Archives du blog

Assad, « pilleur » du coronavirus

Article de Omar Kaddour publié en arabe le 01.08.2020 sur le site almodon

Traduction en français par FSD

File d’attente devant l’office des pompes funèbres à Damas, le 01.08.2020. Source: page de Fawaz Tello.

Le régime Assad a récemment renoncé à son déni de la propagation du virus corona dans les régions qu’il contrôle. Mais cet abandon a été bien calculé « comme d’habitude » et n’implique pas le moindre changement dans la nature du pouvoir. Le déni lui-même a pris différentes formes. Au début, il y a eu l’annonce de cas d’infection très très limités, accompagnés de spectacles tels que laver les rues et les lieux publics, ou imposer une quarantaine sur des régions entières à cause de l’apparition d’un seul cas; sans oublier le confinement général annoncé alors même que le discours adopté affirmait l’absence de cas. Ensuite on a insisté sur le fait de n’avoir que de rares cas, que tout cela venait de l’étranger, et que c’était sous contrôle.

Récemment, le déni a pris une nouvelle apparence: les autorités annoncent un nombre de victimes presque stable quotidiennement, tandis que les pages des réseaux sociaux pro-régimes sont remplies d’informations parlant d’un nombre de cas bien plus important (1). Mais c’est le régime seul qui décide du nombre de cas annoncé aux organisations internationales. Même lorsque le régime reconnaît que les chiffres peuvent ne pas être exacts, il blâme les sanctions internationales imposées à certains secteurs, même si ces sanctions n’affectent ni l’alimentation ni la médecine. Par exemple, nous avons appris trois cas de décès de personnes qui nous sont connues en une seule journée, mais le régime n’a  annoncé qu’un seul décès pour toute la Syrie ce jour là. L’autorité en Syrie décide du nombre qu’elle souhaite annoncer, peu importe le nombre de cas dont nous sommes sûrs.

Il est plus que probable que l’autorité n’a pris aucune mesure sérieuse au cours de la période récente pendant laquelle l’épidémie s’est propagée. Toutefois, cette période a été mise à profit pour réfléchir à la meilleure manière d’exploiter les circonstances, ou, selon l’expression chère aux syriens, comment « piller » l’épidémie. Ainsi, par exemple, le pouvoir syrien a annoncé sa décision d’obliger les voyageurs, au départ et au retour au pays, de passer un test facturé 100 dollars, et en obligeant les rapatriés à passer une nuit dans un hôtel bien précis, qui coûte 100 dollars la nuit, et qui appartient à des personnes proches du pouvoir.

A titre de comparaison, le coût du même test en France équivalait à 60 dollars (avant d’être inclus dans l’assurance maladie) et il est moins élevé dans la plupart des pays et gratuit dans d’autres. De plus, selon les annonces de l’OMS, il est très probable, que le pouvoir Assad ait obtenu les tests de corona gratuitement. Ce qui signifierait que cette aide médicale serait utilisée comme moyen pour soutirer aux citoyens syriens de l’argent en monnaie étrangère. D’après notre appréhension de la nature du pouvoir syrien, ces décisions pourraient bien être une action sur mesure pour intégrer l’épidémie dans un schéma de corruption. Tandis que les hôpitaux publics renoncent à tester les malades par manque de disponibilité des tests, ces derniers sont disponibles pour ceux qui ont l’intention et les moyens de voyager. Sous ce même prétexte, des tests peuvent être disponibles plus généralement pour ceux qui sont en mesure de payer, qu’ils voyagent ou non. La corruption permet à ceux qui ont plus d’argent que les autres à avoir un appareil respiratoire, tandis que les appels à l’aide pour en avoir un envahissent les pages de médias sociaux.

Au cours des derniers jours, les médecins travaillant dans les hôpitaux concernés ont averti à plusieurs reprises les malades du corona et ceux soupçonnés de l’être de ne pas se rendre dans l’un de ces hôpitaux, car ils n’y obtiendraient pas les soins souhaités et risqueraient donc davantage d’être infectés, s’ils ne le sont pas déjà. La répétition de ces avertissements publics signifie que les autorités sont indifférentes aux normes minimales de santé, et se comportent avec une arrogance extrême. Elles ne se préoccupent même pas des scandales publiés dans les médias. Alors que jusqu’à récemment des personnes se faisaient arrêter pour avoir exprimé bien moins de critiques que ce que l’on entend aujourd’hui. 

Un journaliste travaillant pour un média du régime nous donne une meilleure idée de ce qui se passe dans les hôpitaux, à travers sa page Facebook. Il accompagne son ami malade à l’hôpital universitaire de Mouwasat et constate que le service d’urgence est surpeuplé et ne fait aucune distinction entre les cas. Heureusement, son ami obtient un lit avec un respirateur. Mais peu après un médecin lui recommande de ramener son ami pour un traitement à domicile. Ce patient quitte le lit muni d’un respirateur, qui sera alors attribué immédiatement et sans stérilisation à une patiente souffrant d’hypoglycémie. Selon le récit du journaliste, le médecin lui demande alors de photographier deux ordonnances accrochées au mur. Il semble que l’hôpital les recommande à tous les patients, et parmi les médicaments se trouve l’hydroxychloroquine, qui a déclenché une polémique à l’échelle mondiale, et dont la dangerosité est confirmée aujourd’hui pour certains patients. Ce patient, selon le témoignage de son ami journaliste, avait tenté sans succès d’appeler le numéro mis à disposition des personnes présentant les symptômes du corona. Il n’a pas eu non plus de meilleure réponse lorsqu’il s’était rendu à l’hôpital universitaire Assad avant de se rendre à l’hôpital Mouwasat. Ce patient est décédé deux jours après dans de fortes souffrances liée au corona et à l’absence de soins offerts par l’équipe médicale dans les deux hôpitaux publics.

Les deux ordonnances non-nominales accrochées au mur des urgences de l’hôpital universitaire Mouwasat à Damas. Source

Sans exclure la présence de médecins et d’infirmières vigilants, y compris ceux qui mettent en garde contre la fréquentation des hôpitaux publics, la dégradation des services de ces derniers ne reflète pas seulement la dégradation du secteur de la santé en général, mais elle reflète aussi l’indifférence totale vis à vis d’ une situation d’épidémie qui nécessiterait de lui donner la priorité. Ces manifestations de négligence ne peuvent prévaloir que dans un climat général de corruption et d’insouciance, avec même un petit pourcentage de personnels de santé contribuant à l’exacerber, sans oublier le travail des cadres médicaux dans des conditions qui ne leur assurent aucune protection. D’après notre connaissance de la nature du pouvoir, tout cela relève de la négligence délibérée dont les pauvres sont victimes, et ceux qui sont en mesure de payer trouvent de meilleurs endroits pour le diagnostic et les soins. D’ailleurs, il n’est pas exclu que l’hôpital lui-même ait des sections « luxueuses » pour ceux qui peuvent se permettre de payer cher, et d’autres pour les misérables laissés pour compte dont la survie dépend alors seulement de leur immunité personnelle.

On ne s’attendait pas à ce que l’autorité d’Assad se montre moins mauvaise qu’elle ne l’est. Le fait de tirer profit de la situation épidémique liée au corona était attendu, même s’il  était difficile de s’attendre à ce niveau de grossièreté. On ne trouvera nulle part ailleurs des malades poussés à préférer la mort à la maison plutôt que d’aller à l’hôpital. On ne trouvera nulle part ailleurs des familles en deuil qui taisent la cause de la mort de leur défunt de peur qu’ils ne soient soumis à un chantage avec obligation de l’enterrer loin du cimetière où les autres membres de leur famille sont enterrés. On ne trouvera nulle part ailleurs ce type de commerce avec les cadavres. Comme nous sommes pris au dépourvu par cette terrible affliction humaine, nous n’avons d’autre moyen que de souhaiter que l’épidémie soit plus bienveillante envers les victimes. Et alors que nous sommes plongés dans notre stupéfaction et nos vœux naïfs, il y a un gang qui est peut-être en train de se dire que l’exploitation de cette situation d’épidémie du corona ne lui a pas rapporté un gain suffisant, et qu’il faudrait concevoir d’autres méthodes plus rémunératrices pour compenser.


(1) Les réseaux sociaux syriens parlent d’environ 100 morts par jour à Damas la semaine dernière.

Témoignage: Pillage du Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech

FSD traduit un témoignage de l’arabe concernant le Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.

Source: Publication du 20.09.2015 sur le site Souriyati http://www.souriyati.com/2015/09/20/22019.html

———————–

Un témoin oculaire raconte le pillage du musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.
Lorsque s’allient les mafias des antiquités, le régime et la « sécurité »…

Zenobie-Palmyre

Cette histoire n’est pas une histoire imaginaire. Elle n’est pas étrange pour ceux qui sont des professionnels de la corruption, ni pour une administration qui a recruté tous les voleurs et ceux qui possèdent un passé criminel, afin de menacer tous ceux qui se dressent contre leur corruption. Ce régime criminel les a recrutés, leur a assuré l’impunité et les a envoyés répandre le chaos, la corruption et le vol.
Des ordres oraux ont été donnés et des communications ont eu lieu avec le Musée de Palmyre dans le but de vider le musée, y apporter des caisses de munitions vides, trier les meilleures pièces et ensuite les emballer dans des sacs en tissu et les entasser dans les caisses. Toute cette opération s’est faite d’une façon anarchique et absurde sans aucun enregistrement ni documents certifiant la livraison, ni inventaire. Quant aux caisses, elles n’ont pas été scellées avec de la cire rouge. Un travail de pillage pratiqué professionnellement avec la bénédiction de la mafia de l’archéologie. Une mise en scène ridicule a été effectuée au Musée de Palmyre sous le couvert de l’obscurité: des statues antiques se sont faites voler et transporter par des véhicules militaires et le musée s’est fait piller et vider de façon systématique, en l’ absence totale de commission de supervision et de toute liste descriptive des pièces transportées et sans que leur destination ne soit mentionnée. Un tel comportement n’est pas étranger à une telle Direction qui emploie des criminels, qui a vendu des sites archéologiques, pillé les musées, vendu l’histoire et la civilisation syrienne.
Avec le début des affrontements dans la ville de Palmyre et la propagation de nouvelles sur la fuite des éléments de la branche du désert du service de renseignement, certains officiers et membres des services de renseignement se sont rassemblés devant le Musée de Palmyre avec des camions de transport. Ils y sont entrés en présence de deux responsables du musée et là il y a eu un semblant de bagarre entre ces derniers et les éléments de la sécurité pour la sélection des pièces importantes du musée … Et des cris des éléments de sécurité ont été entendus demandant de ne pas transporter les pièces qui présentent la moindre égratignure… Le transport de ces pièces antiques s’est fait sans aucun dossier ou pièce qui porte la signature des responsables! Tous les registres de ces pièces sont restés sur-place, exposés à la destruction.
Les registres et les cartes définissant chaque pièce sont restées à Palmyre dans les dépôts du musée, alors que les pièces antiques étaient dans les véhicules des services de renseignement en compagnie du conservateur du musée et deux employés Ahmad Al-Taha et Ahmad Al-Farjan. Les camions ont pris la route de Homs où les deux employés ont été déposés, alors que les camions s’orientaient vers une destination inconnue. Si vraiment ce transport avait comme objectif de conserver ces pièces, on n’aurait pas utilisé cette méthode qui présente tous les signes de l’illégalité: absence de commission de supervision et de toute documentation, à la va-vite, comme des voleurs.
Le Directeur général des antiquités, rusé, a alors fait appel au monde entier pour protéger les antiquités de Palmyre en affirmant que les pièces du musée ont été placées en sécurité. S’il était honnête pourquoi ne pas avoir présenté les registres de transport ni mentionné les pièces transportées. Il faudrait savoir qui sont les responsables d’un tel transfert d’antiquités, les services de renseignement ou bien la Direction de l’archéologie? Pourquoi les registres sont-ils restés à Palmyre? Pourquoi il n’y a aucune documentation du transport? Pourquoi les deux employés ont-ils été ramenés à Palmyre?
Le résultat est là, le musée de Palmyre a été pillé sous le regard de tous, témoins du crime organisé et du vol de l’un des plus importants musées syriens par des mains qui ont détruit les antiquités syriennes et qui sont des professionnels du mensonge et du faux, afin de détruire et de piller l’histoire et la civilisation du peuple syrien et de la dépouiller de son identité de grande civilisation.
Archéologue Omar al-Bounyeh