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Au cœur de la machine de mort syrienne

Le 24 novembre 2015 à 18h30

Université de Genève – Uni Mail – Salle MR060

Le groupe Syrie d’Amnesty UNIGE organise une conférence en collaboration avec l’association FemmeS pour la démocratie, sur la machine de mort que sont les centres de détentions en Syrie. Nous aurons la présence exceptionnelle de:

– Garance Le Caisne: Journaliste française indépendante, elle est l’auteure de Opération César. Au coeur de la machine de mort syrienne (Stock, 2015). C’est le témoignage d’un photographe de la police militaire, dont le nom de code est César, qui a risqué sa vie pour exfiltrer, pendant deux ans, 45000 photos et documents de détenus torturés à mort par le régime syrien. Garance Le Caisne l’a rencontré et écrit son témoignage.

G-LeCaisne
– Un activiste syrien réfugié en Suisse: Opposant de longue date au régime et ayant passé plusieurs années dans les prisons, il a été contraint de fuir le pays pendant le soulèvement syrien.

AmnestyUnig20151124

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Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

Reblogged on WordPress.com

Original article

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(translated by Ruth Riegler) An eighteen-year-old Palestinian girl named ‘Huda’ has detailed her horrific experiences in Syrian regime prisons, ranging from beatings and torture with electric shocks to multiple rapes.

Huda, from Yarmouk Palestinian refugee camp in Damascus, who wished to withhold her real name for understandable reasons (fearing further persecution by the regime) was arrested by members of the pro-regime ‘Popular Front for the Liberation of Palestine – General Command’ (PFLP-GC) at the camp entrance in early 2013 when she was 16 years old on charges of “terrorism”.

She said that she and three other Palestinian women from Yarmouk camp were tortured by the PFLP-GC personnel prior to being delivered to the Assad regime’s infamous ‘Palestine – 235’ branch in Damascus, where she was imprisoned for the next four months.

She recalled being subjected to all forms of torture by the regime’s security agents whenever they took her out of the cell there measuring roughly 3 x 4 meters, where she was kept with eighteen other women, mostly also Palestinians. The regime’s torturers began with torture by electrocution, she said, followed by beatings with whips and rods. After this she was transferred to ‘Branch 215’ also in Damascus, where she said the torture is “exponentially” worse than that she’d suffered at the Palestine Branch.

At Branch 2015, she recalled, “the investigators were interrogating young girls and young men from Yarmouk refugee camp, demanding names [of anyone opposing the regime]. When we denied knowing them, we’d be beaten, tortured, starved, electrocuted. I was raped during my stay there for more than 15 days. Sometimes I was raped repeatedly more than a dozen times a day by different officers and prison warders.”

Huda found out that she had been impregnated during one of the rapes when she miscarried a baby as a result of one of the daily beatings administered as standard, which she said resulted in “my being injured and bleeding heavily, losing consciousness. They threw me into a cell filled with the bodies of detainees killed under torture, where I was forced to stay, surrounded by those bodies and blood for approximately three weeks. Then I found out I was pregnant when I miscarried as a result of the beatings.”

Rape of the female detainees is commonplace, she explained, adding, “One of them tried to commit suicide by battering her head off the walls of the cell. Each time she’d lose consciousness for a few hours.”

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Huda recalled one case she witnessed when a 20-year-old Palestinian girl in the same cell gave birth to a baby boy conceived when she was repeatedly raped by the regime guards. “After the birth, she couldn’t bear to look at the baby or keep it next to her in the cell and wasn’t able to endure the sound of his crying. She just wanted to get rid of him, to kill him when we weren’t looking because his existence was a reminder to her of being raped by the officers.” Huda added, “A few days later a guard entered and took the baby away – they knew that his presence in the cell was proof of the torture that created him.”….

You can read the entire article using the source link:

Source : Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

« On vivait bien avant… »

Voilà plus de quatre ans déjà que le peuple syrien s’est soulevé contre la tyrannie du pouvoir de la famille Assad. La répression féroce et les méthodes barbares du régime ont conduit la Syrie au bord du gouffre… la moitié de la population a fui la violence, réfugiés ou déplacés internes, pour échapper à la détention, à la torture, à la mort et à la terreur !
Aujourd’hui, on entend certains syriens dire « On vivait bien avant…» comme si la cause de cette catastrophe était la révolution elle-même… et non pas la tyrannie de ce régime. Certains médias occidentaux se plaisent aussi à interviewer cette tranche de population restée pro-régime par intérêt, ou qui vivait avant la révolution en fermant les yeux et en priant le ciel pour qu’elle ne se trouve pas sur le chemin d’un membre d’un service de renseignements syrien (Moukhabarat).
Depuis début mai 2015, une campagne virtuelle appelée «On vivait bien avant… » (« # Kna_aaychen ») a été lancée par l’activiste syrien Feras Atassi pour raviver, de façon sarcastique, les souvenirs douloureux de la vie en Syrie depuis le début du “règne” de la famille Assad il y a quatre décennies. Atassi lui-même a été surpris du succès de cette campagne et de la quantité de témoignages qui ont fait l’objet de milliers de postes partagés sur facebook et de twittes publiés sur Twitter.

FSD traduit ici certains de ces témoignages pour mettre en lumière les vraies raisons qui ont poussé les Syriens à dépasser la peur et faire face à ce régime :

"On vivait bien avant..." Sources: article en arabe dans souriyati.com

« On vivait bien avant… »
Sources: article en arabe publié dans souriyati.com

« #Kna_aaychen »
1. Waseem al-shama
Un de mes amis est médecin. Un jour qu’il était de garde aux urgences d’un hôpital public un homme, qui ne présentait aucun symptôme, est arrivé et lui a demandé de l’examiner. Au même moment une femme souffrant de saignements intenses et qui avait perdu conscience est arrivée aux urgences. Le médecin a d’abord voulu secourir cette femme. L’homme s’est alors approché du médecin et l’a giflé, l’a attrapé par la blouse, l’a plaqué contre le mur et lui a dit :
« Je suis membre des Moukhabarat (services de renseignements) et j’ai donc moi la priorité et tu dois m’examiner d’abord ». Tous ceux qui se trouvaient aux urgences ce jour là se sont tus et ont baissé les yeux. Le médecin a donc d’abord examiné ce membre de Moukhabarat! Depuis cet incident le médecin a quitté le pays.

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« #Kna_aaychen »
2. Abo Majed
Un jour je suis allé avec mon voisin au poste de police pour témoigner dans le cadre de sa demande pour retarder son service militaire parce qu’il était le seul des membres de sa famille à subvenir à leurs besoins. Lorsque j’ai donné ma carte d’identité à l’employé il m’a dit que j’étais en état d’arrestation parce que j’étais apparemment recherché par les Moukhabarat, section anti-drogues. Il m’ont arrêté ce jour là et deux jours plus tard j’ai été transféré à la direction de l’unité générale anti-drogue à Damas. Là-bas j’ai subi des interrogatoires pendant dix jours avec toutes sortes de tortures (y compris « le pneu » et «le tapis volant»). Finalement ils m’ont relâché parce qu’ils se sont rendu compte qu’il y avait eu erreur due à une similitude de noms. Depuis ce jour là j’ai juré de ne plus accepter d’être le témoin de quiconque et de ne plus jamais me rendre dans une institution publique!

« Le pneu » : méthode de torture qui consiste à mettre le détenu dans un pneu où son corps est plié en deux et maintenu dans cette position, et ensuite à le rouer de coups. 
« Tapis volant »: méthode de torture qui consiste à attacher la personne sur deux planches en bois liées par une articulation permettant de plier le corps jusqu’au craquement des articulations du détenu.
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« #Kna_aaychen »
3. Om Omar Ali
Une femme de ma famille travaillait comme enseignante dans un collège. Un jour elle a mentionné la guerre d’Octobre (la guerre de 1973 contre Israël). Pendant son cours une élève de la même communauté qu’Assad l’a interrompue pour lui dire qu’il fallait ajouter le qualificatif « libératrice » à guerre d’Octobre. Ceci a engendré une discussion dans la classe sur cette guerre, pour savoir si elle était vraiment libératrice sachant qu’Israël était arrivé aux portes de Damas et que la Syrie a perdu le Golan. Cette prof. a alors été invitée à se rendre au siège des Moukhabarat ( la sécurité ) pour s’y faire insulter longuement. Elle a ensuite été renvoyée de son travail, ainsi que son mari, et tous deux ont été frappés d’une interdiction de travailler dans une institution publique!

FSD

Depuis 4 ans, les enfants sont une cible privilégiée du régime Assad

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 13 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houla à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui, plus de 17’000 enfants sont morts en Syrie depuis le début de la révolution, plus de 9’500 sont en détention et risquent de subir le même sort que Hamza al-Khatib (SN4HR)!

En ce mois de mai 2015, deux jeunes de 15 ans, Mahmoud et Mohamad To’emeh, deux cousins originaires de Baba Amr, ont été kidnappés à Homs et ensuite égorgés. Leurs corps ont été retrouvés dans une région pro-régime… Les témoignages laissent penser que les Chabbihas seraient les auteurs de cet acte barbare (Zaman al-Wassel).

Hamza al-Khatibe 13 ans, torturé à mort en mai 2011

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Massacre d’al-Houla, il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de reproduire ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012. Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés:

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

https://www.youtube.com/watch?v=qUGbdaZi8O0&feature=youtu.be

Témoignage de Mazen Hammada: barbarie et impunité!

Mazen Hammada, technicien dans l’industrie pétrolière, de Deir-Ezzor, s’est d’abord fait arrêter deux fois, en avril et ensuite en déc 2011, à Deir-Ezzor, parce qu’il participait aux manifestations pacifiques, les filmait et ensuite les mettait en ligne ou les envoyait aux médias.
La troisième fois, il s’est fait arrêter au souk de Damas, en mars 2012. Il y avait rendez-vous avec une doctoresse de Darayya pour lui remettre du lait pour les enfants des déplacés. Il s’est fait arrêter avec ses deux neveux qui l’accompagnaient et avec la doctoresse. Sa détention a duré un an et sept mois. Il était détenu à l’aéroport militaire d’al-Mazzeh à Damas.

FSD a traduit et publié son témoignage, accordé à la chaine télévisée Al-Ghad Al-Arabi et publié sur Youtube le 22 avril 2015.

Mazen Hammada, interviewé par al-Ghad al-Arabi (source vidéo de l'interview)

Mazen Hammada, interviewé par al-Ghad al-Arabi (source vidéo de l’interview)

 

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L’interrogatoire et la torture

« Ils nous ont mis dans une cellule de 1.40 sur 1.40m. Nous étions entre 10 et 12 personnes dans cette cellule. Nous devions nous asseoir 5 le long d’un mur et 5 le long du mur d’en face, et une ou deux personnes restaient debout. Nous faisions un tournus toutes les deux heures.

Pendant l’interrogatoire j’ai reconnu avoir participé aux manifestations mais l’officier m’a demandé de reconnaître avoir porté des armes et avoir tué… j’ai refusé. Ils m’ont couché parterre.. quatre hommes se sont mis à sauter sur moi avec leurs bottes militaires… mes côtes se sont cassées et je n’arrivais plus à respirer. L’officier m’a reposé la question et ma réponse est restée négative. Alors ils ont installé sur mon pénis une bride que l’on peut serrer… et ils se sont mis à la serrer… là j’ai cédé, pas seulement à cause de la douleur mais aussi de peur que mon pénis ne soit sectionné. J’ai reconnu à tort avoir porté une arme pour stopper le supplice… Ensuite, j’ai été suspendu par les poignets jusqu’à ce que j’accepte de reconnaître avoir fait exploser un check-point… Ils m’ont aussi enfoncé une barre de fer dans l’ anus et j’en ai encore les cicatrices… ces gens sont dénués de toute valeur humaine. »

Bouclier humain en août 2013
« Lorsqu’il y a eu menace d’une frappe américaine possible suite à l’utilisation d’ armes chimiques à large échelle à al-Ghouta, à Damas, ils nous ont transférés dans les hangars d’aviation pour que nous soyons tués sous les bombardements. Nous étions environ 700 détenus par hangar. Nous y sommes restés un mois environ avant de retourner en cellule. »

Les conditions de détention
« Chaque jour il y avait un ou deux morts dans notre cellule, car nous avions pas assez d’air et les conditions de détention n’étaient pas supportable pour les personnes âgées ou malades. Nous étions alors 180 dans une cellule de 11×6 m2. Nous devions nous asseoir et d’autres s’asseyaient sur nos genoux. Parfois le gardien mettait son fusil dans la fente de la porte et il tirait sur le plafond en dessus de nos têtes… la balle restait parfois plantée dans le plafond ou alors elle ricochait et touchait l’un de nous. »

L’hôpital militaire 601
« Suite à mon interrogatoire et à la torture barbare que j’ai subie, j’avais les côtes cassées, je vomissais et j’urinais du sang. J’ai alors été transféré, avec d’autres, à l’hôpital militaire 601 de Damas. Dès notre arrivée à l’hôpital nous avons été accueillis par des coups de bâtons ou de chaussures par les infirmiers et les infirmières. Ensuite nous avons été placés à trois par lit et menottés. La nuit je suis allé aux toilettes, j’ai ouvert la première porte j’y ai trouvé deux cadavres, j’ai ouvert la deuxième, j’y ai trouvé deux cadavres, je suis allé vers le lavabo, il y avait là le corps d’un jeune homme blond d’environ 17 ans… Là, j’ai disjoncté, le gardien me parlait mais je ne pouvais pas répondre.. alors il s’est mis à me tabasser… Il y avait aussi un gardien à l’hôpital qui se donnait le surnom Azraël, l’ange de la mort. Il est arrivé une fois à minuit avec une barre de fer avec des pointes. Il a demandé qui parmi nous avait besoin de médicaments. L’un de nous a répondu par l’affirmative. Alors Azraël s’est approché de lui et lui a dit : « Le tribunal de Dieu t’a condamné à mort » et il s’est mis à le tabasser jusqu’à l’éclatement de sa tête. Il en est mort et il a été ensuite transporté aux toilettes. »

Sadisme
Vers la fin de ma période de détention nous avons dû donner nos empreintes en attendant d’être transférés pour être jugés devant le tribunal. Il y avait un enfant de seize ans avec nous. Le gardien lui a demandé d’où il venait, il a répondu de Darayya (lieu symbole de protestations pacifiques à Damas). Il l’a alors tabassé et ensuite il a amené un poste de soudure et lui a brûlé le visage, qui a littéralement fondu… nous l’avons ramené dans la cellule, nous avons tenté de rafraichir ses brûlures, mais deux jours plus tard il est décédé… Mon cœur s’est brisé pour cet enfant. »

La fuite de Syrie
« Après ma sortie de détention, comme j’étais toujours recherché par le service de renseignement (les différents services ne communiquent pas). Je me suis alors rendu clandestinement à Deir-Ezzor. Ensuite j’ai fui la Syrie vers la Turquie où j’ai pris le bateau vers la Grèce et ensuite un camion pour arriver aux Pays Bas. »
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L’impunité!
Il faut préciser ici que les officiers et les gardiens des centres de détention bénéficient d’une impunité totale… impunité qui incite les personnes dérangées à développer de plus en plus des méthodes barbares pour torturer les détenus…Et c’est la même impunité dont bénéficie Assad et ses semblables qui rend ces dictatures de plus en plus barbares…

Non à l’impunité!… Seule la justice peut acheminer la Syrie vers la paix.

C’est pour cette raison que j’ai dessiné la Martyre Rehab Alellawi

Rehab Alellawi, née en 1989, arrêtée le 15 janvier 2013, est morte sous la torture ou exécutée par le régime syrien dans les mois qui ont suivi son arrestation. 
Rehab était étudiante en Génie Civil à l’université de Damas lors de son arrestation. Elle avait participé aux manifestations pacifiques et elle avait été très active dans l’aide humanitaire des déplacés internes et des anciens détenus et leurs familles. 
La photo de son corps a paru parmi les photos de César (un ancien photographe de trois centres de détention de Damas, qui a fait défection en été 2013, et qui a fui la Syrie en emportant avec lui les photos de 11’000 morts sous la torture) qui ont été publiées sur une page spéciale de Facebook « Stand with Caesar: Stop Bashar al-Assad’s Killing Machine« .   
Le frère de Rehab, Aassem, avait été arrêté en mai 2011 et personne ne sait s’il est vivant ou si, lui aussi, fait partie des milliers de morts sous la torture.
Rehab Alellawi, étudiante universitaire arrêtée le 15.01.2013 et morte sous la torture

Rehab Alellawi, étudiante universitaire arrêtée le 15.01.2013 et morte sous la torture

Article de Lama Shammas, publié sur le site Zamane al-Wassel,  le 6 avril 2015, traduit de l’arabe par FSD:

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« L’Artiste Batoul Mohamad dit : C’est pour cette raison que j’ai dessiné la Martyre Rehab Alellawi »

« J’allais me coucher lorsque j’ai vu sa photo et lu son histoire. J’ai alors ressenti le besoin de mettre toute ma tristesse et ma colère sur le papier. Rehab Alellawi m’a frappée d’insomnie, j’ai donc pris un papier et un fusain. Publier la photo de son corps inerte ne me semblait pas adéquat pour préserver sa dignité et par égard pour sa famille dans le chagrin. J’ai voulu parler d’elle d’une façon symbolique pour aborder sa cause et celle des autres détenus qui ont subi le même sort avant elle, tout en respectant leur deuil». Ainsi parle Batoul MOHAMAD qui a retrouvé son envie de dessiner en voyant la photo de Rehab. et se décrit comme une artiste que la vie a éloigné de l’art, et que cette photo a replongé dedans.

La photo du corps de Rehab et son visage dessiné par Batoul. Source le site Zamane al-Wassel

La photo du corps de Rehab et son visage dessiné par Batoul. Source le site Zamane al-Wassel

Ce qui console Batoul c’est qu’un ami commun lui a transmis la reconnaissance de la mère de Rehab. Cette mère qui ne supporte pas de regarder la photo du corps de sa fille et qui préfère la voir dans le dessin de Batoul.
Batoul se confie à Zamane al-Wassel : « Lorsque j’ai vu la photo du corps de Rehab je me suis demandée et si c’était ma sœur ou une parente ou bien une amie proche ? Et si j’étais moi à sa place ? Quelles émotions ont envahi sa mère et sa famille quand ils ont vu la photo de son corps après deux ans de détention? Combien de Rehab se trouvent actuellement dans les sous-sols (des centres de détention en Syrie) et dont nous ignorons tout ? ». Elle décrit les sentiments qu’elle a éprouvés en regardant la photo du visage de Rehab après sa mort, pour le reproduire en dessin : « regarder le visage d’un martyr provoque un mélange de sentiments de tristesse, de colère, d’impuissance, de fracture et de fierté et c’est ce mélange que j’ai essayé d’exprimer dans ce dessin».
Batoul raconte que Rehab lui aurait confié lorsqu’elle dessinait son visage inerte que sa souffrance et celle des autres détenus mériteraient que cette révolution aboutisse en contre-partie. Et elle continue : « Rehab est le miroir qui reflète notre propre impuissance et notre manquement à notre devoir. Elle est une sonnette d’alarme qui nous invite à nous unir pour ceux qui sacrifient leur liberté, leurs rêves et leurs âmes pour notre liberté et nos rêves ».

Yassin Al Haj Saleh : Quand la Syrie «frappe avec sa tête»

FSD publie ici certains passages de l’article publié sur le blog My Global Suburbia à l’occasion du passage de Yassin Al Haj Saleh à Paris:

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Dans son album de 1983 Loin des yeux de l’Occident, Daniel Balavoine, qui amorçait alors un tournant dans sa carrière en revenant vers la «musique rock» par laquelle il se disait influencé – celle de Yes, The Police ou Peter Gabriel dont l’on sentait en effet l’influence dans les arrangements de certains titres, notamment Pour la femme veuve qui s’éveille – et en abordant les thématiques de Droits de l’Homme qui lui étaient chères, marqua les esprits avec une chanson intitulée Frappe avec ta tête.

Dédiée au pianiste argentin, emprisonné sous la dictature militaire de l’époque, Miguel Ángel Estrella, cette chanson raconte l’histoire d’un écrivain emprisonné et torturé auquel ses geôliers ont coupé la langue pour qu’il ne puisse plus parler et les doigts pour l’empêcher d’écrire. Mais, comme le chante Balavoine dans le refrain,

«Dans la cellule du poète,
Quand le geôlier vient près de lui,
Quand plus personne ne s’inquiète,
L’homme que l’on croyait endormi …

Oh,
Frappe avec sa tête.»

Tout le monde ne le sait pas, mais Miguel Ángel Estrella est libanais par son père, issu d’une famille Najem, «étoile» en arabe, ce qui donne estrella en espagnol. Et derrière la frontière du Liban, justement, il y a la Syrie, celle de Bachar el-Assad, des prisons remplies de gens dont le seul crime a été de s’opposer à la dictature dynastique, ces prisons qui, pendant les quarante-quatre ans du régime Assad, ont vu passer, souffrir, parfois mourir, tant de gens qui n’auraient jamais dû s’y trouver.

Parmi eux, il y a Yassin Al Haj Saleh. Né en 1961 à Raqqa, il fut arrêté à Alep alors qu’il était étudiant en médecine, puis emprisonné de 1980 à 1996, pour appartenance à un mouvement communiste dissident. Son épouse, Samira Khalil, elle aussi communiste dissidente, qui a elle-même passé quatre ans dans les prisons de la dictature, a été enlevée en décembre 2013 à Douma, dans la Ghouta de Damas, avec l’avocate Razan Zaïtouneh, directrice du Centre de Documentation des Violations des Droits de l’Homme, ainsi que ses collègues Défenseurs des Droits de l’Homme Wael Hamadi et Nazem Hammadi. Yassin Al Haj Saleh dut lui-même passer près de deux ans dans la clandestinité avant de pouvoir passer en Turquie, résidant aujourd’hui à Istanbul.

De passage à Paris, Yassin Al Haj Saleh a fait une halte ce jeudi 2 avril à l’Institut du Monde Arabe, où c’était sa toute première visite, pour venir débattre autour de son livre nouvellement paru, Récits d’une Syrie oubliée : Sortir la mémoire des prisons*, publié à l’origine en arabe et proposé en traduction au public français.

C’est dans une Salle du Haut Conseil comble, dominant l’Institut et regardant de loin les tours de Notre-Dame, que Yassin Al Haj Saleh, non francophone, a pu s’adresser au public en arabe et en français grâce à l’interprétariat aimablement fourni par Ziad Majed, professeur de politique internationale et chercheur à l’Université américaine de Paris, qui fut également le modérateur de l’événement.

Yassin Al Haj Saleh : Écrire la Syrie pour la défendre contre l’oubli

Yassin Al Haj Saleh a commencé par remercier toutes les personnes qui étaient venues, nombreuses en cette tombée du soir, à l’Institut du Monde Arabe. Leur seule présence, a-t-il affirmé, est une preuve que la tragédie du peuple syrien n’est pas oubliée, et par là même, elle est source d’espoir.

L’idée principale que Yassin Al Haj Saleh cherche à traduire, c’est la puissance, la force, de la liberté. Ce sont cette puissance et cette force qui lui ont permis, ainsi qu’à nombre de personnes qui ont connu la détention politique, de devenir des écrivains célèbres, alors même qu’en les emprisonnant, le régime entendait les faire taire.

S’il a voulu écrire ce livre, c’est pour offrir au public le récit de toute une génération de Syriens, pour publier ce témoignage de la Syrie carcérale. Cette Syrie qui, déjà, n’existe plus, car avec la révolution de 2011, c’est bel et bien une nouvelle phase dans l’histoire de la Syrie qui a commencé.

Mais dans la Syrie d’Assad, le premier des défis de l’écriture, c’était bien de contredire le récit officiel, celui de tous les gens qui considéraient que la Syrie, c’était Assad, et que ce qu’il y avait à dire sur le pays s’arrêtait là. Il fallait lutter pour offrir un autre récit, ne pas permettre à la dictature de confisquer les Syriens.

Rester silencieux face au discours officiel du régime, c’est comme avaliser l’idée que les Syriens n’existent pas. D’où la nécessité de parler, de montrer que, quand le régime dit que lui seul représente la Syrie, ce n’est pas vrai.

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien et auteur de "Récits d'une Syrie oubliée"

Yassin Haj Saleh, écrivain syrien et auteur de « Récits d’une Syrie oubliée »


Il faut construire des projets, ceux dont a besoin pour émerger la nouvelle Syrie dans toutes ses dimensions. Il faut lutter contre l’oubli des expériences qui ont conforté le monde dans le déni de l’existence des Syriens. C’est ce à quoi tente de contribuer ce livre, en tant que témoignage de ce qu’a traversé toute une génération de Syriens, que l’on a opprimée mais qui jamais ne s’est soumise.

Bien entendu, en la prison, il convient de voir une métaphore de la Syrie dans son entier, toujours sous le double prisme de l’oppression et de la résistance.

Pour les Syriens, écrire, cela procède aussi d’une volonté de déconstruire les deux récits qui tendent à effacer leur existence : le récit géostratégique, celui de gens comme Bachar el-Assad et le leader du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, donc les acteurs de la «politique d’en haut», et le récit culturaliste, celui qui ne voit pas les dynamiques sociales et culturelles, un récit essentialiste qui réduit le Moyen-Orient à un vulgaire agglomérat de clivages religieux et sectaires.

Aussi le titre choisi pour cet ouvrage est-il une réponse aux simplifications de ces amateurs de généralités, adeptes de tels discours réducteurs. En le choisissant, Yassin Al Haj Saleh a voulu confronter les deux, qui permettent à certains journalistes et/ou chercheurs de devenir des «spécialistes» ou «experts» autoproclamés seulement parce qu’ils ont lu des articles écrits par des adeptes de l’une ou l’autre des deux écoles du mensonge sur la Syrie et croient donc pouvoir en parler. Par leurs écrits ineptes et dangereux, les tenants de ces deux simplismes offrent à des incompétents la possibilité de donner au grand public des leçons sur la Syrie alors qu’ils ignorent tout d’elle.

C’est toute l’expérience syrienne de l’écriture – rendre plus difficile l’oubli et le meurtredes Syriens, de faire obstacle à ceux qui voudraient faire disparaître le peuple syrien dans la nuit des temps. Défendre cette expérience, c’est un devoir à la fois culturel et politique.

Tout ce qui a été fait jusqu’à présent demeure insuffisant. Ce qu’il faut, c’est refaire des Syriens des êtres humains, qui partagent les valeurs universelles et auxquels celles-ci s’appliquent donc aussi. Cela commence en rendant plus difficile l’écrit contre les Syriens.

Décrire ce que les Syriens subissent, c’est les protéger. L’évocation des crimes, qu’il s’agisse de la torture, des déplacements forcés, des noyades en Méditerranée de demandeurs d’asile syriens qui n’auront donc jamais atteint l’Europe, des «disparitions» chaque jour plus nombreuses, simplement parler de tout cela, c’est en soi un moyen de l’empêcher, c’est en soi un acte de résistance.

Au-delà de la seule expérience de l’écriture, le devoir que ressentent tous les Syriens qui veulent s’exprimer, qu’ils soient écrivains, cinéastes, juristes, militants ou autres, est le même – libérer la parole.

Si l’expérience politique échoue, à tout le moins, que l’expérience culturelle à laquelle se prêtent Yassin Al Haj Saleh et d’autres avec lui demeure vivante et se poursuive. Il est indispensable de lutter contre les absolus et les totalitarismes, contre tous en même temps, l’un n’étant jamais meilleur que l’autre. Lutter, chez les Syriens, c’est incarner la volonté de résister tout à la fois contre la dictature des Assad et contre Daesh, le nouveau monstre, qui veut priver les gens de leurs individualités, qui veut nier la femme et broyer la vie privée.

Yassin Al Haj Saleh a conclu en évoquant le grand nombre de jeunes, ainsi que de moins jeunes, qu’il a vus devoir quitter la Syrie et qui sont autant de gens créatifs grâce auxquels l’on peut dire sans faire preuve d’une ambition excessive que le potentiel pour une révolution culturelle en Syrie existe, qu’il est réellement possible de se réapproprier les outils de l’expression, que c’est en effet l’un des possibles qui s’offrent à la Syrie nouvelle.

* Editions Les Prairies Ordinaires, Collection Traversées.

Il y a un an, le régime de Damas assassinait le Dr. Abbas Khan

Mémoire de la Révolution

Il y a un an, le Dr. Abbas Khan, médecin britannique, qui s’était rendu dans le nord de la Syrie pour apporter son aide médicale aux blessés de guerre, a été assassiné par le régime syrien le 16.12.2013 après un an de détention.

FSD publie ici l’article du site Romandie du 17.12.2013.

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Londres accuse Damas d’avoir de facto assassiné un médecin britannique

LONDRES – Un membre du gouvernement britannique a accusé mardi les autorités de Damas d’avoir de facto assassiné un médecin britannique, qui était détenu en Syrie après avoir travaillé dans des hôpitaux auprès de victimes de la guerre civile.

Médecin britannique assassiné par Damas après un an de détention.

Médecin britannique assassiné par Damas après un an de détention.

Rien ne saurait excuser le traitement qu’il a subi de la part des autorités syriennes qui, de facto, ont assassiné un citoyen britannique présent dans leur pays pour venir en aide aux personnes blessées pendant leur guerre civile, a déclaré sur la BBC un secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Hugh Robertson, confirmant ainsi officiellement la mort d’Abbas Khan, un chirurgien orthopédiste londonien.
Il est établi qu’il s’était rendu en Syrie pour aider le peuple syrien affecté par la guerre civile, a-t-il ajouté, exigeant des clarification urgentes de la part de Damas.
Agé de 32 ans, Abbas Khan avait été arrêté en novembre 2012 à Alep, dans le nord de la Syrie. Il était depuis détenu.
Plus tôt dans la journée de mardi, son frère, Afroze Khan, et un député britannique, George Galloway, avaient annoncé la mort du médecin.
L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a pris contact avec la femme du médecin, Hanane Yehya. Selon cette dernière, les responsables syriens ont déclaré à George Galloway, que son mari s’était suicidé.
Mais le patron de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, a estimé qu’il était mort sous la torture, car il y a des centaines de cas semblables où le régime affirme que le prisonnier s’est suicidé alors qu’en fait il est mort sous la torture.
Abbas Khan a été interpellé le 22 novembre 2012 en Syrie, a raconté l’une de ses soeurs, Sara Khan, à Sky News. Nous n’avons pas reçu d’informations de la part du ministère britannique des Affaires étrangères jusqu’en juin (2013), mais nous savions alors qu’il avait été emprisonné. Ils nous ont dit +Nous allons prendre soin de lui+. Rien ne s’est produit, personne ne lui a rendu visite, a-t-elle affirmé.
Ma mère est allée à Damas et (…) au bout de quelques mois, elle a été autorisée à le rencontrer au ministère de la Justice où il avait été transporté, a-t-elle encore raconté. Elle ne l’a même pas reconnu, il avait perdu près de la moitié de son poids et avait des cicatrices sur l’ensemble de son corps et il lui manquait des ongles.
Le médecin, père de deux enfants, a finalement été transféré en août 2013 dans une prison civile, selon sa soeur. Il semblait aller mieux et a commencé à enseigner l’anglais à d’autres (détenus). Ma mère a commencé à le voir régulièrement à partir de ce moment là, a-t-elle ajouté, précisant que depuis septembre un groupe de parlementaires britanniques se mobilisaient pour tenter d’obtenir sa libération.
Nous pensions qu’elle allait avoir lieu le 27 décembre. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a appelé ma mère pour lui dire qu’ils allaient le libérer. Nous étions tellement heureux, nous avons commencé à décorer (la maison) pour nous préparer à son retour.
Le frère de la victime, Afroze Khan, s’est dit effondré, bouleversé et en colère contre le Foreign Office qui a traîné des pieds pendant treize mois.

Le ministère s’est défendu en expliquant que toutes ses demandes d’accès consulaire ont été ignorées. Le député George Galloway, qui dit avoir négocié la libération du médecin avec le gouvernement syrien, a déclaré avoir appris l’épouvantable nouvelle alors qu’il était en train de réserver un vol pour la Syrie pour ramener le Dr Khan. Il a précisé attendre désormais des éclaircissements sur les circonstances précises de la mort du médecin.

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 5e partie, Témoignage de Kenda

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 5/5

Kenda, ancienne détenue, de Damas, 28 ans,

Kenda est une activiste dans la société civile et le mouvement de la paix. Elle a été arrêtée durant 2 mois suite à l’événement « les mariées de la liberté ». Elle a été libérée dans le cadre de l’échange avec des détenus iraniens intervenu le 9 janvier 2013.

«C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité.

Notre crime : nous avons mis des robes blanches de jeunes mariées et nous avons eu l’audace de porter, dans le souk de Damas, des banderoles demandant l’arrêt des violences, de la tuerie, et des interventions militaires. Notre mariage s’est terminé dans un centre de détention, dans une pièce simple de 2×3 mètres où l’on a regroupé 24 femmes de différentes régions de Syrie .

Les jeunes mariées de la liberté, Damas.

Les mariées de la liberté, Damas, novembre 2012.

Chacune de ces femmes a une histoire qui témoigne de sa patience et résume l’inhumanité de ce régime répressif et rancunier .

Je vous raconte mon expérience dans le centre de détention. Dans ce lieu, la dignité, l’humanité et toutes les valeurs morales de l’homme sont violées .

Je n’oublierai jamais les cris de Nawal de Homs, torturée pour qu’elle avoue un crime qu’elle n’a pas perpétré de ses mains. Je n’oublierai jamais les cris de Oum Ali et de Oum Ismail et de beaucoup d’autres femmes torturées.

J’ai passé dans ce centre de détention les jours les plus difficiles que j’ai pu vivre.

Dans ce lieu, ta patience et ta force sont mises à l’épreuve. J’aurai beaucoup à dire sur le comportement des geôliers et des interrogateurs, mais je vais vous le résumer : le traitement était très mauvais et sans aucune limite. L’unique mode de communication était la violence et la torture. J’ai vu de mes propres yeux beaucoup de femmes se faire torturer de différentes manières, telles que le câble électrique, le tuyau, la roue et bien d’autres méthodes, puisqu’ils en imaginaient continuellement de nouvelles; sans parler de leur langage fait d’insultes et de blasphèmes, utilisant les phrases les plus grossières.

Dans le centre de détention, tu oublies les fondements de ton humanité. Ce dont nous avons le plus souffert c’est d’entendre les voix des autres torturés, de voir le sang et des lambeaux de peau sur les murs, de sentir l’odeur du sang, de voir les restes des bâtons cassés (nommés par les geôliers “Al-Akhader BRAHIMI” parce que c’est un bâton en plastique de couleur verte et Akhdar signifie vert en arabe).

Souvent nous nous effondrions en pleurs, en entendant les cris de douleur derrière la porte de notre cellule. La pire des tortures c’est d’entendre les voix des autres torturés.

Nous avons passés des jours que je n’oublierai jamais. Nous avons souffert des poux sur la tête et sur le corps, qui se nichaient dans les habits, et nous avons souffert de différentes maladies telles que la grippe, la bronchite, l’empoisonnement, les infections urinaires , etc..

Nous étions affamées, nous attendions la nourritures avec impatience, jusqu’à recevoir un morceau de patate dur comme un caillou.

Nous avions besoin de serviettes hygiéniques pendant les menstruations, et les gardes ne nous les donnaient pas. Nous souffrions encore plus quand nous avions besoin de médicaments à cause des maladies contractées et ils nous privaient de médicaments comme punition supplémentaire.

Deux mois plus tard, nous avons appris que nous allions sortir à cause d’une amnistie ordonnée par Bachar al-Assad. Une fois sorties, nous avons été étonnées d’apprendre que nous avions été libérées suite a un échange de 48 détenus iraniens contre 2060 détenus ( hommes et femmes ) de toute la Syrie.

Je crois que ce régime a montré au monde entier tous ses crimes et ses oppressions.

Nous les femmes Syriennes nous méritons la paix et la liberté, et nous aspirons à ce que notre parole libre atteigne tout humain qui apprécie cette parole et sa signification.

Rendez justice à la femme syrienne qui subit les violences de ce régime, cette femme est le symbole de la patience et de la paix. »

FSD

Lire aussi les quatre premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Partie 4/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 4e partie, Témoignage d’Eman

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 4/5

Eman, ancienne détenue, de Homs, 30 ans,
“Je me suis impliquée dans la révolution syrienne depuis son début, dans l’action civile et dans les manifestations pacifiques qui ont eu lieu dans le quartier d’al-Khaldia à Homs.
J’ai travaillé dans le domaine des soins médicaux et j’ai participé aux efforts d’aide à la population. J’ai participé à la distribution d’habits, de nourriture et d’argent aux déplacés, aux familles pauvres et aux familles de détenus et de martyrs.
J’ai été arrêtée une première fois le 24 juin 2012 pour une période de 3mois par les Chabbiha (connus actuellement comme “armée de défense nationale”), qui sont en fait des groupes de mercenaires dont le rôle est de réprimer les manifestations civiles pacifiques.
On nous a emmenées vers des destinations et des maisons dédiées spécifiquement à l’emprisonnement des femmes, on ne nous a pas emprisonnées dans les prisons du régime ou dans les centres de détention des services secrets. Les buts de notre détention étaient, comme les gardiens nous l’ont dit, de nous échanger contre rançon, de nous échanger contre d’autres kidnappées, ou de nous violer.
Pendant notre détention nous avons été torturées physiquement et psychologiquement d’une manière inimaginable, que je n’avais jamais pensé pouvoir exister.
Les gardiens utilisaient l’électricité, le harcèlement sexuel, ils nous brulaient le corps avec des cigarettes et de l’eau bouillante. On nous frappait aussi avec des câbles électriques et des tuyaux. Ils ont coupé nos cheveux, ils nous ont violées collectivement et à répétition. Ils ont aussi tenté plusieurs fois de nous noyer dans l’eau. Par deux fois j’ai eu de forts saignements vaginaux. J’étais très effrayée par les voix et les cris des autres détenues qui étaient continuellement et violemment torturées.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Ils ont tué notre humanité, nous avons perdu la volonté de vivre, nous appelions la mort chaque jour. J’ai vu des femmes brutalement déshabillées et violées. Les gardiens les violaient devant nous et les battaient violemment, pour certaines jusqu’à la mort. On laissait alors leur corps dans la même cellule pendant un jour, avec pour conséquence que beaucoup d’entre nous ont tenté de se suicider.
Les gardiens étaient de vrais monstres assoiffés de sang, de revanche et de volonté de tuer. Ils nous donnaient juste assez de nourriture pour ne pas mourir dans la journée.
Des maladies sont apparues parmi les détenues à cause des infections et des blessures laissées sans soins, les poux et la saleté s’ajoutant à l’eau et aux aliments contaminés que consommions ont dégradé notre santé et provoqué de nombreuses entérites.
Lorsqu’on m’a relâchée on m’a mise dans un conteneur d’ordures.
J’ai été arrêtée pour la seconde fois le 3 février 2013 par des brigades armées sectaires non-syriennes, et détenue pendant 10 jours, au cours desquels on m’a volé toutes mes affaires, et l’on m’a battue et fouettée avec des câbles métalliques. »

FSD

Lire aussi les trois premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5