Le Régime Assad C’est ça: 6

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher.» dit Rafida.

Une fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Film documentaire du site Zaman Alwasl, .

Traduit de l’arabe par FSD.

Les arrestations arbitraires: (timing 0:00 – 3:39)

Début 2011, lorsque les Syrien.ne.s sont sorti.e.s dans les rues pour manifester pacifiquement et réclamer des réformes démocratiques, les autorités ont répliqué par la force et par une répression constamment croissante, avec des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et la torture. Selon le Réseau Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme (REMDH) des milliers de femmes ont alors été arrêtées et beaucoup parmi elles se trouvent aujourd’hui encore en détention.

Selon le REMDH, le niveau de ciblage des femmes en Syrie a atteint l’un des pires niveaux dans le monde.

Aïcha: « Nous avons vu toutes sortes d’injustices et ce que nous n’avons pas vu de nos yeux nous l’avons entendu avec nos oreilles ».

Soua’ad: « Lorsqu’il m’a enfermée et qu’ il est sorti j’ai senti que c’était la fin. C’est à partir de ce moment que la souffrance a commencé. »

En mars 2011, le premier cri pour la liberté a mis fin à la peur des Syriennes et des Syriens. C’était le cri de tous, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Les femmes syriennes étaient présentes dès la première manifestation pacifique et dans les premières arrestations. En mars 2011, les gens sont sortis dans les rues pour dire leurs revendications suite à des années d’oppression et d’injustice. Ils ont réclamé la liberté, une vie digne et la justice sociale. La révolution a été celle de tous les syriens sans exception, mais les balles réelles n’ont épargné personne. Parmi les martyrs des manifestations pacifiques il y avait des hommes, des femmes et des enfants. Les arrestations n’ont épargné personne non plus. 

Aïcha: « Notre maison a été attaquée par tous les côtés, par des milices, et des hommes armés sont alors entrés dans notre maison. »

Mariam: « Ils sont entrés et ils m’ont immobilisée. Mes enfants qui mangeaient ont lancé leurs assiettes pour essayer de me venir en aide. Ils nous ont tous fait entrer de force dans une voiture et mes enfants n’arrêtaient pas de crier de peur. »

Lola: « Ils m’ont emmenée à la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air et m’ont fait descendre dans le sous-sol les bras menottés. Ils m’ont poussée vers la salle de bain pour me fouiller.»

Les campagnes d’arrestation étaient arbitraires, une forme de punition collective, pour terroriser la population. La plupart des femmes détenues n’avaient même pas pris part aux manifestations régulièrement et n’étaient même pas des activistes de la révolution. Le régime les arrêtait parce qu’elles résidaient dans des régions de protestation ou bien pour mettre la pression sur leurs familles. Ensuite la situation a évolué et les femmes se faisaient arrêter juste pour être échangées plus tard lors des accords d’échange de prisonniers.

Fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Témoignages, 1ère partie

Témoignage de l’ancienne détenue Sou’ad

Sou’ad, femme d’intérieur, mère et grand-mère, blessée lors du bombardement mené par les forces du régime Assad dans sa région; elle a dû être évacuée vers l’hôpital al-Moujtahed (hôpital public à Damas) en compagnie de ses deux filles. Mises en détention ensemble toutes les trois, en attente et en réserve, sans raison et sans accusation aucune, leur détention durera environ deux ans. Après leur détention à l’hôpital public elles sont passées par la branche des Moukhabarat al-Khatib, puis par la prison de Aadra.

Femme d’intérieur, mère et grand-mère. Elle a été arrêtée suite à ses blessures et son évacuation vars un hôpital public à Damas.

L’injustice:

« Au début des événements j’étais même contre le soulèvement, je ne voulais pas que notre pays en subisse les conséquences. J’entendais dire que des femmes et des filles étaient arrêtées mais je ne le croyais pas. Une fois que je me suis retrouvée moi-même en détention et en voyant la quantité de détenues dans les prisons, il m’a semblé qu’ils arrêtaient tout le monde. »

« après avoir été touchée par une rocket  je suis restée partiellement paralysée,  j’ai été blessée au visage, j’ai eu les dents cassées et tout mon corps a été lacéré,  je ne savais plus ce qui se passait. Si j’avais su que j’allais être évacuée vers un hôpital de Damas je ne l’aurais jamais accepté, pour ne pas mettre mes filles en danger. Et voilà , nous avons passé deux ans en détention, sans aucune raison. ».

« Ce que nous avons vécu en détention ce n’est rien par rapport à la torture que subissaient les hommes. Moi je pleurais et je priais pour eux tellement ils se faisaient tabasser et torturer, sans parler des humiliations qu’ils subissaient. En détention on subit tous et de toute façon la torture psychologique. Ils ne savent pas ce qu’est l’humanité. Pouvez-vous croire qu’un médecin là-bas passe parmi les détenus en donnant un coup de pied à certains et en injuriant d’autres? Elle est où l’humanité? Si on est très malade là-bas et qu’on demande juste un calmant, on n’est pas certain du tout de l’obtenir. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« En arrivant à al-Khatib on nous a dit qu’il n’était pas possible de nous laisser partir avant de savoir quelle branche des Moukhabarat nous recherchait, mais que de toute façon ce serait le jour-même de notre arrivée ou bien le lendemain. Moi, j’étais en détention et je ne pouvais ni me lever ni marcher, on me portait. On est resté huit mois à la branche al-Khatib. Je vivais là-bas à même le sol, sans même une petite couverture sous moi. »

Otage et monnaie d’échange:

« Nous avons été retenues en tant qu’otages. Personne ne venait ouvrir la porte de la cellule pour nous voir. C’était trop dur, nous étions 19 femmes dans une cellule de 2x2m. On ne pouvait pas s’allonger sur le dos par manque d’espace. Nous dormions serrées sur le côté, tête collée aux pieds de la voisine. Moi qui étais paralysée j’ai eu plein d’escarres sur le dos et les hanches. Dieu seul sait le niveau de notre souffrance. »

« Un jour, pendant ma détention, ils ont fait une descente dans l’une des villes de la Ghouta et ils ont arrêté beaucoup de femmes avec leurs enfants, et ils les ont tous emmenés à la branche al-Khatib. Deux jours après ils ont enlevés les enfants à leurs mères et ils les ont envoyés à l’orphelinat. »

La prison d’ Adra:

« Environ huit mois plus tard, nous avons enfin quitté cet endroit en pensant qu’on allait rentrer chez nous. Nous avons été emmenées à Kafr-Sousseh pour une nuit et ensuite on nous a transférées à la prison de Aadra. »

« Alors que j’étais en situation sanitaire difficile, j’avais de multiples escarres dans le dos et sur les hanches, j’ai été appelée à comparaître devant le juge du tribunal contre le terrorisme. Au lieu de recevoir un peu d’empathie de la part du juge il a ordonné mon arrestation! Je ne pouvais même pas me déplacer, alors j’ai été emmenée dans une couverture portée par 4 femmes. Le juge a été obligé de descendre les escaliers pour me voir et me communiquer sa décision à mon sujet.».

Le coût de la liberté:

« Ma fille, qui s’est faite arrêter en même temps que sa soeur et moi-même, avait un enfant qui était resté alors avec son père. Ce dernier s’est fait arrêter lui aussi plus tard et leur fils a alors dû aller habiter avec sa tante pendant deux ans. Ma fille et son mari sont restés séparés trois ans à cause de leurs détentions. Qu’ont-ils fait pour subir une telle injustice? Mon autre fille, qui était étudiante universitaire et qui travaillait comme enseignante n’avait même pas participé aux manifestations, son mari a demandé le divorce suite à son arrestation. »

 

Témoignage de l’ancienne détenue Rafida, fille de Sou’ad:

Rafida, enseignante, mariée et mère de deux enfants. Elle s’est faite arrêter avec sa soeur et sa mère Sou’ad lors de l’évacuation de sa mère suite à une grave blessure et son transfert à l’hôpital public à Damas. Arrêtée sans aucune raison on ne lui a signifié aucune accusation. Elle a passé deux ans en prison. Après sa détention à l’hôpital public elle est passée par la branche al-Khatib et ensuite par la prison de Aadra.

Rafida, Enseignante et mère de deux enfants. Arrêtée lors de l’hospitalisation de sa mère à Damas.

L’injustice

« A notre arrivée à l’hôpital on a emmené ma mère aux soins intensifs. Ma soeur et moi avons été enfermées dans une chambre de l’hôpital. Lorsque j’ai demandé la raison de notre mise en détention on m’a répondu que ce sont les ordres reçus nous concernant. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher. Nous avons ensuite été transférées, avec ma soeur et ma mère, à la branche al-Khatib. Tout le monde a été surpris de voir une femme paralysée arriver là-bas. »

Otage et monnaie d’échange:

« Cinq jours après notre arrivée, J’ai été appelée pour interrogatoire. Pendant l’interrogatoire, qui a été mené pour la forme, les questions concernaient ma famille, mes frères et mes cousins mais aucune question ne me concernait moi-même. Aucune accusation ne m’a été signifiée personnellement, ni à moi ni à ma soeur. Nous avons passé un mois dans une cellule collective. On voyait d’autres femmes sortir et nous on était toujours là. Ensuite, nous avons été transférées dans une autre cellule, car des femmes de la Ghouta venaient d’arriver avec leurs enfants. Les enfants ont été envoyés à l’orphelinat, quant à leurs mères elles ont été mises en cellule collective avec nous, dans le cadre du même dossier relatif aux négociations et aux échanges de prisonniers. »

« On n’avait aucune nouvelle de ce qui se passait à l’extérieur. Notre cellule était dans les sous-sols. Les autres femmes dans notre cellule étaient toutes détenues à cause d’un frère recherché, d’un mari ou d’un membre de la parenté au sens large, mais aucune de ces femmes n’était sous le coup d’une accusation la concernant personnellement. La plus âgée parmi nous avait 60 ans, ensuite c’était ma mère, qui était paralysée. »

La prison de Aadra:

« Nous sommes arrivées à la prison de Aadra et la situation s’est améliorée un peu car ma mère pouvait y dormir sur un lit. On a pu lui procurer un matelas gonflable et elle a obtenu un peu de soins pour les escarres. Douze jours plus tard, nous avons eu une audience devant le juge, avec toutes les autres femmes otages qui partageaient avec nous la même cellule au siège de la branche al-Khatib, car nous faisions partie du même dossier. Le juge m’a demandé où se trouvait une personne dont le nom figurait dans mon interrogatoire. J’ai répondu que je ne le savais pas. Il a lu ce que j’avais donné comme information comme quoi cette personne avait quitté le pays depuis cinq ans et que je n’ai plus aucun contact avec elle. J’ai confirmé mes dires. Il m’a annoncé alors qu’il ordonnait mon arrestation. J’ai demandé si j’avais commis moi-même une faute, il me répondit par la négative, mais que je devais être arrêtée tout de même» 

Le coût de la liberté:

« Lorsque j’ai été libérée, mon fils de 8 ans ne m’a pas reconnue. A mon arrestation il avait 6 ans. Pendant mes deux ans de détention, mes enfants et moi ne nous sommes jamais vus. Alors que moi j’attendais impatiemment ce moment de retrouvailles, mon fils s’est éloigné de moi comme si je n’étais plus personne pour lui, il ne manifestait plus aucun sentiment ce qui m’a fait énormément de peine. »

« Lorsqu’une détenue sort de la prison, elle va être replongée directement dans la société, alors qu’elle aurait besoin d’aide, spécialement sur le plan psychologique. En prison on ne pense qu’au jour de la libération à venir, mais une fois dehors on doit faire face à d’autres sortes de problèmes liés à la détention, et à sa non-acceptation par la société. »

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Otages et monnaie d’échange

Voir la 2e partie des témoignages

Postface de l’Editeur:

« La détention est une pratique systématiquement exercée par le régime Assad. Ceci est particulièrement vrai pour la détention des femmes qui devient une arme multi-facettes. Terroriser la détenue et oeuvrer à sa destruction, humilier sa famille, se venger de son entourage opposant au régime et le plus important c’est de confisquer l’avenir de la détenue. »

« La société syrienne porte un regard de doute et accusateur envers les anciennes détenues. Ceci est lié aux allégations, souvent propagées par le régime lui-même, relatives au viol et autres crimes horribles commis par ses officiers dans les geôles du régime. »

« Il est certain que l’agression et le viol physique ne touche pas toutes les détenues, par contre elles ont toutes subi la violence psychique qui laisse des traces durant la vie toute entière. Et, plus difficile, la sortie de la prison après la détention n’est pas toujours synonyme  de liberté. »

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Publié le 06/03/2019, dans FSD, Mémoire de la Révolution, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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