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Que fait le bureau humanitaire suisse à Damas pour les civils d’al-Ghouta?

Depuis le 19 février, al-Ghouta orientale, assiégée et affamée, subit une intensification féroce de l’offensive militaire menée par le régime syrien et ses alliés russes et iraniens. Toutes sortes d’armes conventionnelles et interdites sont utilisées par l’aviation et par l’artillerie lourde. Al-Ghouta orientale, qui souffrait déjà de famine et de bombardements depuis 2013, vit actuellement des conditions humanitaires catastrophiques. Les civils et les services médicaux sont ciblés et l’intensité des bombardements ne permet pas aux populations de se déplacer pour chercher de quoi se nourrir.

Les Syriens de suisse qui assistent à ces crimes de guerre et contre l’Humanité  à al-Ghouta se demandent ce que fait ou fera le bureau humanitaire suisse qui se trouve à quelques km de cette région! Nous savons tous qu’il ne pourra rien faire par manque d’autorisation du régime criminel.

FSD et la communauté syrienne en Suisse ont alors adressé une lettre ouverte au Conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du DFAE, pour demander des actions effectives pour éviter à tout prix le déplacement forcé des 400’000 habitants d’al-Ghouta.

La lettre est reproduite ci-après.

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Photo prise à al-Ghouta le 22.02.2018

 

Monsieur le Conseiller fédéral,

Le communiqué de presse du DFAE du 21.12.2017 affirmait que le but du bureau humanitaire suisse à Damas serait d’assurer un accès humanitaire aux populations sinistrées, en particulier celle d’al-Ghouta. Nous nous demandons aujourd’hui quelles démarches ont été ou seront faites afin de venir en aide à la population d’al-Ghouta.

Cette région, assiégée et affamée par le régime Assad depuis 2013, subit actuellement une offensive militaire féroce menée par Assad et ses alliés russes et iraniens. Depuis l’intensification de l’offensive militaire qui a commencé le 19 février, l’accès aux soins médicaux à al-Ghouta est devenu quasi impossible après le ciblage des services médicaux par l’aviation, qui a conduit à leur arrêt total. Nous recevons chaque jour des témoignages de femmes[1], d’enfants[2] et d’activistes[3] sur place qui glacent le sang, et les Syriens de Suisse regardent horrifiés le massacre des leurs sans pouvoir leur venir en aide. Ces témoignages sont nombreux, et vu le peu d’espoir qui leur reste, les gens d’al-Ghouta parlent à visage découvert, et ne cachent plus leur nom, rien à voir avec les prétendus terroristes qu’Assad et Putine prétendent cibler.

Après l’adoption de la résolution du conseil de sécurité No 2401 du 24.02.2018, et un rapide examen du texte, nous sommes certains qu’elle sera contournée, elle l’est déjà, puis ira rejoindre les précédentes aux oubliettes. Elle comprend par ailleurs suffisamment de lacunes pour servir utilement à la mise en place du plan du régime, déjà annoncé par son représentant Jaffari, à savoir le même scénario à al-Ghouta que précédemment à Alep, en décembre 2017, soit l’extermination d’un grand nombre de civils avant de forcer le reste à se déplacer vers Idleb, où le même scénario se répétera une fois de plus. Les habitants d’al-Ghouta supplient la communauté internationale de tout faire pour empêcher une tellle issue, qui d’ailleurs est un crime contre l’humanité.

Rassemblement devant l’ONU à Genève le 23.02.2018

Le DFAE pourra-t-il aider les gens d’al-Ghouta dans les jours à venir à partir du bureau de Damas? Nous le souhaitons tellement. Mais en cas d’échec, il faudra bien constater que rien de positif ne pourra jamais se faire avec pour partenaire un régime barbare, criminel et totalement illégitime[4], qui vise à achever un changement démographique déjà largement commencé, par l’intermédiaire d’un génocide et du déplacement forcé des populations qui lui sont indésirables. Le régime Assad se sent fort avec le soutien militaire de la Russie et de l’Iran, et renforcé par le retour des pays occidentaux à Damas, la Suisse en tête. Mais un régime fantoche n’est pas forcément appelé à durer.

La détresse de la population syrienne sur place s’accentue chaque jour à cause de cette sale guerre menée contre les civils principalement. Si la Suisse souhaite vraiment apporter son aide pour soulager la population civile syrienne, elle serait certainement plus utile en oeuvrant pour stopper cette guerre. Ceci ne peut se faire qu’en agissant pour une réelle solution politique, exigeant que la justice passe[5], et qui permette aux Syriens d’avoir une vraie transition politique, sans le régime du boucher de Damas, pour construire leur futur Etat démocratique basé sur le principe de la citoyenneté pour tous. Aucune autre solution ne mettra fin à la violence, aucune autre solution ne permettra au peuple syrien de vivre dignement en Syrie. Ceci ne sera possible que si les pays occidentaux, y compris la Suisse, font passer la justice et les droits humains de la population syrienne devant leurs intérêts à court terme et font pression sur la Russie et l’Iran pour obtenir le départ du régime syrien, des élections libres et leur propre départ du territoire syrien.

La révolution syrienne continue.

Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller fédéral, nos salutations les meilleures.

 FSD et 90 membres de la diaspora syrienne en Suisse ont signé la lettre

[1] https://www.theguardian.com/world/2018/feb/24/syria-eastern-ghouta-the-women-sharing-news-of-war

https://www.facebook.com/WomenNowforDev/videos/1380296635407577/?hc_ref=ARTSSgDxO7MkOZrqF-KX2cr4PcRtAvoLAYMk9PCsVxB-DB65UBhhfiEJchsA4neUzZU&pnref=story

https://www.facebook.com/nivin.hotary

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1795506950531632&id=100002170345981

[2] https://www.facebook.com/ong.syriacharity/videos/1765699186783922/

[3] Minute 23 :20 de la vidéo https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1795506950531632&id=100002170345981

https://www.facebook.com/ActForGhouta/posts/1860708250628345

[4] https://info.arte.tv/fr/bachar-el-assad-reelu-comme-prevu

[5] Le fait de mener à terme le dossier de Rifaat el-Assad serait un signal fort https://www.letemps.ch/suisse/un-procureur-crimes-guerre-claque-porte?utm_source=facebook&utm_medium=share&utm_campaign=article

https://trialinternational.org/fr/latest-post/affaire-rifaat-al-assad/

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Non à l’ouverture par la Suisse d’un bureau humanitaire à Damas!

Depuis le début de la révolution syrienne le régime Assad a choisi d’utiliser la répression barbare, les arrestations massives, la torture, le tir à balles réelles sur les manifestants pacifiques, la persécution des manifestants blessés et des médecins qui les soignaient, la punition collective des régions de protestation, etc. En réponse à cette répression, la Suisse, pays défenseur des droits humains, fût parmi les premiers pays démocratiques à avoir rappelé son ambassadeur à Damas en 2011 avant de fermer sa représentation au printemps 2012. Elle se trouve aujourd’hui parmi les premiers pays qui font un pas vers la normalisation des relations avec le régime dictatorial sanguinaire et responsable de crimes  de guerre épouvantables et de crimes contre l’humanité. Ce pas c’est l’ouverture d’un bureau d’aide humanitaire de la Suisse à Damas même.

FSD et la communauté syrienne de Suisse a alors réagi en adressant une lettre ouverte, reproduite ci-après, au Conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du DFAE, pour exprimer sa grande déception.

Les cartons de l’aide humanitaire ciblés par l’aviation du régime le 15.11.2017, peu de temps après leur entrée à Douma assiégée. Photo de la page FB d’un résident de Douma. Voir aussi à ce sujet l’article du Point.

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Monsieur le Conseiller fédéral,

Par un communiqué de presse du DFAE du 21.12.2017 nous avons appris à notre grande déception que la Suisse a ouvert un bureau d’aide humanitaire à Damas même. Cette démarche ne peut que réjouir Assad, le boucher de Damas, qui se voit aujourd’hui en voie de réhabilitation auprès de la communauté internationale ; cependant, elle ne contribuera en rien à l’amélioration de l’efficacité de l’aide humanitaire suisse en Syrie.

En effet, chacun sait que depuis 2011 le CICR n’a jamais obtenu d’accès aux détenus en Syrie, sauf pour des visites toilettées à son intention. En outre, la plupart de l’aide humanitaire internationale est allée dans les poches du régime, directement ou après revente sur les marchés locaux, ceci malgré la présence sur place des organisations de l’ONU, et cet état de fait va en empirant.

Vouloir composer aujourd’hui avec le régime syrien répond à une logique à court terme sans intérêt pour l’aide humanitaire, pour la paix, pour le Moyen-Orient, pour la Suisse, pour le Monde, et insultante pour la justice. Accessoirement, c’est aussi le plus sûr moyen de contribuer à la pérennisation du terrorisme. Le régime syrien est un régime mafieux, Assad est un promoteur du terrorisme, on ne peut tendre la main à ce genre de régime sans renier ses propres valeurs et devenir, en quelque sorte, complice des crimes qu’il continue à perpétrer contre sa population.

Le régime syrien est aujourd’hui un régime fantoche. Dès fin 2012, à l’agonie, il a dû faire appel à l’aide de la Russie et de l’Iran pour se maintenir en place contre une révolution populaire sans extrémisme. Il n’est aujourd’hui que le pantin sans légitimité de ses deux parrains, devenus depuis des envahisseurs. Moins de 15% du peuple syrien lui accorde encore une quelconque légitimité, en majorité par crainte ou par intérêt, moins de 10% si l’on inclut la diaspora[1].

La Russie ment en prétendant s’attaquer au terrorisme, elle ne vise qu’à étouffer la révolution populaire, en ciblant les civils[2] dans les régions de protestation, qui constituent la vraie alternative à Assad, avec des noyaux de démocratie instaurés dans ces régions dès leur indépendance du régime. Le plus grand mensonge russe concerne aujourd’hui la formation de zones de désescalade, toutes bombardées à tour de rôle. Actuellement c’est la Ghouta de Damas et Idleb qui sont sous les bombes du garant russe, provoquant de nouveaux déplacements forcés des populations.

Si la Suisse souhaite vraiment apporter son aide pour soulager la population civile, elle serait certainement plus utile en oeuvrant pour une réelle solution politique qui permette aux Syriens d’avoir une vraie transition politique, sans le régime Assad, pour construire leur futur Etat démocratique basé sur le principe de la citoyenneté pour tous. Aucune autre solution ne mettra fin à la violence, aucune autre solution ne permettra au peuple syrien de vivre dignement en Syrie. Ceci ne sera possible que si les pays occidentaux, y compris la Suisse, font passer les droits humains de la population syrienne devant leurs intérêts à court terme et font pression sur la Russie et de l’Iran pour obtenir le départ du régime syrien et des élections libres.

Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller fédéral, nos salutations les meilleures.

[1] Avant la révolution, la diaspora syrienne comptait déjà au moins 18 millions de personnes alors que la population à l’intérieur de la Syrie comptait 23 millions ; ceci est un indicateur fort du disfonctionnement du pays.

[2] En 2017 seulement, 900 institutions civiles ont été ciblées, en majorité par l’aviation russo-assadienne http://aa.com.tr/en/middle-east/syria-nearly-900-civil-facilities-targeted-in-2017/1025533

Le Croissant Rouge et le régime Assad

Bien des doutes planent sur la relation entre le Croissant Rouge Arabe Syrien, qui devrait rester complètement neutre, et le gouvernement syrien. Il est intéressant de rappeler ici la déclaration de Peter Maurer -Président du CICR- à Swissinfo à ce sujet, en 2012 suite à sa visite à Damas :
«Le Croissant-rouge est peut-être à Damas plus proche du gouvernement, il peut être ailleurs plus proche des besoins de la population. Le dialogue entretenu depuis deux ans a permis d’établir une situation de confiance et dans des endroits nous pouvons agir seul, sans accompagnateur du Croissant Rouge syrien. Mais rien n’est parfait. ».
Il est aussi intéressant de mentionner le témoignage de Majd al-Dik, ancien membre du Croissant Rouge à Douma et auteur du livre « A l’Est de Damas », à ce sujet:
« Les groupes humanitaires basés à Damas ne parviennent pas à traverser ces lignes. Ils sont obligés de passer par le Croissant Rouge, inféodé au régime. Son bureau à Douma a été fermé le jour même où les révolutionnaires ont pris la ville. Certains volontaires sont cependant restés pour respecter leur serment. Mais ils ne reçoivent plus de médicaments. Le dernier convoi qui leur était destiné a été bombardé par le régime. »
A Homs, au début de la révolution, le Croissant Rouge répondait en effet aux besoins de la population, spécialement pour apporter les secours médicaux aux blessés, en conséquence plusieurs ambulances ont essuyé des tirs des forces du régime, par exemple l’ambulance ciblée à al-Hamidyeh le 07.09.2011 qui a conduit au décès du secouriste Hakam Drak-Sibai.

Pour apporter d’autres témoignages à ce sujet, FSD a traduit de l’arabe un article publié sur le site alsouria.net, site proche de la révolution syrienne.

Le 27 décembre 2016, Khaled Hboubati, un homme d’affaire proche du régime et externe à l’organisation, a été nommé comme président du CRAS pour remplacer Dr Abd al-Rahman Attar. Pour pouvoir effectuer cette nomination le règlement interne de l’organisation a dû être modifié en dernière minute, une méthode qui n’est pas sans ressemblance avec la nomination de Bachar al-Assad.

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Bras invisible des Moukhabarat en Syrie, à l’intérieur du Croissant Rouge:

comment la direction de l’organisation contribue à l’arrestation des déplacés

Par Karam Mansour, article du 09.11.2016

Source en arabe: alsouria.net

Camion d’aide humanitaire du CRAS dans une région sous le contrôle du régime

Wissam (24 ans), un des volontaires du Croissant Rouge Arabe Syrien (CRAS), entre à l’Hôtel Carlton à Damas pour suivre une session de formation pour le programme Concorde pour l’archivage des données. Cette formation est organisée par le CRAS à l’intention de ses bénévoles.

L’atelier a été suivi par des bénévoles et des employés de l’organisation dans la capitale syrienne. Les participants y apprenaient comment utiliser les formulaires du programme pour l’archivage des données, comment enregistrer les informations concernant les bénéficiaires de l’aide humanitaire et celles des volontaires, ainsi que les méthodes de stockage des données et comment les envoyer aux sections concernées.

Ces ateliers de formation d’une semaine sont organisés dans les hôtels les plus luxueux de Damas et ils sont offerts aux bénévoles du CRAS. Ils sont supportés financièrement par le CRAS. La gestion de ces ateliers a soulevé et soulève encore beaucoup de questions aussi bien sur leur importance, que sur la nécessité de les organiser dans ces hôtels luxueux.

« ALSOURIA.net » à Damas a interrogé un certain nombre de participants à ces ateliers, dit Amani (pseudonyme): “le CRAS organise ces cours régulièrement, ceci constitue un bénéfice pour beaucoup de bénévoles qui séjournent alors dans l’hôtel le plus luxueux de la capitale qui leur offre les meilleurs services et tout cela à la charge du CRAS, de sorte que ces cours sont devenus un outil de favoritisme et il faut être pistonné pour y accéder, surtout avec la crise économique qui sévit en Syrie « .

Elle ajoute: «Tous les volontaires sont en lice pour une place dans ces cours et l’intérêt de la formation n’est pas le premier objectif, qui est de passer une semaine complète aux frais du CRAS dans l’hôtel le plus luxueux de la capitale. »

Buts cachés
Wissam s’étonne que ces cours aient lieu dans des endroits de luxe qui coûtent environ mille dollars par jour pour la location des salles de formation, tandis que les salles des locaux du CRAS, qui sont entièrement équipées pour accueillir ce genre de conférences et de cours, restent inutilisées.

« ALSOURIA.net » a mené une enquête pour comprendre le mécanisme de l’organisation de ces ateliers, et la raison de faire la formation des volontaires à l’extérieur des locaux du CRAS, ceci malgré la misère terrible dont souffre le pays. Lors de cette enquête des sources spéciales du CRAS ont affirmé que plusieurs raisons sont à l’origine de ces choix organisationnels:
“L’organisation de ces ateliers en dehors des locaux du CRAS nécessite l’approbation de la direction pour chaque bénévole. Ainsi la direction peut refuser la participation à certains de ces bénévoles. Selon des informations croisées provenant de plusieurs bénévoles, ces ateliers sont utilisés comme couverture pour un grand nombre d’opérations de détournements de fonds, afin de ne pas éveiller les soupçons.”

Selon des sources privées, qui ont informé « ALSOURIA.net» et qui ont demandé l’anonymat pour leur sécurité, un appel d’offres a été lancé pour l’achat d’un programme pour archiver les données du CRAS et c’est la société Concord qui a été finalement sélectionnée pour le fournir.
Certaines informations indiquent que Abd al-Rahman Attar, responsable du CRAS, détient 60% de la société « Concord » qui contribue au traitement des données et à l’archivage du CRAS. Ces informations ont été suivies par d’autres, confiées par des membres du CRAS, affirmant que a plupart de ces ateliers ont lieu à l’Hôtel Carlton, qui appartient à Attar.

Le programme fourni par Concord est distribué à toutes les branches et à tous les points du CRAS en Syrie, en plus des dispensaires mobiles exploités par le CRAS dans les zones rurales qui se trouvent sous le contrôle du régime.

Informations pour le « service de renseignement »
Jamal, 28 ans, ambulancier paramédical dans un dispensaire mobile du CRAS à Damas-campagne, qui se déplace dans un certain nombre de villes et de régions qui sont sous le contrôle du régime, dit: «On nous a demandé depuis le début de l’année d’enregistrer toutes les données nous concernant (adresse, études, n° de téléphone et degré de formation) via le programme Concorde ».

Il ajoute « il a aussi été demandé aux volontaires de conserver des données précises sur les bénéficiaires des services du CRAS, ainsi que de recueillir suffisamment d’informations sur toutes les familles que nous visitons, dont le nombre de membres de la famille, leurs allées et venues, les zones qu’ils ont fuit et le travail de chacun d’entre eux. »

Jamal conclut: «Dorénavant toutes les informations sur les personnes déplacées sont stockées sur ce programme, et tandis que beaucoup de familles ne divulguent pas d’informations précises aux institutions sécuritaires, ni aux agents du recensement officiel par crainte de poursuites sécuritaires, elles donnent très volontiers tous les détails de leur vie aux bénévoles du CRAS, afin d’obtenir de l’aide humanitaire.  »

Nous avons poursuivi nos recherches qui nous ont conduits au service des données et des statistiques au sein du CRAS. Nous avons alors découvert que l’ensemble de ces données sont stockées sur les serveurs de l’organisation et ensuite stockées dans une section spéciale appartenant aux services de sécurité , à disposition en cas de demande d’information.
Des informations croisées à partir de plusieurs sources parmi les membres du CRAS indiquent que de nombreuses arrestations des employés/ bénévoles du CRAS ont eu lieu. En effet, les forces de sécurité du régime surveillent l’activité du bénévole avant de l’ arrêter pendant une mission qui lui a été confiée, ceci en utilisant les données enregistrées par le CRAS.

« ALSOURIA.net » a rencontré trois des volontaires qui avaient démissionné à cause de l’intrusion des forces de sécurité dans le travail du CRAS et de la mainmise de ces forces sur toutes les données recueillies par l’organisation, qui devraient rester la propriété de l’organisation, qui prétend être une organisation neutre, indépendante et impartiale dans son travail.

Le dysfonctionnement du CRAS dans les régions sous le contrôle du régime ne se limite pas aux arrestations rendues possibles par les données mises à disposition des services de renseignement. Il s’y ajoute également les circulaires internes émises par Abd al-Rahman Attar interdisant de donner des certificats de travail et d’expérience aux volontaires du CRAS sans l’approbation personnelle et préalable d’Attar, privant ainsi des centaines de personnes de certificats d’expérience, alors qu’ils se sont portés volontaires pour des motifs humanitaires. Ces personnes finissent par renoncer à leur engagement humanitaire au sein du CRAS à cause de l’intrusion de l’organisme sécuritaire.

Restrictions autour des bénévoles
Ahmed, 28 ans, dit à « ALSOURIA.net»: Je me suis engagé au CRAS à Damas depuis 2011 car je désirais aider les personnes touchées, qui sont dans le besoin, qui ont commencé à quitter leurs villes ou leurs villages suite à la répression violente du régime. Trois mois après, j’ai été renvoyé car mon compte Facebook a été surveillé et mes écrits sur mon mur ont été photographiés, et j’ai donc été accusé de ne pas être neutre ».

Il ajoute: «Mon renvoi de l’organisation a conduit à ce que mon nom figure sur les listes noires du CRAS. Pour cette raison l’organisation n’a pas voulu émettre des certificats pour les cours que j’ai suivi, ni pour mes activités. Je n’ai même pas pu obtenir une attestation qui certifie l’expérience développée pendant mon bénévolat, pour des raisons « sécuritaires » liées à mon avis politique. »

Le magazine britannique « New Internationalist » avait d’ailleurs critiqué de son côté l’étroite relation entre la tête du CRAS, Abd al-Rahman Attar, et la tête du régime de Bachar al-Assad. Par ailleurs, certains membres de la commission parlementaire britannique sur les affaires syriennes ont demandé à leur gouvernement de procéder à un « examen sérieux » des moyens utilisés pour acheminer l’aide humanitaire en Syrie.

La famille du président du CRAS, Abd al-Rahman Attar, possède des intérêts et d’énormes monopoles économiques en Syrie, en commençant par le secteur pharmaceutique, les services bancaires et le tourisme, et dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie.

La famille Attar détient également des agences commerciales et industrielles, représentant les intérêts d’ entreprises et de banques non-syriennes, comme « Novartis » et «Roche » de l’industrie pharmaceutique suisse, les banques « Bemo » et « la Syrie et le Golfe », la compagnie « United Insurance » et de nombreuses entreprises de change.

Attar représente également le groupe hôtelier Carlton, la compagnie aérienne Alitalia, Sony Ericsson, et IBM pour la technologie.

Le magazine britannique avait souligné que « un tel succès commercial en Syrie ne peut provenir que d’opérations illégales, mais qu’une relation très forte doit exister entre les commerçants et l’Etat pour en assurer le succès. »

Le magazine avait cité également des militants syriens au Canada qui avaient accusé Attar, qui détient d’ailleurs la citoyenneté canadienne, d’avoir permis aux services de renseignement syriens d’utiliser ses locaux commerciaux comme centres pour torturer des détenus syriens.

Le CRAS a fermement démenti ces «allégations» et a dit que ces dernières « offensent les équipes de volontaires du Croissant-Rouge qui fournissent une aide humanitaire à tous les Syriens quelle que soit leur religion, leur appartenance ethnique et leur appartenance politique.

Genève: Syrie « Pourparlers de Paix » pourquoi et pour qui?

Appel à un rassemblement pour faire entendre la voix du peuple syrien

Genève, place de nations, le vendredi 29.1.2016 de 15h30 – 17h30

avec un stand de 11h00 à 17h30 le vendredi 29 et le samedi 30 janvier 2016

Le Peuple veut

Recommençons l’histoire dès le début:                       « Le peuple veut la chute du régime« 

A l’occasion des pourparlers de paix de Genève, qui réuniront les délégations de l’opposition syrienne et du régime syrien en Janvier 2016, nous appelons à un rassemblement pour faire entendre la voix des Syriens et Syriennes en lutte, pour réaffirmer leurs revendications légitimes qui doivent être à la base des négociations pour mettre fin à la souffrance extrême de la population civile, après près de cinq années de lutte.

Depuis l’échec des pourparlers de Genève II, la situation en Syrie ne cesse de se détériorer, avec l’augmentation des interventions militaires, qui a conduit à de nombreuses victimes parmi les civils, et récemment l’intervention de la Russie, en coordination avec Israël, et avec le consentement tacite de la communauté internationale, contre les civils syriens et l’opposition armée.

Plus de la moitié de la population a été déplacée, on compte aujourd’hui plus de 300’000 morts, plus de 300’000 arrestations et disparitions forcées, plus de dix milles morts sous la torture, plus de 500’000 blessés. À l’heure actuelle, 600’000 civils souffrent de famine dans les zones assiégées. Face à cette énorme souffrance de la population, infligée essentiellement par le régime Assad, seule la justice peut aider à obtenir une véritable solution politique. Sans oublier que l’apparition de Daech (EI) et de ses semblables est une conséquence directe de la politique du régime Assad.

En effet, les pourparlers de paix de Genève doivent conduire à la satisfaction des aspirations du peuple syrien pour la liberté, la dignité et la justice sociale dans un Etat démocratique. Ces objectifs doivent être garantis et protégés contre les intérêts et les manipulations des puissances régionales et mondiales qui ont démontré, par leurs actions et leurs positions respectives au cours des cinq dernières années, leur indifférence à la situation difficile du peuple syrien, et leur attachement exclusif à leur stratégie régionale, qui ne garantit que leurs propres intérêts, comme le fait le régime Assad, à la fois sur le terrain et dans les couloirs de l’ONU.

Nous appelons à séparer les questions humanitaires des négociations et à les traiter enfin sur la base des lois internationales.

Le défi est donc d’établir les droits fondamentaux des citoyens, dans le cadre d’une Syrie unie, démocratique, libre et souveraine, rassemblant toutes les composantes de sa population, basés sur le concept de la citoyenneté avec des droits égaux pour tous.

Nous Syriens exigeons:

  • Un départ immédiat du dictateur Bachar Assad afin d’établir un gouvernement de transition représentatif des différentes composantes du peuple Syrien, en vue de tenir des élections libres et équitables pour une véritable assemblée constituante.
  • La fin du siège de toutes les régions assiégées et affamées.
  • La fin des bombardements par l’artillerie, l’aviation et les missiles sur les quartiers et villages, bombardements qui continuent à tuer des civils en masse et chaque jour.
  • Le départ de tous les combattants étrangers présents en Syrie et la fin de l’intervention russe en Syrie.
  • L’organisation de l’aide médicale et la reconstruction des services de santé.
  • Une aide massive aux réfugiés dans les pays voisins et au sein de la Syrie, en vue de leur réinsertion volontaire dans leur pays d’origine.
  • La libération de tous les prisonniers politiques, des militants, des journalistes, des civils et des combattants de la liberté qui sont emprisonnés dans les geôles du régime tyrannique d’Assad ou celles de tout autre groupe armé.
  • L’arrestation des criminels de guerre et des personnes en charge de la répression sanglante durant le règne des Assad sur le pays pendant 40 ans, et leur jugement par un tribunal compétent et indépendant.
  • La reconstruction du pays dans le respect des personnes, et la création de conditions saines et sûres pour le retour des personnes déplacées à leurs domiciles.

Les négociations avec le régime tyrannique de Bachar Assad ne devraient en aucun cas conduire à une négation des demandes légitimes du peuple syrien, sinon les Syriens n’auront d’autre choix que de continuer leur combat avec force et détermination, même au prix exorbitant de la souffrance actuelle, jusqu’à la construction d’un nouvel Etat libre et démocratique.

Hommage aux victimes de la tyrannie. Vive la révolution syrienne !

Organisé par: FemmeS pour la Démocratie avec la collaboration du Réseau des FemmeS Syriennes, Collectif des Amis d’Alep, Mouatana (citoyenneté), Conseil national kurde, Zaytoon, The Syrian American Council « SAC.

Soutenu par: Mouvement pour le socialisme/Bewegung für Sozialism (MPS/BFS), alencontre.org, le Cercle La brèche, SolidaritéS.

Tempête de neige sur les camps de réfugiés syriens

L'Occident est inconsolable!

L’Occident est inconsolable!

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 4e partie, Témoignage d’Eman

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 4/5

Eman, ancienne détenue, de Homs, 30 ans,
“Je me suis impliquée dans la révolution syrienne depuis son début, dans l’action civile et dans les manifestations pacifiques qui ont eu lieu dans le quartier d’al-Khaldia à Homs.
J’ai travaillé dans le domaine des soins médicaux et j’ai participé aux efforts d’aide à la population. J’ai participé à la distribution d’habits, de nourriture et d’argent aux déplacés, aux familles pauvres et aux familles de détenus et de martyrs.
J’ai été arrêtée une première fois le 24 juin 2012 pour une période de 3mois par les Chabbiha (connus actuellement comme “armée de défense nationale”), qui sont en fait des groupes de mercenaires dont le rôle est de réprimer les manifestations civiles pacifiques.
On nous a emmenées vers des destinations et des maisons dédiées spécifiquement à l’emprisonnement des femmes, on ne nous a pas emprisonnées dans les prisons du régime ou dans les centres de détention des services secrets. Les buts de notre détention étaient, comme les gardiens nous l’ont dit, de nous échanger contre rançon, de nous échanger contre d’autres kidnappées, ou de nous violer.
Pendant notre détention nous avons été torturées physiquement et psychologiquement d’une manière inimaginable, que je n’avais jamais pensé pouvoir exister.
Les gardiens utilisaient l’électricité, le harcèlement sexuel, ils nous brulaient le corps avec des cigarettes et de l’eau bouillante. On nous frappait aussi avec des câbles électriques et des tuyaux. Ils ont coupé nos cheveux, ils nous ont violées collectivement et à répétition. Ils ont aussi tenté plusieurs fois de nous noyer dans l’eau. Par deux fois j’ai eu de forts saignements vaginaux. J’étais très effrayée par les voix et les cris des autres détenues qui étaient continuellement et violemment torturées.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Violences atroces dans les centres de détention pour les femmes enlevées par les Chabbiha.

Ils ont tué notre humanité, nous avons perdu la volonté de vivre, nous appelions la mort chaque jour. J’ai vu des femmes brutalement déshabillées et violées. Les gardiens les violaient devant nous et les battaient violemment, pour certaines jusqu’à la mort. On laissait alors leur corps dans la même cellule pendant un jour, avec pour conséquence que beaucoup d’entre nous ont tenté de se suicider.
Les gardiens étaient de vrais monstres assoiffés de sang, de revanche et de volonté de tuer. Ils nous donnaient juste assez de nourriture pour ne pas mourir dans la journée.
Des maladies sont apparues parmi les détenues à cause des infections et des blessures laissées sans soins, les poux et la saleté s’ajoutant à l’eau et aux aliments contaminés que consommions ont dégradé notre santé et provoqué de nombreuses entérites.
Lorsqu’on m’a relâchée on m’a mise dans un conteneur d’ordures.
J’ai été arrêtée pour la seconde fois le 3 février 2013 par des brigades armées sectaires non-syriennes, et détenue pendant 10 jours, au cours desquels on m’a volé toutes mes affaires, et l’on m’a battue et fouettée avec des câbles métalliques. »

FSD

Lire aussi les trois premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 3e partie, Témoignage d’Alaa

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.

Partie 3/5

Alaa, ancienne détenue, de Homs, 22 ans
“Depuis le début de la révolution j’ai été active dans l’aide humanitaire, ça a été une raison suffisante pour me faire arrêter par le régime Assad.
Dès l’instant où les membres des services de renseignement m’ont arrêtée, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont arrêtée sur le pont du président à Damas et ils m’ont ensuite amenée à la branche de la sécurité militaire 215. Après plusieurs séances de coups et de torture, l’un d’eux m’a fait entrer dans une petite chambre et un homme y est entré après moi. J’ai su plus tard qu’il s’agissait du directeur du centre de détention. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements sous prétexte de me fouiller. Lorsque j’ai refusé il m’a frappée et il a appelé cinq de ses hommes pour m’enlever mes vêtements par la force. Les coups et la fouille ne sont pas les seules exactions que subissent les femmes dans les centres de détention. J’y ai vu beaucoup d’autres manières de porter atteinte aux droits humains et perpétrer des crimes à l’encontre de la femme.
Dans ces centres de détention ils torturent les femmes sauvagement, en utilisant l’électricité, les coups sur toutes les parties du corps avec un câble électrifié, la roue (où le corps de la femme est plié en deux et maintenu dans cette position par un pneu), et la suspension du corps par les poignets sans que la plante des pieds ne touche le sol. Le pire est de voir une femme âgée qui se fait torturer à côté de soi, sans égard ni pour son âge ni pour son corps déjà épuisé.

La roue comme moyen de torture  (Photo du site www.vdc-sy.info)

La roue comme moyen de torture
(Photo du site http://www.vdc-sy.info)

Dans ces centres de détention, la torture a plusieurs facettes. En plus des coups, des humiliations et insultes verbales, les repas sont aussi utilisés pour nous torturer. Par exemple, ils nous donnaient les repas dans des sacs pleins de saletés et de poils. Nous étions aussi empêchées de nous laver sauf en acceptant que les gardiens nous lavent le corps. Les vêtements nous étions empêchées de les changer (lorsque nous avions de quoi nous changer) sauf s’ils étaient là pour nous regarder et nous prendre en photo. Alors personne ne voulait plus changer ses vêtements même lorsqu’ils étaient pleins de sang et de poux.
La période des règles était la période la plus dure et la plus difficile. Pendant cette période les femmes supplient les gardiens et se font humilier pour obtenir des serviettes hygiéniques, mais les gardes refusent de répondre à ces demandes. Lorsque les saignements deviennent très forts, le gardien amène un pull en coton ou en laine qu’il a pris de la cellule des hommes, un pull plein de poux et de sang pour contenir les saignements…

Je n’ai pas parlé ici en détail des cas de viol parce que tout ce qui précède est pour moi déjà une sorte de viol.

Moi j’en ai fini avec la détention, je suis actuellement libre, mais là-bas en Syrie il y a des milliers de détenues femmes qui vivent en ce moment même ce que j’ai décrit, et leur avenir reste inconnu.”

FSD

Lire aussi les deux premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Conférence-débat: Violences contre la femme en Syrie aujourd’hui

A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, l’association FemmeS pour la Démocratie invite: Noura al-Ameer, vice-présidente de la Coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek Kurdi, juriste syrien en droit international, et trois anciennes détenues syriennes pour témoigner de la violence du régime syrien dictatorial et de l’Etat Islamique contre les femmes en Syrie.

Date: mardi, 25.11.2014, à 19h30

Lieu: Maison des Associations, rue des Savoises 15, Genève

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Depuis le début des protestations en Syrie, le 15 mars 2011, la répression féroce du régime Assad a touché toute la société syrienne, hommes, femmes et enfants. Les femmes ont participé activement aux manifestations d’abord et ont été actives ensuite dans l’aide humanitaire. Elles ont subi la répression en tant qu’activistes ou indirectement en représailles pour atteindre les activistes de leurs familles. Des familles entières se sont trouvées en détention. Les femmes syriennes ont ainsi subi la détention, la torture, l’enlèvement, la violence sexuelle, mais aussi le déplacement forcé vers d’autres régions en Syrie ou bien vers les pays voisins. Certaines parmi elles ont subi des atrocités soit en détention, soit sur les barrages de « sécurité », soit encore lorsque les milices pro-Assad pénétraient une région après l’avoir assiégée et bombardée. Il y a 7’000 cas de viols documentés et le nombre réel dépasse de loin ce chiffre. Plus de 10 millions de Syriens ont perdu leurs maisons et sont devenus réfugiés ou déplacés internes, dont la moitié sont des enfants et une majorité de femmes constitue l’autre moitié. De nombreuses femmes se sont retrouvées dans l’obligation de subvenir aux besoins de leurs familles suite au décès d’un époux, d’un père ou d’un frère.
Suite à la répression militaire prolongée et à la prolongation de la crise en Syrie que l’on peut attribuer au régime en place et à la lâcheté de la communauté internationale, l’Etat Islamique a vu le jour au printemps 2013. Ainsi les femmes dans certaines régions syriennes se sont vu faire face à la répression et à la violence de cette nouvelle entité terroriste (enlèvement, privation de libertés, etc.).

Noura al-Ameer 1987, activiste de Homs dès le début de la révolution. Arrêtée au printemps 2012, en détention pendant six mois, réfugiée en Turquie, elle s’est engagée dans le soutien des femmes victimes d’exactions de la part du régime syrien. Elue vice-présidente de la Coalition en janvier 2014 elle oeuvre en particulier pour améliorer la relation de la coalition avec le terrain et avec les institutions internationales, et le rôle de la femme sur la scène politique.

Tarek KURDI 1974, juriste syrien, spécialiste du droit international, responsable du bureau juridique au ministère de la justice du gouvernement provisoire syrien. Il défendait les détenus en Syrie avant d’être obligé de s’enfuir en 2012 lorsqu’il a su qu’il était recherché.

Kenda ZAOUR 1986, activiste pacifiste de Damas, s’est fait arrêter suite au rassemblement en 2012, dans le souk de Damas, de quatre jeunes femmes habillées en robes de mariage blanches et portant les slogans : « Pour l’humain en Syrie, la société civile déclare l’arrêt de toutes les opérations militaires » et « La Syrie est pour nous tous ». Elle a retrouvé la liberté dans l’échange des prisonniers iraniens deux mois plus tard.

Alaa AL-HOMSI 1993, activiste de Homs, militante dans l’aide humanitaire et dans la certification des martyrs de la ré- volution à Homs. Elle a été arrêtée en novembre 2012 et relâchée en janvier 2013 lors de l’échange avec les prisonniers iraniens.

Eman ALKURDI 1984, activiste à al-Khaldyeh à Homs, militante dans l’aide humanitaire et médicale à Homs, a quitté la Syrie en avril 2013 suite à deux arrestations durant lesquelles elle a subi la torture systématique.

Organisée par FemmeS pour la Démocratie
Soutenue par Amnesty International – Groupe Uni Genève, le site www.alencontre.org, le Mouvement pour le socialisme (MPS) et SolidaritéS – Genève

Le migrant, être humain ou parasite?

Le 05.07.2014 une jeune syrienne enceinte de sept mois a perdu son enfant à la frontière suisse parce qu’on lui a refusé l’accès aux soins alors qu’on la déportait vers l’Italie. Migrante hors-la-loi fuyant la guerre elle y avait pourtant droit, un droit affirmé par la Charte internationale des droits de l’homme. 

Une petite manifestation a eu lieu à Lausanne le 26.7.2014 pour rappeler que cette mort est inadmissible, et que la solidarité avec les migrants est à la fois juste et nécessaire parce que les migrants forcés par la guerre recherchent davantage la sécurité et une vie digne que le confort. Peu de passants se sont arrêtés, trop peu.

Lausanne 26.07.2014 "Santé, Maternité, Intégrité,,, Pas pour les Immigré.e.s!"

Lausanne 26.07.2014
« Santé, Maternité, Intégrité,,, Pas pour les Immigré.e.s! »

Les politiciens suisses, volontiers suivis par la rue, aiment dire que c’est sur place qu’il faut aider et c’est vrai, mais il faut le faire vraiment. Madame Sommaruga rappelait récemment que l’aide suisse au Moyen-Orient depuis le début du conflit syrien atteint 86 millions de USD, ce qui représente 3 USD par syrien déplacé et par an, c’est insignifiant. A moins d’augmenter le nombre de pays donateurs, ce qui paraît difficile, il faut augmenter le volume de l’aide, c’est vital, pour le Moyen-Orient d’abord, et pour l’Occident aussi, sinon demain ce conflit sera là, il est d’ailleurs déjà là. Quelques-uns l’ont compris, Anne Seydoux-Christe, conseilère aux Etats (PDC, JU) se prononce pour plus de générosité envers les réfugiés syriens aussi bien en aide financière qu’en accueil.

Le nombre de réfugiés syriens accueillis en Suisse est à peu près égal à celui des réfugiés syriens accueillis dans la bande de Gaza. Sachant ce qui se passe a Gaza il est peu probable que Gaza en accueille davantage. Le Liban a vu sa population augmenter de 30%. La Turquie et la Jordanie ont déjà fait des efforts considérables. L’Occident s’est contenté jusqu’ici de poursuivre un agenda opportuniste et sans vision, ponctué d’échecs successifs. Le nombre de migrants ne peut dès lors qu’augmenter.

FSD

Hommage à Alma, combattante de l’ASL, morte de ses blessures

En hommage à Alma Shahoud, combattante de l’ASL à Damas-Campagne, morte de ses blessures, nous re-publions la traduction de son témoignage publiée sur notre blog le 24 juillet 2013.

Témoignage d’une femme syrienne Alma

Interview par Souriia Al-Cha’eb « La Syrie du peuple », durée 15 minutes),

traduction de l’arabe par FSD:

00:00:00 Commentatrice:

La lumière de la lune envie la lumière des yeux de cette femme …

Alma à l'hôpital en Jordanie en juillet 2013

Alma à l’hôpital en Jordanie en juillet 2013

00:00:20 Alma 00:20 :

J’étais employée dans une compagnie privée et je travaillais comme secrétaire. J’habitais avec ma famille… je suis mère de cinq enfants. Je n’aime pas le régime Assad dans sa totalité et ceci depuis le début des évènements… vous avez certainement entendu parler de ce qu’il s’était passé à Hama du temps de Assad père. Cette mémoire s’est transmise aux générations suivantes.

00:00:50Commentatrice :

Ni le temps ni les circonstances n’ont limité la volonté d’une femme dont l’amour pour son pays a dépassé celui qu’elle éprouvait pour ses proches. ..

00:01:08 Alma :

Certains jeunes de la société pour laquelle je travaillais à A’arbin, région de Damas, ont décidé de se réunir et de soutenir la révolution. A travers nos réunions, nous avons décidé de soutenir les autres quartiers de Damas. Nous avons alors essayé de leur amener des munitions et des armes. J’étais la personne qui assurait cette mission car au début les femmes n’étaient pas fouillées par les Moukhabarat (services de renseignement syriens)…

Avec la volonté on peut y arriver… J’ai essayé en vain de recruter d’autres filles pour l’ASL mais le courage leur manquait. Peut-être que nos coutumes les freinaient. Pour moi, la femme doit être présente aux côtés de l’homme dans tous les domaines. Que de compliments de la part des combattants ! Ils me disaient « Que Dieu te protège » ou « Que Dieu bénisse la mère qui t’a portée ». Jamais aucun mauvais commentaire…

Je rentrais à pieds quand un taxi s’est arrêté et un jeune homme m’a proposé de faire un bout du chemin en taxi avec eux. J’ai accepté. En arrivant entre Zamalka et A’arbin, il y avait un barrage de sécurité provisoire. Des officiers des Moukhabarat Alaouites y contrôlaient les cartes d’identité des hommes. A l’époque, ils ne contrôlaient pas les femmes. Alors, je suis restée silencieuse. Ils ont fait descendre du taxi le jeune homme… il n’avait même pas 17 ans. « Tu participes aux manifestations?! » et ils ont commencé à le battre. Je n’ai pas supporté ça, alors je suis sortie de la voiture. Le chauffeur du taxi n’intervenait pas. J’ai dit à l’officier « Pourquoi tu le frappes? Il est encore jeune, considère-le comme ton fils ». J’ai essayé de tirer le garçon par derrière, alors ils ont commencé à nous frapper tous les deux. L’officier a insulté ma mère, alors je l’ai giflé et les coups se sont mis à me tomber dessus de toutes parts…Ils nous ont mis dans le coffre tous les deux et nous ont amenés au siège des Moukhabarat de l’Armée de l’Air à Harasta.

Je suis restée en détention 38 jours, ma famille n’avait aucune nouvelle de moi…

00:05:00 Commentatrice (images de torture):

Chaque heure passée en détention est une révolution en soi : torture et actes criminels sont infligés par des individus au comportement déviant qui semblent friands de sang humain. Mais cette fois Alma a échappé au pire, elle a été libérée.

00:05:25 Alma:

Je suis sortie de la prison brisée. Ce que j’ai vu à l’intérieur de la prison est indescriptible.Les détenus subissent la torture, des coups, des blessures à l’arme blanche, la suspension par les poignets à des fils métalliques… Les traces sont encore visibles sur mes poignets. Tout ce que tu peux imaginer comme torture nous l’avons vu en détention….

00:06:29 Alma:

J’ai rejoint un groupe. Je savais utiliser les armes et j’ai appris à utiliser un fusil. Le groupe effectuait surtout des descentes aux barrages de sécurité et s’occupait des snipers. Au début, ma tâche se limitait au chargement des armes des combattants. Notre groupe avait aussi des missions humanitaires. Nous nous chargions de distribuer des denrées alimentaires et du lait pour enfants aux civils qui s’abritaient dans les sous-sols pendant les périodes de bombardement. Aussi nous nous occupions de trouver des médicaments et de les passer à ceux qui en avaient besoin. Ensuite, j’ai eu l’idée d’installer un hôpital de fortune dans notre zone d’ activité, car le transfert des blessés de notre région à un hôpital d’une zone voisine était souvent une cause supplémentaire de décès des blessés. J’avais encore des bijoux en or que j’ai vendu et avec la contribution d’autres jeunes nous avons pu l’installer.

00:08:09 Alma:

Pendant la dernière descente, je voulais me venger de l’officier Mohammad Rahmoun qui était responsable du centre de détention pendant la période de mon arrestation. J’avais l’impression que son seul but était de me torturer. C’était au siège de la sécurité de l’armée de l’air. Alors nous avons coordonné l’opération avec les révolutionnaires de Zamalka, Hammouriyeh et Douma. Le jour J, nous avons fait la prière de Al-Icheh (la nuit) et nous avons crié Allahou-Akbar… c’était très émouvant, nous savions que nous allions à notre mort, car le but était le Siège de la Sécurité de l’Armée de l’Air!!!

00:10:20 Alma cachant ses larmes:

Lorsque deux membres des Moukhabarat, qui étaient jeunes, sont arrivés sur moi, j’étais habillée en militaire et j’avais le visage caché sous une cagoule. J’avais l’air d’un homme. Ils ont commencé à me frapper sur la tête, alors je suis tombée à genoux. J’ai essayé de ne pas crier pour ne pas montrer que j’étais une femme. Je savais que ce serait pire s’ils s’en rendaient compte, car il ne supportent pas de voir les femmes se joindre au mouvement de protestation. J’étais la seule qui ait pris les armes avec les hommes à Damas. J’ai senti les 2 ou 3 premiers coups… ensuite, je n’ai plus rien senti. Je me suis réveillée à l’hôpital. Les combattants de l’ASL avaient fini la bataille et m’avait amenée à l’hôpital.

00:12:16 Alma:

Ne sachant pas que j’étais recherchée, un groupe de l’ASL (de Jober, pas mon groupe) m’ont fait admettre dans un hôpital à Damas. J’ai été admise dans les soins intensifs mais j’ai été enchaînée pendant 50 jours… paralysée mais aussi enchaînée ! J’étais assistée pour la respiration aussi. Ensuite, les combattants de l’ASL m’ont fait fuir de l’hôpital et j’ai été transférée dans un hôpital dans notre région sous un faux nom où j’ai complété cette période de soins. Ils m’ont ensuite fait sortir de la Syrie, je me trouve aujourd’hui en Jordanie.

00:13:30 Médecin:

Nous avons pris connaissance de son cas il y a un mois. Elle se faisait soigner dans un hôpital à Amman. Elle y est restée 40 jours et a été renvoyée lorsqu’elle n’avait plus droit à l’aide financière accordée par une source anonyme. Elle souffrait d’une blessure à la 5e vertèbre de la nuque, qui a paralysé la moitié du bas de son corps et sa main droite. Nous l’avons reçue dans cet hôpital sous la surveillance de l’Association de la Syrie pour l’Aide Humanitaire et le Développement. Nous avons été surpris par son mauvais état général, psychique et sanitaire.

00:14:16 Commentatrice:

Après que certains aient profité d’elle, en tant que blessée syrienne, pour obtenir de l’argent pour eux-mêmes, elle s’est retrouvée seule au bord de la route. D’autres personnes, honnêtes, l’ont recueillie et l’ont transférée à cet hôpital via l’association pour y trouver de la compassion et des soins, loin des commerçants du sang.

Une autre interview de Alma, rédigée en anglais, peut être consultée à l’adresse:

http://www.theatlantic.com/international/archive/2013/06/take-your-portion-a-victim-speaks-out-about-rape-in-syria/276979/