Assad, « pilleur » du coronavirus

Article de Omar Kaddour publié en arabe le 01.08.2020 sur le site almodon

Traduction en français par FSD

File d’attente devant l’office des pompes funèbres à Damas, le 01.08.2020. Source: page de Fawaz Tello.

Le régime Assad a récemment renoncé à son déni de la propagation du virus corona dans les régions qu’il contrôle. Mais cet abandon a été bien calculé « comme d’habitude » et n’implique pas le moindre changement dans la nature du pouvoir. Le déni lui-même a pris différentes formes. Au début, il y a eu l’annonce de cas d’infection très très limités, accompagnés de spectacles tels que laver les rues et les lieux publics, ou imposer une quarantaine sur des régions entières à cause de l’apparition d’un seul cas; sans oublier le confinement général annoncé alors même que le discours adopté affirmait l’absence de cas. Ensuite on a insisté sur le fait de n’avoir que de rares cas, que tout cela venait de l’étranger, et que c’était sous contrôle.

Récemment, le déni a pris une nouvelle apparence: les autorités annoncent un nombre de victimes presque stable quotidiennement, tandis que les pages des réseaux sociaux pro-régimes sont remplies d’informations parlant d’un nombre de cas bien plus important (1). Mais c’est le régime seul qui décide du nombre de cas annoncé aux organisations internationales. Même lorsque le régime reconnaît que les chiffres peuvent ne pas être exacts, il blâme les sanctions internationales imposées à certains secteurs, même si ces sanctions n’affectent ni l’alimentation ni la médecine. Par exemple, nous avons appris trois cas de décès de personnes qui nous sont connues en une seule journée, mais le régime n’a  annoncé qu’un seul décès pour toute la Syrie ce jour là. L’autorité en Syrie décide du nombre qu’elle souhaite annoncer, peu importe le nombre de cas dont nous sommes sûrs.

Il est plus que probable que l’autorité n’a pris aucune mesure sérieuse au cours de la période récente pendant laquelle l’épidémie s’est propagée. Toutefois, cette période a été mise à profit pour réfléchir à la meilleure manière d’exploiter les circonstances, ou, selon l’expression chère aux syriens, comment « piller » l’épidémie. Ainsi, par exemple, le pouvoir syrien a annoncé sa décision d’obliger les voyageurs, au départ et au retour au pays, de passer un test facturé 100 dollars, et en obligeant les rapatriés à passer une nuit dans un hôtel bien précis, qui coûte 100 dollars la nuit, et qui appartient à des personnes proches du pouvoir.

A titre de comparaison, le coût du même test en France équivalait à 60 dollars (avant d’être inclus dans l’assurance maladie) et il est moins élevé dans la plupart des pays et gratuit dans d’autres. De plus, selon les annonces de l’OMS, il est très probable, que le pouvoir Assad ait obtenu les tests de corona gratuitement. Ce qui signifierait que cette aide médicale serait utilisée comme moyen pour soutirer aux citoyens syriens de l’argent en monnaie étrangère. D’après notre appréhension de la nature du pouvoir syrien, ces décisions pourraient bien être une action sur mesure pour intégrer l’épidémie dans un schéma de corruption. Tandis que les hôpitaux publics renoncent à tester les malades par manque de disponibilité des tests, ces derniers sont disponibles pour ceux qui ont l’intention et les moyens de voyager. Sous ce même prétexte, des tests peuvent être disponibles plus généralement pour ceux qui sont en mesure de payer, qu’ils voyagent ou non. La corruption permet à ceux qui ont plus d’argent que les autres à avoir un appareil respiratoire, tandis que les appels à l’aide pour en avoir un envahissent les pages de médias sociaux.

Au cours des derniers jours, les médecins travaillant dans les hôpitaux concernés ont averti à plusieurs reprises les malades du corona et ceux soupçonnés de l’être de ne pas se rendre dans l’un de ces hôpitaux, car ils n’y obtiendraient pas les soins souhaités et risqueraient donc davantage d’être infectés, s’ils ne le sont pas déjà. La répétition de ces avertissements publics signifie que les autorités sont indifférentes aux normes minimales de santé, et se comportent avec une arrogance extrême. Elles ne se préoccupent même pas des scandales publiés dans les médias. Alors que jusqu’à récemment des personnes se faisaient arrêter pour avoir exprimé bien moins de critiques que ce que l’on entend aujourd’hui. 

Un journaliste travaillant pour un média du régime nous donne une meilleure idée de ce qui se passe dans les hôpitaux, à travers sa page Facebook. Il accompagne son ami malade à l’hôpital universitaire de Mouwasat et constate que le service d’urgence est surpeuplé et ne fait aucune distinction entre les cas. Heureusement, son ami obtient un lit avec un respirateur. Mais peu après un médecin lui recommande de ramener son ami pour un traitement à domicile. Ce patient quitte le lit muni d’un respirateur, qui sera alors attribué immédiatement et sans stérilisation à une patiente souffrant d’hypoglycémie. Selon le récit du journaliste, le médecin lui demande alors de photographier deux ordonnances accrochées au mur. Il semble que l’hôpital les recommande à tous les patients, et parmi les médicaments se trouve l’hydroxychloroquine, qui a déclenché une polémique à l’échelle mondiale, et dont la dangerosité est confirmée aujourd’hui pour certains patients. Ce patient, selon le témoignage de son ami journaliste, avait tenté sans succès d’appeler le numéro mis à disposition des personnes présentant les symptômes du corona. Il n’a pas eu non plus de meilleure réponse lorsqu’il s’était rendu à l’hôpital universitaire Assad avant de se rendre à l’hôpital Mouwasat. Ce patient est décédé deux jours après dans de fortes souffrances liée au corona et à l’absence de soins offerts par l’équipe médicale dans les deux hôpitaux publics.

Les deux ordonnances non-nominales accrochées au mur des urgences de l’hôpital universitaire Mouwasat à Damas. Source

Sans exclure la présence de médecins et d’infirmières vigilants, y compris ceux qui mettent en garde contre la fréquentation des hôpitaux publics, la dégradation des services de ces derniers ne reflète pas seulement la dégradation du secteur de la santé en général, mais elle reflète aussi l’indifférence totale vis à vis d’ une situation d’épidémie qui nécessiterait de lui donner la priorité. Ces manifestations de négligence ne peuvent prévaloir que dans un climat général de corruption et d’insouciance, avec même un petit pourcentage de personnels de santé contribuant à l’exacerber, sans oublier le travail des cadres médicaux dans des conditions qui ne leur assurent aucune protection. D’après notre connaissance de la nature du pouvoir, tout cela relève de la négligence délibérée dont les pauvres sont victimes, et ceux qui sont en mesure de payer trouvent de meilleurs endroits pour le diagnostic et les soins. D’ailleurs, il n’est pas exclu que l’hôpital lui-même ait des sections « luxueuses » pour ceux qui peuvent se permettre de payer cher, et d’autres pour les misérables laissés pour compte dont la survie dépend alors seulement de leur immunité personnelle.

On ne s’attendait pas à ce que l’autorité d’Assad se montre moins mauvaise qu’elle ne l’est. Le fait de tirer profit de la situation épidémique liée au corona était attendu, même s’il  était difficile de s’attendre à ce niveau de grossièreté. On ne trouvera nulle part ailleurs des malades poussés à préférer la mort à la maison plutôt que d’aller à l’hôpital. On ne trouvera nulle part ailleurs des familles en deuil qui taisent la cause de la mort de leur défunt de peur qu’ils ne soient soumis à un chantage avec obligation de l’enterrer loin du cimetière où les autres membres de leur famille sont enterrés. On ne trouvera nulle part ailleurs ce type de commerce avec les cadavres. Comme nous sommes pris au dépourvu par cette terrible affliction humaine, nous n’avons d’autre moyen que de souhaiter que l’épidémie soit plus bienveillante envers les victimes. Et alors que nous sommes plongés dans notre stupéfaction et nos vœux naïfs, il y a un gang qui est peut-être en train de se dire que l’exploitation de cette situation d’épidémie du corona ne lui a pas rapporté un gain suffisant, et qu’il faudrait concevoir d’autres méthodes plus rémunératrices pour compenser.


(1) Les réseaux sociaux syriens parlent d’environ 100 morts par jour à Damas la semaine dernière.

« Le Conseil du Peuple » en Syrie: Une institution cosmétique au seul service d’un régime totalitaire

Article de Youssef Kaddoura, publié en arabe sur le site de Jusoor for Studies  le 18 juillet 2020.

Extraits traduits de l’arabe par FSD.

Introduction

Le conseil du peuple a perdu ce qui lui restait d’influence sur la scène politique syrienne contemporaine dès les premiers moments du coup d’État militaire de Hafez al-Assad le 16 novembre 1970, lorsque ses chars ont encerclé le parlement et ont mis fin au règne de Noureddine al-Atassi.

Cependant, le régime Assad a maintenu la façade du conseil mais l’a exonéré de ses fonctions, ceci afin de poursuivre un certain nombre d’objectifs. Le régime tenait en effet à organiser ses élections législatives périodiques, même dans les circonstances exceptionnelles que le pays a traversées ces dernières années. Les élections de 2012, par exemple, se sont déroulées à un moment où le gouvernement contrôlait moins de la moitié du territoire syrien, tandis que les élections de 2016 se sont déroulées sur moins des deux tiers du territoire syrien, une situation similaire aux élections de 2020.

En maintenant la forme du conseil, le régime montre son empressement à se cramponner à l’image d’un État doté d’une autorité législative, semblable à celle des états démocratiques.

Depuis qu’Assad père a pris les rênes du pouvoir en Syrie, la composition du conseil du peuple reflète cependant le régime totalitaire imposé aux Syriens. Le parti Baas a la majorité des sièges du conseil, tandis que le peu de sièges restants sont occupés par des partis affiliés à l’autorité, qui relèvent du «Front national progressiste» comprenant – aux côtés du parti Baas – neuf partis socialistes et communistes, en plus de la Fédération générale des syndicats et de l’Union générale des paysans.

Le régime a codifié le contrôle du parti Baas sur le conseil du peuple et sur le reste des institutions de l’État en imposant l’article 8 dans la constitution de 1973, qui stipule que «le parti socialiste arabe Baas est le principal parti de la société et de l’État, et dirige un front national progressiste qui unifie les masses du peuple et les met au service des objectifs de la nation arabe».

La révolution syrienne du printemps 2011 a poussé le régime à adopter certaines dispositions par lesquelles il a tenté de calmer la rue en révolution. Au huitième mois de la même année, il a promulgué la loi des partis qui autorise le multipartisme conformément au décret no 100 de 2011. En vertu de cette loi, un certain nombre de partis ont été autorisés, tous des copies semblables aux partis déjà présents dans le Front national progressiste, et tous des partis fictifs qui n’existent pas vraiment dans la rue.

Le régime a également édité une nouvelle constitution en 2012 et le changement le plus important par rapport à la constitution précédente a été l’abolition de l’article 8, ce qui signifie que le parti Baas n’est plus théoriquement le principal parti de l’État et de la société. L’article 8 a été remplacé par un nouvel article qui parle de pluralisme politique et stipule que le régime politique de l’État est basé sur le « principe du pluralisme politique et que le pouvoir s’exerce démocratiquement par le vote», et que les partis politiques et les rassemblements électoraux autorisés contribuent à « la vie politique nationale et doivent respecter les principes de souveraineté nationale et de démocratie».

Assad: accomplissements pour une Syrie « démocratique »… Source

 

Élections du Conseil après 2011

Après 2011, le conseil du peuple a connu trois cycles électoraux, le premier en 2012 (qui devait d’abord avoir lieu en 2011), le deuxième en 2016 et le troisième en juillet 2020 (qui a été reporté deux fois en raison des circonstances causées par la propagation du virus corona).

Les élections de 2012 ont été les plus tendues et les plus sensibles pour le régime, car elles se sont déroulées au plus fort de la révolution contre le régime Assad et avec la majeure partie du territoire syrien hors de son contrôle. C’était aussi la première élection après l’approbation de la loi sur les partis et l’adoption de la constitution amendée.

En conséquence, la période électorale a été témoin d’une forte prolifération sécuritaire et militaire dans les zones contrôlées par le régime, et les activités électorales ont été considérablement réduites. Ces élections ont également permis à l’opposition de cibler le semblant de système électoral d’une manière jamais vue auparavant. Les photos et les banderoles des candidats, auxquelles le régime tient tant pour conserver l’apparence d’un processus électoral ont été saccagées  comme jamais dans les élections précédentes. Des milliers de Syriens ont participé, pour la première fois, à des campagnes d’opposition parallèles à travers leurs comptes dans les nouveaux médias, principalement du fait de l’effondrement du mur de la peur que le système de sécurité avait érigé au cours des quarante dernières années, une situation qui a par la suite accompagné tous les événements « électoraux » à venir.

Les résultats des élections annoncés début mai 2012 ont montré l’effet limité de la loi sur les partis et même du changement de constitution, le parti Baas conservant son contrôle sur le parlement, bien qu’il soit accompagné de faux-semblants de nouveaux « partis » opportunément constitués depuis quelques mois seulement.

Les élections de 2016 ont vu apparaître un amendement à la loi électorale, selon lequel les membres de l’armée et de la police étaient autorisés à voter. Le nombre de candidats à ces élections est alors passé à environ 11 000 contre environ 7 000 lors des élections précédentes.

Composition du conseil

Notons également qu’en 2016, le conseil du peuple comprenait un certain nombre de chefs des milices constituées après 2011, qui ont ensuite été incorporées à la Cinquième Légion, ou transformées en sociétés de « sécurité ». Le conseil comprenait alors vingt des chefs de milices, ou personnes travaillant dans le cadre d’organes offrant leurs services de soutien aux milices (1).

On comprend mieux la stratégie du régime en observant qu’il choisit les membres du conseil du peuple parmi ceux auxquels il veut offrir une forme de récompense pour services rendus, ou une promotion sociale, d’autant que la plupart d’entre eux sont issus de milieux sociaux et éducatifs modestes.

Outre les chefs des milices, le conseil comprend aussi un certain nombre d’agents de l’armée, de la sécurité et de la police, parfois à la retraite,…

La société syrienne connaissant bien la manière dont les membres du conseil sont choisis, le choix de ses membres est devenu un moyen de distinction destiné  à pointer leur importance et leur proximité aux services de sécurité. Cela se traduit par une influence accrue de chaque membre qu’il peut ensuite exploiter dans son propre cercle d’hommes d’affaires, d’artistes, de journalistes, d’athlètes ou de religieux.

Le conseil comprend aussi un certain nombre de sièges permanents réservés aux chefs de clans, car l’État peut ainsi contrôler l’équilibre entre ces clans, la nomination des chefs de clans et les clivages internes au sein même de chaque clan.

Élections 2020

Comme ce fut le cas lors des élections de 2012 et 2016, les élections  de 2020 ne se déroulent que sur environ deux tiers du territoire syrien. Vu le grand nombre d’acteurs internationaux présents à l’intérieur de la Syrie, l’aspect formel et l’importance politique de la mise en œuvre de ces élections étaient essentiels.

A travers ces élections le régime cherche avant tout à perpétuer son image de continuité vis-à-vis de l’extérieur, et à repenser sa carte interne, que ce soit en supprimant ceux dont les positions ont changé au cours des années précédentes, comme les alliés de Rami Makhlouf dans le secteur économique, ou en introduisant de nouveaux visages, hommes d’affaires ou politiciens à qualifier en vue de la prochaine étape.

Résumé

Un examen de la composition du conseil du peuple et du rôle qu’il a joué historiquement montre que, pendant le règne du parti Baas, il n’a été qu’une institution du régime, au  rôle cosmétique, à destination de l’étranger,  permettant au régime de parler de ladite démocratie populaire et de participer aux organismes internationaux liés aux parlements.

Au plan interne, le conseil représente un outil officiel pour distribuer des quotas et des bonus dans les différents secteurs, des clans, du  clergé, des hommes d’affaires et des artistes , et aux chefs des milices;  il est également perçu comme un outil pour valoriser des personnalités loyales au régime et en faire des leaders locaux capables d’influencer leurs secteurs respectifs ou leur environnement social.

Le conseil a aussi pour rôle de compléter l’apparence de légitimité juridique du régime, afin de donner l’image d’un état basé sur des institutions « crédibles » qui adoptent les lois et les législations conformément aux principes généralement acceptés. Bien que le régime lui-même ait ridiculisé ce rôle lorsqu’il était sous la pression du temps, comme cela s’est produit lorsque la constitution a été modifiée après la mort de Hafez al-Assad, et que le régime a été contraint de demander au conseil de faire ce changement en quelques minutes!

Dans un tel cadre, l’organisation d’ élections, à la date prévue est un objectif essentiel en soi pour le régime. En effet depuis 2011, le régime tente de faire croire que c’est toujours le parti qui contrôle réellement la Syrie, qu’il s’agisse du contrôle du territoire, alors qu’il n’en contrôle pas plus des deux tiers maintenant, ou de la capacité décisionnelle de Damas, aujourd’hui répartie entre la Russie et l’Iran, alors que le régime n’a plus qu’une influence marginale.

Le parapluie du conseil du peuple revêt aussi une grande importance pour les alliés du régime, qui y voient un point d’entrée pour tenter d’inclure l’opposition dans une «forme améliorée» du régime. Il est à noter que les alliés du régime à Moscou et à Téhéran utilisent largement cette approche dans tous leurs dialogues ou messages adressés à l’opposition au sens large.

Le fait que la communauté internationale compte sur les élections comme point d’entrée pour un changement à venir en Syrie n’est cependant pas réaliste tant que les forces de sécurité restent dans leur rôle actuel. En l’état, ceci signifie que le processus électoral dans son ensemble n’a pas la moindre forme d’intégrité, et le discours relatif au « panier électoral » (2) perd tout son sens en dehors d’une réforme de l’appareil sécuritaire et judiciaire. C’est ce dernier élément que les alliés du régime tentent à tout prix de sortir du cercle d’étude, car il est l’appareil déterminant de la survie du régime qu’ils soutiennent. Cet appareil-là constitue le guide réel de l’Etat et de la société au sein du régime Assad. Changer cet appareil entraînerait automatiquement le changement du régime lui-même.


(1) Une liste avec les noms de ces vingt membres du conseil est incluse dans l’article original en arabe (https://www.jusoor.co/public/details/مجلس-الشعب-في-سورية-مؤسسة-تجميلية-لنظام-شمولي/730/ar?fbclid=IwAR1Dpe2rk5N_Qud6iykBUz-4WwcmRKJcoU1-rg7rAomFu0GcP-CfepHBzaE).

(2) Dans le cadre des pourparler pour la paix en Syrie, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie a proposé la notion de quatre « paniers » à négocier indépendamment les uns des autres dont le « panier électoral » et le « panier sécuritaire et judiciaire ».

Souad Nofal Face au Régime à Raqqa

Extraits de « Femmes Sous le Feu ». Première édition parue en 2014.

Femmes Sous le Feu, un livre qui rassemble des histoires de femmes, de toute région et de toute appartenance en Syrie, écrites par elles-mêmes pendant la période de 2011 à 2014 de la révolution syrienne. Ce livre raconte comment les femmes de Syrie ont vécu la période de la révolution, de la répression et ensuite du conflit armé et ses conséquences désastreuses. Certaines sont des activistes qui ont participé à la révolution depuis ses débuts qui ont survécu à la détention ou qui ont dû fuir leur pays et trouver un refuge ailleurs, d’autres racontent leurs expériences d’exode interminable ou alors de mères de détenu.e.s, de veuves qui devaient trouver de quoi nourrir leurs enfants, de femmes dans des région assiégées, bombardées, où la famine était utilisée pour affaiblir la population. Certaines de ces histoires portaient le nom de la femme qui l’a écrite et d’autres restaient anonymes. Ceci était le choix de chacune de ces femmes.

FSD a choisi de traduire certaines de ces histoires.

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Rassemblement, Manifestation et Drapeau

Pages 32-34

Souad Nofal (1) écrit au sujet de la révolution

Le lieu, devant le siège du renseignement pénal. C’était minuit. Six jeunes hommes et deux jeunes femmes s’étaient rassemblé.e.s pour protester contre l’arrestation de Um Hazem.

Après une heure, nous furent appelé.e.s afin de rencontrer le directeur de la section n°1, qui nous promit de la relâcher le matin à condition que nous mettions fin à notre rassemblement.

Je ne connaissais pas Um Hazem, mais le simple fait qu’elle soit détenue pour cause de manifestation était suffisant pour être solidaire avec elle. C’était le premier rassemblement qui eut lieu dans le gouvernorat, alors que le régime tenait encore fort les rennes du pouvoir.

Sur le chemin du retour, je priais sans cesse pour que mon père soit endormi à mon arrivée; afin d’éviter de lui mentir.

Par la suite et pendant trois jours d’affilée, nous nous rassemblâmes devant le siège du gouvernorat en protestation contre l’arrestation des jeunes manifestant.e.s. Le quatrième jour du rassemblement prit fin avec l’arrestation des manifestant.e.s, dont mon frère et mon beau-frère, et la libération des détenu.e.s arrêté.e.s auparavant.

Le 15 mars 2012 à 20h00, une manifestation commença dans le quartier d’al-Bayatira avec à peine une vingtaine de personnes. En même temps, d’autres manifestations débutèrent dans la majorité des rues. Des tirs à balles réelles furent utilisés contre nous et le premier martyr de Raqqa tomba ce jour là, c’était Ali al-Babensi. J’essuyai deux balles, mais grâce à Dieu mon manteau d’hiver me protégea et je ne fus pas blessée. Nous nous rendîmes ensuite à la maison du martyr pour le protéger des services de renseignement qui tentaient d’enlever son corps. Ceci fut rendu possible grâce à la foule de manifestant.e.s rassemblée devant sa maison, qui ne faiblit pas durant la nuit et jusqu’au lendemain à midi, lorsque les funérailles eurent lieu en cortège jusqu’à sa demeure finale.

Manifestation du 15 mars 2013 à Raqqa. (Photo prise de la vidéo du comité de coordination des jeunes de Raqqa.

Sur notre chemin de retour du cimetière, nous prîmes la direction de la statue de Hafez al-Assad pour la détruire. En arrivant nous essuyâmes directement les tirs de balles réelles et plusieurs parmi nous tombâmes en martyrs.

Le lendemain, il se passa la même chose pendant les funérailles des martyrs de la veille. Nous fîmes alors face aux tirs à belles réelles et il y eut à nouveau plusieurs martyrs.

Normalement, je sortais le matin pour aller au travail. Je rejoignais ensuite mon amie pour faire le tour des maisons qui avaient accueilli des familles venant d’autres régions, qui s’étaient soulevées, pour les aider à combler leurs besoins de nutrition, de médication, d’habits et de meubles. Le soir je sortais pour rejoindre les manifestations. Pendant la nuit, nous nous retrouvions chez l’un.e de nous pour préparer les drapeaux de la révolution et les poster sur les toits des bâtiments vides et des institutions administratives. Le lendemain matin nous ressentions de la joie lorsque nous voyions les drapeaux qui étaient restés en place. Et lorsque nous constations qu’ils avaient été déchirés par les chiens de nuit, c’était alors le tour de la tristesse.

Nous protégions les jeunes hommes pendant les manifestations. La rue de Tal-Abyadh et celle d’al-Wadi étaient devenues partie intégrante de nous, car c’était là où les manifestations se rejoignaient. Pendant les jours fériés des fêtes, nous emballions les bonbons avec des petits drapeaux de la révolution et ensuite nous sortions la nuit pour les lancer dans les jardins des maisons et dans les jardins publics. 

Je ne cachais pas ma haine au régime, moi l’enseignante qui avais été éduquée dans les écoles d’al-Baath et qui n’avais appris son histoire criminelle que sept ans auparavant. La raison de cette ignorance, c’était l’environnement conservateur dans lequel j’avais grandi, où beaucoup de choses étaient interdites aux filles. C’était la raison pour laquelle je vivais comme dans une coquille d’escargot et que je ne savais rien du passé. Il y avait aussi l’environnement scolaire qui était un facteur important car il favorisait les principes d’adoration du Guide (2), ou plutôt du Tueur.

Comment je pus sortir de ma coquille, c’est une autre histoire.

Mes ressentiments de haine et même de vengeance pour ce régime, qui nous gouverna avec l’illusion de la résistance pendant des dizaines d’années (3), furent réveillés lorsque l’une de mes collègues me raconta son vécu du massacre de Hama (4). Pendant ce massacre, le régime Assad liquida son père et ses frères, y compris le plus jeune de sept ans. Elle a alors dû fuir Hama avec le reste de sa famille pour trouver refuge à Raqqa. 

Depuis ce jour-là, je commençai à me renseigner et à chercher les informations. Cette même année les chaînes de télévisions par satellite arrivèrent chez nous, à la maison. Je pus alors suivre les nouvelles, voir des documentaires sur d’autres chaînes, et ceci me donna la certitude du niveau de répression, d’injustice et de déni de droits que notre peuple subit. J’abandonnai alors les deux chaînes syriennes officielles « contre ta volonté 1 et contre ta volonté 2 » (5). À partir de là, je ne pus plus accepter d’être un mouton dans un troupeau élevé dans une ferme que le représentant du régime croit avoir hérité de son père. La révolution éclata en Syrie et fit exploser un volcan de colère et de répression en moi. Alors la grande prison et le mensonge gigantesque dans lesquels nous vivions me poussèrent à montrer ma haine pour le régime et ma propre révolution, qui avait commencé bien avant la révolution du peuple syrien. Je commençai à écrire les chansons révolutionnaires que nous chantions pendant les manifestations à tue-tête. La première manifestation fut pour moi une renaissance. Je me sentais comme un oiseau qui avait cassé son collier, fait de peur et de mensonge, pour prendre son envol et aller plus haut. Je ne le regrettai et je ne le regretterai jamais.

C’est aussi ça la raison qui me poussa à me poster seule face à la Daech d’Assad (6). C’est parce que je ne pouvais plus accepter d’être une fois de plus la jeune femme sotte. Car le mensonge d’Assad, qui servit à nous gouverner pendant 43 ans, est du même ordre que le mensonge de l’organisation Daech, sa protégée. Si nous nous taisons face à ce nouveau mensonge, alors ce pouvoir durera 400 ans !


(1) Souad Nofel est une activiste de Raqqa connue par sa participation active aux manifestations contre le régime. Mais aussi elle a été active au sein du conseil local de Raqqa suite à sa libération du régime Assad au printemps 2013. Elle a ensuite été connue comme « la femme au pantalon » (https://player.vimeo.com/video/77826189), qui tenait tête à Daech suite à sa domination sur Raqqa dès l’été 2013 et jusqu’à 2017. Pour plus d’information: https://syrianobserver.com/EN/who/34374/whos_who_souad_nofal.html

(2) Le Guide en Syrie signifie le dictateur.

(3) La propagande du régime Assad a été basée sur le soutien à la résistance contre Israël. Ceci n’était que mensonge, découvert au fil des événements de la révolution, car Israël ne cachait plus sa volonté du maintien du régime Assad.

(4) Massacre commis pendant le mois de février 1982 par les forces du régime Assad contre la ville de Hama qui a été le centre du soulèvement contre le régime de Hafez al-Assad, père de Bashar. https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/le-massacre-de-hama-fa-vrier-1982

(5) Les chaînes officielles diffusent la propagande du régime.

(6) https://www.rts.ch/info/monde/6595984–bachar-al-assad-et-daesh-sont-les-deux-faces-du-meme-monstre-.html

Ce que Valent les Promesses du Régime Assad !

Les activistes de la révolution syrienne sont aujourd’hui persécutés en Syrie. Toutes les régions qui ont vécu de fortes protestations dès le début de la révolution en 2011 sont passées par une période de siège, de famine, puis de bombardements intensifs qui ont conduit à leur destruction et plus tard au retour du contrôle du régime syrien. Quant aux habitants de ces régions, en particulier les activistes, ils ont dû choisir entre la déportation vers le nord syrien et le danger permanent en faisant le choix de rester sur place. Ce dernier choix signifie le passage par une procédure de « régularisation sécuritaire », auprès des Moukhabarat, qui ne garantit en rien leur sauvegarde immédiate ou à plus long terme. La déportation, pour ceux qui l’ont choisie, les a conduits elle à revivre l’intensification des bombardements dans le nord syrien (Idlib), sans parler des conditions de vie atroces dans le nord. Ceci a conduit plusieurs activistes à reprendre contact avec des personnalités de leur région natale pour faire la procédure de régularisation et retourner vivre chez eux. En arrivant chez eux, ils se sont faits arrêter ou bien assassiner. Ce fut le cas de Samer Sayasneh, l’un des enfants de Daraa qui avaient été arrêtés par les Moukhabarat en février 2011 pour avoir déclenché l’étincelle de la révolution, qui s’est fait arrêter à Damas, sur le chemin du retour. Ce même destin a déjà été celui de plusieurs activistes de la région de Homs et d’autres régions. C’est aussi le cas actuellement des déplacés internes du camp assiégé al-Roukban qui ont accepté de retourner chez eux pour fuir la famine imposée au camp. 

Ceux qui avaient fait le choix de rester chez eux et donc de passer par une procédure de « régularisation sécuritaire » n’ont pas eu plus de chance. Ce fut le cas de l’activiste Majed al-Assami qui est resté chez lui dans la région de Daraa depuis juillet 2018 et qui a été assassiné en avril 2019.

Beaucoup de jeunes syriens avaient aussi fui le pays pour éviter de se trouver contraints au service militaire et se voir participer aux combats que Assad mène contre sa population. Cependant Assad lance périodiquement un appel à ces jeunes les invitant à rentrer au pays sans qu’ils ne soient inquiétés ou leur offrant une possibilité pour visiter le pays. Le but de ces manoeuvres est de les piéger pour renforcer les rangs des forces d’Assad ou bien de se venger de leurs proches!? Ce fût le cas de Hyam qui a payé de sa vie son désir de revoir son frère en essayant de lui obtenir un document officiel pour visiter le pays. FSD a choisi de traduire un témoignage à son sujet publié sur le site d’information Jesr Press.

Témoignage: Hyam al-Nafe’, morte sous la torture dans les geôles du régime Assad

Article publié sur le site d’information jesrpress.com en arabe le 11 mai 2020 et traduit par FSD

Hyam al-Nafe’, une femme dans la quatrième décennie de sa vie, a perdu la vie après une arrestation de deux mois par les forces du régime à Damas. Mariée depuis un an et demi, Hyam vient de la ville d’al-Quriyah dans la région de Deir ez-Zor. Elle a été contrainte de fuir sa ville pendant les vagues de déplacements internes vers Damas, avec son mari.

Une source spéciale a déclaré à « Jisrpress » que Mme al-Nafe’ s’était rendue au Département de l’immigration et des passeports de Damas, afin d’obtenir la soi-disant carte intitulée « visite du pays ». Cette carte devait permettre à son frère qui n’avait pas fait le service militaire obligatoire, de se rendre en Syrie pour un temps de visite, sans crainte d’arrestation ou autre. Une fois sur place et accompagnée par son mari, elle a été elle-même arrêtée. Son mari a été, quant à lui,  invité à repartir seul tandis que al-Nafe’ était retenue sous prétexte de procédures.

La source a indiqué que le mari de cette femme, Ramadan al-Amash, n’a pas cessé d’essayer de la retrouver en s’adressant aux diverses sections de service de renseignement à Damas pendant les deux mois de son absence, mais en vain. Il n’a jamais reçu la moindre information. Il y a quelques jours, il a reçu un appel lui demandant d’aller récupérer le corps de sa femme à l’hôpital militaire de Tishreen, suite à sa mort sous la torture, et elle devrait être enterrée demain à Deir ez-Zor (12.05.2020).

Témoignage d’Idlib: « Nous avons besoin de dormir avec nos enfants, ne serait-ce qu’une demi-heure, au calme »

Un cessez-le-feu dans la région d’Idlib, convenu entre la Russie et la Turquie, est entré en vigueur dans la nuit du 11 au 12 janvier. Le calme n’a pas duré longtemps, car le régime syrien et ses alliés ont violé le cessez-le-feu dès le 15 janvier. Ce jour là l’aviation a bombardé un marché dans la ville d’Idlib tuant 19 civils et en blessant au moins 65. Le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a documenté 28 civils tués entre le 12 et le 17 janvier, dont 7 enfants.

Les témoignages des civils de cette région qui nous parviennent racontent l’horreur que vit la population condamnée à subir toutes sortes de violence.

FSD a traduit de l’arabe des extraits du témoignage d’un habitant de Sarmin reçu avant le cessez-le-feu.

(Source: article de Hicham Louaï, publié sur le site Rasseef 22 le 08.01.2020)

Témoignage:

Abd al-Rahman Muhamad, journaliste de terrain vivant à un kilomètre de la ville de Sarmin (région d’Idlib), raconte lors d’une interview avec Raseef 2: 

« Notre quotidien a beaucoup changé. La mort d’une personne est devenue un événement habituel. Le silence est le maître-mot, personne ne dit rien. On en a ras-le-bol de la mort et du sang qui coule et cela devient de plus en plus normal. Mon père a été tué devant moi et nous n’avons pas retrouvé la moindre partie de son corps déchiqueté tellement le bombardement avait été violent. ».

Il ajoute: « Au cours de cette semaine, j’ai failli être tué cinq fois. Quand je pars au travail je ne sais pas si je reverrai mes enfants encore une fois. L’intensité de la peur qu’on vit est indescriptible. Tout le monde s’est habitué à voir la destruction tout autour de lui. Si une demi-heure s’écoule sans bombardement nous sommes surpris et nous nous demandons: pourquoi n’ont-ils pas bombardé?! Nous n’attendons plus rien ni de la communauté internationale, ni des dirigeants arabes, agents de l’Occident. Nous resterons à Idlib, et nous n’en sortirons qu’une fois morts. ».

Il conclut: « Nos têtes sont fatiguées à force de réfléchir non-stop et de raconter. Il est important pour moi de raconter au monde entier ce qui se passe à Idlib, mais nous sommes fatigués et nous avons besoin de nous reposer et de dormir avec nos enfants, ne serait-ce qu’une demi-heure, au calme.« .

Feux d’Artifices Sinistres à Idlib!

 

Depuis le 26 avril 2019, la région d’Idlib subit une intensification des bombardements extrêmement violents, menés par l’aviation russo-assadienne, qui cible les civils en particulier (quartiers résidentiels et infrastructures de service). Pendant les deux dernières semaines seulement, le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a documenté trois bombardements des camps de déplacés internes, 9 bombardements de la route de l’exode (voir le rapport spécial du RSDH). Actuellement, des témoignages nous parviennent de Ma’arat al-Nu’man qui se vide de ses habitants, pour appeler à l’arrêt des bombardements. Le monde tout entier semble sourd à leur appel et s’occupe à célébrer le réveillon!

Tandis que dès les premières heures du nouvel an, l’aviation russe bombardait déjà la ville d’Idlib. Un peu plus tard, une école a été bombardée par l’aviation russe à Sarmine (région d’Idlib) tuant 9 personnes dont 4 enfants et une femme et blessant des dizaines d’autres!

FSD a choisi de traduire un article d’opinion à ce sujet. Il s’agit d’un article en arabe de Hazem Saghieh, intitulé « Nouvel an à Idlib! » publié le 29 décembre sur le site d’information Asharq al-Awsat.

Le Nouvel an 2020 à Idlib. Dessin de Mahmoud Salameh

 

« Nouvel an » à Idlib!

article en arabe de Hazem Saghieh

Cela fait quatre ans que le « Nouvel An » ne passe plus par Idlib, en Syrie. Là-bas, les années se suivent et se ressemblent. Le premier jour de l’an ne se distingue pas d’un autre; il n’y a pas de fête qui distingue un jour d’un autre. Chaque jour qui passe ressemble au précédent, en pire: «Oui, nous avons déjà vu ça, mais aujourd’hui c’est pire!». C’est cela la sagesse là-bas, la seule nouveauté c’est la répétition des massacres combinée à la tromperie et à l’indifférence, qui rythment l’espace et le temps.

Deux millions et demi de personnes vivent dans le gouvernorat d’Idlib, soumises à ce qui s’apparente de plus en plus à un génocide. Ça se produit petit à petit, ça une fois après l’autre, mais sa signification symbolique est impressionnante: il y a ceux qui meurent, et ceux que la mort a prêtés temporairement à la famine, au déplacement et au froid extrême, et ils viennent de partout en Syrie. Ainsi, à Idlib, on tue tous les Syriens, il n’y a pas de distinction entre l’hôte et l’invité. Au cours des dernières années, ils ont tous été poussés dans cette province du nord, afin de fuir la mort, la famine, et toutes sortes de violations. Ce qui leur a échappé, c’est qu’ils étaient destinés à engraisser la proie, et que grâce à eux, de nombreuses petites cibles se sont réduites à une seule, plus grande, pour la plus grande satisfaction des bureaucrates qui se précipitent pour l’exécution.

Ce qui se passe aujourd’hui à Idlib, se produit au vu et au su du monde entier, ainsi que de nous tous. Il est vrai que les différentes parties de l’univers se sont vu converger grâce à la technologie, mais Idlib seule, a été exilée au loin, loin à la fois de notre présence et de notre sensibilité. Idlib seule, est laissée aux seuls arguments politiques brutaux avancés par de « vrais » technologues de la mort qui se disent « réalistes »: n’est-il pas temps de se débarrasser du terrorisme et de « Jabhat al-Nosra » ? N’est-il pas temps pour Bachar Al-Assad d’étendre son autorité nationale sur l’ensemble du territoire syrien? Et bien sûr, n’est-il pas juste, voire progressiste, pour les deux alliés, Vladimir Poutine et Ali Khameneï, de prendre les positions influentes qu’ils méritent face à Donald Trump?

A Idlib, on bombarde les hôpitaux et les malades. A Idlib, on bombarde les écoles et les élèves. A Idlib, on détruit les maisons des familles et des individus. Ceux qui fuient la mort sont désormais des errants déplacés qui n’emportent avec eux que quelques petites affaires récoltées pendant leurs vies de pauvres. Des pauvres qui n’ont pas d’autres moyens de transport que des tas de ferraille qui se cassent sur la route de l’exode! Les bombardements hantent leurs déplacements sur terre, avions et barils, russes et syriens, qui s’amusent au jeu de la chasse depuis les airs. Et le reste du monde? Depuis le début de la révolution syrienne, et jusqu’à présent, la Russie a exercé son droit de veto 14 fois au conseil de sécurité, dont récemment pour empêcher l’acheminement  de secours pour Idlib! 

Des centaines de milliers de personnes fuyant vers le nord du nord syrien font face à une frontière turque fermée. Recep Tayyip Erdogan ne se sent concerné par les « frères » arabes que lorsqu’ils sont utiles pour instrumenter l’écrasement des « frères » kurdes. Pour compléter l’opération « Source de paix », on propose d’utiliser « l’arène libyenne » pour décider du sort de « l’arène syrienne » en déplaçant les combattants au gré de l’escalade ou désescalade souhaitée, en alternant trêves et combats! En attendant, il n’y a aucun mal à faire chanter les Européens en brandissant la menace des réfugiés: les barbares sont à votre porte!

Cette fois, ça a été le tour de Ma’arat al-Numan, au sud-est du gouvernorat d’Idlib. Ses habitants ont commencé à fuir lorsque l’attaque a commencé. Lorsqu’ils ont reçu l’invitation à « retourner dans les bras de la patrie d’Assad », ils étaient cent milles, maintenant, ils ne sont plus que quelques milliers. Le journaliste syrien Ahmed Al-Ahmad cite « Siham », une journaliste qui vivait jusqu’à très récemment à Ma’arat al-Numan: « Le déplacement est devenu un luxe pour les civils là-bas; quiconque peut se déplacer et a accès à un véhicule pour transporter sa famille peut être considéré comme chanceux. ». Siham poursuit: « Il y a des familles qui font de leur mieux pour sortir, mais elles ne peuvent pas le faire, en raison du manque de transports, et aussi parce que ceux qui arrivent à partir n’osent pas revenir dans leur ville presque détruite pour chercher les autres.»

En revenant aux expériences tragiques déjà vécues antérieurement en Syrie, l’écrivain syrien Bakr Sidqi note: «  Alep-Est ou la Ghouta orientale, par exemple, n’ont pas connu de retour des déplacés, sauf exceptions, en raison des restrictions imposées par l’appareil du régime sur les opérations de retour, mais aussi en raison de la réticence des déplacés à retourner dans l’enfer de « la patrie d’Assad ». L’alternative au retour des habitants d’origine de ces zones dévastées est peut-être (pour le régime Assad)  d’y implanter de nouveaux résidents auxquels les spécifications « d’homogénéité » requises (par Assad) s’appliquent mieux, en particulier leurs identités politiques, civiles et sectaires. Toutefois, la possibilité de l’appliquer dépend de la réhabilitation de ces zones pour qu’elles soient réadaptées à l’habitation. Ceci nécessite d’importantes ressources, qui dépassent aujourd’hui les capacités du régime, étouffé dans sa crise. Mais ces ressources dépassent également le potentiel de ses alliés russes et iraniens ». Mais qui sait, on verra peut-être bientôt des sortes d’ humains maléfiques faire ce que les actions de la nature n’ont pas fait jusqu’ici: par exemple, déplacer des tonnes d’Arabes là où vivent des tonnes de Kurdes, nous pourrions alors suivre de loin des scènes de combats où s’affrontent des masses dépersonnalisées sans noms ni visages. 

Idlib symbolise aujourd’hui l’impossibilité de voir reconnu le droit à une patrie ou de l’appartenance à un peuple reconnu. Mais elle est aussi, d’abord et surtout, synonyme de l’impuissance de la morale, de l’insensibilité des âmes, du désespoir de presque tout, peut-être de tout. Avec ces massacres, gratuits, chacun de nous rétrécit, devient plus petit, moins audible et finalement bien peu intéressé par un monde célébrant le Nouvel An.

L’UNIL organise un colloque sur Palmyre, qui se veut scientifique et apolitique ! mais l’est-il vraiment ?

Les 16 et 17 décembre se tiendra à l’UNIL le Colloque international de Lausanne sur Palmyre. Colloque organisé par l’Institut d’archéologie et des sciences de l’Antiquité de l’UNIL, avec le soutien financier du DFAE, entre autres, et qui se veut scientifique et apolitique!?

Chacun sait que le régime syrien est le principal responsable des destructions infligées à Palmyre. Malgré cela, on remarque parmi les participants plusieurs organisations internationales comme l’UNESCO et l’ICCROM, la fondation ALIPH (pour accorder des subventions?), l’Office Fédéral de la Culture (pour octroyer des financements?); mais aussi des personnalités politiques: comme la conseillère d’état Cesla Amarelle, et, cerise sur le gâteau, la présence d’une délégation de trois personnes du régime syrien qui représentent la Direction Générale des Antiquités et des Musées (DGAM), une institution du régime qui veille à diffuser sa propagande. Ceci annonce-t-il une future collaboration avec le régime Assad? Et malgré tout ce colloque se veut apolitique? Apolitique, vraiment?

Communiqué de la Coordination de Palmyre en mai 2016

Un communiqué de la Coordination révolutionnaire de Palmyre le 22.03.2016  « Russia is destroying our city and civilisation »

Education et droits humains?

La présence de l’UNESCO nous donne à réfléchir. Sur son site web on peut lire « La vision fondatrice de l’UNESCO est née en réponse à une guerre mondiale marquée par des violences racistes et antisémites. 70 ans après et de nombreuses luttes de libération plus tard, le mandat de l’UNESCO est plus pertinent que jamais. La diversité culturelle est attaquée et de nouvelles formes d’intolérance, de rejet des faits scientifiques et de menaces à la liberté d’expression menacent la paix et les droits humains. Le devoir de l’UNESCO est de réaffirmer les missions humanistes de l’éducation, de la science et de la culture. ».

Il n’est plus à prouver aujourd’hui que la moitié du peuple syrien a dû quitter sa maison et son chez soi pour fuir les arrestations arbitraires, la torture, la répression, le recrutement forcé dans l’armée criminelle du régime, et les bombardements aériens du régime et des russes. Cette moitié de la population syrienne a soit dû fuir la Syrie, soit dû subir un déplacement interne (la région d’Idlib compte à elle seule actuellement quelques trois millions de civils qui risquent leur vie quotidiennement sous les bombardements et sous le regard indifférent et silencieux du monde entier). Il est reconnu également que c’est la population sunnite qui a subi, plus particulièrement, des massacres répétitifs commis par les forces et milices pro-régime, avec le silence complice de toutes les organisations onusiennes. Il semble donc évident que la Syrie d’Assad est aujourd’hui le cimetière des droits humains (voir le rapport d’Amnesty International sur la prison de Saidnaya en Syrie intitulé « Abattoir Humain ») et la tombe de la liberté d’expression. La répression militaire du régime a obligé la population qui s’est soulevée massivement depuis 2011 au déplacement forcé dans le nord syrien dans le but d’un changement démographique de la population. Ce qui se passe en Syrie n’a jamais été une guerre civile, mais bien une guerre du régime contre la population civile qui avait osé réclamer le respect de ses droits fondamentaux, reconnus universellement par l’ONU et pour tous les humains!

Alors on est en droit de se demander ce qu’est devenue la mission de l’UNESCO? Qu’est devenue sa mission humaniste d’éducation alors que les écoles sont systématiquement ciblées dans le nord syrien (74 écoles pendant les six premiers mois de 2019 selon l’UNICEF), deux millions d’enfants (un tiers des enfants syriens de l’intérieur) ne sont plus scolarisés en plus des 800’000 enfants non scolarisés dans les pays voisins de la Syrie.

Tandis que l’avenir des enfants syriens est en grand danger, l’UNESCO vient discuter du financement de la protection des pierres à Palmyre, avec la collaboration du régime syrien, responsable de la grande majorité de ces crimes?

Le saviez-vous?

La chute de Palmyre entre les mains de Daech et ensuite sa reprise par l’armée d’Assad faisait partie d’une stratégie russo-assadienne!

Le régime Assad fait croire au monde entier que c’est Daech qui est responsable de la destruction partielle du patrimoine archéologique à Palmyre, alors que la responsabilité principale en revient au régime syrien qui a facilité la chute de Palmyre entre les mains de Daech. Mohamad Taha, archéologue et habitant de Palmyre avant sa fuite de Syrie, dit dans une interview datée du 24 mars 2016: « Ce qui se passe maintenant dans la ville de Palmyre n’a pas commencé hier, cela dure depuis plus d’un mois. Les bombardements de l’aviation, les missiles, y compris des missiles Scud et des bombes à sous-munitions bombardent continuellement Palmyre depuis un mois. En commun accord avec la Russie, le régime syrien a décidé de récupérer la ville après l’avoir remise à Daech il y a trois cent sept jours. Le but est d’envoyer le message qu’il est capable de récupérer des territoires, de vaincre Daech, et de protéger le patrimoine syrien, dont les antiquités de Palmyre, qui constituent une partie importante du patrimoine de l’humanité. Rien n’est plus faux, car le régime a contribué lui même a détruire Palmyre la ville antique et Daech n’a fait que compléter la destruction ensuite. Aujourd’hui les batailles que le régime mène avec l’artillerie lourde et les chars se déroulent au coeur de la ville antique, et se concentrent maintenant dans la vallée des tombes. Tout ce qui n’avait pas été pillé ou détruit auparavant est pillé et détruit en ce moment même. »

Un Ex-responsable du régime syrien à Palmyre a quant à lui fait défection début 2016 et il a donné des détails sur les relations entre le régime Assad et Daech.

Le régime Assad n’a jamais ciblé Daech lorsque Daech s’est installé à Raqqa, pourquoi?

Le régime Assad et l’aviation russe ont ciblé les civils à Alep mais ne se sont jamais attaqués à Daech, pourquoi?

Daech a avant tout détruit la prison de Palmyre où un massacre collectif a eu lieu en juin 1980, effectué sous les ordres de Rifaat Assad (oncle de Bachar Assad, propriétaire et résident occasionnel à Genève), peut-être pour effacer les preuves de ce crime ignoble contre l’humanité?

FSD

Syrie: Quelle légitimité de la commission constitutionnelle ?

Alors que la commission constitutionnelle pour la Syrie se réunissait pour la première fois à Genève le 30.10.2019, une quarantaine d’opposants se sont réunis devant l’ONU pour rappeler que le peuple syrien s’est soulevé, à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, non pas pour demander une nouvelle constitution mais pour établir une démocratie, sans le régime Assad.

              A Genève devant le siège de l’ONU le 30.10.2019.

Les raisons sont nombreuses pour rejeter la démarche de l’ONU et contester la légitimité de cette commission, et les orateurs se sont succédés pour les énumérer:
– La formation de cette commission constitutionnelle contourne la transition politique et la formation d’un organe directeur transitoire. Le temps perdu à Genève ne servira qu’à permettre au régime et à ses amis d’achever le massacre d’Idlib.
– La légitimité de cette commission est douteuse. La constitution doit être écrite par un organe librement élu, or les Syrien.ne.s ont exprimé leur rejet de ce projet de constitution.

– Le groupe représentant la société civile dans la commission comprend des individus de l’intérieur de la Syrie qui ne sont pas indépendants du régime, et des individus qui n’ont pas les qualifications nécessaires pour participer à la discussion de textes constitutionnels.

– Cette intervention de l’ONU dans le dossier syrien ne fera que renforcer la « pseudo-légitimité » du régime Assad et fermera la porte à la justice transitionnelle.

De plus,
– L’adoption à 75% d’un texte constitutionnel fondé sur le droit international et les droits de l’homme est très contestable.
– L’échec de la Constitution de Bremer en Irak et des Accords de Taëf au Liban devrait servir de leçon. La commission constitutionnelle qui se réunit actuellement à Genève est parrainée par les trois pays qui gèrent la guerre contre les civils syriens, à savoir: la Russie de Poutine, l’Iran de Khameneï et la Turquie d’Erdogan, au détriment des Syrien.ne.s et cela n’est pas acceptable.

Pour une discussion approfondie, voir la pétition initiée par Anwar al-Bounni, ancien détenu et avocat syrien oeuvrant pour traduire les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en justice (en arabe, en anglais et en français):

https://secure.avaaz.org/ar/community_petitions/_byn_lljn_ldstwry_khyn_llthwr_lswry/?tVMatab&fbclid=IwAR2ybT7-PmRGSaphtkJUb3DgAmvgdlKcVC1LYp5lMCL99dqUF7dOCz5_2Z8

Syrie: Changement du Régime, pas de la Constitution!

« Oui à une transition sans le régime Assad.

Non à un leurre de constitution avec Assad » 

Le 30 septembre, l’envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie a annoncé le lancement de la commission constitutionnelle le 30 octobre à Genève sous l’égide de l’ONU. Cette annonce intervient alors qu’un silence international assourdissant continue de régner malgré l’intensification barbare des bombardements sur le nord-ouest de la Syrie (région d’Idlib) depuis fin avril 2019. Les Civils qui y avaient trouvé refuge sont venus de toute les régions révoltées de la Syrie et sont les premières cibles de l’aviation d’Assad et de son soutien Poutine.

La nomination de cette commission constituante est le fruit de manipulations de Poutine, qui cherche à gagner du temps pour exterminer les civils d’Idlib ou les chasser de Syrie; Poutine qui se présente comme  le soutien à la modification de la constitution en Syrie, comme premier pas vers la dite solution politique. Cette constitution n’a cependant pas d’autre but que de redonner une légitimité au régime criminel d’Assad. 

Vendredi 4 octobre, les manifestations du nord-ouest syrien (région d’Idlib) ont dénoncé ces manoeuvres,  rappelant que le peuple syrien s’est soulevé pour changer le régime mafieux d’Assad et non pas pour changer la constitution!Le but reste d’initier une période de transition sans le régime criminel Assad, qui doit être traduit en justice, pour acheminer la Syrie vers un Etat de droit démocratique, basé sur la citoyenneté pour tou.te.s les Syrien.ne.s.

Manifestation du peuple Syrien à Bannech au nord-ouest syrien le 4 octobre 2019, pour contester la commission constituante.

Pour faire entendre la voix de ces manifestants de l’intérieur auprès de la communauté internationale et de l’ONU qui parrainent la dite commission constituante, Femmes Syriennes pour la Démocratie organise un rassemblement pacifique devant l’ONU, le 30 octobre, jour de l’ouverture des réunions de cette commission à Genève, de 17h00 à 18h00.

Ami.e.s de la démocratie et de la liberté, venez nombreuses et nombreux vous joindre à nous pour dénoncer ces manoeuvres et exprimer notre solidarité avec les civils syriens, seule menace effective au régime Assad, civils qui avaient mis en place une gestion démocratique, rappelons le, dans tous les lieux qui avaient échappé au contrôle du régime.

Rassemblement organisé par:FemmeS pour la Démocratie avec la collaboration de Solidarity Convoy for Syria et de la diaspora syrienne en Suisse.

Soutenu par:Mouvement pour le socialisme ; le site alencontre.org; le Cercle La Brèche-Unil, Cercle Rosa Luxemburg

La vérité sur l’affaire Brita Hagi Hassan

Le 8.6.2019 Brita Hagi Hassan, écoeuré par le silence de la communauté internationale, de l’ONU et du HCDH sur les bombardements de civils à Idlib en Syrie, entame une grève de la faim en solidarité avec les plus de trois millions d’habitants d’Idlib, victimes des bombardements barbares des russes, des iraniens et du régime Assad sur les hôpitaux, les écoles, les marchés et les civils en général; civils qui sont piégés par la fermeture de la frontière turque et donc condamnés à l’extermination, en violation flagrante de la charte des droits de l’homme. Le mouvement de grève de la faim s’est élargi depuis et compte aujourd’hui une soixantaine de personnes à travers le monde.

Le 1.7.2019 alors qu’il poursuit sa grève de la faim depuis 24 jours, et depuis quatre jours sous la canicule  sur la place des Nations à Genève, où il vient de donner une interview à la Tribune de Genève, ses amis A. M. et M. H., en présence du journaliste, constatent l’extrême faiblesse et une chute importante de la pression sanguine de Brita Hagi Hassan et décident d’appeler une ambulance, qui l’emmène vers 15h00 heures vers les HUG (voir l’article de la TdG du 0107.2019).

Un peu plus tard, A. M. et M. H. se dirigent vers l’hôpital cantonal de Genève pour rejoindre leur ami et héros de la révolution syrienne.

Entre-temps, c’est un homme épuisé qui se présente aux urgences des HUG. Brita nous a raconté ce qui s’est passé à l’hôpital:

« A l’hôpital j’ai dû attendre environ une heure et demie sans que quiconque ne s’occupe de moi. J’ai alors appelé pour avoir un verre d’eau, sans qu’il y ait de réponse. Finalement un infirmier a eu pitié de moi et m’a amené un verre d’eau. J’étais tellement mal que je ne pouvais même pas me lever pour aller chercher de l’eau moi-même, j’étais incapable de faire deux pas. J’ai appelé encore une fois pour qu’on s’occupe de moi mais on m’a dit que je devais attendre mon tour, parce que, m’a-t-on dit, ll y a avait des cas plus graves que le mien. Nous étions deux à attendre aux urgences. Et pourtant mon dossier de transfert en ambulance mentionnait mon malaise et le fait que j’étais au 24e jour de ma grève de la faim. Alors j’ai demandé que l’on me ramène sur la place des Nations. Ils ont refusé. Mon état de santé physique et psychique était vraiment très mauvais. Alors j’ai élevé la voix pour qu’on me ramène là-bas ou bien chez l’ami qui me logeait. Ils ont alors appelé la sécurité de l’hôpital. Je leur ai demandé encore une fois, calmement, de me ramener en ambulance. Ils ont refusé et ils ont déchiré la fiche d’entrée établie à mon arrivée aux urgences. Ils m’ont ensuite traîné comme un criminel pour me sortir de l’hôpital. Je leur ai dit que leur manière de me traiter était contraire aux valeurs humaines et ressemblait davantage aux manières de criminels qu’à celles d’agents de sécurité d’un hôpital. J’avais dit cela également au médecin. Il y a une vidéo enregistrée qui montre comment j’ai été mis à terre par deux agents de la sécurité de l’hôpital, qui m’ont également donné des coups. J’ai eu tellement mal au bras qu’il m’a semblé s’être cassé. J’ai ensuite été menotté par la police et mis dans leur voiture. Un policier s’est assis à côté de moi. J’avais très soif, alors lorsque j’ai vu une bouteille d’eau dans la voiture j’ai demandé à boire. Le policier a refusé. Alors je l’ai traité d’inhumain et de criminel et j’ai reçu des coups en contre partie.»

En arrivant à l’hôpital A. M. et M. H. voient avec horreur Brita se faire molester par plusieurs individus en uniforme. A. M.: ”En voyant Brita se faire agresser, j’ai cru qu’il s’agissait de membres de la sécurité du régime Assad et je me suis précipité pour protéger Brita, j’ai vu ensuite la police arriver ce qui m’a rassuré….”.

M. H., lui, s’est lui mis à filmer. Les autres agents lui ont alors demandé s’il s’agissait d’une vidéo live et l’ont mis en garde contre une diffusion sur les réseaux sociaux.

La suite est connue, intervention musclée de la police et détention de Brita jusqu’à 4h du matin, ayant tenu à déposer plainte pour agression sur une personne déjà mal-en-point, plainte opportunément précédée par une plainte déposée par la sécurité de l’hôpital contre Brita….. Allons donc, un homme venu aux urgences pour cause d’épuisement, après 24 jours de grève de la faim, et 4 jours de sit-in sous la canicule, qui tient à peine debout, mettant à mal deux molosses de la sécurité? Quelle blague!

Interrogé après coup sur la suite à donner, Brita nous a dit: « N’oublions pas que notre cause c’est d’abord la protection des civils à Idlib et la justice pour le peuple syrien».

A. M. a lui été maintenu en garde à vue puis présenté au procureur général et condamné avec sursis, sans que la justice ne souhaite voir la vidéo pourtant connue lors de l’interrogatoire de Brita Hagi Hassan. A. M. n’a pas tout de suite demandé d’avocat, sûr, parce qu’innocent, qu’il allait être libéré sans suite, comme le lui répétait l’un des policiers du poste de la Servette. Il a finalement été libéré le 2 juillet vers17h00.

Voir les autres articles de la tdg à ce sujet:

L’ancien Maire d’Alep se fait expulser de force des HUG

Expulsion de l’ex-Maire d’Alep: les HUG assument

« La sécurité à l’hôpital, oui, mais pas avec des videurs! »