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Daech, Frappes de la Coalition… Qu’en Pensent les Syriens de Suisse?

Chronique de la Syrie

Quelle est notre position à nous Syriens de Suisse, concernant les frappes de la Coalition internationale , et aussi vis-à-vis de l’Etat Islamique (Daech) et de ses exactions ?

Notre position n’est pas différente de celle des Syriens de l’intérieur avec qui nous partageons la même amertume…

Bien que nous soyons absolument contre Daech et ses exactions, que nous dénonçons avec force, nous ressentons cependant beaucoup de peine par rapport à l’intervention de la coalition emmenée par les USA. Pourquoi ?

Premièrement nous constatons que tous les crimes contre l’Humanité, perpétrés largement et systématiquement par le régime syrien contre sa population, ne comptent absolument pas dans cette décision de frapper la Syrie. Par ailleurs, des assassinats odieux comme celui du médecin anglais Dr. Abbas KHAN, chirurgien qui aidait à soigner les blessés à Alep, qui a été arrêté en novembre 2012 et exécuté par le régime en décembre 2013 dans un centre de détention à Damas, n’ont entraîné aucune réaction de la communauté internationale non plus. Il a suffi par contre que deux américains soient tués par Daech pour motiver cette intervention contre Daech seul!
Personne n’a bougé pour protéger les civils en Syrie pendant plus de trois ans de répression sanglante! Nous avons l’impression que la communauté internationale protège des individus de certaines nationalités (occidentales surtout) et reste contemplative face aux massacres que subit tout un peuple.
Nous rappelons ici qu’au mois de septembre 2014 seul, il y a eu 2’300 morts en Syrie dont 1700 civils tués à cause de la répression du régime Assad, dont 294 enfants et 173 femmes. Alors que Daech a tué 350 personnes en Syrie en septembre, dont 120 civils. Ceci pour dire que le nombre de victimes du terrorisme d’Etat, toléré par la communauté internationale, reste bien plus grand que celui de Daech.

دولتي- Dawlati By Hani Abbas Source: Hani abbas cartoon

دولتي- Dawlati- By Hani Abbas
Source: Hani abbas cartoon

Deuxièmement, combattre un groupe terroriste et laisser tranquille celui qui a le plus oeuvré à sa formation et à son développement, c’est-à-dire le régime syrien, c’est écoeurant pour nous syriens.

Troisièmement, combattre Daech seule et laisser tranquille tous les autres groupes terroristes chiites (Hezbollah, milices irakiennes et iraniennes) qui combattent les syriens (les civils y compris) avec Assad depuis presque deux ans nous paraît très douteux! En effet, le but de la présence de ces groupes chiites est de transformer la lutte des Syriens insurgés contre la dictature en une lutte sectaire! Ceci ne peut que pousser certains syriens et arabes à se tourner vers l’extrémisme… Ceci va augmenter le déchirement au sein de la société syrienne, et va aussi contribuer à  ancrer l’extrémisme et à augmenter le terrorisme partout dans le monde.

Quatrièmement, jusqu’à récemment, les civils syriens étaient les victimes du régime Assad et de ses alliés (skuds, barils explosifs, massacres chimiques, famine, …) mais aussi les victimes de Daech ; aujourd’hui ils meurent aussi sous les missiles américains! Le premier jour des frappes, plusieurs cas de morts et de blessés ont été recensés parmi les civils (y compris des enfants), alors que les soins médicaux sont très difficiles d’accès en Syrie.
Le 29 septembre, la coalition occidentale et arabe a frappé une usine de Gaz et un stock de céréales à Deir Ezzor laissant les civils sans pain et sans combustible pour cuisiner!!! Nous n’avons pas entendu dire que des avions américains auraient parachuté de la nourriture pour les civils là-bas en Syrie comme ce fut le cas en Irak!.

Bilan: plus de morts, plus de blessés et plus de famine… sans espoir aucun de voir enfin quelqu’un s’occuper de protéger les civils en Syrie contre un régime qui a perpétré la terreur pendant plus de trois ans contre la population! Cela ne peut qu’augmenter le ressentiment des Syriens contre les américains et les occidentaux.

Ensuite, nous ne savons pas ce qui se passe en coulisses, car Assad a tout soudainement déclaré qu’il soutenait les frappes occidentales. La Coalition va-t-elle vraiment aider l’ASL et les combattants kurdes syriens sur le terrain? Actuellement Kobani est en train de tomber aux mains de Daech et les combattants kurdes syriens n’ont aucun soutien de la coalition!

Finalement, ce que nous souhaitons aujourd’hui c’est que la communauté internationale prenne enfin des mesures sérieuses pour mettre fin à toutes les formes de terrorisme en Syrie (le régime Assad, Daech, Hezbollah, les milices iraniennes et irakiennes), et  pour protéger les civils et mettre fin à ce bain de sang!!!

Quant aux mobilisations contre Daech, nous Syriens de Suisse tout comme les Syriens de l’intérieur, nous n’avons pas cessé de manifester contre la terreur de Daech et contre celle d’Assad à la fois, ceci depuis plus d’un an.

Lausanne, 07 août 2014. Des rassemblements contre Daech (al-Qaïda) et Assad ont eu lieu depuis août 2013.

Lausanne, 07 août 2014. Des rassemblements contre Daech (al-Qaïda) et Assad ont eu lieu en Suisse depuis août 2013.

A Kafranbel-Idleb, juin 2014

A Kafranbel-Idleb, juillet 2014,

Sources du dessin de Kafranbel: https://www.facebook.com/kafrnbl/photos/pb.169122569847858.-2207520000.1412373682./682435335183243/?type=3&theater

FSD

Pourquoi?

Cet article est probablement une dernière chance.

En général je dis que je suis suisse-syrienne, mais la vérité c’est que je n’ai que le passeport suisse. Je suis donc suisse, de mère syrienne naturalisée, j’ai vingt-et-un ans et j’étudie en Suisse. Mon cousin le plus proche en âge est syrien, il aura bientôt dix-neuf ans et étudie l’informatique en Syrie.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001. Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001.
Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Aujourd’hui il est à l’université, après avoir passé son baccalauréat en 2013 avec d’excellents résultats. Nous lui avons proposé de venir étudier ici, à l’EPFL, ce que l’EPFL a accepté. Comme nous n’avions pas de réponse ni des autorités cantonales ni de l’ODM, ma mère les a appelés le 25 août, quatre mois après le dépôt du dossier, et tous deux ont prétendu ne rien savoir, et nous ont engagés à contacter l’autre. Les autorités cantonales ont peu après donné une réponse positive.

Le 9 septembre, nous sommes allées à l’ambassade pour retirer uneréponse, cette fois-ci de l’ODM. Elle est à priori négative, sans raison claire, mais nous laisse vingt jours pour défendre notre demande. Elle est datée du 15 août, il y a donc presque un mois. Qu’est-ce qui empêchait de nous la faire parvenir plus tôt ou de nous en informer par téléphone, lorsque ma mère a appelé ? L’EPFL a commencé, et il est encore en Syrie, quel que soit le résultat de notre démarche il aura pris du retard.

Ça peut paraître être un cas habituel, mais ça ne l’est pas. Car, avec ses résultats, si l’EPFL et le canton l’acceptent, qu’est-ce qui pourrait bien amener l’ODM à refuser si ce n’est sa nationalité ? Il est en âge de se faire recruter par l’armée, il est extrêmement dangereux qu’il reste dans son pays. Cette formation lui permettrait non seulement une bonne qualification, mais donnerait le temps nécessaire à la région pour se stabiliser, et qu’il puisse y retourner en toute sécurité et avec les capacités d’aider à la reconstruction.

J’en profite pour dire deux mots sur la partie de ma famille qui habite à Homs, dont il est issu. Ils ont tous perdu leurs emplois suite au soulèvement et à la répression qui lui a succédé, mais se sont engagés dans des associations humanitaires afin d’aider la population locale. Ils n’ont jusqu’à présent pas voulu partir, malgré la destruction presque totale de la ville, c’est là qu’ils avaient construit leur vie et ils étaient prêts à faire leur possible pour y rester. Mais la situation a empiré, les enfants ont vécu des événements traumatisants (le plus jeune n’a pas encore cinq ans) et ils considèrent maintenant la possibilité de sortir, afin de garantir un avenir sauf à leurs enfants. Nous avons donc lancé une procédure de visa humanitaire, pour un séjour en Suisse à nos frais. Mais là encore, un refus.

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, mars 2014 Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Homs, al-Qussour, mars 2014
Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Je n’ai plus qu’une grand-mère, et elle est en Syrie. Mes seuls cousins sont en Syrie. Dois-je attendre qu’il leur arrive quelque chose avant de pouvoir les mettre en sécurité ? Mon oncle a failli mourir en avril dernier, et je ne suis pas prête à revivre une telle situation. La raison du refus était apparemment que la Suisse ne savait pas ce qu’ils feraient après les six mois de visa humanitaire demandés, mais aujourd’hui quel Syrien sait où il sera dans les prochaines semaines ? Leurs vies peuvent basculer d’un instant à l’autre, alors tout se décide au jour le jour.

 

Vous pouvez nous aider en partageant cet article et en parlant de la situation. Nous sommes simplement une famille suisse qui voudrait mettre les siens en sécurité, aidez-nous à les aider. Merci de tout coeur.

 J.

Etudiante universitaire en Suisse

 

Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 01.12.2013

Concerne: communiqué du conseil fédéral

Madame la conseillère fédérale,

Ce communiqué  du 29.11.13  émanant du DFJP reflète une autosatisfaction qui ne trouve aucun écho auprès des intéressés, les syriens de Suisse. A nos yeux, il témoigne d’un déni de la réalité syrienne, il montre un mépris des droits humains et illustre une fois de plus l’indigence de la démarche des autorités suisses en matière d’asile: Suède (9,5 millions d’habitants) plus de 15’000 asiles accordés à des Syriens, Suisse (8 millions d’habitants) moins de 1000, voire moins de 100 ?

Nous connaissions la méthode du non-traitement des demandes d’asile à l’ambassade suisse de Damas pendant le conflit irakien. On observe aujourd’hui la méthode « toutes nos lignes sont occupées » en vogue dans toutes les ambassades suisses du proche et moyen orient , sans exception. Mais plutôt que de médire, citons quelques témoignages, dont la liste s’allonge chaque jour.

Aujourd’hui beaucoup de Syriens attendent dans l’un des pays voisins de la Syrie pour obtenir un « visa humanitaire »; la réponse dépendra des moyens financiers de leurs proches en Suisse, ceci contrairement à la directive du 4 sept. 2013. Les seuls Syriens de Suisse qui ont encore les moyens de subvenir aux besoins de leurs familles pendant trois mois hors de Syrie sont ceux qui ont profité ou profitent encore du clientélisme du régime. Ceux qui soutiennent la révolution populaire ont déjà dépensé leurs avoirs pour l’aide humanitaire dans les régions non servies par l’ONU, et ignorées par la Croix Rouge, soit la moitié de la Syrie.

Témoignage 1, « live », ça se passe en ce moment…

Istanbul

R., syrienne, résidant en Suisse

“En septembre 2013 (période d’activité de la directive de facilitation donc!) j’ai demandé un rendez-vous pour ma famille (mes parents, mon frère, ma sœur et sa famille- 9 personnes) pour une demande de visa humanitaire auprès de l’ambassade Suisse à Istanbul. On me l’a fixé pour le 14 novembre 2013. Ils sont arrivés à Istanbul et ont soumis leurs dossiers en pensant que 3 jours après ils recevront leurs visas. Aujourd’hui, 17 jours après ils attendent toujours à l’hôtel. Leur déplacement à Istanbul avec les assurances de voyage, les frais de visa et les frais d’hôtel ont coûté jusqu’à ce jour environ 5’000 Euros. Ils avaient vendu tous leurs biens avant de venir (bijoux et autres) et se retrouvent aujourd’hui sans moyens financiers en attendant un visa qui ne vient pas. Mon mari et moi n’avons plus les moyens de les aider…

Mon père est ingénieur en pétrochimie retraité, il n’a plus de retraite et sa maison a été détruite au cours des bombardements à Deir-Ezzor. Aujourd’hui, il se sent impuissant face à cette situation sans issue et déprime… tout ce qu’il souhaite est de rentrer en Syrie pour y mourir… Mon beau-frère est médecin, il a lui aussi perdu sa maison sous les bombardements…

Mon mari avait lui aussi obtenu rendez-vous pour sa mère et ses frères, après beaucoup de difficultés, pour le 22 janvier.  Sa mère est décédée depuis…

Je me demande si les minorités sont à nouveau favorisées pour l’obtention de ces visas humanitaires, car nos amis chrétiens et kurdes syriens ont obtenu ces visas pour leurs familles.

Mon mari et moi avons perdu tout espoir de sortir de ce piège. “

Et on parle là de la période de procédure facilitée.

 

Mais avant cela:

Témoignage 2,

W. Zimmermann, association FSD

« Fin 2011, une procédure de demande d’asile, initiée par son frère déjà en Suisse et traitée par le SAJE-Vaud, est déposée pour K. A., grièvement blessé à la tête. Après examen de son dossier, K. est invité par le DFAE à se rendre à l’ambassade suisse à Amman, celle de Damas étant fermée, pour y faire un interview. En arrivant, il appelle l’ambassade suisse concernant son dossier. La réponse est que ce dossier n’existe pas et qu’il ne faut plus revenir. Renseignements pris en Suisse auprès du DFAE, ce dernier nous informe que K. doit appeler l’ambassade le 2 avril 2012 au matin et demander à parler au consul E. dont le nom nous est transmis. Lorsque K. appelle l’ambassade on lui dit que ce nom n’existe pas à l’ambassade et qu’il ne doit plus jamais rappeler. Une heure plus tard, lorsque j’appelle moi depuis la Suisse et que je demande cette même personne, on me la passe… ce qui donne la chance à K. de faire son interview. Après un long silence autour de son dossier, K. déprimé et à la recherche d’aide quitte Amman pour le Caire. Quelques mois plus tard, une réponse favorable nous est transmise par écrit de l’ODM pour une entrée en Suisse en vue de compléter la procédure de sa demande d’asile. K. reçoit instruction de se présenter à l’ambassade suisse au Caire avec la décision écrite de l’ODM. Mais lorsqu’il se rend à l’ambassade la réceptionniste l’informe que s’il n’a pas de permis de séjour égyptien il doit d’abord en faire faire un ou retourner à Amman. Contactés par son frère nous échangeons de nombreux  emails et téléphones avec l’ambassade avant de pouvoir enfin leur communiquer le document de l’ODM pour obtenir un rendez-vous pour K. Sans cette intervention, il lui aurait été impossible, même avec un document de l’ODM, d’accéder à l’ambassade, nous l’affirmons. »

K. est finalement arrivé en Suisse le 14 février 2013, 2 ans plus tard il attend toujours de recevoir des soins appropriés …

Nous avons d’autres témoignages et nous invitons nos amis syriens à nous communiquer leur propre expérience, « live » autant que possible, pour publication et pour l’histoire. Cela ne servira pas à grand chose peut-être, mais au moins à dissiper le mythe d’une « Suisse défenderesse des droits humains », qui, pour ce qui concerne le dossier syrien, nous fait irrésistiblement penser au mythe d’ « Assad protecteur des minorités ».

FSD a contacté l’ODM pour se faire expliquer le pourquoi de cette politique-girouette (je facilite puis j’annule), qui dans les faits, dans bien des cas, n’a fait qu’accentuer la détresse des familles, le pourquoi de l’impossibilité d’atteindre les ambassades au téléphone pour prendre rendez-vous, la réalité éventuelle et le pourquoi de traitements que certains dénoncent comme inégalitaires entre communautés. Les réponses sont confuses, parfois embarrassées, souvent contradictoires…on nous a dit qu’aucun pays n’a fait autant que la Suisse!??? On attend Genève 2 nous dit-on aussi…

Genève 2! Aujourd’hui, en Syrie, on appelle « Lakhdar  Brahimi[1] » un instrument de torture du régime constitué d’un bout de tuyau vert prolongé d’une pièce métallique dont on se sert pour tabasser dans les centres de la « sécurité »…c’est un moyen de prolonger les effets de la torture, un  peu comme Genève 2: où l’ensemble des criminels seront les invités de M Brahimi.

La révolution syrienne est l’enfant du peuple syrien, elle gagnera, avec ou plus probablement sans l’aide internationale. Nous autres Syriens savons que la période de négociation à venir  justifiera davantage de crimes et de massacres comme précédemment lors des maintes tentatives de médiation.

Nous invitons la Suisse à revenir sur sa décision de suspendre les procédures allégées. Si, comme le prétend le communiqué, la mesure a été efficace, cela restera sans conséquence, sinon la Suisse aura finalement tout de même réalisé une action humanitaire, à peine esquissée jusqu’ici..

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

 

Signé par FemmeS pour la Démocratie, Préverenges

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève


[1] Lakhdar, en arabe, désigne la couleur verte