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Le HCR dévoile des propositions ambitieuses pour une action européenne en faveur des Syriens

Article paru sur le site du HCR le 12 mars 2015

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a envoyé une série de propositions concrètes à l’Union européenne pour gérer les problèmes posés par les milliers de réfugiés et de migrants qui risquent leur vie en tentant de rejoindre l’Europe chaque année.

Ces propositions, faites par le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres dans une lettre à l’Union européenne, font partie de l’Initiative du HCR pour la mer Méditerranée centrale (CMSI) qui vise à encourager un large débat entre la Commission européenne, les Etats européens et d’autres parties prenantes concernées pour répondre aux problèmes de la migration mixte en mer Méditerranée et pour sauver des vies.

« Nous proposons à l’Union européenne et aux pays d’Europe un certain nombre de solutions audacieuses et novatrices afin de relever les défis de la migration mixte en mer Méditerranée et de réduire les pertes en vies humaines en mer », a déclaré Vincent Cochetel, directeur du HCR pour l’Europe.

Cette année, environ 470 personnes ont déjà trouvé la mort ou sont portées disparues en mer Méditerranée, contre 15 à la même période l’année dernière.

« Prolonger encore le statu quo n’est pas une option », a averti Vincent Cochetel, « l’inaction pour répondre à ces problèmes est synonyme d’encore davantage de pertes en vies humaines. »

Les nouvelles propositions du HCR comprennent l’établissement d’une opération européenne robuste pour la recherche et le sauvetage en mer Méditerranée, une opération similaire à l’opération italienne Mare Nostrum qui a pris fin l’année dernière. Il y a également la mise en place d’un système européen visant à verser des compensations aux compagnies maritimes pour les pertes subies pendant le sauvetage de personnes en détresse en mer.

Le HCR exhorte également l’Union européenne à explorer des solutions pour répondre aux problèmes une fois que les réfugiés arrivent en Europe, afin de leur assurer un soutien suffisant et d’éviter à quelques pays de devoir en assumer seuls la responsabilité principale.

Actuellement, la plupart des personnes en quête de sécurité en Europe arrivent dans quelques Etats à la frontière extérieure de l’UE. Parallèlement, un petit nombre de pays, principalement l’Allemagne et la Suède, reçoivent la majorité des demandes d’asile. Pour remédier à ce déséquilibre, une solidarité intra-européenne est nécessaire. Des pays comme l’Italie et la Grèce devraient bénéficier d’un appui pour accueillir les demandeurs d’asile et examiner leurs demandes d’asile. De plus, le HCR propose un projet pilote pour le transfert des réfugiés syriens, secourus en mer en Grèce et en Italie, vers différents pays de l’Europe. Ce projet pilote est basé sur un système de répartition équitable.

Actuellement, l’Allemagne et la Suède à elles seules ont reçu environ 56 pour cent de toutes les demandes d’asile de la part de Syriens depuis le début du conflit. Ce projet pilote vise à mieux répartir les Syriens reconnus en tant que réfugiés parmi tous les pays de l’UE et à contribuer également à réduire le risque de traite et d’exploitation lié aux mouvements secondaires actuels au sein de l’UE.

Pour les demandeurs d’asile, la règlementation Dublin, qui définit la responsabilité de l’Etat pour l’examen des demandes d’asile, devrait être pleinement mise en œuvre, y compris en utilisant tous les outils disponibles, comme le regroupement familial, les enfants non accompagnés et le recours au pouvoir discrétionnaire dans certains cas de liens familiaux plus éloignés ou d’autres besoins. Ces outils ont été conçus par les Etats de l’UE et devraient être utilisés efficacement.

Le conflit en Syrie entre dans sa cinquième année avec près de quatre millions de réfugiés, principalement dans les pays voisins et il est impératif d’accroître les possibilités juridiques pour que les réfugiés syriens puissent trouver une protection en Europe. Le HCR appelle les pays européens à s’engager davantage pour accueillir des réfugiés dans le cadre de programmes de réinstallation durables et à intensifier leurs efforts afin d’accroître les possibilités pour d’autres formes d’admission, afin que les personnes en quête de sécurité puissent la trouver en Europe sans devoir recourir à des passeurs et à des mouvements irréguliers dangereux.

Davantage de possibilités en termes de réinstallation et d’autres alternatives sont nécessaires, comme l’utilisation du parrainage privé, de visas humanitaires et de visas étudiants ou de travail. Le HCR est prêt à étudier les conditions pour étendre les programmes de réinstallation et d’autres formes d’admission dans des pays de l’UE.

« La rhétorique anti-étranger se répand à travers toute l’Europe. Il est donc important de nous souvenir que les réfugiés fuient la guerre et la violence comme en Syrie par exemple. Nous devons reconnaître les contributions positives qu’eux et leurs familles apportent à la société dans laquelle ils vivent et qu’ils honorent également les valeurs fondamentales européennes : protéger des vies humaines et les droits humains ainsi que promouvoir la tolérance et la diversité », a déclaré Vincent Cochetel. « La proposition du HCR comprend également des efforts visant à assurer que des programmes robustes pour le soutien à l’intégration nationale soient développés, et que les réfugiés reçoivent l’aide dont ils ont besoin pour contribuer à nos sociétés. »

Pourquoi?

Cet article est probablement une dernière chance.

En général je dis que je suis suisse-syrienne, mais la vérité c’est que je n’ai que le passeport suisse. Je suis donc suisse, de mère syrienne naturalisée, j’ai vingt-et-un ans et j’étudie en Suisse. Mon cousin le plus proche en âge est syrien, il aura bientôt dix-neuf ans et étudie l’informatique en Syrie.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001. Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001.
Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Aujourd’hui il est à l’université, après avoir passé son baccalauréat en 2013 avec d’excellents résultats. Nous lui avons proposé de venir étudier ici, à l’EPFL, ce que l’EPFL a accepté. Comme nous n’avions pas de réponse ni des autorités cantonales ni de l’ODM, ma mère les a appelés le 25 août, quatre mois après le dépôt du dossier, et tous deux ont prétendu ne rien savoir, et nous ont engagés à contacter l’autre. Les autorités cantonales ont peu après donné une réponse positive.

Le 9 septembre, nous sommes allées à l’ambassade pour retirer uneréponse, cette fois-ci de l’ODM. Elle est à priori négative, sans raison claire, mais nous laisse vingt jours pour défendre notre demande. Elle est datée du 15 août, il y a donc presque un mois. Qu’est-ce qui empêchait de nous la faire parvenir plus tôt ou de nous en informer par téléphone, lorsque ma mère a appelé ? L’EPFL a commencé, et il est encore en Syrie, quel que soit le résultat de notre démarche il aura pris du retard.

Ça peut paraître être un cas habituel, mais ça ne l’est pas. Car, avec ses résultats, si l’EPFL et le canton l’acceptent, qu’est-ce qui pourrait bien amener l’ODM à refuser si ce n’est sa nationalité ? Il est en âge de se faire recruter par l’armée, il est extrêmement dangereux qu’il reste dans son pays. Cette formation lui permettrait non seulement une bonne qualification, mais donnerait le temps nécessaire à la région pour se stabiliser, et qu’il puisse y retourner en toute sécurité et avec les capacités d’aider à la reconstruction.

J’en profite pour dire deux mots sur la partie de ma famille qui habite à Homs, dont il est issu. Ils ont tous perdu leurs emplois suite au soulèvement et à la répression qui lui a succédé, mais se sont engagés dans des associations humanitaires afin d’aider la population locale. Ils n’ont jusqu’à présent pas voulu partir, malgré la destruction presque totale de la ville, c’est là qu’ils avaient construit leur vie et ils étaient prêts à faire leur possible pour y rester. Mais la situation a empiré, les enfants ont vécu des événements traumatisants (le plus jeune n’a pas encore cinq ans) et ils considèrent maintenant la possibilité de sortir, afin de garantir un avenir sauf à leurs enfants. Nous avons donc lancé une procédure de visa humanitaire, pour un séjour en Suisse à nos frais. Mais là encore, un refus.

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, avant la révolution

Homs, al-Qussour, mars 2014 Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Homs, al-Qussour, mars 2014
Le quartier où habitait la famille de notre cousin avant de devoir se déplacer en mars 2012

Je n’ai plus qu’une grand-mère, et elle est en Syrie. Mes seuls cousins sont en Syrie. Dois-je attendre qu’il leur arrive quelque chose avant de pouvoir les mettre en sécurité ? Mon oncle a failli mourir en avril dernier, et je ne suis pas prête à revivre une telle situation. La raison du refus était apparemment que la Suisse ne savait pas ce qu’ils feraient après les six mois de visa humanitaire demandés, mais aujourd’hui quel Syrien sait où il sera dans les prochaines semaines ? Leurs vies peuvent basculer d’un instant à l’autre, alors tout se décide au jour le jour.

 

Vous pouvez nous aider en partageant cet article et en parlant de la situation. Nous sommes simplement une famille suisse qui voudrait mettre les siens en sécurité, aidez-nous à les aider. Merci de tout coeur.

 J.

Etudiante universitaire en Suisse

 

De l’homme et de l’institution

Lettre ouverte à la conseillère fédérale S. Sommaruga, cheffe du DFJP

Madame la conseillère fédérale,

Le 14.12.2013 T. part de Zürich au volant d’un camion d’aide humanitaire qui fait partie d’un convoi humanitaire partant de Suisse et d’Allemagne à destination de  Deir Ezzor en Syrie, convoi dont il est le responsable.

Résidant en Suisse avec son épouse et ses enfants depuis 23 ans, titulaire d’un diplôme de théologie de l’Islam, T. a souvent exercé le métier de chauffeur, il a un revenu modeste et effectue régulièrement le trajet vers la Syrie, à titre de chauffeur bénévole.

Ce trajet là a un caractère particulier parce que suite aux mesures d’allègements des formalités décidées par le conseil fédéral le 04.09.13  T. a pu déposer une demande de visa pour sa famille restée en Syrie à Deir Ezzor, qu’il s’attend à retrouver en Suisse à son retour.

Arrivé à Tal-Abyad, le convoi s’engage en Syrie et se dirige vers Deir Ezzor, à 400 km à l’intérieur du pays. Le 21.12.2013 à Tal-Abyad il est stoppé par une patrouille d’EIIL (Etat Islamique de l’Irak et du Levant). T. est arrêté et détenu pendant deux jours. Libéré le 23.12.2013 il continue sa route jusqu’à l’est de Deir Ezzor où il livre le convoi. Il sera de retour en Suisse le 24.01.2014.

En Suisse la réponse à la demande de visa arrive le 07.02.2014, elle est négative (celle déposée précédemment à Beyrouth pour la famille du frère de T. a elle aussi été refusée et un recours est en cours). Pour quel motif? Deir Ezzor est pratiquement détruite et la ville natale T., Mou Hassan a été ciblée par  plus de 18’000 roquettes et bombes, la plupart de sa famille n’a plus de maison. A Mou Hassan 17 de ses cousins  ont trouvé la mort.

La demande de visa initiale a été déposée fin septembre 2013 à l’ambassade suisse à Ankara, ensuite il a fallu recommencer quelques semaines plus tard auprès du consulat suisse à Istanbul, ceci à la demande de l’ambassade. Sans moyens, la famille de T.   se déplace en bus et retourne à chaque fois à Tal-Abyad, en Syrie, craignant de passer une période d’attente prolongée en Turquie.

Notons aussi que les mesures d’allègement ne stipulent plus, à cette époque, de vérification de solvabilité de la famille résidant en Suisse, T. y réside depuis plus de 23 ans, il y est arrivé en tant que réfugié politique, sa famille est bien intégrée, reste le revenu modeste…

Il est vrai que le nombre des membres de la famille de T. est important (trois sœurs avec leurs familles et la famille de deux frères, soit 22 personnes qui ont déposé leur demande à Istanbul dont 14 enfants, et 5 personnes à Beyrouth dont 4 enfants) ; une famille qui a tout perdu en Syrie et qui mérite certainement d’être accueillie avec au moins un permis humanitaire F .

Beaucoup de Syriens se retrouvent aujourd’hui en train d’essayer, parfois  à grand risque, de trouver un pays d’accueil temporaire. La plupart ne souhaitent pas en effet devenir des réfugiés mais juste pouvoir rentrer plus tard dans un pays, le leur, avec la garantie du respect de leurs droits les plus basiques. Tous auraient préféré avoir le soutien de l’Occident pendant les six mois de révolte pacifique. Aujourd’hui, ils subissent la violence et la mort dans leur propre pays et sont rejetés par tous les pays du monde, sauf quelques-uns qui les tolèrent dans des camps qui manquent des moyens de survie élémentaires dignes d’un être humain.

Nous vous demandons par la présente de tenir compte de la situation intolérable qui prévaut actuellement en Syrie, une situation qui n’est que le résultat de la tolérance de la communauté internationale vis-à-vis d’un régime criminel mafieux, et de reconsidérer le cas de la famille de T., dont la demande est parfaitement légitime et en conformité avec les mesures d’allègement des formalités décidées par le conseil fédéral le 04.09.14. Après tout il n’est peut-être pas indispensable que l’immigration syrienne en Suisse se limite à la jet-set pro-Assad, certes très riche, mais dont les valeurs ont assez peu à voir avec la liberté, la dignité et la démocratie, alors que T. jouit lui d’un grand respect dans notre communauté immigrée, pour sa solidarité, pour sa disponibilité et pour son courage toujours désintéressés.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à notre cause, nous vous prions d’agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

Présidente de FSD

2e lettre ouverte- Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

2e Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 16.12.2013

CONCERNE: communiqué du conseil fédéral

Témoignages, 2ème communication

Madame la conseillère fédérale,

Le durcissement soudain des procédures de regroupement familial pour les ressortissants syriens ayant de la famille en Suisse a pris de nombreuses familles au dépourvu, créant beaucoup de détresse; nous vous livrons ci-dessous leurs témoignages

Témoignage 3, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth

W., syrien, résidant en Suisse,

« J’ai deux frères, A. qui avait fui la Syrie avec sa famille (femme et deux enfants) vers le Liban et B. qui avait fui la Syrie vers la Libye. N’ayant pas trouvé de moyen de faire vivre sa famille (femme et deux enfants) en Libye mon frère B. a décidé de prendre l’un des bateaux de la mort pour traverser la méditerranée. Avec cette directive de regroupement familial j’ai pensé avoir trouvé le moyen de sauver la vie de mon frère et de sa famille. Comme la directive ne prévoyait pas de déposer une demande en Libye, la famille de mon frère B. a pris le chemin vers Beyrouth. A. et B. sont allés avec leur familles déposer une demande de visas humanitaires le 19 novembre, soit avant la date du durcissement de la directive. Depuis, ils attendent la réponse au Liban, qui tarde à venir. Le 27 novembre le service de la population me contacte demandant une copie du contrat de location de l’appartement avec le nombre de pièces et le nombre de personnes qui y vivent, si j’ai une habitation secondaire, un certificat de salaire, etc. J’ai alors appelé l’ODM et je leur ai exprimé ma surprise de cette vérification qui ne figure pas dans la directive. On me répond qu’elle est conforme à la décision de durcissement de la directive. Lorsque j’ai demandé le texte de ce durcissement je n’ai pas obtenu de réponse. Que dois-je faire maintenant ? La vie est trop chère à Beyrouth… on ne s’attendait pas à cette attente prolongée ». La conséquence actuelle est l’impossibilité pour B. et sa famille de retourner en Libye (nouvelle exigence de visa) et en Syrie (toute personne dont le passeport porte un tampon d’entrée en Libye se fait arrêter immédiatement).

Témoignage 4, « live », ça se passe en ce moment…

Beyrouth et le Caire

N.-H., syrienne, résidant en Suisse,

« J’ai pris rendez-vous à l’ambassade du Caire pour ma sœur et son fils de 12 ans qui avaient fui la Syrie vers l’Egypte fin 2011. Ils ont un permis de séjour égyptien provisoire qu’ils doivent renouveler régulièrement pour ne pas se faire refouler vers la Syrie ou bien se faire arrêter comme c’est le sort de beaucoup de Syriens depuis le 30 juin 2013. Dix jours après ils ont reçu une réponse négative, probablement parce qu’ils ont ce permis de séjour provisoire. Son fils doit travailler pour subvenir à leurs besoins et ils ont dû s’acquitter des frais de visa qui ne sont pas remboursables et qui sont de l’ordre de 85.- CHF par personne qui est une somme non négligeable pour les Syriens aujourd’hui.

J’ai également pris rendez-vous à l’ambassade de Beyrouth pour ma sœur et ses deux filles de 17 et 19 ans et qui sont restées jusque là à Homs en Syrie. Elle avait perdu sa maison et a dû habiter al-Waer qui devient un quartier presque assiégé et bombardé quotidiennement. Son mari a disparu et son fils de 17 ans vit en clandestinité. Elles ont quitté la Syrie pour se rendre à l’ambassade à Beyrouth le 11 novembre. Depuis cette date elles attendent une réponse qu’elles pensaient pouvoir obtenir rapidement. La vie à Beyrouth est trop chère et elles s’y retrouvent bloquées. »

Peut-être serait-il approprié d’envisager au moins  le remboursement des frais, surtout si l’on se dirige vers un traitement des dossiers similaire à celui des iraquiens, à Damas, il n’y a pas si longtemps. 85.- CHF c’est vraiment une somme importante pour un Syrien aujourd’hui.

La Suisse ne peut accueillir toute la misère du monde nous dit-on volontiers. C’est vrai! Mais elle doit en accepter sa part, et elle a le privilège de pouvoir décider de son action, ce qui implique une responsabilité. D’autres pays, comme l’Italie ou la Bulgarie n’ont eu pas ce choix. La Suède, elle, a choisi de faire face à cette responsabilité.

Suède (9.5 millions d’habitants): 16’000 réfugiés syriens accueillis aujourd’hui, prédiction pour fin 2014: 50’000, suite à la facilitation du regroupement familial. Les suédois en sont fiers.

Gaza (1,5 millions d’habitants) a déjà accueilli 1600 réfugiés syriens.

Suisse (8 millions d’habitants): très peu de Syriens ont obtenu l’asile (~600 ?), 1800 requérants d’asiles syriens attendent toujours une réponse aujourd’hui; prédiction pour fin 2014: 2000? Moins? Le  regroupement familial ferait probablement prendre à la Suisse un « risque humanitaire » de 15’000 à 20’000 réfugiés syriens, ayant tous de la famille en Suisse, il semble donc assez logique qu’ils cherchent à la rejoindre, que feriez-vous? Certains resterons, si le conflit se prolonge, peu si l’occident prend ses responsabilités rapidement. Pour comparaison, la Suisse a accueilli 14’000 hongrois en 1956.

La charge est-elle financièrement supportable pour la Suisse? Si la Suède peut l’assumer, il est probable que la Suisse le peut aussi. Est-ce que  cela  remplace l’aide à apporter sur place? Sûrement pas!

« La Suisse fait déjà beaucoup » aime-t-on dire ici en Suisse. Bien sûr, la Suisse assiste financièrement la Croix Rouge, mais la Croix Rouge ne travaille qu’avec le régime en Syrie, régime qui détourne la grande majorité de cette aide. Reste les pays voisins évidemment. L’aide totale de la Suisse à la Syrie est de l’ordre de 50 Mio de CHF (communiqué du DFAE à FSD du 10.12.2013), dans les faits cela fait finalement 1.- CHF par an, par syrien déplacé. Il faudrait donc 365 pays aussi généreux que la Suisse juste pour qu’ils mangent un tout petit peu. A l’aide!

Nous demandons une fois de plus à la Suisse de reconsidérer sa politique de visas humanitaires et sa politique d’asile vis à vis d’une population syrienne victime aujourd’hui d’intérêts régionaux sans rapport réel avec sa révolution populaire.

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

Comité de FemmeS pour la Démocratie

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève

Levée de l’octroi facilité de visas humanitaires pour les parents des Syriens de Suisse

Lettre ouverte à S. Sommaruga, conseillère fédérale cheffe du Département Fédéral de Justice et Police, adressée par cinq associations de Syriens de Suisse le 01.12.2013

Concerne: communiqué du conseil fédéral

Madame la conseillère fédérale,

Ce communiqué  du 29.11.13  émanant du DFJP reflète une autosatisfaction qui ne trouve aucun écho auprès des intéressés, les syriens de Suisse. A nos yeux, il témoigne d’un déni de la réalité syrienne, il montre un mépris des droits humains et illustre une fois de plus l’indigence de la démarche des autorités suisses en matière d’asile: Suède (9,5 millions d’habitants) plus de 15’000 asiles accordés à des Syriens, Suisse (8 millions d’habitants) moins de 1000, voire moins de 100 ?

Nous connaissions la méthode du non-traitement des demandes d’asile à l’ambassade suisse de Damas pendant le conflit irakien. On observe aujourd’hui la méthode « toutes nos lignes sont occupées » en vogue dans toutes les ambassades suisses du proche et moyen orient , sans exception. Mais plutôt que de médire, citons quelques témoignages, dont la liste s’allonge chaque jour.

Aujourd’hui beaucoup de Syriens attendent dans l’un des pays voisins de la Syrie pour obtenir un « visa humanitaire »; la réponse dépendra des moyens financiers de leurs proches en Suisse, ceci contrairement à la directive du 4 sept. 2013. Les seuls Syriens de Suisse qui ont encore les moyens de subvenir aux besoins de leurs familles pendant trois mois hors de Syrie sont ceux qui ont profité ou profitent encore du clientélisme du régime. Ceux qui soutiennent la révolution populaire ont déjà dépensé leurs avoirs pour l’aide humanitaire dans les régions non servies par l’ONU, et ignorées par la Croix Rouge, soit la moitié de la Syrie.

Témoignage 1, « live », ça se passe en ce moment…

Istanbul

R., syrienne, résidant en Suisse

“En septembre 2013 (période d’activité de la directive de facilitation donc!) j’ai demandé un rendez-vous pour ma famille (mes parents, mon frère, ma sœur et sa famille- 9 personnes) pour une demande de visa humanitaire auprès de l’ambassade Suisse à Istanbul. On me l’a fixé pour le 14 novembre 2013. Ils sont arrivés à Istanbul et ont soumis leurs dossiers en pensant que 3 jours après ils recevront leurs visas. Aujourd’hui, 17 jours après ils attendent toujours à l’hôtel. Leur déplacement à Istanbul avec les assurances de voyage, les frais de visa et les frais d’hôtel ont coûté jusqu’à ce jour environ 5’000 Euros. Ils avaient vendu tous leurs biens avant de venir (bijoux et autres) et se retrouvent aujourd’hui sans moyens financiers en attendant un visa qui ne vient pas. Mon mari et moi n’avons plus les moyens de les aider…

Mon père est ingénieur en pétrochimie retraité, il n’a plus de retraite et sa maison a été détruite au cours des bombardements à Deir-Ezzor. Aujourd’hui, il se sent impuissant face à cette situation sans issue et déprime… tout ce qu’il souhaite est de rentrer en Syrie pour y mourir… Mon beau-frère est médecin, il a lui aussi perdu sa maison sous les bombardements…

Mon mari avait lui aussi obtenu rendez-vous pour sa mère et ses frères, après beaucoup de difficultés, pour le 22 janvier.  Sa mère est décédée depuis…

Je me demande si les minorités sont à nouveau favorisées pour l’obtention de ces visas humanitaires, car nos amis chrétiens et kurdes syriens ont obtenu ces visas pour leurs familles.

Mon mari et moi avons perdu tout espoir de sortir de ce piège. “

Et on parle là de la période de procédure facilitée.

 

Mais avant cela:

Témoignage 2,

W. Zimmermann, association FSD

« Fin 2011, une procédure de demande d’asile, initiée par son frère déjà en Suisse et traitée par le SAJE-Vaud, est déposée pour K. A., grièvement blessé à la tête. Après examen de son dossier, K. est invité par le DFAE à se rendre à l’ambassade suisse à Amman, celle de Damas étant fermée, pour y faire un interview. En arrivant, il appelle l’ambassade suisse concernant son dossier. La réponse est que ce dossier n’existe pas et qu’il ne faut plus revenir. Renseignements pris en Suisse auprès du DFAE, ce dernier nous informe que K. doit appeler l’ambassade le 2 avril 2012 au matin et demander à parler au consul E. dont le nom nous est transmis. Lorsque K. appelle l’ambassade on lui dit que ce nom n’existe pas à l’ambassade et qu’il ne doit plus jamais rappeler. Une heure plus tard, lorsque j’appelle moi depuis la Suisse et que je demande cette même personne, on me la passe… ce qui donne la chance à K. de faire son interview. Après un long silence autour de son dossier, K. déprimé et à la recherche d’aide quitte Amman pour le Caire. Quelques mois plus tard, une réponse favorable nous est transmise par écrit de l’ODM pour une entrée en Suisse en vue de compléter la procédure de sa demande d’asile. K. reçoit instruction de se présenter à l’ambassade suisse au Caire avec la décision écrite de l’ODM. Mais lorsqu’il se rend à l’ambassade la réceptionniste l’informe que s’il n’a pas de permis de séjour égyptien il doit d’abord en faire faire un ou retourner à Amman. Contactés par son frère nous échangeons de nombreux  emails et téléphones avec l’ambassade avant de pouvoir enfin leur communiquer le document de l’ODM pour obtenir un rendez-vous pour K. Sans cette intervention, il lui aurait été impossible, même avec un document de l’ODM, d’accéder à l’ambassade, nous l’affirmons. »

K. est finalement arrivé en Suisse le 14 février 2013, 2 ans plus tard il attend toujours de recevoir des soins appropriés …

Nous avons d’autres témoignages et nous invitons nos amis syriens à nous communiquer leur propre expérience, « live » autant que possible, pour publication et pour l’histoire. Cela ne servira pas à grand chose peut-être, mais au moins à dissiper le mythe d’une « Suisse défenderesse des droits humains », qui, pour ce qui concerne le dossier syrien, nous fait irrésistiblement penser au mythe d’ « Assad protecteur des minorités ».

FSD a contacté l’ODM pour se faire expliquer le pourquoi de cette politique-girouette (je facilite puis j’annule), qui dans les faits, dans bien des cas, n’a fait qu’accentuer la détresse des familles, le pourquoi de l’impossibilité d’atteindre les ambassades au téléphone pour prendre rendez-vous, la réalité éventuelle et le pourquoi de traitements que certains dénoncent comme inégalitaires entre communautés. Les réponses sont confuses, parfois embarrassées, souvent contradictoires…on nous a dit qu’aucun pays n’a fait autant que la Suisse!??? On attend Genève 2 nous dit-on aussi…

Genève 2! Aujourd’hui, en Syrie, on appelle « Lakhdar  Brahimi[1] » un instrument de torture du régime constitué d’un bout de tuyau vert prolongé d’une pièce métallique dont on se sert pour tabasser dans les centres de la « sécurité »…c’est un moyen de prolonger les effets de la torture, un  peu comme Genève 2: où l’ensemble des criminels seront les invités de M Brahimi.

La révolution syrienne est l’enfant du peuple syrien, elle gagnera, avec ou plus probablement sans l’aide internationale. Nous autres Syriens savons que la période de négociation à venir  justifiera davantage de crimes et de massacres comme précédemment lors des maintes tentatives de médiation.

Nous invitons la Suisse à revenir sur sa décision de suspendre les procédures allégées. Si, comme le prétend le communiqué, la mesure a été efficace, cela restera sans conséquence, sinon la Suisse aura finalement tout de même réalisé une action humanitaire, à peine esquissée jusqu’ici..

Veuillez agréer, Madame la conseillère fédérale, nos salutations distinguées.

 

Signé par FemmeS pour la Démocratie, Préverenges

Co-signataires :

Help Syrians, Vevey

Amis du peuple syrien, Lausanne

SwissYria, Zürich

Collectif Jasmin, Genève


[1] Lakhdar, en arabe, désigne la couleur verte