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Mobilisation à l’occasion de Genève 6

« La Russie et l’Iran, criminels de guerre, ne peuvent pas être les garants de la paix en Syrie! » a été le thème du rassemblement de la diaspora syrienne, le 17.05.2017, devant l’ONU à Genève, qui a réuni une trentaine de personnes. Plusieurs militants et militantes suisses se sont joints au rassemblement. Plusieurs membres de la délégation de l’opposition syrienne étaient également présents. Le rassemblement  a débuté par une minute de silence à la mémoire des victimes du régime syrien, de ses alliés, des frappes de la coalition internationale, de Daech et de ses semblables.

Rassemblement à l’occasion de Genève 6 le 17 mai 2017

 Les activistes qui ont pris la parole ont rappelé

qu’il n’y a pas d’avenir pour la Syrie avec le régime Assad

– qu’il n’y a pas d’avenir pour la Syrie avec la Russie et l’Iran comme garants de la paix alors qu’ils sont deux pays agresseurs et même envahisseurs 

– qu’il n’y pas d’avenir pour la Syrie sans la justice et le jugement de tous les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. 

que l’avenir en Syrie se fera avec une transition politique et sans le régime Assad.

Ils ont aussi appelé à l’arrêt de tous les bombardements en Syrie et au départ de toutes les forces étrangères de Syrie.

Farah Atassi, membre de la délégation de l’opposition syrienne aux négociations,  a dénoncé les manoeuvres du régime syrien qui tente d’ effectuer un changement démographique en Syrie en forçant la population des régions assiégées à se déplacer vers Idlib au nord de la Syrie. Elle a informé la diaspora que l’opposition aborde ce dossier très grave dans le cadre des négociations de Genève 6.

Hind Kabawat, membre de la délégation de l’opposition syrienne aux négociations, a dénoncé quant à elle le silence de la communauté internationale face à la souffrance extrême que les Syriens subissent.

Les chants de la révolution ont accompagné la fin du rassemblement.

Plusieurs médias étaient présents.

FSD

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Astana 4: négociations en terrain miné

Article traduit de l’arabe par FSD.

Astana est une nouvelle initiative de la Russie pour prolonger la survie du régime syrien!

Source:Article de Hazem al-Halabi, Syrian Press Center

Plusieurs générations arabes ont grandi à l’écoute du dossier des négociations « israélo – palestiniennes » et finalement de la feuille de route de la solution à deux Etats, qui n’a toujours pas porté ses fruits aujourd’hui. Aucun résultat qui permettrait de construire de futures étapes n’est apparu et ceci à cause de la politique de doubles standards des commanditaires de ces négociations au cours des années passées, en particulier des Etats-Unis qui les ont parrainées et qui ont réussi à convaincre les Palestiniens et les Arabes d’accepter une solution imaginaire appelée « solution à deux Etats ». Peut-être parce que les Palestiniens ont finalement pris conscience du fait qu’ils sont le maillon le plus faible, et que le système international est le protecteur d’Israël et le garant de son existence et de la sécurité au cœur du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, les parties prenantes internationales répètent le même scénario en Syrie, avec la différence fondamentale que le conflit en Syrie est un soulèvement populaire contre la tyrannie du régime en place, pour la liberté et la dignité. Mais après les nombreuses interventions délibérées des puissances internationales, défendant chacune ses intérêts dans la région, les ficelles se sont emmêlées et la cause s’est internationalisée, et elle a débordé du contexte local syrien, initialement confiné entre le régime et son opposition. Un nouvel acteur international, la Russie, en fait partie prenante du conflit depuis le début et principal soutien du régime syrien, s’est soudain propulsée sur le devant de la scène et s’est auto-proclamée parrain principal du dossier des négociations de paix en Syrie.

La mascarade des négociations:

La Russie a réussi à créer de toutes pièces les négociations d’Astana, qui se sont transformées en une “série” à épisodes multiples. Aujourd’hui, nous sommes au quatrième épisode de cette série, et la dernière nouveauté apparue c’est l’idée russe d’établir des zones « calmes », ou zones d’ « atténuation du conflit » et non pas des zones de sécurité comme proposé récemment par l’administration américaine. Malheureusement la proposition russe est minée par des ambigüités qui rendront son application sur le terrain très difficile, et qui laissent la porte ouverte à différentes interprétations, surtout en instituant l’Iran, Etat envahisseur de la Syrie, comme garant de l’accord de cessez-le-feu.

Le point commun entre le dossier palestinien et le dossier syrien c’est la politique de doubles standards appliquée par les parties qui parrainent les négociations. La discussion sur le retour d’Israël aux frontières de 1967 n’est pas finie à ce jour vu l’intransigeance israélienne persistante et le parti pris américain. Et à Astana, aujourd’hui, la délégation de l’opposition syrienne appelle au retrait des forces du régime syrien sur ses positions au 30 décembre 2016. Autrement dit, la délégation demande que les forces du régime se retirent vers les zones qui étaient sous son contrôle lors de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu orchestré par la Russie avec l’Iran et la Turquie, et qui a conduit aux quatre épisodes d’Astana. L’opposition est bien consciente des manoeuvres du régime syrien et de la Russie pour profiter de la trêve pour grignoter à nouveau des territoires libérés, comme cela s’est passé lors du dernier accord.

Pourquoi la Russie a-t-elle proposé des zones d’atténuation de conflit?

Il semble que la Russie a pris conscience d’un changement de ton récent du discours américain en vue de trouver une solution au conflit en Syrie, en parallèle avec ce que les Etats-Unis appellent la « lutte contre le terrorisme » en Syrie, et l’imposition de zones de sécurité pour les civils syriens pour les mettre à l’abri du conflit. Les États-Unis ayant commencé à mettre la pression sur le dossier, côtés politique et militaire, la Russie s’est soudainement agitée et pour tenter de reprendre la main, a appelé à atténuer le conflit et à mettre en place des zones “sécurisées”, alors même que les avions russes continuaient à bombarder les hôpitaux, les infrastructures et les équipements publics, ce qui a conduit à la mise hors service définitive de sept hôpitaux à Idlib quelques jours plus tôt.

Négociations minées:

La Russie et les pays de la région, l’Iran et la Turquie, principaux acteurs des combats militaires sur le terrain, sont aussi non seulement les commanditaires et les parrains de l’accord mais encore les garants de son application. Ce qui est ironique dans l’histoire c’est de considérer l’Iran comme un Etat garant du cessez-le-feu alors même que l’Iran envoie des milices sectaires iraniennes pour lutter contre le peuple syrien depuis le début de la révolution et persiste jusqu’à ce jour. C’est une grande farce que de demander à l’Iran d’envoyer des forces d’interposition entre les forces de l’opposition et celles du régime, alors que les forces iraniennes sont présentes sur le terrain syrien dans les rangs du régime. Un tel accord donne aux « forces d’interposition » iraniennes l’occasion de protéger ses propres lignes, avant de fonctionner comme des bombes à retardement dans les zones sous contrôle de l’opposition. De plus, l’Iran est un État voyou qui ne respecte ni les conventions internationales, ni ses promesses.

Le dossier des détenus syriens dans les prisons du régime mériterait à lui seul des négociations et une conférence spéciale pour le résoudre. Le régime syrien et les Russes continuent à l’utiliser comme moyen de pression sur l’opposition pour obtenir des concessions. En particulier, aujourd’hui à Astana 4, pour liguer les groupes armés de l’opposition les uns contre les autres dans le cadre d’une prétendue orchestration de la lutte « anti-terroriste »..

La Russie prétend vouloir parvenir à un cessez-le-feu complet en Syrie, pour ensuite passer au dossier politique et aux négociations réelles, après avoir préparé le terrain pour cela. En réalité, elle essaie d’imposer un cessez-le-feu propice à la survie du régime syrien et en même temps d’ affaiblir les forces de l’opposition pour jeter les bases de la division future du pays.

Depuis 2012, la communauté internationale a décrit la guerre syrienne comme étant «la tragédie du siècle», sans pour autant lui trouver une solution. Pire, alors que des atrocités abominables se reproduisent encore et encore, elle ne fait que répéter inlassablement sa condamnation des crimes commis. En conséquence la crise syrienne pourrait bien rester piégée encore longtemps, au bon vouloir de la Russie et au gré des feuilletons d’ASTANA.

SPC- Hazem al-Halabi

Après Alep-Est, la Russie bombarde les hôpitaux d’Idlib

Depuis début avril, l’aviation russe intensifie les bombardements sur Idlib et cible en particulier les hôpitaux et les ambulances. Après Alep-Est, c’est le tour d’Idlib?

FSD traduit un article de l’arabe publié sur le site du Syrian Press Center.

                 

Hôpitaux et ambulances sont ciblés à Idlib, avril 2016

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La Russie multiplie les crimes de guerre en Syrie, quelle est la position de l’ONU face à ça?

Source: Syrian Press Center

Article de Samer ACHKAR, publié le 27.04.2017

Il n’y a pas que les armes chimiques qui tuent les civils dans les zones libérées, mais aussi les différents types d’ armes classiques.

La Russie, principal allié du régime syrien et sa complice dans la tuerie des Syriens, a annoncé après la frappe américaine de l’aéroport militaire syrien al-Choeirate qu’elle continuerait son soutien militaire au régime. Effectivement, les raids aériens se sont intensifiés dans les zones libérées du nord depuis le 6 avril 2017, ciblant en particulier des installations médicales vitales et les organisations d’aide d’urgence, ceci pour empêcher les habitants d’accéder aux soins médicaux après que l’ aviation ait commis les pires massacres contre eux.

Pour punir les civils des zones libérées suite à la frappe américaine, la Russie a complété sa politique de destruction de toutes les structures sanitaires dans ces zones, pour ensuite massacrer les civils qui se trouvent alors sans aucun moyen de sauver leurs blessés. Cette politique russe constitue ainsi l’une des plus graves violations du droit international et l’un des crimes de guerre les plus odieux. Apparemment ces crimes n’arrivent même pas à secouer la conscience ensommeillée de la communauté internationale!

Dans une déclaration spéciale pour le Syrian Press Center concernant les derniers développements dans les violations internationales de la Russie en Syrie, « Ahmed Aldbeis » Directeur du centre médical al-Salama de l’UOSSM, a déclaré:
« La situation médicale en Syrie se dirige vers une catastrophe humanitaire en raison du ciblage systématique des hôpitaux et des centres médicaux, ainsi que des réseaux d’ambulances. Plus de 500 milles personnes ont déjà été privées de services médicaux en raison du ciblage des hôpitaux et des points médicaux qui a conduit à l’arrêt complet des services de 8 hôpitaux à Hama et à Idlib au cours de ce seul mois d’Avril ». Ajoutant à cela « l’escalade militaire russe constitue un crime contre l’humanité, car les raids russes ciblent exactement les centres de santé qui fournissent des services médicaux aux citoyens en général. Ce genre de service constitue l’un des droits de l’homme les plus basiques dans les circonstances les plus difficiles. »

L’ intensification des bombardements russes dans les zones libérées a commencé au début de ce mois d’avril avec le ciblage de l’hôpital central de la ville de Maart-al-Nou’man qui a conduit à l’arrêt des services de cet hôpital qui traitait plus de 8000 cas médicaux par mois. Ensuite c’est l’hôpital al-Rahma dans la ville de Khan Shaikhoun qui a été ciblé juste après le massacre chimique qui a eu lieu dans cette ville le 4 avril. Ce même hôpital a été la cible des bombardements russes une nouvelle fois le 16 avril, ce qui a conduit à l’arrêt complet de ses services. Le 17 avril c’est l’hôpital al-Ikhlass dans le village Shannan au Mont al-Zaouia qui a également été la cible des avions russes. Le 23 avril c’est le centre hospitalier de Hama, près du village Abdeen dans la région sud d’Idlib-campagne, qui a été ciblé avec des bombes anti-bunker. Ensuite ce fût le tour de l’hôpital Walid Hassino pour la chirurgie, à Kafr Takharim, près de la frontière turque. Le ciblage de ce dernier hôpital a eu lieu une heure après le massacre d’ al-Doeila, localité située à proximité de cet hôpital, dans le but de priver les blessés d’accès aux soins.

Le jeudi 27 avril, l’aviation russe a visé l’hôpital Al-Lataminah dans la campagne nord de Hama, ainsi que l’hôpital universitaire situé à l’est de la ville de Maart-al-Nou’man conduisant ainsi à l’ arrêt définitif de leurs services. Trois des blessés en cours de traitement à l’hôpital universitaire ont trouvé la mort, dont une petite fille.

Le ciblage des hôpitaux et des civils n’a pas semblé suffisant à l’aviation russe qui a visé, jeudi 27 avril, les ambulances de plusieurs organisations médicales « SAMS », « SEMA » et « CHAM » lorsqu’elles étaient en mission de sauvetage dans la ville de Maar-Zita pour évacuer les victimes du massacre commis par des avions russes, le matin même, contre les camps de la ville. Plusieurs ambulanciers paramédicaux et conducteurs ont trouvé la mort ou ont été blessés, dont on connaît à ce jour: Yusuf SUTL, Saleh RAHMOUN de “SAMS”, Majid Al-«Omar, Abou Omar SULEIMAN de « CHAM ».

Aldbeis ajoute:
« Nous, en tant qu’organisations humanitaires dans le domaine médical actives à l’intérieur de la Syrie, nous veillons à documenter les violations commises et nous transmettons nos rapports aux Nations Unies et aux organisations internationales concernées, qui, à leur tour les transmettent aux organes décisionnels au sein de la communauté internationale, mais malheureusement sans aucun résultat. Car il n’y a toujours aucune décision, de la part de la communauté internationale, qui est en mesure de stopper les exactions de la Russie et ses violations des droits de l’homme en Syrie ».

Ainsi, tous les massacres commis par l’aviation russe contre les Syriens depuis le début de son intervention militaire en Septembre 2015 échappent à de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU grâce au droit de veto de la Russie. Aujourd’hui, le monde tout entier reste les bras croisés devant la politique d’exactions russe dans les provinces d’Idlib et de Hama, qui vise à supprimer toutes les installations vitales au service des habitants, tout comme elle l’avait fait auparavant à Alep-Est, région voisine d’Idlib, à la fin de l’année 2016!

Evacuation forcée et changement démographique en Syrie

L’évacuation forcée des zones assiégées a commencé dès 2011, mais les Syriens pensaient que leur déplacement n’était que provisoire. Actuellement et avec l’importation des populations chiites iraniennes, irakiennes et libanaises en Syrie, il devient très clair que l’exode des Syriens fait partie d’une stratégie délibérée du régime syrien et de son principal allié, l’Iran. Le but est de changer le pourcentage des communautés en Syrie, et donc d’effectuer un changement démographique pour augmenter le pourcentage de la population chiite.

Rassemblement devant la Mission permanente de la Russie auprès de l'ONU, 07.10.2016

Rassemblement devant la Mission permanente de la Russie auprès de l’ONU, 07.10.2016

Voici une liste non-exhaustive dates liées à l’exode des Syriens:

– En 2011 les forces du régime ont poussé les habitants de plusieurs villages de Jisr-al-Choghour à fuir la mort vers la Turquie.
– En 2012 les forces du régime ont pénétré à Baba-Amr suite au siège et aux bombardements intensifs du quartier. Les habitants ont dû fuir pour échapper à la barbarie de ces forces. Bien sûr ils ont été traqués pendant et après leur exode.
– En 2013 les habitants de al-Qusseir ont vécu ce même exode suite au siège et aux bombardements massifs, les habitants ont été traqués de la même façon pendant leur exode. L’hôpital de Yabroud qui recevait les blessés a alors été bombardé. L’un des médecins qui a vécu l’exode à al-Qusseir a lancé un appel au secours au CICR qui est resté sans aucune réponse! Aujourd’hui, al-Qusseir héberge des familles chiites du Liban (en particulier les familles des combattants de Hezbollah).
– En 2014 Homs a vécu l’évacuation forcée suite à deux ans de siège, de faim imposée et de bombardements quotidiens . Cette fois l’évacuation s’est fait avec la bénédiction de l’ONU. La majorité des habitants ont été déplacés à al-Waer qui subissait déjà un début de siège!
– En 2016 Darayya, qui symbolise la révolte pacifique populaire, a été évacuée suite à 4 ans de siège, famine, bombardements… et ses habitants ont été déplacés vers d’autres régions des faubourgs de Damas déjà assiégées!
Bientôt on vivra l’évacuation d’al-Waer, de Mou’adamyeh, d’al-Zabadani, Douma, … et d’Alep-Est!

Le principale but est d’étouffer la révolution syrienne avec la bénédiction de l’ONU et la complicité de la Russie et de l’Iran!
L’ONU, sous contrôle des puissances mondiales, est donc complice dans l’évacuation forcée des Syriens!

Si l’ONU défend l’agresseur, la dictature et les Etats dominants, alors L’ONU n’a plus de rôle, son Conseil de Sécurité devrait être renommé « Conseil de Guerre », sa dissolution est alors la seule issue acceptable pour les peuples opprimés du monde!

Genève, ONU, 25.04.2014

Genève, ONU, 25.04.2014

Syrie, Russie et justice transitionnelle – Forum L’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions. Ibrahim Malki est intervenu dans l’atelier Syrie-Russie.

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Syrie, Russie et justice transitionnnelle

Par Ibrahim Malki, avocat

(Texte traduit de l’arabe)

MALKI Ibrahim est un avocat, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion, notamment suite à la Déclaration de Damas (2005). Il a été arrêté en 1997, puis en 2011, en 2012 et nalement le 3 novembre 2013 avant de devoir s’exiler. Membre fondateur du collectif des avocats syriens. Il a participé à diverses commissions visant à établir les principes d’une justice transitionnelle.

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Atelier Syrie-Russie, le 28 mai 2016

La violence est un produit naturel de la culture des régimes tyranniques qui favorisent la voie de l’assassinat, de la criminalité, de l’esprit mafieux et de la théorie du complot: « celui qui n’est pas avec moi est forcément contre moi ». C’est ce que le régime syrien a pratiqué depuis plus de quarante ans, avec le soutien de régimes totalitaires et répressifs qui lui ressemblent, au moins structurellement et mentalement, comme l’Iran, la Russie et les milices chiites, s’immergeant ainsi dans un monde de sauvagerie.

La Révolution syrienne a commencé par un soulèvement de la société civile syrienne, et elle est soudain devenue la cause de tous. C’est pourtant la jeunesse syrienne libre, aimant sa patrie et assoiffée de liberté, de justice et d’égalité, qui a porté la révolution. La réaction du régime a été la violence et la criminalité, et ce mouvement révolutionnaire a dû affronter les tirs à balles réelles et les bombardements de toutes sortes. Nous pouvons donc affirmer que le terrorisme, la violence et la réponse à la répression ne faisaient pas partie du mouvement initial de la révolution syrienne, et qu’ils en constituent un élément imprévu.
Pour soutenir sa violence contre la population, le régime a eu recours à des forces obscurantistes, internes et externes au pays, à forte tendance chiite, familières de l’usage de représailles et de la vengeance. Il a ainsi ouvert les portes de la Syrie à l’extrémisme, piétinant toutes les lois. Il a également introduit les Russes et les Iraniens comme soutiens de son pouvoir, contrairement à toutes les lois et conventions relatives à la protection de l’Etat, utilisant le principe de la liberté de l’Etat dans la gestion des affaires intérieures et extérieures, oubliant que cette liberté est limitée par les règles du droit international, notamment en matière de respect des droits de l’homme, et ignorant le fait qu’il s’agissait là d’une révolte interne contre l’injustice et ses conséquences.

La position russe dans la Révolution syrienne

Les Russes sont entrés de plein pied dans le conflit syrien dés le premier jour, de par leur triple veto aux conseil de sécurité des Nations Unies, empêchant ainsi toute solution politique en Syrie. A cette époque, la révolution syrienne était dans sa phase pacifique, exigeant la liberté, la dignité et une réforme constitutionnelle globale. La position russe a évolué ensuite progressivement, jusqu’à l’intervention militaire directe de son aviation, l’apport d’armes au régime, et son intervention dans les négociations de Genève.
La Russie, après avoir re-équilibré les forces en présence en faveur du régime, semble aujourd’hui pressée de chercher une solution qui satisfasse le régime. Ceci pour plusieurs raisons: socio-économiques internes à la Russie d’abord, et internationales liées à l’occupation par la Russie de plusieurs territoires ensuite; d’où la pression énorme exercée sur l’opposition afin de la faire revenir à la table des négociations aux termes et aux conditions fixées par le régime et par la Russie. L’objectif immédiat est d’abaisser le plafond des aspirations au changement de l’opposition et d’obtenir une solution politique qui satisfasse aux intérêts russes sur la scène internationale, et qui par ailleurs ne diffèrent pas, sur le fond, de la solution voulue par le régime syrien, qui vise à rester au pouvoir. Mais il y a aussi d’autres motivations à cette hâte, dont :

  • Le fait que l’administration américaine ne va pas vers l’escalade, et se limite à une gestion laxiste de la question syrienne, de plus son mandat expire à la fin de l’année.
  • L’évidence que la Russie n’est pas sûre de pouvoir travailler et collaborer avec la prochaine administration américaine, y compris avec la démocrate Clinton.

L’échec des négociations de Genève, voulu par l’Iran et par le régime syrien, serait gênant pour les Russes qui œuvrent pour imposer rapidement et à eux seuls une solution favorable au régime. C’est dans ce but que la Russie frappe le pan militaire des forces de la révolution modérée (pour être tout à fait clair: la Russie n’a jamais frappé Daech comme elle le prétend, ce qui a poussé les américains, les français et les britanniques à contrecarrer les tentatives Russes à Alep, en soutenant l’opposition).

Les différences de vues entre Moscou et les Etats du Golfe, dirigés par l’Arabie saoudite, ont empêché le retour des négociations syriennes à Genève, ce qui montre qu’il y a un grand écart entre leurs positions respectives. De plus, le Haut Comité de Négociation de l’opposition a tenu à ce que la résolution 2254 soit mise en œuvre, résolution qui prévoit la formation d’un corps de gouvernement transitoire doté de tous les pouvoirs. De leur côté, les Russes, qui tiennent à maintenir Assad au pouvoir, disent que c’est « au peuple syrien de décider du sort de son pays », discours fallacieux et mensonge flagrant destiné à contrecarrer la volonté des Syriens et à les soumettre à la volonté des Russes. Ces derniers ont en effet pour but d’étendre leur influence sur la nouvelle Syrie, parce qu’ ils considèrent la révolution syrienne comme un règlement de comptes et un moyen de revenir sur la scène internationale en tant que superpuissance. Les Russes ne veulent pas d’une Syrie démocratique, civile, construite par ses propres citoyens, nous en sommes convaincus.

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Assad, noeud du désaccord entre les Américains et les Russes

Les Russes essaient d’imposer le maintien d’Assad à tout prix sous prétexte qu’à leurs yeux personne ne peut remplacer Assad. Ceci constitue un désaccord fondamental avec le peuple syrien, avec les Américains et avec tous les amis du peuple syrien. Les Russes ne sous-estiment pas pour autant la volonté d’Obama de faire “ce qu’il pense juste” à n’importe quel moment, ce qui constitue l’essence même de la position américaine affichée.
Les Américains sont conscients de la grande distance qui sépare les positions de Washington et de Moscou relatives à une solution politique en Syrie. Toutefois ils sont d’accord pour interdire de laisser l’une des parties s’emparer d’une victoire militaire, ceci en raison de la spécificité du cas syrien. Car si l’une des parties est vaincue sur le terrain, cela signifierait l’impossibilité d’une solution politique. D’accord avec la partie russe, la chute du régime n’est donc pas acceptable, ni sa victoire. De même une victoire militaire de l’opposition n’est pas permise, ni son effondrement, et chacun a ses arguments.
Les Russes disent ne pas vouloir d’une scène similaire à la Libye d’après la chute de Kadhafi, et les Américains partagent cette opinion. Les deux parties préfèrent donc gérer la crise, voire la prolonger. De plus il est évident que les Russes n’accepteront pas le départ d’Assad, ni sa chute.
La question qui subsiste dès lors est la suivante: les Russes et les Américains préfèrent-ils, au stade actuel, le chaos à une solution, pour différentes raisons, dont la présence de Daech, de Jabhat Al-Nosra et des innombrables milices chiites?
Pour être un peu plus clair: il faut réaliser que la défaite de la révolution serait une défaite de l’Amérique. Sans les Américains et les « amis » du peuple syrien, les Russes auraient écrasé la révolution syrienne. Le fait de multiplier les contradictions ajoute à la confusion et conduit à la prolongation du conflit et à la poursuite des combats. Cependant, aujourd’hui, ce sont bien les Russes qui perturbent les chances d’une solution politique et l’application de l’accord de Genève 1.

II est certain que, profitant de l’absence de résolution de l’ONU pour mettre fin à la souffrance des Syriens, le Kremlin considère son intervention en Syrie comme un excellent coup stratégique, qui lui a permis de d’établir de nouvelles bases dans la région. Cette nouvelle influence russe pourrait prendre la place de celle des Etats Unis, qui tendent à se désintéresser de cette région. Une telle volonté a par ailleurs été clairement exprimée lors de la rencontre de Lavrov avec les représentants des pays du Golfe.

La pierre d’achoppement majeure dans notre crise à nous, Syriens, semble donc être:

  • L’ inefficacité des forces de l’opposition politique à obtenir les soutiens nécessaires et leur incapacité à formuler des revendications en accord avec les aspirations du peuple qui s’est soulevé.
  • Cette lacune et la faiblesse structurelle des forces de l’opposition ont conduit à une mainmise des forces extérieures sur le trajectoire et les orientations de la révolution.

La Révolution syrienne doit insister sur l’application des décisions des Nations Unies (Genève 1 et la résolution 2254) pour obtenir la formation d’un organe de transition avec les pleins pouvoirs. Au nom de ses pouvoirs, cet organe devrait œuvrer ensuite à la mise en place d’une commission constitutive ou d’une conférence nationale pour formuler une constitution syrienne temporaire ou une vision constitutionnelle dont le but serait de défaire l’ « état sécuritaire » actuel qui ne produit qu’oppression et tyrannie.

Constitution et justice transitionnelle

Le Haut Comité de Négociation doit aujourd’hui s’en tenir aux règles du droit international, aux décisions de Genève 1 et à la résolution 2254, ceci afin d’embarrasser le régime syrien, qui a tout intérêt à la prolongation du conflit et à l’absence de toute possibilité d’un règlement qui produirait une solution dans laquelle il se trouverait perdant.

Les Syriens ont besoin d’une constitution temporaire opérationnelle qui permette de légiférer pendant la période transitoire, qui est l’une des étapes décisives de la transition de l’état de guerre à l’état de reconstruction. Cette constitution doit piloter, soutenir et protéger la transition. C’est un cadre juridique transitoire incontournable pour la phase de transition. Cette constitution provisoire doit inclure un nouveau contrat social pour les Syriens, car elle constitue une occasion historique pour que le changement se fasse de manière appropriée et en phase avec la justice syrienne à venir. De cette façon une nouvelle identité nationale qui rassemble les syriens de manière non coercitive pourrait naître. Cette nouvelle identité pourrait alors résoudre les problèmes liés à la justice transitionnelle. Les organisations de la société civile doivent y tenir un rôle important, afin de diffuser une culture de tolérance et de réconciliation, soutenue par la Constitution, après la période de jugement des responsables de crimes. Nous avons besoin premièrement du jugement, deuxièmement de la réconciliation, et troisièmement du pardon, suivant en cela l’exemple de l’Afrique du Sud , qui a profité du génie de Mandela en la matière.
C’est aux familles des victimes que revient le droit d’établir un chemin de réconciliation et de pardon, et c’est à la loi de juger ceux qui sont tenus responsables. Pour arriver à ce stade, nous avons besoin de nouveaux cadres politiques et d’organisations efficaces de la société civile, qui cherchent une réforme substantielle, à la mesure du challenge posé par la création d’un nouveau système politique, légal et législatif.

 

Si nous ne sommes plus capables de colère, au moins ayons honte

FSD co-organise, avec le site alencontre.org et les éditions Page 2, le forum L’Autre Genève qui s’inscrit contre « l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. » (Gramsci). Ce forum donne la parole à des représentant.e.s de la société civile syrienne dont la voix est volontairement étouffée dans la scène internationale ! C’est le résultat de la politique mafieuse du régime syrien qui trouve un écho dans certaines politiques régionales et internationales.
Amjad Nasser nous parle de la familiarité que nous développons devant les images d’horreur qui nous parviennent de Syrie et questionne nos consciences concernant la responsabilité de chacun dans l’inaction pour mettre fin à ce bain de sang et donc dans la prolongation de la souffrance syrienne.
FSD a traduit, ci-dessous, l’article de Amjad Nasser de l’arabe.
(source : https://www.alaraby.co.uk/opinion/2016/5/1/يا-رايحين-ع-حلب-1 )

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« Vous qui partez pour Alep… »

par Amjad Nasser

Du temps de la révolution palestinienne armée nous chantions en choeur, et les chansons faisaient partie des nécessités de la grande maison de Damas. Rien ne rapproche comme le chant en choeur qui est aussi une forme de résistance. Même si ce mot est récent dans nos dictionnaires, nos ancêtres utilisaient le mot «djihad» pour l’exprimer,(exprimer quoi?) sans qu’il n’ait nécessairement une signification religieuse. Parce que ce mot existait déjà bien avant la religion (musulmane) qui l’a utilisé pour valoriser l’action qui touchait les cœurs et les âmes. Du temps de la révolution palestinienne armée, la révolution de l’OLP, pas celle de Qassam, nous chantions en groupes, c’était un besoin, pas un dérivatif.

J’avais entendu ce jour-là l’un de nos compagnons chanter Rozana¹, et sous le raisin, dans sa chanson, il y avait des armes et non des pommes comme dans la chanson originale. Notre compagnon ne nous avait pas dit pourquoi il avait modifié la chanson. Je pensais que c’était en relation avec la grande révolution syrienne (contre l’occupation française de la Syrie, qui a commencé en 1925). Ceux qui chantaient ainsi, tout comme notre camarade damascène, étaient les révolutionnaires et les sympathisants parmi les paysans syriens qui leur faisaient passer des armes pour les soutenir dans leur combat contre la puissance coloniale française. Ces armes parvenaient à Alep « Shahbaa », sous le raisin, dans les convois de nourriture.

Alep n’a plus besoin du chant de Rozana pour être présente à l’esprit. Elle est sur tous les écrans de télévision, montrant sa destruction, le sang et les corps de ses habitants, aux Arabes mais aussi aux populations non-Arabes, confortablement installées dans leurs salles de séjour.
Que Dieu s’insurge contre la banalisation de tels évènements. Cette banalisation est plus grave encore que la tuerie elle-même. La banalisation a remplacé la sédition. Rien ne transforme le sang en eau comme le fait la répétition de la tuerie. Faites couler le sang autant que vous le pouvez, vous échapperez à toute punition et «votre ennemi ne saura plus quoi faire de vous. Faire couler un peu de sang est un crime, mais faire couler beaucoup de sang est une guerre. Dans les guerres, on ne se lance pas de fleurs. Les criminels sont jugés, et conduits à la prison ou à la potence, et peut-être décapités dans certains pays. Mais les chefs de guerre, ceux qui tuent en masse, on les décore, avec des médailles. Cette règle se vérifie en Syrie depuis le massacre de Houla², et peut-être déjà depuis les premiers jours de Daraa. Elle se poursuit aujourd’hui avec les massacres quotidiens d’Alep. La recette a été testée et elle fonctionne !
Lorsqu’aucune résolution n’est émise par un seul organisme international concerné par les crimes de guerre, et lorsque les noms des responsables de ces crimes n’apparaissent sur aucune liste de criminels de guerre, listes qui sont sous le contrôle de forces politiques mondiales corrompues, alors les criminels ne craignent personne et répètent encore et encore les mêmes crimes. Mettons le nom d’un seul commandant militaire ou politique syrien, russe ou iranien sur une liste de criminels de guerre, et ensuite observons l’évolution sur le terrain. La guerre ne s’arrêterait pas sans doute, et les catastrophes humaines qui l’accompagnent ne cesseraient pas, mais elles seraient peut-être moins « féroces ».

"Qui se soucie du sang syrien?" Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

« Don’t worry, I’m just another Syrian » Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

Mais qui se soucie du sang syrien? Vraiment qui s’en soucie? Que ce soit le monde arabe ou occidental. Je doute que l’on considère comme du sang ce qui est répandu en Syrie, et comme de vrais blessés les blessés syriens. Si c’était le cas, il y aurait au moins de vrais efforts pour les soigner. Y-a-t-il des secouristes et des équipes soignantes pour ces blessés? Y-a-t-il une goutte de honte, un soupçon de conscience, chez ceux qui dirigent le jeu de la politique internationale ? Ceux qui restent indifférents aux crimes commis dans ce jeu de mort sur la terre des humains. Les cris de douleur et de détresse des victimes, ne parviennent-ils pas jusqu’à l’oreille de tous? Si. Mais, personne ne réagit à leurs appels au secours.
Un poète arabe ancien a dit : « Si tu parlais à un vivant il t’entendrait, si tu soufflais dans le feu il s’illuminerait, mais tu souffles dans les cendres ! ». C’est le cri des morts dans un monde encore plus mort qu’eux. Qui l’entendra ? Dans quelle oreille vivante finira-t-il ?

Tout ce que font les «alliés» et les amis du peuple syrien c’est de publier des déclarations de condamnation, d’ouvrir des portails spécialisés pour la Syrie sur leurs écrans (les nouvelles syriennes sont devenues une «matière spécialisée», comme la physique, ou la chimie) pour un public en baisse constante. La guerre s’est allongée. Les nerfs sont fatigués. L’image d’un syrien mort, blessé, perdu, dont le corps a échoué sur une plage européenne, ne suscite plus ce qu’elle est censée susciter : la colère, pas la pitié, la colère, pas la compassion. Les images de ces êtres humains qui nous ressemblaient, avant que les barils d’Assad ne leur tombent dessus, ont besoin de colère. S’il ne nous reste plus assez de colère alors il faut qu’elles suscitent au moins la honte, pas moins ! Nous devrions avoir honte, aujourd’hui, de ces images, car lorsque nos descendants les auront vues, ils nous diront: avez-vous vraiment vècu ce temps de hyènes, et vous n’avez rien fait ?

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¹Rozana est une chanson populaire qui chante Alep et qui commence par « Vous qui partez vers Alep… »

²Houla, région du gouvernorat de Homs, dont les habitants ont subi le premier massacre collectif de la part des forces du régime syrien le 25 mai 2012. Cette date a marqué le début d’une période de massacres collectifs en Syrie commis par le régime Assad.

Forum L’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Syrie. Pour la liberté, la démocratie, la paix et la justice sociale

La parole à des représentant.e.s de la société civile de Syrie

Vendredi 27 mai dès 19h15 documentaires, à 20h15 Forum
Samedi 28 mai, workshops dès 10h45, séance de clôture à 19h15

Organisé par le site alencontre.org, Editions Page 2, FemmeS pour la Démocratie
Soutenu par Mouvement Pour le Socialisme

La «situation en Syrie», pour l’essentiel, est traitée sous l’éclairage de négociations internationales et régionales. A tel point que le dessein du clan Assad de «rendre invisible le peuple syrien» est souvent atteint.

L’Autre Genève se veut une contribution visant à contrecarrer à la fois l’ignorance et l’indifférence face aux combats d’une population asservie, depuis longtemps, par une dictature implacable. Ses multiples luttes traduisent une profonde aspiration à la liberté, à la dignité, à la justice sociale et à une paix consolidée par le jugement des responsables de crimes ayant peu de précédents.

Quelque 400’000 morts; plus de 325’000 de détenus et de disparus. Des millions de réfugié·e·s ont fui les bombardements du régime. Et, depuis octobre 2015, ceux de l’aviation russe. S’y ajoutent celles et ceux qui veulent échapper aux pires forfaits de Daech.

Le refus par les diverses forces de l’opposition démocratique d’une prétendue transition démocratique sous la présidence de Bachar el-Assad est validé par la pratique passée et présente du régime Assad, ainsi que de ses alliés régionaux et internationaux. Et pourtant c’est une «solution de ce genre» qui se dessine lors de prétendues négociations à Genève, placées sous l’égide de l’ONU et des Etats impliqués dans le conflit, sans prendre en compte la volonté du peuple syrien.

L’Autre Genève va permettre à des Syriennes et Syriens – de générations et de sensibilités politiques et culturelles différentes – d’exprimer les raisons de leur engagement à la fois contre la barbarie de Bachar el-Assad et contre celle du soi-disant Etat islamique.

Dès l’instauration d’une trêve relative, le 27 février 2016, dans de nombreuses villes et bourgades, la population, épuisée, est descendue dans la rue, avec des drapeaux de la révolution pour exiger la paix et le départ de Bachar, comme de l’EI et de forces analogues.

Devant ce peuple, tu n'as pas d'autres alternatives que le départ

« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autres alternatives que le départ »

Le combat de la population syrienne retrouvait sa visibilité. La riposte du pouvoir fut immédiate: bombarder ces villes et bourgades, souvent assiégées et condamnées à la famine. La dictature voulait rendre inaudible et insaisissable cette fraction d’une population martyrisée qui clame, encore et toujours, des idéaux affirmés dès mars 2011, et même avant.

Les combattant·e·s de la révolution syrienne initiée en 2011 se sont vu refuser l’armement défensif nécessaire pour faire face à un régime dont la force militaire a pour fonction de mater et terroriser la population et d’assurer la perpétuation de sa mainmise sur le pays. L’impasse des affrontements militaires favorisa les interventions multiples de puissances internationales et régionales, visant chacune ses propres buts. Le désastre irakien, issu de l’intervention américaine en 2003, avait amorcé la redistribution des cartes dans la région. Il en résulta, en quelque sorte, une expropriation des buts essentiels – anti-dictatoriaux et démocratiques – de la majorité de la population de Syrie.

L’Autre Genève s’inscrit contre «l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre.» (Gramsci) L’Autre Genève doit faire écho à toutes les actions et toutes les voix de ceux et celles qui, en Syrie, dans les innombrables camps de réfugiés et en exil, perpétuent des idéaux devant bouleverser une situation que les dominants présentent comme une fatalité.

  • Ces voix et ces actions seront présentes le vendredi 27 mai et le samedi 28 mai à Genève. Parmi les intervenant·e·s : Noura Al Ameer, Gilbert Achcar, Mazen Darwish, Mohamad Sabra, Khalil Houssein, Hayma Al Yousfi, Faraj Bayrakdar, Alia Mansour, Farouk Mardam Bey, Khaldoon Hawali, Khawla Dunia, Hani Abbas, Omar Qaddour, Ibrahim Malki, Assaad Al Achi  et d’autres.
  • Les ateliers qui se tiendront le samedi 28 mai dès 10h45 porteront entre autres sur:
    les Etats-Unis et la Syrie (avec la présence d’Ahmed Shawki, ISO et d’un activiste syrien) ; sur la Syrie, la Grèce et le drame des réfugié·e·s (avec Antonis Ntavanellos); sur la Syrie et la politique de Poutine (avec Vladimir Plotnikov), sur la Syrie, la Turquie et le Kurdistan (avec Khalil Houssein, Kurde syrien, et Sanem Ozturk, sociologue, activiste du centre d’assistance aux femmes syriennes réfugiées en Turquie, et d’autres ateliers.

Le programme complet sera consultable sur les sites

www.alencontre.org et https://femmesdemoc.wordpress.com

Témoignage: Pillage du Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech

FSD traduit un témoignage de l’arabe concernant le Musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.

Source: Publication du 20.09.2015 sur le site Souriyati http://www.souriyati.com/2015/09/20/22019.html

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Un témoin oculaire raconte le pillage du musée de Palmyre avant l’arrivée de Daech.
Lorsque s’allient les mafias des antiquités, le régime et la « sécurité »…

Zenobie-Palmyre

Cette histoire n’est pas une histoire imaginaire. Elle n’est pas étrange pour ceux qui sont des professionnels de la corruption, ni pour une administration qui a recruté tous les voleurs et ceux qui possèdent un passé criminel, afin de menacer tous ceux qui se dressent contre leur corruption. Ce régime criminel les a recrutés, leur a assuré l’impunité et les a envoyés répandre le chaos, la corruption et le vol.
Des ordres oraux ont été donnés et des communications ont eu lieu avec le Musée de Palmyre dans le but de vider le musée, y apporter des caisses de munitions vides, trier les meilleures pièces et ensuite les emballer dans des sacs en tissu et les entasser dans les caisses. Toute cette opération s’est faite d’une façon anarchique et absurde sans aucun enregistrement ni documents certifiant la livraison, ni inventaire. Quant aux caisses, elles n’ont pas été scellées avec de la cire rouge. Un travail de pillage pratiqué professionnellement avec la bénédiction de la mafia de l’archéologie. Une mise en scène ridicule a été effectuée au Musée de Palmyre sous le couvert de l’obscurité: des statues antiques se sont faites voler et transporter par des véhicules militaires et le musée s’est fait piller et vider de façon systématique, en l’ absence totale de commission de supervision et de toute liste descriptive des pièces transportées et sans que leur destination ne soit mentionnée. Un tel comportement n’est pas étranger à une telle Direction qui emploie des criminels, qui a vendu des sites archéologiques, pillé les musées, vendu l’histoire et la civilisation syrienne.
Avec le début des affrontements dans la ville de Palmyre et la propagation de nouvelles sur la fuite des éléments de la branche du désert du service de renseignement, certains officiers et membres des services de renseignement se sont rassemblés devant le Musée de Palmyre avec des camions de transport. Ils y sont entrés en présence de deux responsables du musée et là il y a eu un semblant de bagarre entre ces derniers et les éléments de la sécurité pour la sélection des pièces importantes du musée … Et des cris des éléments de sécurité ont été entendus demandant de ne pas transporter les pièces qui présentent la moindre égratignure… Le transport de ces pièces antiques s’est fait sans aucun dossier ou pièce qui porte la signature des responsables! Tous les registres de ces pièces sont restés sur-place, exposés à la destruction.
Les registres et les cartes définissant chaque pièce sont restées à Palmyre dans les dépôts du musée, alors que les pièces antiques étaient dans les véhicules des services de renseignement en compagnie du conservateur du musée et deux employés Ahmad Al-Taha et Ahmad Al-Farjan. Les camions ont pris la route de Homs où les deux employés ont été déposés, alors que les camions s’orientaient vers une destination inconnue. Si vraiment ce transport avait comme objectif de conserver ces pièces, on n’aurait pas utilisé cette méthode qui présente tous les signes de l’illégalité: absence de commission de supervision et de toute documentation, à la va-vite, comme des voleurs.
Le Directeur général des antiquités, rusé, a alors fait appel au monde entier pour protéger les antiquités de Palmyre en affirmant que les pièces du musée ont été placées en sécurité. S’il était honnête pourquoi ne pas avoir présenté les registres de transport ni mentionné les pièces transportées. Il faudrait savoir qui sont les responsables d’un tel transfert d’antiquités, les services de renseignement ou bien la Direction de l’archéologie? Pourquoi les registres sont-ils restés à Palmyre? Pourquoi il n’y a aucune documentation du transport? Pourquoi les deux employés ont-ils été ramenés à Palmyre?
Le résultat est là, le musée de Palmyre a été pillé sous le regard de tous, témoins du crime organisé et du vol de l’un des plus importants musées syriens par des mains qui ont détruit les antiquités syriennes et qui sont des professionnels du mensonge et du faux, afin de détruire et de piller l’histoire et la civilisation du peuple syrien et de la dépouiller de son identité de grande civilisation.
Archéologue Omar al-Bounyeh

La vérité sur la chute de Palmyre (4/4)

Le 20 mai 2015 Daech (Etat Islamique) s’empare de Palmyre, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, après le retrait de l’armée syrienne d’Assad, préparé une semaine plus tôt. Le convoi de Daech traverse le désert en toute tranquillité sans qu’il soit ciblé par l’aviation d’Assad ou de la coalition internationale. Le 30 mai, Daech fait exploser la prison de Palmyre qui recèle la triste mémoire de tortures sauvages et d’exécutions sommaires des prisonniers des années huitante. Bien plus tard, Daech commence à détruire certains sites archéologiques de Palmyre.
Récemment l’ancien procureur général de Palmyre, Mohamad Qassim Nasser, quitte la Syrie, fait défection et n’hésite pas à livrer des détails révélateurs relatifs à la relation entre Daech et le régime Assad et à l’implication du régime dans la chute de Palmyre.
Il est utile de rappeler ici que Palmyre a rejoint la révolution syrienne très rapidement et qu’elle a été l’un de ses bastions (voir Un oeil sur la Syrie, 21 mai 2015).
FSD publie ici une traduction de l’interview de M. Q. Nasser. Source : http://www.rp-syria.com/blog/archives/56010

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Ex-responsable syrien révèle des détails étonnants sur

la chute dePalmyre et la relation entre

Daech et le régime Assad

(3e partie 3/4)

Trafic d’armes entre le régime et Daech
Sur le sujet des trafics d’armes entre le régime et Daech, le juge a expliqué: «Etant procureur général, j’ai appris de Cheikh Mahmoud Hamoudi, un ami proche à Palmyra, que Mohamad Jaber, officier des forces du régime, faisait du trafic d’armes avec des éléments de Daech, ceci de deux manières. La première correspond à une vente directe d’armes aux éléments de Daech, par contrebande se faisant la nuit, le payement se faisant par le biais d’intermédiaires entre lui-même et Daech ». Pour la deuxième méthode, Nasser a souligné: «elle a été  plus souvent utilisée, entre l’officier Mohammed Jaber et Daech, par le biais d’intermédiaires, y compris le Cheikh Hamoudi. L’intermédiaire se mettait d’accord avec Daech sur le genre d’armes souhaitées, la qualité, la quantité et le prix. Les armes et munitions demandées par Daech étaient stockées en un lieu convenu ou un barrage de sécurité. Ensuite Daech attaquait le lieu choisi ou le barrage de sécurité sous contrôle de la Brigade des faucons du désert (milice pro-régime), dirigée par Jaber. Dès que l’attaque survenait, Jaber donnait l’ordre à ses hommes de se retirer pour sauver leur vie. Ensuite les éléments de Daech prenaient le contrôle du lieu et le transfert des armes s’effectuait vers leurs positions. Une fois l’opération terminée et le stock d’armes vidé, la brigade des faucons du désert reprenait le contrôle du lieu. Ensuite, l’intermédiaire entre les deux parties se chargeait du transfert des millions de dollars de Daech à l’officier Jaber. Tous les officiers dans la ville de Palmyre et tous les fonctionnaires sont au courant de ces manoeuvres de Jaber, mais personne ne fait d’objection. »
Concernant les informations à propos d’opérations d’armement directes entre le régime et Daech, le procureur général a déclaré « A Palmyre, en plus des intermédiaires que j’ai cités et qui facilitent l’armement des éléments de Daech, le régime arme directement certains éléments de Daech, qui touchent des salaires mensuels afin de protéger les installations pétrolières, les champs de pétrole et de gaz, les pipelines et les fournitures de gaz et de pétrole en provenance de l’est de la Syrie (contrôlé par Daech) vers les zones de contrôle du régime à l’ouest ».

Les ennemis de la révolution syrienne.

Les ennemis de la révolution syrienne.

La fuite de Palmyre
Parlant de sa fuite de Palmyre avant sa chute entre les mains de Daech, le procureur général a déclaré: « les officiers des services de renseignement du régime m’ont assuré que Daech allait commencer par attaquer Al-Sokhna, puis se déplacerait vers Palmyra. Ils m’ont conseillé de quitter Palmyre avec ma famille dès que Daech arrive à Al-Sokhna et de prendre la route vers Homs. C’est effectivement ce qui est arrivé, Daech a attaqué Al-Sokhna, et le lendemain, j’ai rencontré tous les officiers responsables à Palmyre et je suis resté jusqu’au soir dans la ville. Ensuite j’ai quitté Palmyre la nuit, secrètement, avec ma famille, dans la voiture de l’un de mes parents. Nous avons essuyé des tirs et nous avons survécu miraculeusement. Je n’ai informé personne de ma décision de quitter Palmyre de peur d’être liquidé par le régime, comme ils (les forces du régime) avaient déjà liquidé des officiers sunnites à Palmyre, ou bien leur avaient interdit de la quitter. Je suis allé à Damas, puis à Homs, où j’ ai pratiqué en tant que procureur général jusqu’à la fin de 2015. À la fin de l’année, j’ai réussi à fuir de Damas vers la Turquie et j’ai voulu raconter au monde entier ce que j’ai vu et vécu en Syrie. »
Il ajoute: « au début de la révolution, j’ai été témoin de la révolution pacifique et du meurtre de manifestants pacifiques, à Homs, qui sont sortis dans les rues par centaines de milliers de manière pacifique, et ils ne portaient même pas un bâton. Le régime n’hésitait pas à tuer les manifestants et il nous demandait de certifier leurs corps, et de dire devant la presse qu’ils avaient été tués par des éléments infiltrés. Nous n’avions pas le moyen de faire quoique ce soit ».

Sa vision pour l’avenir de la Syrie

Le procureur général a conclu son discours en expliquant sa vision de la situation actuelle et de l’avenir de la Syrie: « je veux dire que je suis récemment sorti de la Syrie, et que par mon travail et mes contacts avec toutes les parties et composantes de la société syrienne, aussi bien les partisans de Bachar Assad que ses opposants, je peux affirmer que la plupart de ceux qui sont en Syrie, les intellectuels et les hommes politiques, sont opposés au régime, mais il vivent dans la peur et la terreur. La Syrie est devenue une grande prison, moi-même, avant de sortir de Syrie, j’ai dû d’abord faire évacuer tous mes parents et ma famille et je suis le dernier de la famille à avoir fui. Parce que, quand il y a défection d’un employé du régime, les services de renseignement pourchasse tous les membres de sa famille ».
Il ajoute: « Avant l’intervention et l’agression de la Russie contre la Syrie, le régime était dans ses derniers jours, il se désagrégeait de l’intérieur, la corruption était généralisée à toute la société, la livre syrienne s’effondrait, le moral des partisans du régime et de son armée baissait, surtout avec la croissance du nombre de morts dans leurs rangs, sur les différents fronts de combat. Ils étaient en très mauvaise posture et nous nous attendions à la chute d’Assad d’un moment à l’autre, soit tué par l’un de ses gardes du corps, ou prenant son sac et s’enfuyant. Cependant, le début de la dernière agression russe a donné un soutien moral aux partisans du régime, mais ce soutien reste fragile. »
Nasser continue: « Ce que j’ai à dire, et que le monde entier et Bachar Assad m’écoutent, c’est que tout le peuple syrien ressent de la haine contre Bachar, qui a tué les Sunnites, et a utilisé les Alaouites comme combustible, ce qui a abouti au décès de milliers de leurs jeunes hommes. Les Alaouites (éléments des forces du régime) qui se trouvent sur les barrages de sécurité maudissent Assad, mais il est pour eux un mal nécessaire, les partisans qui désirent encore dire une louange pour Bachar, disent aujourd’hui «que Dieu bénisse son père». En fait tout le monde déteste et insulte Assad. Ils savent tous qu’à un moment ou à un autre ils risquent d’être tués ou contraints de fuir, et tout le monde attend ce moment, tout le monde sait qu’Assad est déjà vaincu. Je pense pour ma part qu’il est un serviteur de l’Iran et reçoit ses ordres de ce pays, y compris celui de rester en Syrie jusqu’à l’expiration de son rôle. S’il le pouvait, il prendrait son sac et quitterait le pays ».

"Devant ce peuple, tu n'as pas d'autre alternative que le départ", Panneau de Kafranbel en mars 2016!

« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autre alternative que le départ », Panneau de Kafranbel en mars 2016!

Lire aussi:

La vérité sur la chute de Palmyre (3/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (2/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (1/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (3/4)

Le 20 mai 2015 Daech (Etat Islamique) s’empare de Palmyre, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, après le retrait de l’armée syrienne d’Assad, préparé une semaine plus tôt. Le convoi de Daech traverse le désert en toute tranquillité sans qu’il soit ciblé par l’aviation d’Assad ou de la coalition internationale. Le 30 mai, Daech fait exploser la prison de Palmyre qui recèle la triste mémoire de tortures sauvages et d’exécutions sommaires des prisonniers des années huitante. Bien plus tard, Daech commence à détruire certains sites archéologiques de Palmyre.
Récemment l’ancien procureur général de Palmyre, Mohamad Qassim Nasser, quitte la Syrie, fait défection et n’hésite pas à livrer des détails révélateurs relatifs à la relation entre Daech et le régime Assad et à l’implication du régime dans la chute de Palmyre.
Il est utile de rappeler ici que Palmyre a rejoint la révolution syrienne très rapidement et qu’elle a été l’un de ses bastions (voir Un oeil sur la Syrie, 21 mai 2015).
FSD publie ici une traduction de l’interview de M. Q. Nasser. Source : http://www.rp-syria.com/blog/archives/56010

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Ex-responsable syrien révèle des détails étonnants sur

la chute dePalmyre et la relation entre

Daech et le régime Assad

(3e partie 3/4)

 

Infiltrations et intermédiaires
« Quelle est la vérité concernant les informations affirmant que le régime libère les prisonniers pour les inciter à rejoindre Daech?» A cette question, le procureur général a répondu «ce que j’ai vu et que j’ai pu suivre par mon travail à la Cour de Palmyra, c’est que beaucoup d’hommes recherchés contre lesquels des mandats d’arrêt avaient été émis, pour des affaires pénales judiciaires de vol et de fraude, ont été arrêtés par la branche du service de renseignement du désert mais ensuite libérés pour rejoindre Raqua et et les régions de Daech, sans qu’ils soient traduits en justice. Avec le temps je me suis rendu compte que les services de renseignement les recrutaient, en particulier les criminels, pour leur servir d’agents à l’intérieur de Daech.  »
Quant à savoir s’il estimait que la Russie était au courant de la relation entre Daech et le régime Nasser a dit: «Pendant mon séjour à Palmyre j’ai eu la certitude que la Russie a été pleinement informée des détails de ce qui se passait, parce que des dizaines d’experts russes, étaient présents à l’aéroport militaire de Palmyre, en plus des experts iraniens, ils facilitaient le travail de l’armée du régime à l’aéroport de Palmyre, et dans d’autres régions. Ces experts allaient, sous la protection de Daech, dans les champs de pétrole et les installations de gaz, pour effectuer des réparations et des opérations de maintenance des installations qui étaient sous le contrôle de Daech. Ceci confirme que la Russie aide Daech à continuer de pomper le pétrole et le gaz en provenance de “ses” régions pour les acheminer vers les régions sous contrôle du régime. »

AssadPutinDaech - cadre
Il a poursuivi: «La relation est claire puisque les experts russes entrent sous la protection d’éléments de Daech dans les installations pétrolières dans les zones sous son(celui de Daech) contrôle, effectuent les réparations des installations avec des pièces de rechange livrées par la Russie, et retournent sous la protection de Daech vers les zones du régime, ce qui confirme que la Russie était un partenaire dans le soutien à Daech ». Ce sont les paroles du procureur général.
Nasser a évoqué un sujet qui n’a été abordé que rarement auparavant en disant « le régime est désireux d’établir des dossiers judiciaires et sécuritaires pour tous les accidents, les dommages et les dysfonctionnements qui survenaient dans les champs de pétrole et les installations pour plusieurs raisons. La plus importante de ces raisons est que le régime doit présenter des dossiers pour les compagnies d’assurance afin obtenir des compensations pour les pannes et les frais de réparation. Mais le régime visait également à réduire les vols, parce qu’il est connu que les services de renseignement, et tous ceux qui travaillent dans le secteur pétrolier en Syrie, essayent d’utiliser le détournement, le vol et la modification des spécifications des pièces, pour voler l’argent du peuple. Alors le régime procède à l’établissement de dossiers et enregistre les noms et les témoignages des travailleurs qui sont actifs dans la maintenance de ces terminaux pétroliers. Il enregistre également la valeur des dommages, et ensuite on m’envoyait ces dossiers à moi comme procureur général à Palmyre. Je transférais à mon tour ces dossiers au comité de sécurité, et je déposais plainte contre les auteurs des attaques contre les installations pétrolières, et je demandais aux autorités compétentes de procéder à leur arrestation et d’enquêter dans ces dossiers. « .
A la question « Qui payait les salaires des travailleurs dans le domaine pétrolier dans les régions de Daech? » le juge a répondu: « Tous les travailleurs dans les champs de pétrole sous le contrôle de Daech étaient des employés du ministère syrien du pétrole, qui travaillaient sous la protection des éléments de Daech, et ils touchaient leurs salaires, leurs indemnités et les primes du régime, et cela continue aujourd’hui encore, et je mets le ministère au défi de prouver le contraire « .
Concernant les noms d’intermédiaires connus dans les opérations commerciales entre le régime et «Daech», le procureur général a souligné «Toutes les opérations d’échange commercial et particulièrement de vente de pétrole, de gaz et de protection des installations pétrolières, se faisaient via des courtiers et des intermédiaires dans la région de Palmyra et son désert. Ces derniers peuvent communiquer entre les deux parties, et garantissent des profits pour les deux parties. Les plus importants de ces intermédiaires sont Faisal Qatran, Cheikh dans la ville d’Al-Sokhna, Cheikh Mahmoud Hamoudi, un entrepreneur et homme d’affaires de Palmyre, c’est un ami personnel et partenaire de l’actuel ministre du Pétrole Sulaiman Abbas. Il y a aussi Mounir Zoubi, un entrepreneur de Palmyre, et Jamil Karkutli un entrepreneur dans le domaine du pétrole de Deir Ezzor (à l’est). Ces courtiers et intermédiaires étaient en contact avec des éléments de Daech, car ils sont de la région. Ils avaient des contacts avec des éléments de l’intérieur de l’organisation, ils les recrutaient et leur payaient des salaires D’autre part ils avaient des liens avec le chef du renseignement militaire à Palmyre, avec le palais présidentiel, et avec les hommes d’affaires les plus influents. Parmi ces derniers on mentionne George Hassoani, qui supervise les intermédiaires, un homme d’affaires syrien et russe, qui leur fournit les liquidités pour les transmettre à Daech « .
A propos de Muhanna Hassan, dont le nom a été récemment rapporté dans les médias, Nasser a expliqué, «il est un homme d’affaires d’Al-Sokhna, un marchand de céréales de longue date dans la région orientale de la Syrie. Il m’a assuré qu’en 2013 et 2014 il avait acheté l’ensemble de la récolte de blé et d’orge cultivés dans les zones de Daech en Syrie et en Irak, pour le régime, et il a transféré des milliers de tonnes de blé et d’orge des zones de Daech aux zones du régime, il a aussi effectué le transfert de dizaines de millions de dollars du régime, comme rétribution pour de ces livraisons ».

Expansion chiite iranienne
Dans un autre contexte, le juge a donné des informations sur la façon de saisir les territoires sunnites en Syrie, par des chiites et par l’Iran. Il a dit «Avant ma nomination à Palmyre, j’étais juge de paix à Darya et à Moadamyieh (deux villes à proximité de Damas qui sont actuellement contrôlées par l’opposition). A travers mon travail à Darya, je fus témoin du massacre de Darya commis par le régime contre des centaines de civils opposants non armés (Août 2012), et après la destruction de Darya, le meurtre de ses habitants, et le déplacement de centaines de milliers de résidents de Darya et Moadamyieh, les chiites et les Iraniens ont commencé à initier des procès dans les tribunaux des régions de Darya et de Moadamyieh, et dans une grande partie de la campagne de Damas, qui sont parmi les régions chaudes, pour faire confirmer la vente de terrains dans ces deux villes. ».
Il a poursuivi en disant: «Les chiites disaient qu’ils avaient acheté les terres des propriétaires qui ont fui leurs terres, ou sont morts en détention, les propriétaires fonciers n’étaient pas présents. Ceux qui revendiquaient la terre initiaient les procès en l’absence des vrais propriétaires et apportaient de fausses procurations obtenues par un notaire de Damas , ou de la banlieue de Damas, ils apportaient des contrats de vente fictifs, et ils venaient nous voir en disant que la propriété a été achetée à ses habitants avant qu’ils ne la quittent ou avant d’être arrêtés ou tués. »
Il a poursuivi: « Au début, en tant que juges, nous répondions à ces demandes en disant que la notification était non valable, vu que le propriétaire d’origine n’était pas présent. Ensuite Bachar Assad a promulgué une loi facilitant, aux Iraniens et à leurs partisans, le vol et le pillage du territoire syrien, c’ est la loi n° 25 de 2013, qui permet, dans les régions chaudes, la notification à la partie attaquée en justice (le propriétaire en l’occurence) par publication dans les journaux, en cas d’absence devant le tribunal. Assad a donc permis aux Iraniens de forcer le jugement en leur faveur, dans le cadre de ces procès. Cette loi est honteuse et elle a suscité la surprise et la consternation de tous les travailleurs de la communauté juridique. »

IranRussieAssad

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