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« A genoux, sinon la famine », témoignages d’une zone assiégée

Assiéger les régions protestataires, les bombarder intensivement et leur imposer la famine en interdisant strictement l’entrée des aliments, fait partie d’une politique systématique et délibérée du régime syrien. Autour de ces zones assiégées on peut lire une inscription sur les murs: « A genoux, sinon la famine » écrite par les forces du régime syrien. Or la famine imposée et le bombardement des populations civiles constituent des violations de la loi internationale et font partie des crimes de guerre. Lorsque les habitants ne peuvent plus supporter ces conditions de vie extrêmement difficiles, le régime propose alors des accords avec la zone en question, pour la vider de ses habitants à qui on impose alors un déplacement forcé, souvent vers Idlib au nord de la Syrie. Ce fut le cas à Homs, Darayya, Alep-Est, al-Waer, Zabadani, Madhaya, etc. FSD a traduit un article de l’arabe qui rapporte le témoignage de trois habitants de Mouadhamyat al-Cham (assiégée de 2013 à 2016) qui sont arrivés à Idlib en octobre 2016.

« A genoux, sinon la famine! ». Source             http://www.creativememory.org/?p=110273

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Histoires du siège de Mouadhamyat al-Cham

Article en arabe de Mariam Ahmad

Mouadhamyat al-Cham, ville de la région de Damas, a été assiégée pendant trois ans non-stop. Durant ce siège, plusieurs tentatives d’accord ont eu lieu qui ont permis aux étudiants et aux employés travaillant à Damas de sortir de la ville et d’y retourner, mais sans rien emporter avec eux. Finalement, à la mi-octobre 2016, le régime a forcé 1100 habitants de la ville à partir en les re-dirigeant vers la ville d’Idlib, en emportant avec eux des dizaines d’histoires déchirantes.

Les habitants de la ville qui étaient autorisés à en sortir et à y revenir considéraient la salle d’inspection du checkpoint al-Somaryya comme un cauchemar épuisant. C’était un lieu d’humiliation pour les hommes, les femmes et les enfants, parce que personne ne pouvait y passer sans être insulté, battu et parfois arrêté après être resté debout pendant de longues heures en attente de l’inspection. Pour quitter Mouadhamyat al-Cham ou en y rentrer, il fallait traverser deux km de route avec quatre checkpoints et al-Somaryya était le plus difficile à passer; des centaines de passants y ont été arrêtés.

Douaa Najjar (30 ans), l’une des habitantes de Mouadamyat al-Cham arrivés à Idlib, nous raconte son histoire en essayant de rassembler sa mémoire marquée par des événements douloureux. Elle dit: «En rentrant du travail, je devais attendre environ 3 à 4 heures avant de passer une inspection qui viole toute dignité humaine. Comme on manquait de nourriture, j’ai pris une fois le risque d’apporter un morceau de chocolat et une galette de pain pour mon fils affamé et je les avais cachés dans mes vêtements. En entrant dans la salle d’inspection je tremblais et je transpirais de peur. L’inspection a été minutieuse et on m’a demandé d’enlever le voile et les vêtements extérieurs. Lamis, responsable de l’inspection des femmes, a découvert ce que je cachais, elle m’a alors giflé, m’a donnée un coup de pied et m’a dit:
– Que tu es bête, tu caches le pain sur ton corps, quel péché tu commets toi l’affamée!
Douaa ajoute: «comme si elle savait distinguer le péché du bien!». Elle poursuit: « Je l’ai suppliée de me laisser la galette de pain, même si je me sentais humiliée et ça me faisait très mal. Je l’ai fait pour mon fils. Je voulais qu’il mange du chocolat. Lamis m’a répondu:
– Fous le camp avant que je ne procède à ton arrestation! »

Jamal Mohammed (23 ans), étudiant universitaire nous raconte: «la longue attente à ce checkpoint n’est pas causée par le nombre de passants. Souvent nous ne sommes que quelques-uns à passer, mais les agents qui font l’inspection font exprès de nous faire attendre pour nous humilier, ou alors nous devons attendre qu’ils finissent de manger et de boire leur maté pour décider de nous faire passer. Une fois, j’attendais mon tour et j’avais caché dans mes chaussures un sachet de médicament pour l’hypertension pour ma mère. Mon cœur tremblait de peur mais j’essayais de faire semblant que j’étais fort. Les moments écoulés me semblaient des années à cause de la peur, parce qu’ils nous demandaient parfois d’enlever nos chaussures. Lorsque mon tour vint l’élément de la sécurité me dit:
– Viens ici l’islamiste, qu’est-ce que tu as sur toi? Dis-le moi avant que je ne te fouille!
J’ai répondu que j’avais un paquet de cigarettes. En fait, je l’avais amené avec moi exprès pour camoufler le médicament. Je priais Dieu pour qu’il le prenne et me laisse passer sans me fouiller. Je récitais toutes les prières que je connaissais au fond de moi… Il dit enfin:
– Donne-moi les cigarettes et vas-t-en… Ne le refais plus jamais! Que tu n’es qu’une bête qui sais apprécier le plaisir de fumer!».
Je me sentais fou de joie à entendre ces mots, malgré toute l’humiliation et les insultes, mais j’avais réussi à passer le médicament. J’avais de la peine à y croire. J’ai couru comme si j’étais un héros légendaire pour donner son médicament à ma mère, avec beaucoup de fierté».

Nasreen, 26 ans, nous parle de son expérience avec les checkpoints: « Je suis entrée à Damas à cause d’une situation d’urgence lors de mon accouchement. Cinq jours après, sur le chemin du retour à Mouadhamyat al-Cham, je suis arrivée au checkpoint et j’au dû faire la queue pour être fouillée comme les autres; je portais mon bébé sous le soleil qui tapait fort, sans pouvoir m’asseoir. Au bout de deux heures et demie je suis entrée dans la salle en tenant mon bébé entre les bras et je tremblais de peur et d’épuisement. Je ne tenais plus debout de peur à cause de la boîte de lait que j’avais pris avec moi. Aïda, l’une des quatre femmes qui effectuaient la fouille des femmes au checkpoint al-Somaryya, m’a dit:
-Ton nouveau-né c’est un garçon où une fille?
J’ai répondu que c’était un garçon. Elle s’est alors énervée et a hurlé:
-Ca signifie que tu as fait un terroriste alors!
Elles ont commencé à me fouiller minutieusement alors que j’étais épuisée. Ensuite c’était le tour de mon bébé. Elle l’a pris et a commencé à le fouiller comme s’il était un objet en fer et non pas un nouveau-né! Elle lui a arraché le lange sauvagement en pensant qu’elle y trouverait de l’argent. Pendant ce temps, moi j’étais sur les nerfs et j’avais très peur pour mon bébé. Je sentais mon sang bouillant de colère, car je ne voulais pas qu’elle lui fasse du mal. Pour moi, elle pouvait me battre et m’humilier autant qu’elle le voulait, mais pas toucher à mon fils. La présence d’un enfant avec soi intensifie la peur!. J’ai très mal vécu cette horrible situation, j’avais de la sueur plein le corps à cause de l’oppression que je ressentais. Il m’était impossible de prendre mon bébé pour le protéger et je devais me taire. Pire encore, j’étais obligée de faire semblant de sourire et de me tenir tranquille. Si mon fils âgé de 5 jours n’a pas échappé à leur brutalité qui pourrait y échapper? Ils ont pris tout ce que j’avais pour les besoins de base suite à un accouchement, un peu de lait, des langes et le médicament fortifiant que le médecin m’avait prescrit.».

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Depuis 5 ans, les enfants sont une cible privilégiée du régime Assad

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste cinq ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 13 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houla à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui, les enfants syriens meurent sous les décombres des bombardements de l’aviation du régime syrien ou des Russes. Ils meurent de faim imposée dans les zones assiégées. Il meurent dans la mer en fuyant la mort… Et il y en a qui meurent dans les centres de détention!

Hamza al-Khatibe 13 ans, torturé à mort en mai 2011


Massacre d’al-Houla, il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de reproduire ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012. Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés.

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

Témoignage: Pillage du Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech

FSD traduit un témoignage de l’arabe concernant le Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.

Source: Publication du 20.09.2015 sur le site Souriyati http://www.souriyati.com/2015/09/20/22019.html

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Un témoin oculaire raconte le pillage du musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.
Lorsque s’allient les mafias des antiquités, le régime et la « sécurité »…

Zenobie-Palmyre

Cette histoire n’est pas une histoire imaginaire. Elle n’est pas étrange pour ceux qui sont des professionnels de la corruption, ni pour une administration qui a recruté tous les voleurs et ceux qui possèdent un passé criminel, afin de menacer tous ceux qui se dressent contre leur corruption. Ce régime criminel les a recrutés, leur a assuré l’impunité et les a envoyés répandre le chaos, la corruption et le vol.
Des ordres oraux ont été donnés et des communications ont eu lieu avec le Musée de Palmyre dans le but de vider le musée, y apporter des caisses de munitions vides, trier les meilleures pièces et ensuite les emballer dans des sacs en tissu et les entasser dans les caisses. Toute cette opération s’est faite d’une façon anarchique et absurde sans aucun enregistrement ni documents certifiant la livraison, ni inventaire. Quant aux caisses, elles n’ont pas été scellées avec de la cire rouge. Un travail de pillage pratiqué professionnellement avec la bénédiction de la mafia de l’archéologie. Une mise en scène ridicule a été effectuée au Musée de Palmyre sous le couvert de l’obscurité: des statues antiques se sont faites voler et transporter par des véhicules militaires et le musée s’est fait piller et vider de façon systématique, en l’ absence totale de commission de supervision et de toute liste descriptive des pièces transportées et sans que leur destination ne soit mentionnée. Un tel comportement n’est pas étranger à une telle Direction qui emploie des criminels, qui a vendu des sites archéologiques, pillé les musées, vendu l’histoire et la civilisation syrienne.
Avec le début des affrontements dans la ville de Palmyre et la propagation de nouvelles sur la fuite des éléments de la branche du désert du service de renseignement, certains officiers et membres des services de renseignement se sont rassemblés devant le Musée de Palmyre avec des camions de transport. Ils y sont entrés en présence de deux responsables du musée et là il y a eu un semblant de bagarre entre ces derniers et les éléments de la sécurité pour la sélection des pièces importantes du musée … Et des cris des éléments de sécurité ont été entendus demandant de ne pas transporter les pièces qui présentent la moindre égratignure… Le transport de ces pièces antiques s’est fait sans aucun dossier ou pièce qui porte la signature des responsables! Tous les registres de ces pièces sont restés sur-place, exposés à la destruction.
Les registres et les cartes définissant chaque pièce sont restées à Palmyre dans les dépôts du musée, alors que les pièces antiques étaient dans les véhicules des services de renseignement en compagnie du conservateur du musée et deux employés Ahmad Al-Taha et Ahmad Al-Farjan. Les camions ont pris la route de Homs où les deux employés ont été déposés, alors que les camions s’orientaient vers une destination inconnue. Si vraiment ce transport avait comme objectif de conserver ces pièces, on n’aurait pas utilisé cette méthode qui présente tous les signes de l’illégalité: absence de commission de supervision et de toute documentation, à la va-vite, comme des voleurs.
Le Directeur général des antiquités, rusé, a alors fait appel au monde entier pour protéger les antiquités de Palmyre en affirmant que les pièces du musée ont été placées en sécurité. S’il était honnête pourquoi ne pas avoir présenté les registres de transport ni mentionné les pièces transportées. Il faudrait savoir qui sont les responsables d’un tel transfert d’antiquités, les services de renseignement ou bien la Direction de l’archéologie? Pourquoi les registres sont-ils restés à Palmyre? Pourquoi il n’y a aucune documentation du transport? Pourquoi les deux employés ont-ils été ramenés à Palmyre?
Le résultat est là, le musée de Palmyre a été pillé sous le regard de tous, témoins du crime organisé et du vol de l’un des plus importants musées syriens par des mains qui ont détruit les antiquités syriennes et qui sont des professionnels du mensonge et du faux, afin de détruire et de piller l’histoire et la civilisation du peuple syrien et de la dépouiller de son identité de grande civilisation.
Archéologue Omar al-Bounyeh