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« Le Conseil du Peuple » en Syrie: Une institution cosmétique au seul service d’un régime totalitaire

Article de Youssef Kaddoura, publié en arabe sur le site de Jusoor for Studies  le 18 juillet 2020.

Extraits traduits de l’arabe par FSD.

Introduction

Le conseil du peuple a perdu ce qui lui restait d’influence sur la scène politique syrienne contemporaine dès les premiers moments du coup d’État militaire de Hafez al-Assad le 16 novembre 1970, lorsque ses chars ont encerclé le parlement et ont mis fin au règne de Noureddine al-Atassi.

Cependant, le régime Assad a maintenu la façade du conseil mais l’a exonéré de ses fonctions, ceci afin de poursuivre un certain nombre d’objectifs. Le régime tenait en effet à organiser ses élections législatives périodiques, même dans les circonstances exceptionnelles que le pays a traversées ces dernières années. Les élections de 2012, par exemple, se sont déroulées à un moment où le gouvernement contrôlait moins de la moitié du territoire syrien, tandis que les élections de 2016 se sont déroulées sur moins des deux tiers du territoire syrien, une situation similaire aux élections de 2020.

En maintenant la forme du conseil, le régime montre son empressement à se cramponner à l’image d’un État doté d’une autorité législative, semblable à celle des états démocratiques.

Depuis qu’Assad père a pris les rênes du pouvoir en Syrie, la composition du conseil du peuple reflète cependant le régime totalitaire imposé aux Syriens. Le parti Baas a la majorité des sièges du conseil, tandis que le peu de sièges restants sont occupés par des partis affiliés à l’autorité, qui relèvent du «Front national progressiste» comprenant – aux côtés du parti Baas – neuf partis socialistes et communistes, en plus de la Fédération générale des syndicats et de l’Union générale des paysans.

Le régime a codifié le contrôle du parti Baas sur le conseil du peuple et sur le reste des institutions de l’État en imposant l’article 8 dans la constitution de 1973, qui stipule que «le parti socialiste arabe Baas est le principal parti de la société et de l’État, et dirige un front national progressiste qui unifie les masses du peuple et les met au service des objectifs de la nation arabe».

La révolution syrienne du printemps 2011 a poussé le régime à adopter certaines dispositions par lesquelles il a tenté de calmer la rue en révolution. Au huitième mois de la même année, il a promulgué la loi des partis qui autorise le multipartisme conformément au décret no 100 de 2011. En vertu de cette loi, un certain nombre de partis ont été autorisés, tous des copies semblables aux partis déjà présents dans le Front national progressiste, et tous des partis fictifs qui n’existent pas vraiment dans la rue.

Le régime a également édité une nouvelle constitution en 2012 et le changement le plus important par rapport à la constitution précédente a été l’abolition de l’article 8, ce qui signifie que le parti Baas n’est plus théoriquement le principal parti de l’État et de la société. L’article 8 a été remplacé par un nouvel article qui parle de pluralisme politique et stipule que le régime politique de l’État est basé sur le « principe du pluralisme politique et que le pouvoir s’exerce démocratiquement par le vote», et que les partis politiques et les rassemblements électoraux autorisés contribuent à « la vie politique nationale et doivent respecter les principes de souveraineté nationale et de démocratie».

Assad: accomplissements pour une Syrie « démocratique »… Source

 

Élections du Conseil après 2011

Après 2011, le conseil du peuple a connu trois cycles électoraux, le premier en 2012 (qui devait d’abord avoir lieu en 2011), le deuxième en 2016 et le troisième en juillet 2020 (qui a été reporté deux fois en raison des circonstances causées par la propagation du virus corona).

Les élections de 2012 ont été les plus tendues et les plus sensibles pour le régime, car elles se sont déroulées au plus fort de la révolution contre le régime Assad et avec la majeure partie du territoire syrien hors de son contrôle. C’était aussi la première élection après l’approbation de la loi sur les partis et l’adoption de la constitution amendée.

En conséquence, la période électorale a été témoin d’une forte prolifération sécuritaire et militaire dans les zones contrôlées par le régime, et les activités électorales ont été considérablement réduites. Ces élections ont également permis à l’opposition de cibler le semblant de système électoral d’une manière jamais vue auparavant. Les photos et les banderoles des candidats, auxquelles le régime tient tant pour conserver l’apparence d’un processus électoral ont été saccagées  comme jamais dans les élections précédentes. Des milliers de Syriens ont participé, pour la première fois, à des campagnes d’opposition parallèles à travers leurs comptes dans les nouveaux médias, principalement du fait de l’effondrement du mur de la peur que le système de sécurité avait érigé au cours des quarante dernières années, une situation qui a par la suite accompagné tous les événements « électoraux » à venir.

Les résultats des élections annoncés début mai 2012 ont montré l’effet limité de la loi sur les partis et même du changement de constitution, le parti Baas conservant son contrôle sur le parlement, bien qu’il soit accompagné de faux-semblants de nouveaux « partis » opportunément constitués depuis quelques mois seulement.

Les élections de 2016 ont vu apparaître un amendement à la loi électorale, selon lequel les membres de l’armée et de la police étaient autorisés à voter. Le nombre de candidats à ces élections est alors passé à environ 11 000 contre environ 7 000 lors des élections précédentes.

Composition du conseil

Notons également qu’en 2016, le conseil du peuple comprenait un certain nombre de chefs des milices constituées après 2011, qui ont ensuite été incorporées à la Cinquième Légion, ou transformées en sociétés de « sécurité ». Le conseil comprenait alors vingt des chefs de milices, ou personnes travaillant dans le cadre d’organes offrant leurs services de soutien aux milices (1).

On comprend mieux la stratégie du régime en observant qu’il choisit les membres du conseil du peuple parmi ceux auxquels il veut offrir une forme de récompense pour services rendus, ou une promotion sociale, d’autant que la plupart d’entre eux sont issus de milieux sociaux et éducatifs modestes.

Outre les chefs des milices, le conseil comprend aussi un certain nombre d’agents de l’armée, de la sécurité et de la police, parfois à la retraite,…

La société syrienne connaissant bien la manière dont les membres du conseil sont choisis, le choix de ses membres est devenu un moyen de distinction destiné  à pointer leur importance et leur proximité aux services de sécurité. Cela se traduit par une influence accrue de chaque membre qu’il peut ensuite exploiter dans son propre cercle d’hommes d’affaires, d’artistes, de journalistes, d’athlètes ou de religieux.

Le conseil comprend aussi un certain nombre de sièges permanents réservés aux chefs de clans, car l’État peut ainsi contrôler l’équilibre entre ces clans, la nomination des chefs de clans et les clivages internes au sein même de chaque clan.

Élections 2020

Comme ce fut le cas lors des élections de 2012 et 2016, les élections  de 2020 ne se déroulent que sur environ deux tiers du territoire syrien. Vu le grand nombre d’acteurs internationaux présents à l’intérieur de la Syrie, l’aspect formel et l’importance politique de la mise en œuvre de ces élections étaient essentiels.

A travers ces élections le régime cherche avant tout à perpétuer son image de continuité vis-à-vis de l’extérieur, et à repenser sa carte interne, que ce soit en supprimant ceux dont les positions ont changé au cours des années précédentes, comme les alliés de Rami Makhlouf dans le secteur économique, ou en introduisant de nouveaux visages, hommes d’affaires ou politiciens à qualifier en vue de la prochaine étape.

Résumé

Un examen de la composition du conseil du peuple et du rôle qu’il a joué historiquement montre que, pendant le règne du parti Baas, il n’a été qu’une institution du régime, au  rôle cosmétique, à destination de l’étranger,  permettant au régime de parler de ladite démocratie populaire et de participer aux organismes internationaux liés aux parlements.

Au plan interne, le conseil représente un outil officiel pour distribuer des quotas et des bonus dans les différents secteurs, des clans, du  clergé, des hommes d’affaires et des artistes , et aux chefs des milices;  il est également perçu comme un outil pour valoriser des personnalités loyales au régime et en faire des leaders locaux capables d’influencer leurs secteurs respectifs ou leur environnement social.

Le conseil a aussi pour rôle de compléter l’apparence de légitimité juridique du régime, afin de donner l’image d’un état basé sur des institutions « crédibles » qui adoptent les lois et les législations conformément aux principes généralement acceptés. Bien que le régime lui-même ait ridiculisé ce rôle lorsqu’il était sous la pression du temps, comme cela s’est produit lorsque la constitution a été modifiée après la mort de Hafez al-Assad, et que le régime a été contraint de demander au conseil de faire ce changement en quelques minutes!

Dans un tel cadre, l’organisation d’ élections, à la date prévue est un objectif essentiel en soi pour le régime. En effet depuis 2011, le régime tente de faire croire que c’est toujours le parti qui contrôle réellement la Syrie, qu’il s’agisse du contrôle du territoire, alors qu’il n’en contrôle pas plus des deux tiers maintenant, ou de la capacité décisionnelle de Damas, aujourd’hui répartie entre la Russie et l’Iran, alors que le régime n’a plus qu’une influence marginale.

Le parapluie du conseil du peuple revêt aussi une grande importance pour les alliés du régime, qui y voient un point d’entrée pour tenter d’inclure l’opposition dans une «forme améliorée» du régime. Il est à noter que les alliés du régime à Moscou et à Téhéran utilisent largement cette approche dans tous leurs dialogues ou messages adressés à l’opposition au sens large.

Le fait que la communauté internationale compte sur les élections comme point d’entrée pour un changement à venir en Syrie n’est cependant pas réaliste tant que les forces de sécurité restent dans leur rôle actuel. En l’état, ceci signifie que le processus électoral dans son ensemble n’a pas la moindre forme d’intégrité, et le discours relatif au « panier électoral » (2) perd tout son sens en dehors d’une réforme de l’appareil sécuritaire et judiciaire. C’est ce dernier élément que les alliés du régime tentent à tout prix de sortir du cercle d’étude, car il est l’appareil déterminant de la survie du régime qu’ils soutiennent. Cet appareil-là constitue le guide réel de l’Etat et de la société au sein du régime Assad. Changer cet appareil entraînerait automatiquement le changement du régime lui-même.


(1) Une liste avec les noms de ces vingt membres du conseil est incluse dans l’article original en arabe (https://www.jusoor.co/public/details/مجلس-الشعب-في-سورية-مؤسسة-تجميلية-لنظام-شمولي/730/ar?fbclid=IwAR1Dpe2rk5N_Qud6iykBUz-4WwcmRKJcoU1-rg7rAomFu0GcP-CfepHBzaE).

(2) Dans le cadre des pourparler pour la paix en Syrie, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie a proposé la notion de quatre « paniers » à négocier indépendamment les uns des autres dont le « panier électoral » et le « panier sécuritaire et judiciaire ».

Souad Nofal Face au Régime à Raqqa

Extraits de « Femmes Sous le Feu ». Première édition parue en 2014.

Femmes Sous le Feu, un livre qui rassemble des histoires de femmes, de toute région et de toute appartenance en Syrie, écrites par elles-mêmes pendant la période de 2011 à 2014 de la révolution syrienne. Ce livre raconte comment les femmes de Syrie ont vécu la période de la révolution, de la répression et ensuite du conflit armé et ses conséquences désastreuses. Certaines sont des activistes qui ont participé à la révolution depuis ses débuts qui ont survécu à la détention ou qui ont dû fuir leur pays et trouver un refuge ailleurs, d’autres racontent leurs expériences d’exode interminable ou alors de mères de détenu.e.s, de veuves qui devaient trouver de quoi nourrir leurs enfants, de femmes dans des région assiégées, bombardées, où la famine était utilisée pour affaiblir la population. Certaines de ces histoires portaient le nom de la femme qui l’a écrite et d’autres restaient anonymes. Ceci était le choix de chacune de ces femmes.

FSD a choisi de traduire certaines de ces histoires.

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Rassemblement, Manifestation et Drapeau

Pages 32-34

Souad Nofal (1) écrit au sujet de la révolution

Le lieu, devant le siège du renseignement pénal. C’était minuit. Six jeunes hommes et deux jeunes femmes s’étaient rassemblé.e.s pour protester contre l’arrestation de Um Hazem.

Après une heure, nous furent appelé.e.s afin de rencontrer le directeur de la section n°1, qui nous promit de la relâcher le matin à condition que nous mettions fin à notre rassemblement.

Je ne connaissais pas Um Hazem, mais le simple fait qu’elle soit détenue pour cause de manifestation était suffisant pour être solidaire avec elle. C’était le premier rassemblement qui eut lieu dans le gouvernorat, alors que le régime tenait encore fort les rennes du pouvoir.

Sur le chemin du retour, je priais sans cesse pour que mon père soit endormi à mon arrivée; afin d’éviter de lui mentir.

Par la suite et pendant trois jours d’affilée, nous nous rassemblâmes devant le siège du gouvernorat en protestation contre l’arrestation des jeunes manifestant.e.s. Le quatrième jour du rassemblement prit fin avec l’arrestation des manifestant.e.s, dont mon frère et mon beau-frère, et la libération des détenu.e.s arrêté.e.s auparavant.

Le 15 mars 2012 à 20h00, une manifestation commença dans le quartier d’al-Bayatira avec à peine une vingtaine de personnes. En même temps, d’autres manifestations débutèrent dans la majorité des rues. Des tirs à balles réelles furent utilisés contre nous et le premier martyr de Raqqa tomba ce jour là, c’était Ali al-Babensi. J’essuyai deux balles, mais grâce à Dieu mon manteau d’hiver me protégea et je ne fus pas blessée. Nous nous rendîmes ensuite à la maison du martyr pour le protéger des services de renseignement qui tentaient d’enlever son corps. Ceci fut rendu possible grâce à la foule de manifestant.e.s rassemblée devant sa maison, qui ne faiblit pas durant la nuit et jusqu’au lendemain à midi, lorsque les funérailles eurent lieu en cortège jusqu’à sa demeure finale.

Manifestation du 15 mars 2013 à Raqqa. (Photo prise de la vidéo du comité de coordination des jeunes de Raqqa.

Sur notre chemin de retour du cimetière, nous prîmes la direction de la statue de Hafez al-Assad pour la détruire. En arrivant nous essuyâmes directement les tirs de balles réelles et plusieurs parmi nous tombâmes en martyrs.

Le lendemain, il se passa la même chose pendant les funérailles des martyrs de la veille. Nous fîmes alors face aux tirs à belles réelles et il y eut à nouveau plusieurs martyrs.

Normalement, je sortais le matin pour aller au travail. Je rejoignais ensuite mon amie pour faire le tour des maisons qui avaient accueilli des familles venant d’autres régions, qui s’étaient soulevées, pour les aider à combler leurs besoins de nutrition, de médication, d’habits et de meubles. Le soir je sortais pour rejoindre les manifestations. Pendant la nuit, nous nous retrouvions chez l’un.e de nous pour préparer les drapeaux de la révolution et les poster sur les toits des bâtiments vides et des institutions administratives. Le lendemain matin nous ressentions de la joie lorsque nous voyions les drapeaux qui étaient restés en place. Et lorsque nous constations qu’ils avaient été déchirés par les chiens de nuit, c’était alors le tour de la tristesse.

Nous protégions les jeunes hommes pendant les manifestations. La rue de Tal-Abyadh et celle d’al-Wadi étaient devenues partie intégrante de nous, car c’était là où les manifestations se rejoignaient. Pendant les jours fériés des fêtes, nous emballions les bonbons avec des petits drapeaux de la révolution et ensuite nous sortions la nuit pour les lancer dans les jardins des maisons et dans les jardins publics. 

Je ne cachais pas ma haine au régime, moi l’enseignante qui avais été éduquée dans les écoles d’al-Baath et qui n’avais appris son histoire criminelle que sept ans auparavant. La raison de cette ignorance, c’était l’environnement conservateur dans lequel j’avais grandi, où beaucoup de choses étaient interdites aux filles. C’était la raison pour laquelle je vivais comme dans une coquille d’escargot et que je ne savais rien du passé. Il y avait aussi l’environnement scolaire qui était un facteur important car il favorisait les principes d’adoration du Guide (2), ou plutôt du Tueur.

Comment je pus sortir de ma coquille, c’est une autre histoire.

Mes ressentiments de haine et même de vengeance pour ce régime, qui nous gouverna avec l’illusion de la résistance pendant des dizaines d’années (3), furent réveillés lorsque l’une de mes collègues me raconta son vécu du massacre de Hama (4). Pendant ce massacre, le régime Assad liquida son père et ses frères, y compris le plus jeune de sept ans. Elle a alors dû fuir Hama avec le reste de sa famille pour trouver refuge à Raqqa. 

Depuis ce jour-là, je commençai à me renseigner et à chercher les informations. Cette même année les chaînes de télévisions par satellite arrivèrent chez nous, à la maison. Je pus alors suivre les nouvelles, voir des documentaires sur d’autres chaînes, et ceci me donna la certitude du niveau de répression, d’injustice et de déni de droits que notre peuple subit. J’abandonnai alors les deux chaînes syriennes officielles « contre ta volonté 1 et contre ta volonté 2 » (5). À partir de là, je ne pus plus accepter d’être un mouton dans un troupeau élevé dans une ferme que le représentant du régime croit avoir hérité de son père. La révolution éclata en Syrie et fit exploser un volcan de colère et de répression en moi. Alors la grande prison et le mensonge gigantesque dans lesquels nous vivions me poussèrent à montrer ma haine pour le régime et ma propre révolution, qui avait commencé bien avant la révolution du peuple syrien. Je commençai à écrire les chansons révolutionnaires que nous chantions pendant les manifestations à tue-tête. La première manifestation fut pour moi une renaissance. Je me sentais comme un oiseau qui avait cassé son collier, fait de peur et de mensonge, pour prendre son envol et aller plus haut. Je ne le regrettai et je ne le regretterai jamais.

C’est aussi ça la raison qui me poussa à me poster seule face à la Daech d’Assad (6). C’est parce que je ne pouvais plus accepter d’être une fois de plus la jeune femme sotte. Car le mensonge d’Assad, qui servit à nous gouverner pendant 43 ans, est du même ordre que le mensonge de l’organisation Daech, sa protégée. Si nous nous taisons face à ce nouveau mensonge, alors ce pouvoir durera 400 ans !


(1) Souad Nofel est une activiste de Raqqa connue par sa participation active aux manifestations contre le régime. Mais aussi elle a été active au sein du conseil local de Raqqa suite à sa libération du régime Assad au printemps 2013. Elle a ensuite été connue comme « la femme au pantalon » (https://player.vimeo.com/video/77826189), qui tenait tête à Daech suite à sa domination sur Raqqa dès l’été 2013 et jusqu’à 2017. Pour plus d’information: https://syrianobserver.com/EN/who/34374/whos_who_souad_nofal.html

(2) Le Guide en Syrie signifie le dictateur.

(3) La propagande du régime Assad a été basée sur le soutien à la résistance contre Israël. Ceci n’était que mensonge, découvert au fil des événements de la révolution, car Israël ne cachait plus sa volonté du maintien du régime Assad.

(4) Massacre commis pendant le mois de février 1982 par les forces du régime Assad contre la ville de Hama qui a été le centre du soulèvement contre le régime de Hafez al-Assad, père de Bashar. https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/le-massacre-de-hama-fa-vrier-1982

(5) Les chaînes officielles diffusent la propagande du régime.

(6) https://www.rts.ch/info/monde/6595984–bachar-al-assad-et-daesh-sont-les-deux-faces-du-meme-monstre-.html

Syrie: Quelle légitimité de la commission constitutionnelle ?

Alors que la commission constitutionnelle pour la Syrie se réunissait pour la première fois à Genève le 30.10.2019, une quarantaine d’opposants se sont réunis devant l’ONU pour rappeler que le peuple syrien s’est soulevé, à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie, non pas pour demander une nouvelle constitution mais pour établir une démocratie, sans le régime Assad.

              A Genève devant le siège de l’ONU le 30.10.2019.

Les raisons sont nombreuses pour rejeter la démarche de l’ONU et contester la légitimité de cette commission, et les orateurs se sont succédés pour les énumérer:
– La formation de cette commission constitutionnelle contourne la transition politique et la formation d’un organe directeur transitoire. Le temps perdu à Genève ne servira qu’à permettre au régime et à ses amis d’achever le massacre d’Idlib.
– La légitimité de cette commission est douteuse. La constitution doit être écrite par un organe librement élu, or les Syrien.ne.s ont exprimé leur rejet de ce projet de constitution.

– Le groupe représentant la société civile dans la commission comprend des individus de l’intérieur de la Syrie qui ne sont pas indépendants du régime, et des individus qui n’ont pas les qualifications nécessaires pour participer à la discussion de textes constitutionnels.

– Cette intervention de l’ONU dans le dossier syrien ne fera que renforcer la « pseudo-légitimité » du régime Assad et fermera la porte à la justice transitionnelle.

De plus,
– L’adoption à 75% d’un texte constitutionnel fondé sur le droit international et les droits de l’homme est très contestable.
– L’échec de la Constitution de Bremer en Irak et des Accords de Taëf au Liban devrait servir de leçon. La commission constitutionnelle qui se réunit actuellement à Genève est parrainée par les trois pays qui gèrent la guerre contre les civils syriens, à savoir: la Russie de Poutine, l’Iran de Khameneï et la Turquie d’Erdogan, au détriment des Syrien.ne.s et cela n’est pas acceptable.

Pour une discussion approfondie, voir la pétition initiée par Anwar al-Bounni, ancien détenu et avocat syrien oeuvrant pour traduire les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en justice (en arabe, en anglais et en français):

https://secure.avaaz.org/ar/community_petitions/_byn_lljn_ldstwry_khyn_llthwr_lswry/?tVMatab&fbclid=IwAR2ybT7-PmRGSaphtkJUb3DgAmvgdlKcVC1LYp5lMCL99dqUF7dOCz5_2Z8

Syrie: Changement du Régime, pas de la Constitution!

« Oui à une transition sans le régime Assad.

Non à un leurre de constitution avec Assad » 

Le 30 septembre, l’envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie a annoncé le lancement de la commission constitutionnelle le 30 octobre à Genève sous l’égide de l’ONU. Cette annonce intervient alors qu’un silence international assourdissant continue de régner malgré l’intensification barbare des bombardements sur le nord-ouest de la Syrie (région d’Idlib) depuis fin avril 2019. Les Civils qui y avaient trouvé refuge sont venus de toute les régions révoltées de la Syrie et sont les premières cibles de l’aviation d’Assad et de son soutien Poutine.

La nomination de cette commission constituante est le fruit de manipulations de Poutine, qui cherche à gagner du temps pour exterminer les civils d’Idlib ou les chasser de Syrie; Poutine qui se présente comme  le soutien à la modification de la constitution en Syrie, comme premier pas vers la dite solution politique. Cette constitution n’a cependant pas d’autre but que de redonner une légitimité au régime criminel d’Assad. 

Vendredi 4 octobre, les manifestations du nord-ouest syrien (région d’Idlib) ont dénoncé ces manoeuvres,  rappelant que le peuple syrien s’est soulevé pour changer le régime mafieux d’Assad et non pas pour changer la constitution!Le but reste d’initier une période de transition sans le régime criminel Assad, qui doit être traduit en justice, pour acheminer la Syrie vers un Etat de droit démocratique, basé sur la citoyenneté pour tou.te.s les Syrien.ne.s.

Manifestation du peuple Syrien à Bannech au nord-ouest syrien le 4 octobre 2019, pour contester la commission constituante.

Pour faire entendre la voix de ces manifestants de l’intérieur auprès de la communauté internationale et de l’ONU qui parrainent la dite commission constituante, Femmes Syriennes pour la Démocratie organise un rassemblement pacifique devant l’ONU, le 30 octobre, jour de l’ouverture des réunions de cette commission à Genève, de 17h00 à 18h00.

Ami.e.s de la démocratie et de la liberté, venez nombreuses et nombreux vous joindre à nous pour dénoncer ces manoeuvres et exprimer notre solidarité avec les civils syriens, seule menace effective au régime Assad, civils qui avaient mis en place une gestion démocratique, rappelons le, dans tous les lieux qui avaient échappé au contrôle du régime.

Rassemblement organisé par:FemmeS pour la Démocratie avec la collaboration de Solidarity Convoy for Syria et de la diaspora syrienne en Suisse.

Soutenu par:Mouvement pour le socialisme ; le site alencontre.org; le Cercle La Brèche-Unil, Cercle Rosa Luxemburg

La vérité sur l’affaire Brita Hagi Hassan

Le 8.6.2019 Brita Hagi Hassan, écoeuré par le silence de la communauté internationale, de l’ONU et du HCDH sur les bombardements de civils à Idlib en Syrie, entame une grève de la faim en solidarité avec les plus de trois millions d’habitants d’Idlib, victimes des bombardements barbares des russes, des iraniens et du régime Assad sur les hôpitaux, les écoles, les marchés et les civils en général; civils qui sont piégés par la fermeture de la frontière turque et donc condamnés à l’extermination, en violation flagrante de la charte des droits de l’homme. Le mouvement de grève de la faim s’est élargi depuis et compte aujourd’hui une soixantaine de personnes à travers le monde.

Le 1.7.2019 alors qu’il poursuit sa grève de la faim depuis 24 jours, et depuis quatre jours sous la canicule  sur la place des Nations à Genève, où il vient de donner une interview à la Tribune de Genève, ses amis A. M. et M. H., en présence du journaliste, constatent l’extrême faiblesse et une chute importante de la pression sanguine de Brita Hagi Hassan et décident d’appeler une ambulance, qui l’emmène vers 15h00 heures vers les HUG (voir l’article de la TdG du 0107.2019).

Un peu plus tard, A. M. et M. H. se dirigent vers l’hôpital cantonal de Genève pour rejoindre leur ami et héros de la révolution syrienne.

Entre-temps, c’est un homme épuisé qui se présente aux urgences des HUG. Brita nous a raconté ce qui s’est passé à l’hôpital:

« A l’hôpital j’ai dû attendre environ une heure et demie sans que quiconque ne s’occupe de moi. J’ai alors appelé pour avoir un verre d’eau, sans qu’il y ait de réponse. Finalement un infirmier a eu pitié de moi et m’a amené un verre d’eau. J’étais tellement mal que je ne pouvais même pas me lever pour aller chercher de l’eau moi-même, j’étais incapable de faire deux pas. J’ai appelé encore une fois pour qu’on s’occupe de moi mais on m’a dit que je devais attendre mon tour, parce que, m’a-t-on dit, ll y a avait des cas plus graves que le mien. Nous étions deux à attendre aux urgences. Et pourtant mon dossier de transfert en ambulance mentionnait mon malaise et le fait que j’étais au 24e jour de ma grève de la faim. Alors j’ai demandé que l’on me ramène sur la place des Nations. Ils ont refusé. Mon état de santé physique et psychique était vraiment très mauvais. Alors j’ai élevé la voix pour qu’on me ramène là-bas ou bien chez l’ami qui me logeait. Ils ont alors appelé la sécurité de l’hôpital. Je leur ai demandé encore une fois, calmement, de me ramener en ambulance. Ils ont refusé et ils ont déchiré la fiche d’entrée établie à mon arrivée aux urgences. Ils m’ont ensuite traîné comme un criminel pour me sortir de l’hôpital. Je leur ai dit que leur manière de me traiter était contraire aux valeurs humaines et ressemblait davantage aux manières de criminels qu’à celles d’agents de sécurité d’un hôpital. J’avais dit cela également au médecin. Il y a une vidéo enregistrée qui montre comment j’ai été mis à terre par deux agents de la sécurité de l’hôpital, qui m’ont également donné des coups. J’ai eu tellement mal au bras qu’il m’a semblé s’être cassé. J’ai ensuite été menotté par la police et mis dans leur voiture. Un policier s’est assis à côté de moi. J’avais très soif, alors lorsque j’ai vu une bouteille d’eau dans la voiture j’ai demandé à boire. Le policier a refusé. Alors je l’ai traité d’inhumain et de criminel et j’ai reçu des coups en contre partie.»

En arrivant à l’hôpital A. M. et M. H. voient avec horreur Brita se faire molester par plusieurs individus en uniforme. A. M.: ”En voyant Brita se faire agresser, j’ai cru qu’il s’agissait de membres de la sécurité du régime Assad et je me suis précipité pour protéger Brita, j’ai vu ensuite la police arriver ce qui m’a rassuré….”.

M. H., lui, s’est lui mis à filmer. Les autres agents lui ont alors demandé s’il s’agissait d’une vidéo live et l’ont mis en garde contre une diffusion sur les réseaux sociaux.

La suite est connue, intervention musclée de la police et détention de Brita jusqu’à 4h du matin, ayant tenu à déposer plainte pour agression sur une personne déjà mal-en-point, plainte opportunément précédée par une plainte déposée par la sécurité de l’hôpital contre Brita….. Allons donc, un homme venu aux urgences pour cause d’épuisement, après 24 jours de grève de la faim, et 4 jours de sit-in sous la canicule, qui tient à peine debout, mettant à mal deux molosses de la sécurité? Quelle blague!

Interrogé après coup sur la suite à donner, Brita nous a dit: « N’oublions pas que notre cause c’est d’abord la protection des civils à Idlib et la justice pour le peuple syrien».

A. M. a lui été maintenu en garde à vue puis présenté au procureur général et condamné avec sursis, sans que la justice ne souhaite voir la vidéo pourtant connue lors de l’interrogatoire de Brita Hagi Hassan. A. M. n’a pas tout de suite demandé d’avocat, sûr, parce qu’innocent, qu’il allait être libéré sans suite, comme le lui répétait l’un des policiers du poste de la Servette. Il a finalement été libéré le 2 juillet vers17h00.

Voir les autres articles de la tdg à ce sujet:

L’ancien Maire d’Alep se fait expulser de force des HUG

Expulsion de l’ex-Maire d’Alep: les HUG assument

« La sécurité à l’hôpital, oui, mais pas avec des videurs! »

 

Sauvez Idlib! Appel de l’ancien maire d’Alep, en grève de la faim

Alors que le régime syrien et son allié russe bombardent sans relâche hôpitaux, écoles, marchés, boulangeries et autres objectifs civils dans la région d’Idlib en Syrie, Brita Hagi Hassan, ancien maire d’Alep élu démocratiquement, aujourd’hui réfugié forcé en France, engage une grève de la faim depuis le 08.06.2019. Il  lance un appel à l’aide, ci-après, aux responsables politiques et humanitaires, et à l’opinion publique pour faire pression, afin que cesse le massacre, et que l’aide soit apportée aux populations civiles, qui ne trouvent d’autre abri que les oliviers près de la frontière turque hermétiquement fermée.

Les oliviers comme seul abri des Civils d’Idlib

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les représentants des peuples du monde libre,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations de la société civile,

Mesdames et Messieurs les responsables des médias, les penseurs et leaders d’opinion soucieux des causes justes,

Plus de huit ans se sont passés,  dans le silence assourdissant de la communauté internationale, depuis le début de la tuerie organisée par le régime d’Assad en Syrie, en réponse au soulèvement du peuple syrien pour la liberté, la dignité et les droits les plus élémentaires. Pourtant les exactions criminelles de plus en plus féroces du régime Assad, de ses alliés russes et iraniens et de leurs milices sectaires contre la population syrienne, ont été largement documentées dans de nombreux rapports d’organismes internationaux reposant sur des sources d’information particulièrement fiables.

Aujourd’hui les Syriens sont les victimes d’innombrables crimes contre l’Humanité et crimes de guerre. Ces Syriens réfugiés dans leur propre pays subissent encore des bombardements barbares, des disparitions forcées dans les geôles du régime et la mort sous la torture dans leurs sous-sols obscurs. Ces crimes, les plus brutaux et les plus laids de notre histoire moderne et contemporaine équivalent aujourd’hui à un véritable génocide.

En dépit des atrocités et des brutalités subies, ces Syriens gardent leurs aspirations à la liberté et à la dignité. Mais ils tiennent également à une solution politique fondée en priorité sur l’application de la loi internationale, capable de garantir l’exécution des résolutions de l’ONU et de faire en sorte  que les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité répondent de leurs actes devant la justice.

Je fais ici appel à toutes les institutions concernées pour qu’elles assument leurs responsabilités face à la tragédie exceptionnelle que vit le peuple syrien. Je fais également appel à elles pour qu’elles jouent  un rôle à la mesure de la responsabilité historique, morale et juridique que leur impose cette tragédie. Elles doivent ainsi mettre en oeuvre le principe de “la responsabilité de protéger” tel qu’il a été entériné par le Sommet Mondial de 2005 des chefs d’Etats et de gouvernements. Cet objectif pourrait être réalisé en appliquant les principes suivants:

1. Une résolution contraignante du Conseil de sécurité devrait  placer les prisons et les centres de détention syriens sous le contrôle de l’ONU et veiller  au respect de cette obligation par le régime syrien. Les organisations internationales et humanitaires ainsi que les commissions de défense des droits de l’homme devraient être en mesure d’être informées et d’informer à tout moment sur les conditions de détention des détenus. Des mesures sérieuses et immédiates devraient  contraindre le régime Assad à appliquer les clauses 12,13,14 de la résolution du Conseil de sécurité n ° 2254 de 2015, à procéder à la libération des détenus et à révéler le sort des victimes des disparitions forcées.

2.  Une intervention directe devrait être lancée  pour sauver les Civils de la région d’Idlib, conformément au principe de « la responsabilité de protéger » et pour empêcher le régime de continuer à bombarder et à détruire les habitations et les infrastructures, et à commettre des massacres, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre contre les Civils.

3.  Le parachutage de tentes, de couvertures, de denrées alimentaires et l’apport de toute aide essentielle à la survie dans les zones assiégées et sinistrées.

4.   La réactivation des efforts entrepris pour aboutir à une solution politique à Genève, du fait qu’il a été prouvé que la voie tracée par Astana n’a conduit qu’à davantage de crimes de guerre commis par le régime et ses alliés russes et iraniens. Cette solution politique doit obligatoirement mener à une transition sans le régime Assad.

5. Le placement de la Syrie sous administration internationale intérimaire en adoptant une résolution contraignante du Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII.

6. L’activation de la justice pour mettre fin à l’impunité pour les crimes commis par le régime Assad et ses alliés, en particulier pour l’utilisation d’armes chimiques et de barils d’explosifs, ceci conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

7. La mise en place d’une protection juridique pour les réfugiés syriens, conformément à la Charte des Nations Unies et à la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, et l’empêchement de leur retour forcé en Syrie, tant que de graves risques pour leur vie et pour leurs libertés fondamentales subsistent.

La protection du peuple syrien contre le terrorisme du régime et de ses alliés russes et iraniens, en particulier les milices sectaires de la garde de la révolution iranienne, qui est classée parmi les organisations terroristes, est une étape incontournable de la guerre contre le terrorisme dans la région.

Aujourd’hui, il incombe au monde libre et aux organisations onusiennes et humanitaires concernées d’intervenir pour mettre fin aux massacres et aux violations des droits du peuple syrien. Ce peuple qui partage avec ce monde les mêmes valeurs et les mêmes objectifs humanistes, le même rêve d’un avenir de paix, de justice, de fraternité, de rejet de l’extrémisme et de la culture de la haine, un monde qui respecte et garantit les aspirations des peuples à la liberté et à la dignité.

En espérant avoir su vous convaincre de l’importance d’apporter sans délai aux civils syriens l’assistance dont ils ont urgemment besoin, je vous prie de recevoir, Mesdames et Messieurs, l’assurance de ma considération distinguée.

Brita Hagi Hassan, ex-maire d’Alep                                                                                                                       14.06.2019

Co-signataires:

– Achawi Sabater-Bono Béatrice

– Aeberhard Marilune, Suisse

– Aebi Jania, Suisse

– Arigoni Simona, Suisse

– Baroffio Françoise 

– Benitez Carmen

– Bertholet Marc, Suisse

– Binz Philippe, Suisse

– Blanchard C. 

– Bolognini Luigi, Suisse

– Branquino Tiago, Suisse

– Breton Frédéric, France

– Brunet Michèle, Suisse

– Brunn Marc

– Buchli Ruth, Suisse

– Buckel Milena, Suisse

– Carlucci-Barbezat Stéphanie

– Comba Fabienne 

– Conte Salvatore, Suisse 

– Corcelle Stéphane, France

– Déjardin Cindy 

– Ding Licchelli Catherine, Suisse

– Dupasquier Ingrid, Suisse

– Dutruy Gilbert

– Freeman Géraldine, Suisse

– Guex Sébastien, Suisse

– Gygax David, Suisse

– Jeandé François, Suisse

– Jelk-Peila Andrée

– Joliat Françoise, Suisse

– Jobin Claire, Suisse

– Juillard Michel, Suisse

– Kämpf Gabriela, Suisse

– Laurain Christine

– Lepori Angelica, Suisse

– Lopreno Dario, Suisse

– Mardirossian ELza 

– Marquis Jean-François, Suisse

– Metz Benoît 

– Miserez Lucine, Suisse

– Molo Romolo, Suisse

– Naciri Yamama, Suisse

– Nino Magali, Suisse

– Parriaux Olivier, Suisse

– Picut Josyane, FRANCE

– Pocar Serge

– Poinsignon Claire A., France

– Poney Marc

– Pronzini Matteo, Suisse

– Renk Hans-Peter, Suisse

– Sapin Hélène, Suisse

– Schnyder Cédric, Suisse

– Steiner Annick 

– Stitelmann Magali, Suisse

– Studer Eric, Suisse

– Thomas Marie-Laure

– Touilloux Brice

– Udry Charles-André, Suisse

– Vogt Karin, Suisse

– Zimmermann Wajd, Suisse

Sauvez les Civils à Idlib, dernier espace de survie

Revenons brièvement sur les étapes de la déportation des Syriens depuis le début de la révolution en mars 2011: 

  • En 2012 Baba-Amr, quartier assiégé à Homs, a été bombardé par le régime Assad, les civils ont été déportés et aussitôt ciblés sur le chemin de l’exode…
  • En 2013 Al-Qusseir, ville assiégée de la région de Homs, a été bombardée par le régime Assad et le Hezbollah, les civils ont été déportés et aussitôt ciblés sur le chemin de l’exode…
  • En 2014 la ville de Homs (14 quartiers), assiégée et affamée, a été bombardée par le régime Assad et ses alliés, les civils ont été déportés, cette fois vers la campagne-nord  de Homs ou vers Idlib…
  • Dès 2014, Idlib a accueilli les déportés de toutes les régions syriennes de protestation… 
  • Rappelons-nous aussi des bombardements barbares sur Alep en 2016, cette fois avec l’aide de l’aviation russe, et les civils ont été une fois de plus déportés vers Idlib
  • Ensuite ça a été le tour de la campagne-nord de Homs, d’al-Waer à Homs, d’al-Ghouta et des villes de la région de Damas…
  • Finalement Daraa a subi le même sort…
  • Même des réfugiés de Ersal au Liban ont été déportés vers Idlib.

Depuis 8 ans, le monde entier assiste en silence aux massacres perpétrés par Assad et ses alliés, avec toujours le même prétexte, écraser les extrémistes, d’ailleurs souvent préalablement libérés et cofinancés par le régime. Cependant Assad et Poutine ciblent spécialement les civils, seul vrai danger pour leur longévité, parce qu’ils représentent la démocratie. Et ce  silence complice, Assad et Poutine, tous deux criminels de guerre, le considèrent comme un permis de tuer en toute impunité.

Aujourd’hui l’aviation russe et celle d’Assad bombardent Idlib pour essayer d’en finir avec la révolution. Plus de 3,5 millions de Syriens habitent cette région surpeuplée. Avec une frontière hermétiquement fermée les civils ne trouvent plus où aller… sauf à l’ombre des oliviers près de la frontière avec la Turquie.

Genève le 08.06.2019

En seulement 6 semaines de bombardements le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a documenté:

  • Plus de 340 civils tués,
  • plus de 932 civils blessés, 
  • plus de 29 attaques contre des institutions médicales,
  • plus de 15 attaques contre des centres des casques blancs,
  • plus de 58 attaques contre des écoles,
  • plus 8 attaques contre des marchés.

Genève le 08.06.2019

Des familles entières ont été décimées… 

Une mère reçoit ce qui reste de ses enfants dans un carton…

Un père de 4 enfants perd trois de ses enfants: deux jumelles de 4 ans et un garçon de 9 ans avec sa mère en un seul instant… et sa fille ainée de 14 ans est dans un état grave.

Cette énorme injustice qui dure depuis 8 ans marquera à jamais les générations futures en Syrie… Elle débordera aussi inévitablement sur le reste du monde!

Les Syriens continuent à revendiquer une solution politique, à Genève et non pas en Russie, qui mette fin à la violence et garantisse une transition sans les criminels du régime Assad et sans les factions extrémistes pour permettre aux Syrien.ne.s d’acheminer leur pays vers un Etat de droit, démocratique, et basé sur la citoyenneté de tous. C’est la seule solution pour retrouver une paix juste en Syrie et une véritable humanité dans le monde.

Vive la Révolution syrienne, elle est dans nos coeurs.

Le Régime Assad C’est ça: 9

« … 495 civils ont été tués, dont 264 dans le village d’Al-Baida et 195 à Ras Al-Nabea à Banias… » ( le 2 mai 2013).

Dès le début des manifestations pacifiques en Syrie en mars 2011, le régime syrien a systématiquement utilisé le tir à balles réelles sur les manifestants pacifiques. Les Syriens se sont alors mis à documenter les morts par balle individuellement. Dès 2012, le régime Assad a commencé à commettre des massacres collectifs à caractère ethnique dans les régions de protestations massives. La documentation de ces massacres a alors commencé comme ce fût le cas pour celui d’ al-Baida, après les massacres à Homs et ses environs, à Hama-campagne, à Darayya, à Douma et ailleurs. Ensuite, d’autres massacres ont continué à être perpétrés par le régime dictatorial à al-Ghouta de Damas et à Alep. Demain ce sera le tour d’Idlib et le silence de la communauté internationale  reste toujours le même!

Sarah 12 ans, survivante du massacre d’al-Baida, a été interviewée par Channel4 news en septembre 2013.

A l’occasion du 6e anniversaire de ce massacre dans le gouvernorat de Tartous, FSD a choisi de traduire le paragraphe (pages 1 et 2) du rapport du RSDH (Réseau Syrien des Droits de l’Homme) qui décrit et documente ce crime:


Rapport du RSDH du mai 2013: « Nouveau massacre de nettoyage ethnique du village d’al-Baida dans le gouvernorat de Tartous »

Détails du massacre

Dans le cadre d’un nettoyage ethnique effectué dans le gouvernorat de Tartous, les forces gouvernementales soutenues par les Shabiha ont commis un massacre infâme le 2 mai 2013, considéré comme l’un des massacres les plus brutaux commis depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Selon le RSDH (Réseau Syrien des Droits de l’Homme), ce jour là, 495 civils ont été tués, dont 264 dans le village d’Al Baida et 195 à Ras Al Nabea à Banias.

Suite à ces deux tueries, les forces d’oppression ont adopté une politique systématique visant à déplacer les résidents d’Al Baida et de Ras Al Nabea à Banias par les moyens suivants:

  • Piller chaque maison de tout son contenu. Des dizaines de résidents nous ont informés que leurs maisons avaient été pillées et qu’ils ont vu des camions chargés de meubles et de machines électriques. 
  • Saccager et détruire les maisons. Le citoyen Abu Mohammad de Ras Al Nabea nous a informés que «les milices sectaires ont saccagé sa maison et des dizaines d’autres maisons dans le quartier et  en ont cassé les murs. Les milices ont tiré des coups de feu sur tout ce qui était difficile à emporter tel qu’un climatiseur mural, un réfrigérateur encastré dans un mur ou un placard « , l’ONU peut facilement le constater grâce aux images satellites.
  • Mener une vaste campagne d’arrestations visant à arrêter de nombreuses familles du quartier de Ras Al Nabea et du village d’Al Baida.
  • Commettre des massacres comme celui du 21 juillet 2013. Nous affirmons qu’il s’agissait d’un plan systématique et ces incidents allaient se reproduire, vu le terrible silence international, que  le dictateur allait considérer comme un feu vert.

Samedi 20 juillet 2013, un groupe de Shabiha a encerclé un bâtiment habité par de jeunes hommes du village d’Al Baida qui avaient décidé de rester au village après le massacre de mai et qui auraient été sous surveillance des services de renseignements du régime syrien. Au moment du repas, au coucher du soleil (rupture du jeûne), les services de renseignements et les Shabiha ont tenté de pénétrer dans le bâtiment et un échange coups de feu a commencé entre eux et les jeunes hommes encerclés dans le bâtiment. Deux des jeunes hommes ont été tués et plusieurs autres blessés pendant l’attaque.

Le lendemain matin, dimanche 21 juillet 2013, vers 6 h 30, les Shabiha et ce qu’on appelle «l’armée de la défense nationale» (milice paramilitaire) ont attaqué le village d’Al Baida et sont allés directement chez le citoyen Oussama Fatouh et ils l’ont tué de sang froid, puis ils ont brûlé sa femme et ses enfants. Les images montrent les corps des enfants brûlés dans cet horrible crime qui relève du nettoyage ethnique.

Les Shabiha se sont également rendus sur le terrain agricole d’ Al Baida appartenant à l’Imam de la mosquée Al Qarir, Cheikh Osama Tawfeeq Al Asser né en 1965, et ils l’ont exécuté avec une balle dans la tête.

Le SNHR a documenté la mort de 14 civils, en plus des 2 morts pendant l’attaque, parmi eux 6 enfants et 4 femmes (voir les noms des victimes dans le rapport en anglais, en page 2).

Le Régime Assad C’est ça: 8

« Majed al-Assami avait été touché par un coup de feu et il portait des signes de torture sur son corps, subies peu avant sa mort. »

Aucun activiste de la révolution syrienne ne sera en sécurité en Syrie sous le régime Assad!

Les activistes de la révolution syrienne sont aujourd’hui persécutés en Syrie. Toutes les régions qui ont vécu des protestations fortes dès le début de la révolution en 2011 sont passées par une période de siège, de famine, puis de bombardements intensifs qui ont conduit à leur destruction et plus tard au retour du contrôle du régime syrien. Quant aux habitants de ces régions, en particulier les activistes, ils ont dû choisir entre la déportation vers le nord syrien et le danger constant en faisant le choix de rester chez soi. Ce dernier choix signifie le passage par une procédure de « régularisation sécuritaire », auprès des Moukhabarat, qui ne garantit en rien leur sauvegarde immédiate ou à plus long terme. La déportation, pour ceux qui l’ont choisie, les a conduits elle à revivre l’intensification des bombardements dans le nord syrien (Idlib), sans ignorer les conditions de vie atroces dans le nord. Ceci a conduit plusieurs activistes à reprendre contact avec des personnalités de leur région natale pour faire la procédure de régularisation et retourner vivre chez eux. En arrivant chez eux, ils se sont faits arrêter ou bien assassiner. Ce fut le cas de Samer Sayasneh, l’un des enfants de Daraa qui avaient été arrêtés par les Moukhabarat en février 2011 pour avoir déclenché l’étincelle de la révolution, qui s’est fait arrêté à Damas récemment sur le chemin du retour. Ce même destin a déjà été celui de plusieurs activistes de la région de Homs et d’autres régions. C’est aussi le cas actuellement des déplacés internes du camp assiégé al-Roukban qui ont accepté de retourner chez eux pour fuir la famine imposée au camp. 

Ceux qui avaient fait le choix de rester chez eux et donc de passer par une procédure de « régularisation sécuritaire » n’ont pas eu plus de chance. Ce fut le cas très récent de l’activiste Majed al-Assami qui est resté chez lui dans la région de Daraa depuis juillet 2018 et qui vient d’être assassiné.

FSD a choisi de traduire un article à ce sujet publié dans le site d’information almodon.com.

Majed al-Assami, source de la photo

 

Daraa: le régime est accusé de l’assassinat de l’activiste en média

Majed al-Assami

Article de almodon.com, publié le 16.04.2019, traduit de l’arabe par FSD.

Des militants de l’opposition ont accusé, ce mardi (16.04.2019), le régime syrien d’avoir assassiné Majed al-Assami, activiste médiatique de premier plan, à Daraa, en dépit d’une « régularisation » de sa situation, ceci en dépit de l’accord de réconciliation qui a été agréé dans le gouvernorat de Daraa.

Des pages locales des réseaux sociaux de Daraa ont indiqué que ses parents ont retrouvé lundi dernier le corps d’al-Assami sur la route reliant les villes de Yadoudeh et de Muzayrib à Daraa-campagne, après sa disparition il y a quelques jours alors qu’il se dirigeait vers la ville de Tafs. Tandis que d’autres activistes ont déclaré qu’al-Assami ne se cachait pas, et qu’ il a été arrêté par les forces du régime à un barrage routier dans la campagne de Daraa.

Les médias de l’opposition ont rapporté qu’al-Assami a été touché par un coup de feu et que son corps montrait des signes de torture subie peu avant sa mort. Les activistes syriens ont déclaré que les circonstances de la disparition d’al-Assami, typiques de la manière des forces du régime de liquider les activistes, ne laisse aucun de doutes quant à la responsabilité du régime dans sa mort.

Al-Assami, originaire de Dael à l’ouest de Daraa, a contribué à la révolution syrienne dans plusieurs domaines. Il a documenté et porté la voix des enfants en souffrance dans les camps des déplacés internes et il a été actif dans l’aide humanitaire pour ces enfants par le biais des organisations avec lesquelles il travaillait. Il a aussi été membre du conseil local de Dael pendant la période qui a précédé la mainmise du régime sur Daraa à la fin du mois de juillet 2018. Il a ensuite choisi de ne pas accepter le déplacement forcé vers le nord et il est resté chez lui jusqu’à son assassinat.

En 2016, il avait été kidnappé par Daech qui contrôlait le bassin du camp de Yarmouk. Il a été libéré quatre mois plus tard avec six autres détenus, ceci à la suite de négociations entre l’armée syrienne libre et Daech.

Les assassinats et les arrestations d’anciens activistes se multiplient dans les zones de « réconciliation » depuis le retour du contrôle du régime dans ces zones. Les promesses des Russes pour la sauvegarde de tous les habitants qui auront passé par la procédure de « régularisation sécuritaire » sont restées sans effet aucun. Certains d’entre eux ont fini par quitter ces zones pour rejoindre le nord de la Syrie ou les pays voisins.

Le Régime Assad C’est ça: 6

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher.» dit Rafida.

Une fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Film documentaire du site Zaman Alwasl, .

Traduit de l’arabe par FSD.

Les arrestations arbitraires: (timing 0:00 – 3:39)

Début 2011, lorsque les Syrien.ne.s sont sorti.e.s dans les rues pour manifester pacifiquement et réclamer des réformes démocratiques, les autorités ont répliqué par la force et par une répression constamment croissante, avec des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et la torture. Selon le Réseau Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme (REMDH) des milliers de femmes ont alors été arrêtées et beaucoup parmi elles se trouvent aujourd’hui encore en détention.

Selon le REMDH, le niveau de ciblage des femmes en Syrie a atteint l’un des pires niveaux dans le monde.

Aïcha: « Nous avons vu toutes sortes d’injustices et ce que nous n’avons pas vu de nos yeux nous l’avons entendu avec nos oreilles ».

Soua’ad: « Lorsqu’il m’a enfermée et qu’ il est sorti j’ai senti que c’était la fin. C’est à partir de ce moment que la souffrance a commencé. »

En mars 2011, le premier cri pour la liberté a mis fin à la peur des Syriennes et des Syriens. C’était le cri de tous, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Les femmes syriennes étaient présentes dès la première manifestation pacifique et dans les premières arrestations. En mars 2011, les gens sont sortis dans les rues pour dire leurs revendications suite à des années d’oppression et d’injustice. Ils ont réclamé la liberté, une vie digne et la justice sociale. La révolution a été celle de tous les syriens sans exception, mais les balles réelles n’ont épargné personne. Parmi les martyrs des manifestations pacifiques il y avait des hommes, des femmes et des enfants. Les arrestations n’ont épargné personne non plus. 

Aïcha: « Notre maison a été attaquée par tous les côtés, par des milices, et des hommes armés sont alors entrés dans notre maison. »

Mariam: « Ils sont entrés et ils m’ont immobilisée. Mes enfants qui mangeaient ont lancé leurs assiettes pour essayer de me venir en aide. Ils nous ont tous fait entrer de force dans une voiture et mes enfants n’arrêtaient pas de crier de peur. »

Lola: « Ils m’ont emmenée à la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air et m’ont fait descendre dans le sous-sol les bras menottés. Ils m’ont poussée vers la salle de bain pour me fouiller.»

Les campagnes d’arrestation étaient arbitraires, une forme de punition collective, pour terroriser la population. La plupart des femmes détenues n’avaient même pas pris part aux manifestations régulièrement et n’étaient même pas des activistes de la révolution. Le régime les arrêtait parce qu’elles résidaient dans des régions de protestation ou bien pour mettre la pression sur leurs familles. Ensuite la situation a évolué et les femmes se faisaient arrêter juste pour être échangées plus tard lors des accords d’échange de prisonniers.

Fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Témoignages, 1ère partie

Témoignage de l’ancienne détenue Sou’ad

Sou’ad, femme d’intérieur, mère et grand-mère, blessée lors du bombardement mené par les forces du régime Assad dans sa région; elle a dû être évacuée vers l’hôpital al-Moujtahed (hôpital public à Damas) en compagnie de ses deux filles. Mises en détention ensemble toutes les trois, en attente et en réserve, sans raison et sans accusation aucune, leur détention durera environ deux ans. Après leur détention à l’hôpital public elles sont passées par la branche des Moukhabarat al-Khatib, puis par la prison de Aadra.

Femme d’intérieur, mère et grand-mère. Elle a été arrêtée suite à ses blessures et son évacuation vars un hôpital public à Damas.

L’injustice:

« Au début des événements j’étais même contre le soulèvement, je ne voulais pas que notre pays en subisse les conséquences. J’entendais dire que des femmes et des filles étaient arrêtées mais je ne le croyais pas. Une fois que je me suis retrouvée moi-même en détention et en voyant la quantité de détenues dans les prisons, il m’a semblé qu’ils arrêtaient tout le monde. »

« après avoir été touchée par une rocket  je suis restée partiellement paralysée,  j’ai été blessée au visage, j’ai eu les dents cassées et tout mon corps a été lacéré,  je ne savais plus ce qui se passait. Si j’avais su que j’allais être évacuée vers un hôpital de Damas je ne l’aurais jamais accepté, pour ne pas mettre mes filles en danger. Et voilà , nous avons passé deux ans en détention, sans aucune raison. ».

« Ce que nous avons vécu en détention ce n’est rien par rapport à la torture que subissaient les hommes. Moi je pleurais et je priais pour eux tellement ils se faisaient tabasser et torturer, sans parler des humiliations qu’ils subissaient. En détention on subit tous et de toute façon la torture psychologique. Ils ne savent pas ce qu’est l’humanité. Pouvez-vous croire qu’un médecin là-bas passe parmi les détenus en donnant un coup de pied à certains et en injuriant d’autres? Elle est où l’humanité? Si on est très malade là-bas et qu’on demande juste un calmant, on n’est pas certain du tout de l’obtenir. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« En arrivant à al-Khatib on nous a dit qu’il n’était pas possible de nous laisser partir avant de savoir quelle branche des Moukhabarat nous recherchait, mais que de toute façon ce serait le jour-même de notre arrivée ou bien le lendemain. Moi, j’étais en détention et je ne pouvais ni me lever ni marcher, on me portait. On est resté huit mois à la branche al-Khatib. Je vivais là-bas à même le sol, sans même une petite couverture sous moi. »

Otage et monnaie d’échange:

« Nous avons été retenues en tant qu’otages. Personne ne venait ouvrir la porte de la cellule pour nous voir. C’était trop dur, nous étions 19 femmes dans une cellule de 2x2m. On ne pouvait pas s’allonger sur le dos par manque d’espace. Nous dormions serrées sur le côté, tête collée aux pieds de la voisine. Moi qui étais paralysée j’ai eu plein d’escarres sur le dos et les hanches. Dieu seul sait le niveau de notre souffrance. »

« Un jour, pendant ma détention, ils ont fait une descente dans l’une des villes de la Ghouta et ils ont arrêté beaucoup de femmes avec leurs enfants, et ils les ont tous emmenés à la branche al-Khatib. Deux jours après ils ont enlevés les enfants à leurs mères et ils les ont envoyés à l’orphelinat. »

La prison d’ Adra:

« Environ huit mois plus tard, nous avons enfin quitté cet endroit en pensant qu’on allait rentrer chez nous. Nous avons été emmenées à Kafr-Sousseh pour une nuit et ensuite on nous a transférées à la prison de Aadra. »

« Alors que j’étais en situation sanitaire difficile, j’avais de multiples escarres dans le dos et sur les hanches, j’ai été appelée à comparaître devant le juge du tribunal contre le terrorisme. Au lieu de recevoir un peu d’empathie de la part du juge il a ordonné mon arrestation! Je ne pouvais même pas me déplacer, alors j’ai été emmenée dans une couverture portée par 4 femmes. Le juge a été obligé de descendre les escaliers pour me voir et me communiquer sa décision à mon sujet.».

Le coût de la liberté:

« Ma fille, qui s’est faite arrêter en même temps que sa soeur et moi-même, avait un enfant qui était resté alors avec son père. Ce dernier s’est fait arrêter lui aussi plus tard et leur fils a alors dû aller habiter avec sa tante pendant deux ans. Ma fille et son mari sont restés séparés trois ans à cause de leurs détentions. Qu’ont-ils fait pour subir une telle injustice? Mon autre fille, qui était étudiante universitaire et qui travaillait comme enseignante n’avait même pas participé aux manifestations, son mari a demandé le divorce suite à son arrestation. »

 

Témoignage de l’ancienne détenue Rafida, fille de Sou’ad:

Rafida, enseignante, mariée et mère de deux enfants. Elle s’est faite arrêter avec sa soeur et sa mère Sou’ad lors de l’évacuation de sa mère suite à une grave blessure et son transfert à l’hôpital public à Damas. Arrêtée sans aucune raison on ne lui a signifié aucune accusation. Elle a passé deux ans en prison. Après sa détention à l’hôpital public elle est passée par la branche al-Khatib et ensuite par la prison de Aadra.

Rafida, Enseignante et mère de deux enfants. Arrêtée lors de l’hospitalisation de sa mère à Damas.

L’injustice

« A notre arrivée à l’hôpital on a emmené ma mère aux soins intensifs. Ma soeur et moi avons été enfermées dans une chambre de l’hôpital. Lorsque j’ai demandé la raison de notre mise en détention on m’a répondu que ce sont les ordres reçus nous concernant. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher. Nous avons ensuite été transférées, avec ma soeur et ma mère, à la branche al-Khatib. Tout le monde a été surpris de voir une femme paralysée arriver là-bas. »

Otage et monnaie d’échange:

« Cinq jours après notre arrivée, J’ai été appelée pour interrogatoire. Pendant l’interrogatoire, qui a été mené pour la forme, les questions concernaient ma famille, mes frères et mes cousins mais aucune question ne me concernait moi-même. Aucune accusation ne m’a été signifiée personnellement, ni à moi ni à ma soeur. Nous avons passé un mois dans une cellule collective. On voyait d’autres femmes sortir et nous on était toujours là. Ensuite, nous avons été transférées dans une autre cellule, car des femmes de la Ghouta venaient d’arriver avec leurs enfants. Les enfants ont été envoyés à l’orphelinat, quant à leurs mères elles ont été mises en cellule collective avec nous, dans le cadre du même dossier relatif aux négociations et aux échanges de prisonniers. »

« On n’avait aucune nouvelle de ce qui se passait à l’extérieur. Notre cellule était dans les sous-sols. Les autres femmes dans notre cellule étaient toutes détenues à cause d’un frère recherché, d’un mari ou d’un membre de la parenté au sens large, mais aucune de ces femmes n’était sous le coup d’une accusation la concernant personnellement. La plus âgée parmi nous avait 60 ans, ensuite c’était ma mère, qui était paralysée. »

La prison de Aadra:

« Nous sommes arrivées à la prison de Aadra et la situation s’est améliorée un peu car ma mère pouvait y dormir sur un lit. On a pu lui procurer un matelas gonflable et elle a obtenu un peu de soins pour les escarres. Douze jours plus tard, nous avons eu une audience devant le juge, avec toutes les autres femmes otages qui partageaient avec nous la même cellule au siège de la branche al-Khatib, car nous faisions partie du même dossier. Le juge m’a demandé où se trouvait une personne dont le nom figurait dans mon interrogatoire. J’ai répondu que je ne le savais pas. Il a lu ce que j’avais donné comme information comme quoi cette personne avait quitté le pays depuis cinq ans et que je n’ai plus aucun contact avec elle. J’ai confirmé mes dires. Il m’a annoncé alors qu’il ordonnait mon arrestation. J’ai demandé si j’avais commis moi-même une faute, il me répondit par la négative, mais que je devais être arrêtée tout de même» 

Le coût de la liberté:

« Lorsque j’ai été libérée, mon fils de 8 ans ne m’a pas reconnue. A mon arrestation il avait 6 ans. Pendant mes deux ans de détention, mes enfants et moi ne nous sommes jamais vus. Alors que moi j’attendais impatiemment ce moment de retrouvailles, mon fils s’est éloigné de moi comme si je n’étais plus personne pour lui, il ne manifestait plus aucun sentiment ce qui m’a fait énormément de peine. »

« Lorsqu’une détenue sort de la prison, elle va être replongée directement dans la société, alors qu’elle aurait besoin d’aide, spécialement sur le plan psychologique. En prison on ne pense qu’au jour de la libération à venir, mais une fois dehors on doit faire face à d’autres sortes de problèmes liés à la détention, et à sa non-acceptation par la société. »

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Otages et monnaie d’échange

Voir la 2e partie des témoignages

Postface de l’Editeur:

« La détention est une pratique systématiquement exercée par le régime Assad. Ceci est particulièrement vrai pour la détention des femmes qui devient une arme multi-facettes. Terroriser la détenue et oeuvrer à sa destruction, humilier sa famille, se venger de son entourage opposant au régime et le plus important c’est de confisquer l’avenir de la détenue. »

« La société syrienne porte un regard de doute et accusateur envers les anciennes détenues. Ceci est lié aux allégations, souvent propagées par le régime lui-même, relatives au viol et autres crimes horribles commis par ses officiers dans les geôles du régime. »

« Il est certain que l’agression et le viol physique ne touche pas toutes les détenues, par contre elles ont toutes subi la violence psychique qui laisse des traces durant la vie toute entière. Et, plus difficile, la sortie de la prison après la détention n’est pas toujours synonyme  de liberté. »