assez importante, ou bien juge-t-elle inutile de dénoncer les crimes d’Assad contre les femmes en Syrie? Et si la mission permanente de la Syrie d’Assad avait organisé une conférence à l’ONU, y aurait-il un refus de visa ?

Nous trouvons inadmissible et scandaleux d’entraver la dénonciation par des témoignages des crimes d’Assad contre les femmes en Syrie, en particulier en ce jour du 25 novembre qui leur est dédié. Des crimes ignobles et atroces auxquels les femmes syriennes font face tous les jours et qu’il est du devoir de l’opposition syrienne de dénoncer à chaque occasion devant la communauté internationale, ceci afin d’augmenter les chances d’y mettre fin. Où est la Suisse défenderesse des droits humains ? Où sont ses valeurs humanitaires ? Nous appelons aujourd’hui à déplacer les organisations internationales de l’ONU vers un pays plus digne d’assumer cet accueil et cette responsabilité.

Notre association “ FemmeS pour la Démocratie”, maintient quant à elle sa conférence-débat sur ce même sujet de la Violence à l’égard de la femme en Syrie, à Genève le 25 novembre 2014 à 19h30 à la maison des associations, rue des Savoises 15, avec Noura AL-AMEER et si possible Alaa AL-HOMSI. Une transmission par skype sera organisée pour les autres interventions.

FSD, 23.11.2014

Pour les détails sur la conférence

Le terrorisme de Daech tout le monde en parle, le terrorisme d’Assad plus personne n’en parle

Contribution de FSD lors d’un séminaire à Zürich, le 11 octobre 2014

Actuellement et depuis la formation de la coalition internationale, les médias nationaux et internationaux parlent beaucoup de l’Etat Islamique (Daech selon l’acronyme arabe), de sa terreur et des frappes de la «coalition internationale». On a l’impression qu’il ne se passe plus rien, ailleurs, en Syrie.

Résumé de la situation en Syrie d’Assad actuellement :

Le régime-clan de Bachar al-Assad continue de bombarder les différentes régions de Syrie (gouvernorats de Alep, Idleb, Hama, Homs, Damas-Campagne et Damas, Daraa, al-Quneitra,…) en utilisant toutes sortes d’armes :

  • Barils explosifs (TNT avec fragments de métaux) qui causent beaucoup de destruction, font de nombreux blessé·e·s graves et multiplient les morts parmi les civils (partout Alep, Hama, Idleb, Homs, Damas-campagne, Daraa, al-Quneitra, etc.…). Ces engins de mort sont moins chers et de fabrication locale!
  • Missiles sol-sol. Ces missiles ont été utilisés depuis 2012 pour cibler Alep (au nord) depuis Damas (au sud). Actuellement ils sont toujours utilisés. Citons deux cas récents:

Le 8 octobre 2014, sur Al-Waer (quartier de Homs toujours assiégé), deux missiles sol-sol ont été lancés, l’un d’eux a touché un bâtiment d’habitation et a tué une dizaine de civils dont des enfants et plus de 40 personnes ont été blessées.;

Le 10 octobre 2014 al-Harra, à Daraa, a été ciblé par un missile sol-sol qui a tué une dizaine de personnes parmi les civils, dont des enfants.

  • Bombes à fragmentation. Ce genre de bombes cause beaucoup de dégâts et de victimes sans compter les dangers à plus long terme, car dispersés sur le sol les micro-explosifs blessent ou tuent des enfants qui les touchent ou des personnes qui marchent dessus. Le 10 octobre 2014 une bombe à fragmentation a été lancée dans la région d’Idleb.
  • Gaz, donc une arme chimique, continue à être utilisé à petite échelle, entre autres de la chlorine qui, formellement n’est pas incluse dans les «armes chimique». Tout indique qu’il reste des armes chimiques. Le 24 septembre, le lendemain des frappes de la «coalition internationale» (de fait, les Etats-Unis) en Syrie, Aadra (aux environs de Damas) a été touchée par du gaz mortel. Le 10 octobre, Handarate, quartier d’Alep, a été touché par du gaz mortel.
  • Mortiers et roquettes sont toujours utilisés… «sans modération»

Autres armes utilisées 

  • Les snipers, sont toujours en fonction et ce sont des tueurs professionnels.
  • Les Milices sectaires d’Assad et autres groupes étrangers sectaires sèment la terreur, comme le groupe libanais du Hezbollah, le groupe irakien d’Abou Fadl al-Abbas et les combattants des Gardiens de révolution envoyés par le pouvoir iranien.
  • Les enlèvements restent d’actualité.
  • Le siège des villes et des quartiers, la famine et les coupures d’eau. Nous citons ici particulièrement le camp al-Yarmouk, dans Damas, qui est privé d’eau depuis un certain temps. Ce quartier de Damas est initialement un camp de réfugié·e·s palestiniens qui s’est transformé, au cours des ans, en un quartier «urbain».
  • Les arrestations sont plus fréquentes que jamais. Le régime vise les activistes, leurs familles, les humanitaires, les journalistes. Il n’est pas rare de trouver des familles entières dans les centres de détention d’Assad. Prenons, ici, le cas de Racha: Racha, la trentaine, voulait fuir la Syrie pour mettre ses enfants à l’abri. Le 22 mai 2014, elle s’est rendue au bureau des passeports à Damas avec ses trois enfants pour obtenir les documents adéquats. L’aîné de ses enfants est né en 2010 et elle était enceinte de 7 mois. Elle a été arrêtée avec ses trois enfants ce jour-là ; et elle a donné naissance à des jumeaux en détention !
  • Le viol… est une arme de dégradation et d’humiliation terrible et est utilisée contre les femmes ainsi que contre des hommes…
  • La torture qui peut aller jusqu’à la mort. Citons ici le cas de Abdel Rahman FATWA, 26 an, vétérinaire, de Homs, mort sous la torture le 9 octobre après 3 mois de détention à Tartous. Avant lui, son frère Jamal, pharmacien, a subi le même sort en 2011.

Nous voudrions préciser que depuis la prétendue «réélection» de Bachar Assad (début juin, avec 88,7% des suffrages!) et le décret présidentiel d’amnistie générale qui s’en est suivi, 679 détenus ont trouvé la mort sous la torture … Donc, une «moyenne» de 5 par jour.

Il faut souligner un constat depuis le début de la formation de la «coalition», la violence du régime de Bachar al-Assad s’est beaucoup intensifiée.

Que pensent les Syriens de la situation actuelle?

Un journaliste a demandé quelle était la position des Syriens (vivant en Suisse) par rapport à ces frappes, mais aussi par rapport à Daech et ses exactions. La position des Syriens de Suisse n’est pas différente de celle des Syriens de l’intérieur ou d’ailleurs dans le monde. En une formule: «nous partageons la même amertume»

Bien que nous soyons absolument contre Daech et ses exactions, que nous dénonçons avec force, d’ailleurs nous n’avons pas arrêté d’organiser des mobilisations contre Daech et contre Assad depuis l’été 2013, nous ressentons aujourd’hui beaucoup d’amertume par rapport à l’intervention de la coalition emmenée par les Etats-Unis. Les raisons de notre amertume sont les suivantes, parce que la terreur d’Assad dépasse largement celle de Daech et malgré cela «on le laisse tranquille».

Nous constatons que tous les crimes contre l’Humanité, perpétrés largement et systématiquement par le régime syrien contre «sa» population, ne comptent absolument pas dans cette décision de frapper la Syrie. Même pas les 1500 morts par les armes chimiques à al-Ghouta!

D’ailleurs, Assad a assassiné plusieurs étrangers en Syrie sans aucune réaction de la part de la « communauté internationale ». Nous citons en particulier le cas du médecin anglais Dr. Abbas KHAN, chirurgien qui aidait à soigner les blessés à Alep, qui a été arrêté en novembre 2012 et exécuté par le régime en décembre 2013 dans un centre de détention à Damas. Avant lui l’assassinat des journalistes à Homs, le français Gilles Jaquier en janvier 2012, l’américaine Marie Colvin et le français Rémi Ochlik en fév. 2012, n’ont entraîné aucune réaction de ladite communauté internationale non plus. Douze journalistes étrangers ont trouvé la mort par les soins du régime Assad.

Il a suffi par contre que deux Américains, James Foley et Steven Sotloff, soient tués (de manière certes de plus inacceptable) par Daech pour motiver cette intervention, mais contre Daech seulement!

Personne n’a bougé pour protéger les civils en Syrie pendant plus de trois ans de répression sanglante avec aujourd’hui plus de 200000 morts! Nous avons l’impression que la communauté internationale ne «protège» que les individus de certaines nationalités (occidentales surtout) et reste impassible face aux massacres que subit tout un peuple. Mais aussi, il faudrait que le ou les criminels visés soient les bons… or on ne s’attaque qu’à Daech, mais pas au dictateur-assassin Bachar al-Assad et à son clan rapproché !

Quelques données chiffrées pour mesurer la gravité de la terreur d’Assad:

1°. Au cours du seul mois de septembre 2014, il y a eu 2’375 morts en Syrie dont 1707 civils tués à cause suite à la répression du régime Assad, dont 294 enfants. Alors que Daech a tué 350 personnes en Syrie en septembre, dont 120 civils.

Ceci pour dire que le nombre de victimes du terrorisme d’Etat, toléré par la communauté internationale, reste bien plus grand que celui de Daech.

Néanmoins, il est certain qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais terrorisme. Cette comparaison a pour seul objectif d’attirer l’attention sur le fait que le régime Assad est tout autant terroriste, et depuis fort longtemps, que Daech.

2°. Dans cette situation, on a l’impression que la stratégie de la coalition est d’affaiblir Daech et de maintenir la «crise» en Syrie avec une sorte d’alternative institutionnelle au sommet. Y –a-t-il un projet visant à affaiblir l’Armée Syrienne Libre (ASL) ou à la mettre dans une situation encore plus difficile tout en la «contrôlant» (avec deux bases dites d’entraînement au Qatar et en Arabie Saoudite…avec des délais mal définis ; et sous quelles conditions ?

L’intervention en Syrie a été présentée comme des frappes accompagnées d’aide aux combattants modérés sur le terrain. A Kobané (à la frontière avec la Turquie) les civils meurent aujourd’hui et les combattants kurdes manquent de balles ! Personne ne bouge pour leur venir en aide ! Les USA viennent de refuser d’appliquer une zone tampon sécurisée… Alors qu’il aurait fallu appliquer une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie tout entière pour stopper la mort par les bombardements aériens !

4° «On» s’attaque à Daech et «on» laisse les autres groupes terroristes tranquilles… Combattre Daech seule et laisser tranquille tous les autres groupes terroristes chiites (Hezbollah, milices irakiennes et iraniennes) nous paraît très douteux! Si ce n’est parce que des relations avec le pouvoir iranien sont en marche du côté des Etats-Unis et de certains de leurs alliés.

En effet, l’effet de la présence de ces groupes chiites est de transformer la lutte des Syriens insurgés contre la dictature en une lutte sectaire, confessionnelle! Ceci risquerait fort de pousser certains Syriens et autres secteurs de la régions à se tourner vers l’extrémisme confessionnel… Ceci va certainement augmenter le déchirement au sein de la société syrienne et va aussi contribuer à ancrer l’extrémisme et à augmenter des actes de terrorisme, partout dans le monde, peut-être.

Le combat contre Daech augmente la souffrance de la population syrienne en premier lieu

Jusqu’à récemment, les civils syriens étaient les victimes du régime Assad et de ses alliés, mais aussi les victimes de Daech. Aujourd’hui, ils meurent aussi sous les missiles américains et leurs conséquences collatérales! Le premier jour des frappes, plusieurs cas de morts et de blessés ont été recensés parmi les civils (y compris des enfants), en Syrie.

Le 29 septembre 2014, la «coalition occidentale et arabe» a frappé une usine de Gaz et un stock de céréales à Deir Ezzor laissant les civils sans pain et sans combustible pour cuisiner! Nous n’avons pas entendu dire que des avions américains auraient parachuté de la nourriture pour les civils là-bas en Syrie comme ce fut le cas en Irak le 7 août 2014 – dans le Kurdistan, au nord de l’Irak.

Sans oublier que le fait d’oublier le terrorisme du régime Assad, encourage Assad à intensifier la violence et la répression contre sa population, ce qui est le cas aujourd’hui !

Bilan

Plus de morts, plus de blessés et plus de famine… sans espoir de voir enfin quelqu’un s’occuper de protéger les civils en Syrie contre un régime qui n’a jamais arrêté la terreur contre la population depuis plus de trois ans.

Cela ne peut qu’augmenter le ressentiment des Syriens contre les pouvoirs en place aux Etats-Unis et en Europe occidentale.

Craintes des Syriens

Nous ne savons pas ce qui se passe en coulisses. Après l’annonce par la coalition qu’elle ne collaborerait pas avec Assad, ce dernier a annoncé qu’il considérait ces frappes comme une agression.

Ensuite, Assad a tout soudainement déclaré qu’il soutenait les frappes occidentales. La «coalition» va-t-elle vraiment aider l’ASL («modérée») et les combattants kurdes syriens sur le terrain? On peut douter de cela quand on voit la politique du gouvernement de Turquie, plus soucieux de «contrôler les Kurdes» et de les frapper que de les aider (ne serait-ce qu’en laissant aller des forces kurdes aller se battre à Kobané). Obama a annoncé récemment que cette aide prendrait du temps (6 à 9 mois) dit-il, pour préparer l’ASL…Alors que l’ASL se bat sur deux fronts – contre Assad et contre Daech – depuis plus d’un an. Soit bien avant les frappes de la «coalition».

Que veulent les Syriens insurgés ?

Ce que nous souhaitons aujourd’hui c’est que la «communauté internationale» prenne enfin des mesures sérieuses pour mettre fin à toutes les formes de terrorisme en Syrie : celui du régime Assad, de Daech, d’Hezbollah, des milices iraniennes et irakiennes. Cela pour protéger les civils et mettre fin à ce bain de sang. Et ça commence par clouer l’aviation syrienne au sol et fournir un armement contre les avions, hélicoptère et les chars…

Terrorisme d’Assad et terrorisme de Daech, analogies et différences

Daech et le régime Assad, règnent par la terreur et la barbarie médiatisées. Tout le monde a vu ou entendu parler des vidéos de décapitation des journalistes occidentaux. Avant eux Daech a crucifié et décapité publiquement des Syriens qui s’opposaient à lui. Des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux dont le but était de terroriser la population.

Avant Daech, Assad a organisé des massacres collectifs à l’arme blanche dans plusieurs localités en Syrie. Nous rappelons ici le premier massacre collectif en mai 2012 à al-Houla à Homs où des familles entières ont trouvé la mort. Le but est également de terroriser la population.

Dans les deux systèmes, un seul maître existe et est «adoré» (ou soumis à une adoration contrainte) comme s’il était un Dieu (Bachar pour le régime syrien et Baghdadi pour Daech). La population ne compte pas dans ces systèmes sauf peut-être pour y être soumise.

Ciblage des activistes, journalistes, médecins, humanitaires… pour empêcher toute forme d’activités constructives de la société civile.

Se dessine un objectif analgue : étouffer une révolution et détenir un pouvoir absolu !

Une grosse différence cependant entre ces deux formes de terrorisme

1° Assad terrorise principalement sa propre population. Si nécessaire, il n’hésite pas à tuer ceux qui, parmi les Occidentaux, aident la population syrienne… Cette forme de terrorisme est de moindre importance pour la «communauté internationale», ça se passe ailleurs, à la limite tout le monde s’en fiche. Tant qu’il ne s’agit pas «des nôtres»… Même si la durée de cette terreur dépasse les trois ans et demi…et la précédait sous d’autres formes moins visibles et moins amples.

Daech terrorise des populations sous son emprise (villes occupées, population qui ne se soumette pas à ses ordres), mais il suscite une crainte dans les pays occidentaux, et cela d’une façon très médiatisée.

Cette forme de terrorisme est beaucoup plus grave pour la «communauté internationale», car ça touche aussi, potentiellement, l’Occident !

C’est dans cette différence qu’Assad a trouvé dès le début les moyens de manipuler les opinions.

Stratégie et propagande d’Assad :

Etant conscient de cette différence importante, Assad a orienté sa machine de propagande dès le début des manifestations pacifiques pour s’acheminer vers la situation dans laquelle on se trouve aujourd’hui!

Il a accusé les manifestants d’être des salafistes (courant fondamentaliste, renvoyant au terme arabe salaf ; «ancêtre», «prédécesseur») dès la première manifestation en mars 2011. Afin de défigurer la révolution et de lui donner une couleur d’islamisme extrémiste. Cette propagande a été maintenue sans faille tout au long, même si elle n’avait aucune base sur le terrain au moins jusqu’à fin 2012,

Il a opté pour une répression violente, pas seulement contre les activistes, mais aussi contre leurs familles pour les pousser à prendre les armes, sachant que la résistance armée peut être plus facilement manipulée…

Malgré la violence, les manifestations sont restées pacifiques pendant six mois. Ensuite, les armes ont été utilisées d’abord pour protéger les manifestations et les lieux de protestation. Ensuite et suite à l’échec de la mission spéciale de l’ONU, conduite par l’ex-secrétaire général, Kofi Annan, en été 2012, l’offensive du régime a beaucoup augmenté. Il n’ y avait plus aucun choix possible de résistance pacifique.

Assad a annoncé à plusieurs reprises une amnistie générale… ceci depuis 2011. A chaque fois, il a libéré surtout des détenus islamistes fondamentalistes…

Il a ciblé particulièrement les journalistes, les activistes laïques, les Syriens et Syriennes, éduqués, cultivés et patriotiques qui pourraient aider à rassembler la population (ils ont disparu, ont été tués, détenus, ou été poussés à fuir…).

Mais également la violence et les massacres collectifs ont été orientés afin d’ attiser le sectarisme. Ces tueries ont ciblé particulièrement les sunnites, le plus probablement pour stimuler des réactions des islamistes.

Quelques points d’interrogation à propos de rapports entre Assad et Daech?

Ceux et celles qui connaissaient le rôle joué par Assad dans la manipulation d’al-Qaïda en Irak suite à la guerre américaine de 2003, peuvent cogiter sur son possible rôle dans le lancement de Daech en Syrie au printemps 2013.

Nous rappelons, ici, le cas de James Folley le premier journaliste décapité par Daech, ce qui a motivé (du point de vue de déclarations publiques) les frappes de la coalition.

James Foley a été détenu par le régime Assad dès novembre 2012, bien avant la naissance même de Daech (au printemps 2013). En mai 2013 encore, l’AFP a publié qu’il avait été enlevé par des milices pro-régimes et qu’il était entre les mains du service de renseignement à Damas. Et soudainement il se trouve entre les mains de Daech qui le décapite au moment même où Assad se propose comme partenaire pour la lutte contre le terrorisme. Une coïncidence. Ce dossier est bien évidemment connu des services d’intelligence des Etats-Unis.

Daech décapite d’une façon très médiatisée des journalistes et des humanitaires qui ne pouvaient pas rester immobiles et silencieux face à la catastrophe qui se passe en Syrie. Daech n’a jamais décapité un individu pro-régime d’Assad, jusqu’à tout récemment.

Ce qui est certain est que le régime ne s’en est jamais pris à Daech, et Daech ne s’en est jamais pris aux forces du régime, ceci jusqu’à la formation de la «coalition internationale». Tous deux s’attaquent, par contre, aux activistes et à l’ASL.

Aujourd’hui il est évident que les décapitations des journalistes ont soudé le monde entier dans une guerre anti-terroriste. Ainsi Assad et ses exactions ont été complètement oubliés. Et pire encore, peut-être même que la coalition cherchera-t-elle à l’avenir à collaborer avec lui dans le rôle du pompier pyromane, comme garant contre le terrorisme.

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En conclusion, on ne peut pas s’attaquer aux symptômes du terrorisme seuls… j’entends par-là Daech, et mettre entre parenthèses, ignorer l’origine même du terrorisme dans la région – et particulièrement dans sa base syrienne, j’entends ici le régime mafieux et criminel d’Assad.

(11 octobre 2014, Zurich)

Assad, Daech et l’Occident… vérités et mensonges!

Chronique de la Syrie

Récemment, l’Etat Islamique (IS ou en arabe Daech) a décapité deux journalistes américains qui s’étaient tous deux dévoués pour faire entendre la voix et la souffrance du peuple syrien ! Le prétexte invoqué est l’intervention américaine et les frappes aériennes sur des bases ou sur des troupes de Daech en Irak. Toutefois, il faut rappeler ici que Daech dès son apparition s’en est pris aux activistes, aux médecins et aux journalistes syriens qui faisaient partie de la révolution ou qui soulageaient la souffrance de la population ou encore qui faisaient entendre sa voix. Tous ceux qui ont été enlevés par Daech oeuvraient pour défendre ou aider les opprimés et pour que la justice et l’humanité ne soient pas oubliées en Syrie. Jamais, jusqu’à tout récemment, Daech et le régime mafieux Assad ne se sont attaqués mutuellement ! Les barils d’explosifs du régime Assad ont toujours épargné soigneusement les forces de Daech à Alep, préférant cibler les civils.

Tout ça devrait nous inviter tous à nous poser la question du rôle d’Assad dans la naissance de Daech.

La décapitation de James Foley ajoute un élément semblable, car James Foley a été détenu par le régime Assad en novembre 2012, bien avant la naissance même de Daech (au printemps 2013) et soudainement il se trouve entre les mains de Daech qui le décapite au moment où Assad se propose comme partenaire pour la lutte contre le terrorisme ! En mai 2013, l’AFP a publié qu’il avait été enlevé par des milices pro-régime et qu’il était entre les mains du service de renseignement à Damas.

Avec une possible intervention proche de l’Occident en Syrie, FSD a jugé utile de traduire un article de l’écrivain syrien Yassin al-Haj Saleh qui approfondit la question de Daech.

 FSD, 07.09.2014

Trois niveaux d’action sont nécessaires pour faire face à Daech

Yassin al-Haj Saleh

01.09.2014

 

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien

Yassin al-Haj Saleh, écrivain syrien

Il semble que les Etats unis et l’occident se préparent à faire face à Daech (Etat Islamique – EI) en Syrie, même s’il est fort probable que ces actions n’iront pas plus loin que des frappes aériennes, et peut-être quelques opérations de commandos. L’objectif probable des frappes serait de mettre cette organisation terroriste naissante sous pression et de l’occuper à rassembler ses forces suite à ces possibles frappes, pour l’empêcher de progresser.

De son côté le régime syrien s’est dépêché d’offrir ses services dans le cadre de cette action militaire occidentale probable. Tandis que l’occident continue à mépriser Assad, il n’est pas exclu qu’il ait recours à ses services pour avoir une base militaire avancée contre Daech (EI), et par conséquent qu’il facilite la prolongation de sa mainmise sur le peuple Syrien.

Il est certain que ces frappes seront sans effet si elles se veulent punitives seulement. Il est clair que le recours à la force est nécessaire pour faire face à cette puissance fasciste qui utilise le terrorisme comme tactique de combat, comme outil psychologique et comme méthode pour gouverner. Faire face à cette entité terroriste par la violence n’est pas seulement légitime suite aux crimes qu’elle a perpétrés, mais aussi parce qu’il est impossible de se débarrasser de cette force d’occupation sans utiliser la force. Le problème d’une intervention occidentale probable contre Daech n’est pas seulement qu’elle comprend uniquement une dimension militaire, mais aussi que cette intervention militaire resterait très probablement limitée aux frappes et ne servirait qu’à gérer la crise à la place de lui trouver une solution réelle. Une telle méthode de gestion de crise enlève à notre combat toute dimension de justice et de libération des peuples, et l’assimile à une bagarre entre gamins, dont on veut ignorer la cause profonde, avec pour seul but de calmer le jeu et rétablir la stabilité de la région.

Il n’y a pas pire que cette méthode, ni plus égoïste et irresponsable. Ce genre de gestion est en partie responsable de la destruction de la Syrie et de la naissance de créatures immondes comme Daech. Peut-être que les Américains pensent que de telles créatures ont leur place naturelle dans le marais du Moyen-Orient. Et ils ont peut-être raison. Mais ce marais est le produit de leurs efforts et de ceux de l’occident au fil de plusieurs générations, tout comme il est le produit de la présence d’une autre entité d’occupation terroriste, Israël, comme maître de la région. Ce marais n’est pas vraiment le produit des « gamins » syriens, irakiens, libanais, etc. Un autre facteur important dans l’apparition d’un tel marais, est le recours perpétuel à des régimes terroristes, comme celui d’Assad et de ses semblables pour garantir la stabilité de la région, au détriment de toute justice et au mépris de toute dignité humaine.

C’est pourquoi une intervention militaire américaine et occidentale, même si elle a pour but d’en finir avec Daech et non pas de l’affaiblir seulement, ne présente qu’une seule des trois dimensions nécessaires pour être réellement efficace.

La deuxième dimension consiste à faire face à l’origine du terrorisme dans la région, à savoir le régime syrien, ou bien d’aider les Syriens à y mettre un terme. Punir Daech seulement, alors que le régime syrien a déjà commis pire que Daech, et laisser ce régime criminel dans l’impunité donnerait le pire des messages aux Syriens et aux peuples du Moyen-Orient plus généralement. Sans oublier que de s’attaquer à Daech seul rendrait un grand service à ce dernier et l’aiderait sans doute à justifier et renforcer son action. (En ternissant l’image de la révolution aux yeux de l’Occident, note du traducteur), les groupes islamistes en Syrie et Daech en particulier, auront finalement servi à faire perdre aux Syriens leur confiance dans la communauté internationale et dans la justice mondiale. Basé sur cette perte de confiance, Daech s’apprête à détruire complètement l’image du reste du monde dans notre environnement social et psychologique.

Il est bien possible qu’une frappe de Daech à al-Raqa, ville qui a déjà été bombardée par Assad, en prenant soin d’éviter les positions de Daech, et bombardée à nouveau récemment sous prétexte de frapper Daech, ait comme conséquence de rapprocher les habitants de al-Raqa de cette organisation à la place de les en éloigner. Les frappes occidentales doivent viser les deux criminels à la fois, Daech et le régime syrien, et ne doivent en aucun cas frapper l’un et laisser l’autre. La décapitation de James Foley, qui est un crime odieux, n’est pas comparable à la mort sous la torture des 11’000 détenus jusqu’en août 2013, pas comparable non plus au massacre aux armes chimiques dans al-Ghouta en août 2013 et aux massacres de Darayya, Jdaydeh Artouz, Banias, al-Houla, al-Treimsseh et tous les autres massacres imputables au régime syrien. Les crimes ne sont pas comparables, mais en sanctionnant un criminel tout en laissant l’autre impuni on détruit la notion même du crime et avec elle celle de la justice et de la sanction juste. Une telle gestion irresponsable pourrait ouvrir la porte au terrorisme et on pourrait même voir naître des créatures pires encore que Daech.

Il y a une troisième dimension pour faire face à Daech, où les occidentaux ne peuvent ni intervenir ni aider, et il est même préférable qu’ils ne tentent pas de s’en mêler. Daech n’est pas seulement une organisation criminelle, n’est pas seulement le produit de certaines politiques criminelles locales et internationales, Daech a aussi un lien à l’Islam. Les islamistes et les musulmans qui disent que Daech est un produit des services secrets et que l’Islam n’a rien à avoir avec lui se trompent eux-mêmes. Daech est une évolution d’al-Qaïda dans le contexte Syrien et Irakien qui est bien connu, al-Qaïda elle même étant une organisation d’origine saoudienne et égyptienne. Il n’est pas sérieux de nier l’influence religieuse dans la naissance de Daech, même s’il s’agit là d’un phénomène contemporain. Ce monstre est notre produit, il est né de la décomposition de notre politique, de notre pensée et de notre morale.

Il est clair que cette troisième dimension pour faire face à Daech ne peut être affrontée que par les musulmans eux-mêmes et les sunnites plus spécialement. Daech est une pensée islamiste qui ne peut être contrée que par la pensée. On doit se demander où se trouve la pensée islamique qui peut faire face à Daech fermement ? Lorsque les islamistes critiquent Daech pour sa conduite cruelle et sa précipitation et son refus d’acheminer les changements graduellement, ils ne le critiquent pas pour son projet de vouloir imposer un pouvoir islamiste par la force. Ceci n’est pas sérieux, tout comme la différence faite par les américains entre les crimes de Daech et ceux du régime n’est pas sérieuse. Il est nécessaire de dépasser la situation actuelle en amenant une réforme de l’Islam qui en augmente la dimension de la croyance et de la justice et en diminue la dimension du pouvoir et du droit islamiste. C’est une opération à long terme mais nécessaire pour faire face aux entités comme Daech.

En résumé, Daech est un problème sécuritaire, et plus que ça un problème politique et encore plus que ça un problème de la pensée. Faire face à Daech efficacement doit avoir à la fois une composante d’opposition militaire, et c’est exactement ce que les syriens opposants au régime ont fait les premiers et avant quiconque, une composante politique qui fait un pas vers la justice en Syrie en mettant un terme au régime syrien criminel, et une composante liée à la pensée musulmane qui arracherait l’Islam des mains de Daech et le Daechisme de l’Islam.

 01.09.2014, Yassin al-Haj Saleh, écrivain syrien