Archives de Catégorie: Réfigués syriens

La manipulation russe autour du retour des réfugiés syriens

En parallèle avec les déclarations répétitives de Poutine pour le retour des réfugiés syriens en Syrie, l’aviation Russe vient de recommencer une offensive militaire contre les civils de la région du nord syrien (Idlib, la campagne de Hama et d’Alep) en soutien à l’aviation d’Assad. Les civils du nord de la Syrie comprennent aujourd’hui, en plus de la population locale, tous ceux qui ont déjà subi un déplacement forcé en Syrie (de Homs, Darayya, al-Ghouta de Damas, Yarmouk, Alep, Deir-Ezzor, etc. et même une partie des réfugiés de la Bekka- Ersal au Liban) suite aux bombardements russo-assadiens, excepté pour ceux de la Bekka qui se sont fait prétendument rapatrier… les civils de cette région du nord comptent aujourd’hui plus de 5 millions dont au moins la moitié sont des déplacés forcés!

11.08.2018 L’hôpital de Mo’arat-Alno’man à Idlib sous les feux de l’aviation militaire
                             (Sources: Mo’arat Media Center)

 

Poutine en Syrie s’était déjà donné le rôle de l’homme de guerre, de garant de paix et de négociateur de paix, aujourd’hui il se présente en bienfaiteur soucieux des réfugiés syriens. Pour les Syriens Poutine n’est qu’un criminel de guerre, occupant de leur pays, soutien fidèle et correcteur d’image d’Assad, le dictateur mafieux et le plus grand criminel de guerre de notre temps. Poutine, tout comme Assad, est un menteur dont les actes sont à l’opposé de ses paroles… Ceux qui se ressemblent s’assemblent…

Dans un article en arabe, Anwar al-Bounni, ancien détenu d’opinion, avocat, activiste pour les droits de l’homme et directeur du centre syrien pour les études et la recherche légales, revient sur ces déclarations récentes de Poutine et analyse les buts recherchés et la faisabilité de ce prétendu retour. FSD a choisi de le traduire en français et de le publier ici.

—————————-

Poutine en Syrie

 

La manipulation russe autour du retour des réfugiés syriens

Anwar al-Bouni

10 août 2018

Article traduit de l’arabe https://www.alaraby.co.uk/opinion/2018/8/9/التلاعب-الروسي-وعودة-اللاجئين-السوريين-1

 

Quel est le but du petit jeu russe qui consiste à soulever maintenant la question du retour des réfugiés syriens  et en lui donnant la priorité? La Russie entend-elle vraiment que les réfugiés retournent en Syrie? 

– Le premier but est d’envoyer un message interne aux Russes, pour les rassurer  et leur dire que le temps de la guerre et des pertes est révolu, qu’il n’ya plus lieu de s’inquiéter de l’augmentation des pertes humaines et matérielles russes dorénavant et que le moment des récoltes est proche. 

– Le deuxième but, c’est de déclarer la victoire et la fin de la guerre, et d’annoncer que les choses ont commencé à se stabiliser, en posant le cadre politique pour la réhabilitation du régime Assad pour diriger la Syrie. 

– Le troisième,  c’est de profiter de la préoccupation des pays accueillant les réfugiés syriens, en particulier des pays voisins, concernant la situation des réfugiés et de la grande pression qu’ils exercent sur leurs sociétés et sur leurs économies respectives, ceci dans le but de les pousser à traiter directement avec le régime syrien. C’est donc un message direct à leur intention pour leur dire de renvoyer les réfugiés en Syrie, où la Russie, le régime Assad et l’Iran assureront leur extermination, résolvant ainsi leurs problèmes liés aux réfugiés pour de bon.

– Le quatrième, c’est de motiver l’Europe, qui se préoccupe fortement de la présence de ces réfugiés sur son territoire, à financer la reconstruction de la Syrie, permettant ainsi aux entreprises russes, qui ont déjà signé des contrats avec le régime syrien, d’en tirer profit et de commencer enfin à récupérer la fortune dépensée militairement en Syrie. 

– Et le but final est de faire en sorte que soit abandonné complètement tout processus qui touche aux négociations, aux règlements de crise ou de modification de la structure du régime. Ceci implique pratiquement l’oubli du processus de Genève et même son annulation totale, mais aussi l’abandon des résolutions internationales émises antérieurement; car la situation du conflit syrien, telle qu’elle est présentée par les Russes, aura été résolue et aura pris fin. Les pourparlers d’ASTANA n’ont eux déjà plus aucun sens, surtout que ce processus est une pure fabrication russe. Les résultats très maigres issus de la dernière réunion confirment d’ailleurs que ces pourparlers n’ont aucune signification ou valeur.

La manipulation russe peut-elle fonctionner? C’est impossible, seul un esprit malade pourrait croire en une telle illusion. Le petit jeu des russes ignore les lois internationales qui interdisent le retour forcé des réfugiés dans leurs pays. Bien que le système des lois internationales se soit effondré complètement et qu’on l’a ignoré entièrement dans le cas du dossier syrien, la négligence du droit international fera des pays qui prennent part à une telle manipulation un partenaire officiel du crime de génocide. Ces pays en porteraient alors le fardeau et pourraient être poursuivis en justice. Le jeu russe passe aussi sous silence la volonté du régime Assad de ne pas permettre  le retour des réfugiés dans les zones sous son contrôle, afin de ne pas être confronté à des problèmes sécuritaires ou économiques.

La position du régime est claire sur la question du retour des réfugiés du Liban, il a imposé l’établissement de listes pour approbation des réfugiés qui souhaitent rentrer et il a refusé le retour d’un grand nombre d’entre eux. D’ailleurs, la Russie n’a pas abordé la question du lieu d’accueil pour leur retour, car de larges régions de la Syrie restent hors du contrôle du régime Assad; Ce sont les zones qui ont eu de grandes vagues d’exode, comme Alep, Raqqa, Deir-Ezzor, Hasaka et d’autres. La Russie a aussi ignoré la destruction étendue des habitations de ces réfugiés, l’absence des services et d’alimentation en eau potable, en électricité et de tout système économique capable de les absorber, en particulier dans les zones lourdement dévastées, comme les faubourgs de Damas, Homs et Alep. Même les réfugiés qui sont dans les camps au Liban ou en Jordanie, pour la plupart d’entre eux, ne souhaitent pas retourner en Syrie pour vivre dans une tente sur les décombres de leurs maisons détruites et sous la menace permanente d’arrestation,  sans aucune assistance, alors qu’en Jordanie, au Liban ou en Turquie ils reçoivent au moins de l’aide humanitaire et profitent d’un peu de liberté, au moins pour exprimer leur opinion, ou essayer de se rendre dans d’autres pays pour demander l’asile; cette possibilité devient invraisemblable en cas de retour en Syrie.

Le jeu russe néglige aussi  la question fondamentale de la sécurité des réfugiés. Comment les réfugiés pourraient-ils accepter de retourner vivre, et vivre en sécurité en Syrie, alors que et le régime sécuritaire continue de contrôler tous les aspects de la vie en Syrie? Les lois protégeant les éléments des services de « sécurité », de l’armée et de la police contre les poursuites pour les crimes qu’ils commettent continuent de s’appliquer, leur permettant de commettre leurs crimes contre les Syriens sans aucun moyen de dissuasion. En même temps, des dizaines de milliers de détenus ont disparu  dans les geôles du régime et on ignore tout de leurs sorts. Récemment, le régime a finalement annoncé que beaucoup parmi eux sont morts en détention en émettant des documents certifiant leur décès ou bien en informant directement leurs parents.

Qui veillera sur la sécurité des Syriens et garantira qu’ils ne sont pas molestés en cas de retour en Syrie? On connaît  le triste sort de tous ceux qui   ont signé les accords de réconciliation avec le régime dans la campagne de Damas et la région de Deraa, et comment ils ont été ensuite maltraités, arrêtés et même tués, dans l’impunité totale, ceci malgré et avec la présence du « garant » russe sur le terrain.

La manipulation russe est complètement transparente. Malheureusement certains Syriens soi-disants opposants au régime, et également certains pays, se laisseront  prendre au jeu, alors que la Russie elle-même, comme tout le monde, sait bien que seule une transition politique complète permettrait un retour effectif et la réinstallation digne des réfugiés syriens dans leur pays. Une telle transition doit oeuvrer pour un changement du régime tyrannique et criminel, pour le jugement des responsables des crimes commis et pour le changement du mécanisme légal actuel qui fait du service de « sécurité » la seule institution qui détient le pouvoir réel assurant ainsi l’impunité des criminels. Aucun retour des réfugiés ne sera possible sans qu’ils ne puissent se sentir en sécurité. Ils ne pourront pas retourner vivre sous le règne de celui qui a tué leurs enfants dans les prisons, sous des barils d’explosifs, les bombardements de l’aviation ou les armes chimiques, et ils ne pourront pas cohabiter avec lui. Ils ne reviendront pas non plus avec pour “garant”un autre meurtrier, un criminel qui a contribué à la mort de leurs enfants et à la destruction de leurs maisons avec les bombardements de son aviation. Les réfugiés ne retourneront pas non plus  vivre sous l’influence de milices sectaires, qui imposent leur idéologie, sunnite ou chiite. Ils ne retourneront pas non plus sous le contrôle d’un projet idéologique chiite qui tente de contrôler la région et de relier l’Iran à la Méditerranée. 

Les réfugiés ne peuvent retourner que pour résister à ces projets et à cette occupation, s’ils en ont la possibilité et l’espace nécessaire. De cela  le régime criminel et ses partenaires les plus criminels, la Russie et l’Iran, en sont certains. Par conséquent, ils sont bien placés pour savoir que leur jeu ne fonctionnera pas et que le retour des réfugiés, dont ils parlent, déclencherait une nouvelle résistance contre eux pour les expulser et les tenir responsables de leurs actes.

Le HCR dévoile des propositions ambitieuses pour une action européenne en faveur des Syriens

Article paru sur le site du HCR le 12 mars 2015

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a envoyé une série de propositions concrètes à l’Union européenne pour gérer les problèmes posés par les milliers de réfugiés et de migrants qui risquent leur vie en tentant de rejoindre l’Europe chaque année.

Ces propositions, faites par le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres dans une lettre à l’Union européenne, font partie de l’Initiative du HCR pour la mer Méditerranée centrale (CMSI) qui vise à encourager un large débat entre la Commission européenne, les Etats européens et d’autres parties prenantes concernées pour répondre aux problèmes de la migration mixte en mer Méditerranée et pour sauver des vies.

« Nous proposons à l’Union européenne et aux pays d’Europe un certain nombre de solutions audacieuses et novatrices afin de relever les défis de la migration mixte en mer Méditerranée et de réduire les pertes en vies humaines en mer », a déclaré Vincent Cochetel, directeur du HCR pour l’Europe.

Cette année, environ 470 personnes ont déjà trouvé la mort ou sont portées disparues en mer Méditerranée, contre 15 à la même période l’année dernière.

« Prolonger encore le statu quo n’est pas une option », a averti Vincent Cochetel, « l’inaction pour répondre à ces problèmes est synonyme d’encore davantage de pertes en vies humaines. »

Les nouvelles propositions du HCR comprennent l’établissement d’une opération européenne robuste pour la recherche et le sauvetage en mer Méditerranée, une opération similaire à l’opération italienne Mare Nostrum qui a pris fin l’année dernière. Il y a également la mise en place d’un système européen visant à verser des compensations aux compagnies maritimes pour les pertes subies pendant le sauvetage de personnes en détresse en mer.

Le HCR exhorte également l’Union européenne à explorer des solutions pour répondre aux problèmes une fois que les réfugiés arrivent en Europe, afin de leur assurer un soutien suffisant et d’éviter à quelques pays de devoir en assumer seuls la responsabilité principale.

Actuellement, la plupart des personnes en quête de sécurité en Europe arrivent dans quelques Etats à la frontière extérieure de l’UE. Parallèlement, un petit nombre de pays, principalement l’Allemagne et la Suède, reçoivent la majorité des demandes d’asile. Pour remédier à ce déséquilibre, une solidarité intra-européenne est nécessaire. Des pays comme l’Italie et la Grèce devraient bénéficier d’un appui pour accueillir les demandeurs d’asile et examiner leurs demandes d’asile. De plus, le HCR propose un projet pilote pour le transfert des réfugiés syriens, secourus en mer en Grèce et en Italie, vers différents pays de l’Europe. Ce projet pilote est basé sur un système de répartition équitable.

Actuellement, l’Allemagne et la Suède à elles seules ont reçu environ 56 pour cent de toutes les demandes d’asile de la part de Syriens depuis le début du conflit. Ce projet pilote vise à mieux répartir les Syriens reconnus en tant que réfugiés parmi tous les pays de l’UE et à contribuer également à réduire le risque de traite et d’exploitation lié aux mouvements secondaires actuels au sein de l’UE.

Pour les demandeurs d’asile, la règlementation Dublin, qui définit la responsabilité de l’Etat pour l’examen des demandes d’asile, devrait être pleinement mise en œuvre, y compris en utilisant tous les outils disponibles, comme le regroupement familial, les enfants non accompagnés et le recours au pouvoir discrétionnaire dans certains cas de liens familiaux plus éloignés ou d’autres besoins. Ces outils ont été conçus par les Etats de l’UE et devraient être utilisés efficacement.

Le conflit en Syrie entre dans sa cinquième année avec près de quatre millions de réfugiés, principalement dans les pays voisins et il est impératif d’accroître les possibilités juridiques pour que les réfugiés syriens puissent trouver une protection en Europe. Le HCR appelle les pays européens à s’engager davantage pour accueillir des réfugiés dans le cadre de programmes de réinstallation durables et à intensifier leurs efforts afin d’accroître les possibilités pour d’autres formes d’admission, afin que les personnes en quête de sécurité puissent la trouver en Europe sans devoir recourir à des passeurs et à des mouvements irréguliers dangereux.

Davantage de possibilités en termes de réinstallation et d’autres alternatives sont nécessaires, comme l’utilisation du parrainage privé, de visas humanitaires et de visas étudiants ou de travail. Le HCR est prêt à étudier les conditions pour étendre les programmes de réinstallation et d’autres formes d’admission dans des pays de l’UE.

« La rhétorique anti-étranger se répand à travers toute l’Europe. Il est donc important de nous souvenir que les réfugiés fuient la guerre et la violence comme en Syrie par exemple. Nous devons reconnaître les contributions positives qu’eux et leurs familles apportent à la société dans laquelle ils vivent et qu’ils honorent également les valeurs fondamentales européennes : protéger des vies humaines et les droits humains ainsi que promouvoir la tolérance et la diversité », a déclaré Vincent Cochetel. « La proposition du HCR comprend également des efforts visant à assurer que des programmes robustes pour le soutien à l’intégration nationale soient développés, et que les réfugiés reçoivent l’aide dont ils ont besoin pour contribuer à nos sociétés. »

Un 4e Noël sanglant pour les enfants syriens

Le 18 mars 2011, les enfants syriens de Daraa ont été l’étincelle de la révolution syrienne, née suite à la torture d’une quinzaine d’écoliers par les services de renseignements. Aujourd’hui, après 4 ans d’une guerre impitoyable qu’ Assad mène contre sa population, les enfants syriens paient un prix exorbitant pour la liberté qu’ils ont revendiqué:

9’500 enfants en détention

17’267 enfants morts

95 enfants morts sous la torture

518 enfants tués par des snipers

128 enfants gazés le 20 août 2013

5’000’000 d’enfants réfugiés et déplacés internes

En cette période de Noël qui chérit les enfants en Europe, un rassemblement est organisé à Paris le 20 décembre en hommage aux enfants morts en Syrie et en solidarité avec la souffrance que font subir le régime syrien et l’Etat Islamique (Daech) aux enfants syriens; mais également pour rappeler que l’impunité de tous ceux qui ont perpétré des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre en Syrie depuis 2011 serait une honte pour l’humanité et pour chacun d’entre-nous.

10849847_589522111180808_4279914081761894933_n

FemmeS pour la Démocratie se déclare solidaire des enfants syriens et se joint aux organisateurs du rassemblement de Paris pour demander que le dossier syrien soit enfin traduit devant le TPI. C’est une étape obligatoire pour permettre enfin aux syriens de mettre fin au terrorisme d’Etat d’Assad et à celui des organisations terroristes comme Daech pour acheminer leur pays vers une démocratie multi- confessionnelle et multi- ethnique basée sur la citoyenneté de tous les Syriens.

En cette période de fêtes nous appelons également à votre solidarité en faveur de l’éducation des enfants syriens qui en ont été privés suite à l’exode forcé de la population d’un coté, aux sièges de différentes régions en Syrie et aux bombardements d’une grande partie des établissements scolaires et des quartiers résidentiels dans les régions de protestations par le régime, et à l’oppression de Daech dans d’autres régions.

La somme intégrale de vos donations sera distribuée à des projets pour les enfants syriens au Moyen-Orient, ceci dans certains des multiples endroits qui ne sont toujours pas desservis par les organisations internationales et qui dépendent des donations privées.

 Pour vos dons:

FemmeD pour la Démocratie ,  Help Syrians

Merci de tout cœur !

FSD

—————–

A cette occasion FSD publie ici ce poème de Racha Lotfi:

REFUGIÉ

Tu portes l’infortune sur tes frêles épaules,

Le désarroi sordide de l’espace, du temps,

Le tronc recourbé comme s’épancherait un saule

Vers les plis de la terre, l’eau claire des étangs…

Tu as quinze ans à peine et déjà apatride

Exilé, esseulé, l’âme dénaturée

Quinze ans et sur ton front délinéé les rides

Creusent quelques rainures fines, prématurées

Le soleil et l’exode déposent sur ta peau

Leurs cruelles empreintes, leurs féroces stigmates

Et pour contrer l’hiver comment ces oripeaux

T’épargneront du froid aux morsures ingrates ?

Ainsi sous une tente désormais tu habites

Les aléas du sort ont brisé l’avenir

Tant d’autres ont péri soudain de mort subite

Par le brasier, les bombes, tu les vis agonir

Pour garder la vie sauve il a ainsi fallut

S’enfuir au loin s’enfuir pour trouver le salut …

Alors, les yeux mi-clos tu donnes libre cours

Aux rêves d’évasion, à l’évasion des rêves,

Pour tristement penser à ton premier amour

Et ta mémoire aspire au répit, à la trêve

A la jolie voisine sur le balcon d’en face

Aux regards échangés, aux sourires volés

Aux heures interminables au sortir de la classe

Pour cueillir un instant son parfum envolé

Où peut-elle bien être ?

Gisant sous les décombres ?

Inhumée sans sépulcre comme ton père disparu ?

Ou peut-être vivante et se terrant dans l’ombre

Sur les chemins perdus en hâte parcourus

Un jour tu reviendras fier et droit comme un chêne

Le front auréolé de gloire, de serments

Fils d’un peuple captif qui a brisé ses chaînes

Pour semer à nouveau de la vie le ferment

Rebâtir nos maisons, nos quartiers et nos villes

Anéantis par la géhenne tombant du ciel

Du tyran de ses sbires sanguinaires serviles

Et replanter des fleurs et récolter le miel

Le miel et la douceur et l’amour en partage

Légués par cette terre au doux nom caressant

Elle nous aura donné l’orgueil en héritage

Mais nos larmes auront toujours le goût du sang

Un jour vers la patrie, tu reviendras, petit

Comme se blottit l’enfant au giron de sa mère

Et s’endort bienheureux d’espérances nanti

                                                   Dans l’odeur du jasmin et des oranges amères.

Une semaine au Liban, parmi les Syriens

Beyrouth

Ma récente visite au Liban a commencé par une brève visite de deux jours à Beyrouth. A cette occasion j’ai pu rencontrer des amis autour d’un souper sur la terrasse d’un restaurant à al-Hamra. A la fin du repas, tout le monde est parti et alors que j’attendais la facture deux fillettes de 13 ans environ sont passées à côté de notre table sur la terrasse. Elles se sont arrêtées en me disant « stp ma tante on meurt de faim, pourrions nous manger les restes ? ». Comme de coutumes, il y a toujours des restes lors d’un repas syrien partagé. Surprise par la question, je me suis empressée de les inviter: « asseyez-vous et mangez ». L’une d’elles avait l’air vraiment affamée et l’autre était sur la retenue. Je leur ai demandé d’où elles venaient, elles ont répondu de Damas en Syrie. Toutes les deux étaient vêtues de vêtements propres et donnaient l’impression de faire partie de la classe moyenne syrienne. Je n’ai pas caché mon inquiétude de les voir tard la nuit et seules à al-Hamra. Elles m’ont expliqué qu’elles ne pourraient pas rentrer avant d’avoir récolté 10’000 livres (environ 6.50 USD) chacune comme contribution au loyer. A la table voisine deux hommes ont commandé des frites et des boissons sucrées pour les deux fillettes, ce qui m’a d’autant plus inquiétée. Mille questions traversaient mon esprit et je n’osais plus quitter la table avant de les voir prendre leurs frites et déguerpir sans contrepartie à cette offre. L’une d’elles m’a dit : « Tu peux rentrer ma tante… Tu n’y peux rien. C’est notre vie à présent. Que pourrais-tu y faire ?  On doit rester encore un moment à al-Hamra». Quelle désillusion et quelle souffrance !

Finalement elles ont quitté la table et elles ont rejoint un garçon de dix ans environ qui vendait quelques colliers de jasmin, sans doute syrien lui aussi.

La Bekaa

J’ai pris le transport public pour me rendre dans la région de la Bekaa. Quelques barrages de sécurité nous ont ralentis sur la route mais sans vérification systématique des identités ni des bagages. A l’arrivée, j’ai visité le centre d’une organisation qui a pour objectif de faire une étude de terrain relative à la situation des réfugiés syriens et de leur apporter l’aide nécessaire. Selon les données récoltées la majorité des réfugiés syriens auraient perdu tous leurs biens (destruction totale de leurs habitations, véhicules, champs, etc.) et la majorité de leurs enfants n’auraient jamais suivi une éducation scolaire ou bien celle-ci a été complètement interrompue. Lors de cette visite j’ai entendu les préoccupations des travailleurs du centre concernant l’augmentation de la violence familiale, surtout contre les enfants. Je n’ai pas été surprise, car lorsque les besoins de base de l’être humain ne sont pas satisfaits on ne doit pas s’attendre à ce qu’il soit patient avec ses enfants. Quand tous ces besoins manquent (alimentation, habitation, sécurité, survie, dignité, liens familiaux, rêve d’un futur, etc.) les Syriens sont envahis par toutes sortes de sentiments négatifs.

En sortant du centre j’ai pu faire un tour en voiture dans la région et j’ai pu voir les camps de réfugiés syriens parsemés un peu partout dans les environs. Parmi les réfugiés qui trouvent un abri dans ces camps certains sont formés, d’autres étaient étudiants à l’université. La vie au Liban est extrêmement chère et la présence d’un grand nombre de réfugiés syriens a fait exploser les prix. Par exemple: le loyer mensuel d’une chambre dans un très mauvais état avec une salle de bain que l’on n’accepterait pas dans des circonstances normales est de 200 USD. Mais encore, le loyer de l’emplacement d’une tente 5×4 m (20m2) est de 60 USD par mois ! En effet, l’augmentation de la demande laisse la porte ouverte à toutes sortes d’exploitations de la misère syrienne. Le propriétaire d’un terrain qui avait accepté de louer l’emplacement d’un camp de huit mobile-homes pour mille USD par an la première année, demande aujourd’hui six fois plus pour le loyer de la 2e année, laissant les familles dans la crainte de se retrouver à nouveau sans abri. J’ai pu rencontrer l’intermédiaire du propriétaire, Cheikh A., et discuter avec lui de ces familles et de leur crainte. Il m’a confirmé que c’était bien la réalité. Toutefois, il nous a promis de tout faire pour trouver des donateurs qui pourraient prendre en charge ces frais. J’ai également rencontré les réfugiés qui vivaient cette situation et j’ai entendu leur souffrance. Ils disaient avoir quitté leurs villes ou quartiers en pensant partir pour une courte durée mais les mois passent sans qu’ils puissent retourner chez eux. Certains avaient fui al-Qousseir pour Yabroud en juin 2013, par la suite ils ont dû vivre l’exode une 2e fois lorsque Yabroud a été ciblée par Assad, pour se retrouver dans un camp à la Bekaa. Les hommes de ce camp nous ont dit que c’est la peur que leurs filles subissent la violence sexuelle qui les a poussés à quitter la Syrie. Ils ont tout laissé derrière eux: maisons, champs, bijoux et argent et des fois même leurs cartes d’identité. Ces hommes avaient les larmes aux yeux en m’expliquant ce qu’ils ont dû vivre mais aussi leur désarroi de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Les femmes de Daraya nous ont raconté l’horreur dont elles avaient été témoins avant de fuir, les bébés tués par les Shabbiha en leur tordant le cou ou alors en leur écartant les jambes pour déchirer leurs corps en deux parties ! De tels récits j’en avais lu les témoignages, mais de voir ces gens en face de moi avec tout leur bagage d’horreur est bien plus éprouvant.

Les réfugiés syriens au Liban inscrits auprès du UNHCR reçoivent 1 Dollar US par personne et par jour comme aide de cette organisation. L’une de ces femmes m’a informé que cette année plusieurs familles s’étaient trouvées privées de cette aide minimale à cause du manque de moyens ! (Le UNHCR ne dispose actuellement que de 22% des fonds nécessaires pour répondre à la crise syrienne).

J’ai également visité un camp dont les tentes sont montées entre deux champs cultivés. Il semble que le propriétaire n’autorise que les familles qui ont des filles à y installer leurs tentes. Il engage par la suite les filles et femmes pour travailler dans les champs à un tarif réduit. Plus généralement, les femmes syriennes réfugiées au Liban semblent trouver beaucoup plus facilement un travail que les hommes (ménage, préparation des légumes avant leur conditionnement, dans les champs, dans l’enseignement pour les enfants, etc.). Un père de famille nous a raconté sa souffrance en Syrie, qui l’a poussé à sortir sa famille du pays, puis ici. Il vient d’un village du nord de Hama qui était bombardé par le régime toutes les nuits dès 23h00.

Camp de réfugiés syriens entre deux champs, La-Bekaa

Camp de réfugiés syriens entre deux champs, La-Bekaa

Ma rencontre avec des activistes pour le soutien psychologique :

Lors de ma visite et d’une formation à l’attention de ces activistes, j’ai rencontré des syriens qui ont fui la Syrie seuls ou en famille. J’ai entendu la douleur des Syriens de se sentir loin des leurs; leurs familles sont éparpillées à travers le monde. Dans ces circonstances douloureuses les liens familiaux absents sont souvent remplacés par des liens d’amitiés aussi forts que ceux de la famille. Ces Syriennes et Syriens musulmans pratiquants montrent une grande ouverture à l’autre. Ils communiquent et partagent leurs opinions et parfois des rires entre hommes et femmes bien qu’avec une certaine pudeur. Un jeune homme a par exemple rencontré deux femmes qui remplacent pour lui ses sœurs et inversement. Tous sont contents d’avoir enfin pu construire des relations avec d’autres syriens grâce à la révolution… l’un d’eux remercie même Bachar pour avoir poussé les Syriens à découvrir ces nouveaux liens.

Les associations syriennes pour l’aide sociale, psychologique et les soutiens en tous genres sont nombreuses. Les syriens et syriennes formés y trouvent parfois un emploi même si le salaire reste très modeste et couvre bien souvent à peine leur loyer. Ils y trouvent une activité qui leur permet d’apporter une aide aux autres syriens ! Le plus pénible pour tous les réfugiés syriens reste cependant l’absence de perspectives d’avenir !

 A. Q.