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Le Régime Assad C’est ça: 9

« … 495 civils ont été tués, dont 264 dans le village d’Al-Baida et 195 à Ras Al-Nabea à Banias… » ( le 2 mai 2013).

Dès le début des manifestations pacifiques en Syrie en mars 2011, le régime syrien a systématiquement utilisé le tir à balles réelles sur les manifestants pacifiques. Les Syriens se sont alors mis à documenter les morts par balle individuellement. Dès 2012, le régime Assad a commencé à commettre des massacres collectifs à caractère ethnique dans les régions de protestations massives. La documentation de ces massacres a alors commencé comme ce fût le cas pour celui d’ al-Baida, après les massacres à Homs et ses environs, à Hama-campagne, à Darayya, à Douma et ailleurs. Ensuite, d’autres massacres ont continué à être perpétrés par le régime dictatorial à al-Ghouta de Damas et à Alep. Demain ce sera le tour d’Idlib et le silence de la communauté internationale  reste toujours le même!

Sarah 12 ans, survivante du massacre d’al-Baida, a été interviewée par Channel4 news en septembre 2013.

A l’occasion du 6e anniversaire de ce massacre dans le gouvernorat de Tartous, FSD a choisi de traduire le paragraphe (pages 1 et 2) du rapport du RSDH (Réseau Syrien des Droits de l’Homme) qui décrit et documente ce crime:


Rapport du RSDH du mai 2013: « Nouveau massacre de nettoyage ethnique du village d’al-Baida dans le gouvernorat de Tartous »

Détails du massacre

Dans le cadre d’un nettoyage ethnique effectué dans le gouvernorat de Tartous, les forces gouvernementales soutenues par les Shabiha ont commis un massacre infâme le 2 mai 2013, considéré comme l’un des massacres les plus brutaux commis depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Selon le RSDH (Réseau Syrien des Droits de l’Homme), ce jour là, 495 civils ont été tués, dont 264 dans le village d’Al Baida et 195 à Ras Al Nabea à Banias.

Suite à ces deux tueries, les forces d’oppression ont adopté une politique systématique visant à déplacer les résidents d’Al Baida et de Ras Al Nabea à Banias par les moyens suivants:

  • Piller chaque maison de tout son contenu. Des dizaines de résidents nous ont informés que leurs maisons avaient été pillées et qu’ils ont vu des camions chargés de meubles et de machines électriques. 
  • Saccager et détruire les maisons. Le citoyen Abu Mohammad de Ras Al Nabea nous a informés que «les milices sectaires ont saccagé sa maison et des dizaines d’autres maisons dans le quartier et  en ont cassé les murs. Les milices ont tiré des coups de feu sur tout ce qui était difficile à emporter tel qu’un climatiseur mural, un réfrigérateur encastré dans un mur ou un placard « , l’ONU peut facilement le constater grâce aux images satellites.
  • Mener une vaste campagne d’arrestations visant à arrêter de nombreuses familles du quartier de Ras Al Nabea et du village d’Al Baida.
  • Commettre des massacres comme celui du 21 juillet 2013. Nous affirmons qu’il s’agissait d’un plan systématique et ces incidents allaient se reproduire, vu le terrible silence international, que  le dictateur allait considérer comme un feu vert.

Samedi 20 juillet 2013, un groupe de Shabiha a encerclé un bâtiment habité par de jeunes hommes du village d’Al Baida qui avaient décidé de rester au village après le massacre de mai et qui auraient été sous surveillance des services de renseignements du régime syrien. Au moment du repas, au coucher du soleil (rupture du jeûne), les services de renseignements et les Shabiha ont tenté de pénétrer dans le bâtiment et un échange coups de feu a commencé entre eux et les jeunes hommes encerclés dans le bâtiment. Deux des jeunes hommes ont été tués et plusieurs autres blessés pendant l’attaque.

Le lendemain matin, dimanche 21 juillet 2013, vers 6 h 30, les Shabiha et ce qu’on appelle «l’armée de la défense nationale» (milice paramilitaire) ont attaqué le village d’Al Baida et sont allés directement chez le citoyen Oussama Fatouh et ils l’ont tué de sang froid, puis ils ont brûlé sa femme et ses enfants. Les images montrent les corps des enfants brûlés dans cet horrible crime qui relève du nettoyage ethnique.

Les Shabiha se sont également rendus sur le terrain agricole d’ Al Baida appartenant à l’Imam de la mosquée Al Qarir, Cheikh Osama Tawfeeq Al Asser né en 1965, et ils l’ont exécuté avec une balle dans la tête.

Le SNHR a documenté la mort de 14 civils, en plus des 2 morts pendant l’attaque, parmi eux 6 enfants et 4 femmes (voir les noms des victimes dans le rapport en anglais, en page 2).

Le Régime Assad C’est ça: 6

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher.» dit Rafida.

Une fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Film documentaire du site Zaman Alwasl, .

Traduit de l’arabe par FSD.

Les arrestations arbitraires: (timing 0:00 – 3:39)

Début 2011, lorsque les Syrien.ne.s sont sorti.e.s dans les rues pour manifester pacifiquement et réclamer des réformes démocratiques, les autorités ont répliqué par la force et par une répression constamment croissante, avec des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et la torture. Selon le Réseau Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme (REMDH) des milliers de femmes ont alors été arrêtées et beaucoup parmi elles se trouvent aujourd’hui encore en détention.

Selon le REMDH, le niveau de ciblage des femmes en Syrie a atteint l’un des pires niveaux dans le monde.

Aïcha: « Nous avons vu toutes sortes d’injustices et ce que nous n’avons pas vu de nos yeux nous l’avons entendu avec nos oreilles ».

Soua’ad: « Lorsqu’il m’a enfermée et qu’ il est sorti j’ai senti que c’était la fin. C’est à partir de ce moment que la souffrance a commencé. »

En mars 2011, le premier cri pour la liberté a mis fin à la peur des Syriennes et des Syriens. C’était le cri de tous, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Les femmes syriennes étaient présentes dès la première manifestation pacifique et dans les premières arrestations. En mars 2011, les gens sont sortis dans les rues pour dire leurs revendications suite à des années d’oppression et d’injustice. Ils ont réclamé la liberté, une vie digne et la justice sociale. La révolution a été celle de tous les syriens sans exception, mais les balles réelles n’ont épargné personne. Parmi les martyrs des manifestations pacifiques il y avait des hommes, des femmes et des enfants. Les arrestations n’ont épargné personne non plus. 

Aïcha: « Notre maison a été attaquée par tous les côtés, par des milices, et des hommes armés sont alors entrés dans notre maison. »

Mariam: « Ils sont entrés et ils m’ont immobilisée. Mes enfants qui mangeaient ont lancé leurs assiettes pour essayer de me venir en aide. Ils nous ont tous fait entrer de force dans une voiture et mes enfants n’arrêtaient pas de crier de peur. »

Lola: « Ils m’ont emmenée à la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air et m’ont fait descendre dans le sous-sol les bras menottés. Ils m’ont poussée vers la salle de bain pour me fouiller.»

Les campagnes d’arrestation étaient arbitraires, une forme de punition collective, pour terroriser la population. La plupart des femmes détenues n’avaient même pas pris part aux manifestations régulièrement et n’étaient même pas des activistes de la révolution. Le régime les arrêtait parce qu’elles résidaient dans des régions de protestation ou bien pour mettre la pression sur leurs familles. Ensuite la situation a évolué et les femmes se faisaient arrêter juste pour être échangées plus tard lors des accords d’échange de prisonniers.

Fenêtre sur la souffrance des femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Témoignages, 1ère partie

Témoignage de l’ancienne détenue Sou’ad

Sou’ad, femme d’intérieur, mère et grand-mère, blessée lors du bombardement mené par les forces du régime Assad dans sa région; elle a dû être évacuée vers l’hôpital al-Moujtahed (hôpital public à Damas) en compagnie de ses deux filles. Mises en détention ensemble toutes les trois, en attente et en réserve, sans raison et sans accusation aucune, leur détention durera environ deux ans. Après leur détention à l’hôpital public elles sont passées par la branche des Moukhabarat al-Khatib, puis par la prison de Aadra.

Femme d’intérieur, mère et grand-mère. Elle a été arrêtée suite à ses blessures et son évacuation vars un hôpital public à Damas.

L’injustice:

« Au début des événements j’étais même contre le soulèvement, je ne voulais pas que notre pays en subisse les conséquences. J’entendais dire que des femmes et des filles étaient arrêtées mais je ne le croyais pas. Une fois que je me suis retrouvée moi-même en détention et en voyant la quantité de détenues dans les prisons, il m’a semblé qu’ils arrêtaient tout le monde. »

« après avoir été touchée par une rocket  je suis restée partiellement paralysée,  j’ai été blessée au visage, j’ai eu les dents cassées et tout mon corps a été lacéré,  je ne savais plus ce qui se passait. Si j’avais su que j’allais être évacuée vers un hôpital de Damas je ne l’aurais jamais accepté, pour ne pas mettre mes filles en danger. Et voilà , nous avons passé deux ans en détention, sans aucune raison. ».

« Ce que nous avons vécu en détention ce n’est rien par rapport à la torture que subissaient les hommes. Moi je pleurais et je priais pour eux tellement ils se faisaient tabasser et torturer, sans parler des humiliations qu’ils subissaient. En détention on subit tous et de toute façon la torture psychologique. Ils ne savent pas ce qu’est l’humanité. Pouvez-vous croire qu’un médecin là-bas passe parmi les détenus en donnant un coup de pied à certains et en injuriant d’autres? Elle est où l’humanité? Si on est très malade là-bas et qu’on demande juste un calmant, on n’est pas certain du tout de l’obtenir. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« En arrivant à al-Khatib on nous a dit qu’il n’était pas possible de nous laisser partir avant de savoir quelle branche des Moukhabarat nous recherchait, mais que de toute façon ce serait le jour-même de notre arrivée ou bien le lendemain. Moi, j’étais en détention et je ne pouvais ni me lever ni marcher, on me portait. On est resté huit mois à la branche al-Khatib. Je vivais là-bas à même le sol, sans même une petite couverture sous moi. »

Otage et monnaie d’échange:

« Nous avons été retenues en tant qu’otages. Personne ne venait ouvrir la porte de la cellule pour nous voir. C’était trop dur, nous étions 19 femmes dans une cellule de 2x2m. On ne pouvait pas s’allonger sur le dos par manque d’espace. Nous dormions serrées sur le côté, tête collée aux pieds de la voisine. Moi qui étais paralysée j’ai eu plein d’escarres sur le dos et les hanches. Dieu seul sait le niveau de notre souffrance. »

« Un jour, pendant ma détention, ils ont fait une descente dans l’une des villes de la Ghouta et ils ont arrêté beaucoup de femmes avec leurs enfants, et ils les ont tous emmenés à la branche al-Khatib. Deux jours après ils ont enlevés les enfants à leurs mères et ils les ont envoyés à l’orphelinat. »

La prison d’ Adra:

« Environ huit mois plus tard, nous avons enfin quitté cet endroit en pensant qu’on allait rentrer chez nous. Nous avons été emmenées à Kafr-Sousseh pour une nuit et ensuite on nous a transférées à la prison de Aadra. »

« Alors que j’étais en situation sanitaire difficile, j’avais de multiples escarres dans le dos et sur les hanches, j’ai été appelée à comparaître devant le juge du tribunal contre le terrorisme. Au lieu de recevoir un peu d’empathie de la part du juge il a ordonné mon arrestation! Je ne pouvais même pas me déplacer, alors j’ai été emmenée dans une couverture portée par 4 femmes. Le juge a été obligé de descendre les escaliers pour me voir et me communiquer sa décision à mon sujet.».

Le coût de la liberté:

« Ma fille, qui s’est faite arrêter en même temps que sa soeur et moi-même, avait un enfant qui était resté alors avec son père. Ce dernier s’est fait arrêter lui aussi plus tard et leur fils a alors dû aller habiter avec sa tante pendant deux ans. Ma fille et son mari sont restés séparés trois ans à cause de leurs détentions. Qu’ont-ils fait pour subir une telle injustice? Mon autre fille, qui était étudiante universitaire et qui travaillait comme enseignante n’avait même pas participé aux manifestations, son mari a demandé le divorce suite à son arrestation. »

 

Témoignage de l’ancienne détenue Rafida, fille de Sou’ad:

Rafida, enseignante, mariée et mère de deux enfants. Elle s’est faite arrêter avec sa soeur et sa mère Sou’ad lors de l’évacuation de sa mère suite à une grave blessure et son transfert à l’hôpital public à Damas. Arrêtée sans aucune raison on ne lui a signifié aucune accusation. Elle a passé deux ans en prison. Après sa détention à l’hôpital public elle est passée par la branche al-Khatib et ensuite par la prison de Aadra.

Rafida, Enseignante et mère de deux enfants. Arrêtée lors de l’hospitalisation de sa mère à Damas.

L’injustice

« A notre arrivée à l’hôpital on a emmené ma mère aux soins intensifs. Ma soeur et moi avons été enfermées dans une chambre de l’hôpital. Lorsque j’ai demandé la raison de notre mise en détention on m’a répondu que ce sont les ordres reçus nous concernant. »

A la prison de la branche al-Khatib:

« J’ai passé 11 mois en détention à l’hôpital public al-Moujtahed sans aucune raison. Ma mère qui était paralysée des jambes suite à sa blessure lors d’un bombardement et qui avait été d’abord placée aux soins intensifs , n’a bénéficié d’aucun soin ensuite et elle a été empêchée d’avoir une physiothérapie pour améliorer sa condition de paralysie partielle. Suite à ça, elle ne pouvait plus du tout marcher. Nous avons ensuite été transférées, avec ma soeur et ma mère, à la branche al-Khatib. Tout le monde a été surpris de voir une femme paralysée arriver là-bas. »

Otage et monnaie d’échange:

« Cinq jours après notre arrivée, J’ai été appelée pour interrogatoire. Pendant l’interrogatoire, qui a été mené pour la forme, les questions concernaient ma famille, mes frères et mes cousins mais aucune question ne me concernait moi-même. Aucune accusation ne m’a été signifiée personnellement, ni à moi ni à ma soeur. Nous avons passé un mois dans une cellule collective. On voyait d’autres femmes sortir et nous on était toujours là. Ensuite, nous avons été transférées dans une autre cellule, car des femmes de la Ghouta venaient d’arriver avec leurs enfants. Les enfants ont été envoyés à l’orphelinat, quant à leurs mères elles ont été mises en cellule collective avec nous, dans le cadre du même dossier relatif aux négociations et aux échanges de prisonniers. »

« On n’avait aucune nouvelle de ce qui se passait à l’extérieur. Notre cellule était dans les sous-sols. Les autres femmes dans notre cellule étaient toutes détenues à cause d’un frère recherché, d’un mari ou d’un membre de la parenté au sens large, mais aucune de ces femmes n’était sous le coup d’une accusation la concernant personnellement. La plus âgée parmi nous avait 60 ans, ensuite c’était ma mère, qui était paralysée. »

La prison de Aadra:

« Nous sommes arrivées à la prison de Aadra et la situation s’est améliorée un peu car ma mère pouvait y dormir sur un lit. On a pu lui procurer un matelas gonflable et elle a obtenu un peu de soins pour les escarres. Douze jours plus tard, nous avons eu une audience devant le juge, avec toutes les autres femmes otages qui partageaient avec nous la même cellule au siège de la branche al-Khatib, car nous faisions partie du même dossier. Le juge m’a demandé où se trouvait une personne dont le nom figurait dans mon interrogatoire. J’ai répondu que je ne le savais pas. Il a lu ce que j’avais donné comme information comme quoi cette personne avait quitté le pays depuis cinq ans et que je n’ai plus aucun contact avec elle. J’ai confirmé mes dires. Il m’a annoncé alors qu’il ordonnait mon arrestation. J’ai demandé si j’avais commis moi-même une faute, il me répondit par la négative, mais que je devais être arrêtée tout de même» 

Le coût de la liberté:

« Lorsque j’ai été libérée, mon fils de 8 ans ne m’a pas reconnue. A mon arrestation il avait 6 ans. Pendant mes deux ans de détention, mes enfants et moi ne nous sommes jamais vus. Alors que moi j’attendais impatiemment ce moment de retrouvailles, mon fils s’est éloigné de moi comme si je n’étais plus personne pour lui, il ne manifestait plus aucun sentiment ce qui m’a fait énormément de peine. »

« Lorsqu’une détenue sort de la prison, elle va être replongée directement dans la société, alors qu’elle aurait besoin d’aide, spécialement sur le plan psychologique. En prison on ne pense qu’au jour de la libération à venir, mais une fois dehors on doit faire face à d’autres sortes de problèmes liés à la détention, et à sa non-acceptation par la société. »

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Otages et monnaie d’échange

Voir la 2e partie des témoignages

Postface de l’Editeur:

« La détention est une pratique systématiquement exercée par le régime Assad. Ceci est particulièrement vrai pour la détention des femmes qui devient une arme multi-facettes. Terroriser la détenue et oeuvrer à sa destruction, humilier sa famille, se venger de son entourage opposant au régime et le plus important c’est de confisquer l’avenir de la détenue. »

« La société syrienne porte un regard de doute et accusateur envers les anciennes détenues. Ceci est lié aux allégations, souvent propagées par le régime lui-même, relatives au viol et autres crimes horribles commis par ses officiers dans les geôles du régime. »

« Il est certain que l’agression et le viol physique ne touche pas toutes les détenues, par contre elles ont toutes subi la violence psychique qui laisse des traces durant la vie toute entière. Et, plus difficile, la sortie de la prison après la détention n’est pas toujours synonyme  de liberté. »

Le Régime Assad c’est ça: 5

15.01.2013: massacre sectaire à al-Haswiya commis par les forces du régime syrien

Résumé et témoignages traduits par FSD d’après le rapport complet* publié en anglais et en arabe par le Réseau Syrien des Droits de l’Homme RSDH en mai 2018, pages 4-9 :

 

Résumé

Le village d’al-Haswiya, situé à 5 km au nord de Homs, comptait 5’000 habitants au début de la révolution. Suite à la répression armée du soulèvement populaire à Homs, le village a accueilli des centaines de personnes déplacées internes de la vieille ville de Homs et du quartier al-Waer. Bien que ce village fasse partie des régions de Homs sympathisantes du soulèvement, il était resté à l’écart de l’opposition armée et des combats. Al-Haswiya a pourtant été le théâtre d’un massacre collectif à caractère sectaire perpétré par les forces du régime syrien et ses milices, entraînant la mort d’au moins 108 civils de la communauté musulmane sunnite, dont 25 enfants et 17 femmes (108 cas sont documentés).

Témoignages

Samira, une institutrice du village, dit: « Le jour du massacre, nous avons entendu parler d’activités militaires dans les environs. Craignant d’être arrêtés, mon père et mes frères se sont dirigés vers les champs, car ils étaient connus pour leur opposition au régime syrien depuis le début de la révolution. En dépit des activités militaires, j’ai décidé de me rendre à l’école du village où je travaille et j’ai vu des chars, des véhicules militaires et des combattants. Certains combattants portaient des drapeaux sur lesquels était écrit: «O Hussein**» et d’autres étaient affiliés à la Garde Nationale. Je pouvais distinguer certains de leurs dialectes. Certains d’entre eux parlaient en persan. ».

Elle ajoute: « Les soldats sont entrés dans l’école et l’ont inspectée. Ensuite, ils nous ont encerclés. Nous avons alors entendu des tirs intermittents et nous avons remarqué des incendies et de la fumée qui montait. C’était vers 11h00. Après, j’ai appelé mes frères. J’ai pu entendre le son des balles et c’était proche d’eux. ».

«Vers 14 heures, nous avons été autorisés à quitter l’école. Je suis rentrée chez moi. Sur le chemin, j’ai entendu des gens crier et pleurer. J’ai vu le cadavre d’une femme enceinte avec son fils. Son fils était l’un de mes élèves à l’école. Les deux cadavres étaient défigurés et avaient été jetés au milieu de la rue. Le cadavre de l’enfant n’avait plus d’yeux. Cette femme était venue dans notre école et elle avait insisté pour ramener son fils à la maison. Elle l’a mené à la mort». Samira a déclaré avoir vu des cadavres suspendus à des arbres et avoir vu des têtes décapitées, des enfants de moins de 20 ans. Elle a ajouté avoir vu plusieurs maisons dont les bosquets avaient été brûlés: «Je suis arrivée à notre ferme. Tout avait brûlé. Les cadavres de ma mère, de mes soeurs et de mon neveu étaient là. J’ai vu les bouteilles qu’ils avaient utilisées pour brûler les cadavres et les maisons. Je me souviens encore de l’odeur de la chair en train de brûler. Ils s’étaient vengés contre ma mère et mes sœurs, simplement parce que mes frères et mon père s’opposaient au régime. ».

« Certains des survivants qui ont pu se cacher dans les bosquets et qui ont survécu au massacre m’ont raconté les détails du meurtre de ma famille et comment leurs cadavres ont été brûlés. Ils m’ont dit que ma mère avait essayé de défendre mes sœurs et avait insulté un policier et l’avait agressé. C’est pourquoi ils ont riposté plus sévèrement contre ma famille ».

Abu al-Baraa, qui a pu fuir vers la périphérie du village alors que le régime syrien y pénétrait de force, raconte: «Je me suis caché dans un conduit d’eau toute la journée. Je suis rentré au village à la nuit tombée et j’ai vu ce qui s’était passé. J’ai vu des dizaines de femmes qui s’étaient rassemblées près de l’abattoir, près de la rivière Oronte. Elles essayaient de fuir car elles craignaient un autre massacre. Je me suis faufilé dans les maisons qui sont près de la mienne. Je suis entré dans une maison de la famille Khazzam où se trouvaient 18 cadavres. Tous étaient des femmes et des enfants. L’une des victimes était un bébé que j’ai trouvé à l’intérieur du poêle dans une chambre. Parmi les victimes, il y avait une femme enceinte dont le cadavre était criblé de balles ».

« La plupart de mes voisins ont été exécutés. La famille Za’rour, à elle seule, a eu 72 victimes, tandis que la famille Ghaloul a perdu 22 de ses membres, sans compter les victimes des familles al-Sahou, al-Mahbani, Dyab, Roumiya, Arafat, al-Tayyar et al-Qabouni. Tous les meurtres visaient des familles sunnites, tandis que les familles chiites et chrétiennes étaient épargnées. Certaines des personnes qui ont pris part au massacre et à cet abattage appartenaient à la famille chiite: al-Halabi, qui vit avec nous dans le même village. ».

Selon Abu al-Bara, la plupart des personnes arrêtées étaient des hommes qui sont restés dans le village: « Environ 200 personnes ont été arrêtées. Certains d’entre eux ont été libérés, tandis que d’autres se trouvent toujours dans des centres de détention. Il y a eu des pillages. Ils ont saisi des maisons et des voitures et j’ai appris que des viols avaient eu lieu dans la rue al-Basatin et à proximité de l’abattoir. ».

« Certains des survivants m’ont dit que le village avait été envahi par les Shabiha du régime, y compris les Alaouites et les Chiites, et que des combattants parlaient une langue inconnue ».

Mohammad est un combattant de l’opposition armée dans la banlieue nord de Homs et sa famille vit dans le village d’al-Haswiya. Mohammad déclare: «Notre village était complètement entouré de points militaires du régime. Il n’y avait qu’une sortie vers la banlieue nord de Homs. Nous avons essayé de faire de ce village un refuge sûr pour les personnes qui ont subi le déplacement interne. Et nous n’étions pas présents dans le village ».

Mohammad a raconté que sa femme et ses enfants avaient assisté au massacre alors que sa maison était pillée par des milices chiites qui ont battu sa femme et ses enfants et volé les bijoux: « Ma femme et mes enfants ont survécu, mais ils ont abattu mon neveu et mon cousin, ils ont perquisitionné chez ma sœur et l’ont violée devant ses enfants ».

Mohammad a déclaré avoir trouvé des cadavres jetés dans l’Oronte pendant un mois après le massacre. Ces cadavres ont été enterrés dans les villages de la banlieue nord de Homs: « Pas moins de 23 cadavres, dont trois femmes, ont été emportés par la rivière Oronte dans les régions d’al-Dar al-Kabra et de Ter-Ma’la. La plupart des cadavres ont été abattus d’une balle dans la tête, semble-t-il. J’ai pu identifier l’un des cadavres. Il s’appelait Abu Ryad et sa tête avait été brisée à l’aide d’un outil tranchant ».

Um Omar, une résidente du village d’al-Haswiya, a déclaré avoir vu un grand nombre d’hommes armés. Certains d’entre eux portaient un uniforme militaire, d’autres portaient des vêtements noirs et avaient un bandeau sur lequel était écrit «O Zaynab**». Um Omar a ajouté qu’ils transportaient des couperets et des fusils de chasse. De plus, Um Omar a confirmé que la majorité d’entre eux étaient des «Shabiha» (milices recrutées par le régime syrien).

Abu Ammar a déclaré avoir vu un certain nombre de cadavres après le départ de l’armée et des milices chiites du village. Certains des cadavres ont été brûlés, tels que ceux de la famille Ghaloul, qui a subi 17 morts, selon Abu Ammar. Ce dernier a réussi à survivre après avoir fui vers l’un des villages voisins quand il a appris que le village était encerclé: «Ils ont utilisé des fusils de chasse, des mitraillettes et des couperets pour tuer les familles, puis ils ont brûlé les cadavres. Les traces de violence haineuse étaient visibles sur les cadavres. Qui pourrait tuer de cette manière barbare? ».

……..

* Le RSDH a recensé au moins 57 massacres à connotation sectaire depuis mars 2011, dont 50 massacres perpétrés par les forces du régime syrien (voir le rapport complet en anglais).

** Hussein et Zaynab sont des figures de l’Islam Chiite.

Le régime Assad c’est ça: 4

«Parce que mes chaussures ressemblaient à celles d’une autre, j’ai perdu ma virginité et ils m’ont violée en bande et à répétitions!»

Témoignage de l’ancienne détenue Aaïda al-Haj Youssuf*, Traduit par FSD d’un article paru sur Zaman al-Wasl le 27.11.2018, en arabe:  

Prison de Aadra, Damas

Dans les prisons d’Assad -où se passent les pires exactions criminelles- les moments sont tous pareils, les minutes peinent à passer, chaque jour ressemble à son précédent, les visages peuvent changer, mais la souffrance accumulée est la même et c’est elle qui prévaut, avec de légères différences dans les détails des histoires des détenues; des histoires qui restent pourtant similaires.

Certains des événements douloureux qui nous ont le plus affligées, moi et les autres détenues, sont profondément ancrés dans ma mémoire et ne la quittent jamais. Les plus marquants se passaient pendant cette heure du soir où des femmes détenues dans les branches du service de renseignement (Moukhabarat) sont amenées à la section des accusées de terrorisme de la prison d’Aadra. Pendant ces moments toutes les prisonnières de cette section s’affairaient  comme des abeilles pour essayer de soulager la souffrance des nouvelles arrivées. Elles s’activaient  pour chauffer de l’eau pour les douches, pour faire de la place dans la cellule collective, pour arranger les restes de nourriture et rechercher des vêtements usés ici et là, souvent sans succès.

Après un séjour sinistre dans les branches des Moukhabarat, il y a parmi ces femmes qui arrivent à la prison de Aadra, celles qui quittent la prison dès la première session du semblant de procès qui suit, et d’autres qui attendent encore aujourd’hui leur libération ou une décision à leur sujet.

Un soir, un mois environ après mon arrivée dans cette prison, les Moukhabarat ont transfèré à la section du « terrorisme » de Aadra des femmes dont la majeure partie avaient été préalablement détenues dans la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air. Parmi ces femmes, il y avait une jeune femme de 23 ans, brune, maigre, grande, vêtue d’un manteau noir, d’un voile noir et de chaussures blanches. Elle pleurait le plus souvent, puis se calmait sans réelle raison. Sa fatigue et son épuisement étaient bien visibles. De nombreuses cicatrices couvraient tout son corps: des hématomes, des traces de brûlures, des traces d’électrocution et des tâches de couleur rose indiquant la cicatrisation d’autres blessures. Il était évident qu’elle avait subi une torture extrêmement dure. Cette jeune femme était très semblable à toutes les autres détenues, mais d’elle se dégageait un sentiment de bonté et d’infinie simplicité.

En parlant avec elle pour la réconforter j’appris qu’elle était détenue depuis quatre mois suite à son arrestation par les Moukhabarat près de la campagne est de Damas, que lors de son arrestation elle portait une burqa qui lui a été  confisquée immédiatement, et qu’elle n’avait reçu qu’une éducation primaire. Elle m’a demandé si le saignement vaginal dont elle souffrait affecterait sa santé. J’ai été choquée quand elle m’a confié ses craintes d’être enceinte parce qu’elle avait perdu sa virginité dans la branche des Moukhabarat de l’armée de l’air lors d’un viol qu’elle y avait subi. Elle m’a rapporté que son violeur disait: «C’est ça ce que vous vouliez, c’est de votre faute si on en est arrivé là. C’est vous les traîtres et les collaborateurs». Elle m’a dit, et son visage traduisait sa honte, que plusieurs membres de cette branche se sont succédés pour la violer à plusieurs reprises. Et elle a ajouté, “ces salauds ne m’ont même pas donné une pilule pour éviter une grossesse, et pendant ces quatre mois je n’ai pas pu me laver une seule fois ». Elle m’a demandé si elle devait informer sa famille des viols dont elle avait été victime. Ne sachant quoi lui conseiller j’ai évité de lui donner une réponse. En même temps, j’ai senti la colère monter en moi et une tension énorme m’envahir car j’aurais tellement voulu lui dire oui, il faut absolument en parler. Beaucoup de femmes détenues ont subi le même sort que cette jeune femme et la plupart d’entre elles ont gardé ce secret pour elles!

Elle avait besoin de comprendre les raisons de la torture qu’elle avait subi. Ils l’avaient torturée pour lui extorquer les « aveux » qu’ils voulaient entendre, à savoir une supposée aide apportée aux « groupes armés » et de prétendues visites aux quartiers généraux secrets de ces derniers près de Damas. Elle ne pouvait rien reconnaître de tout cela car elle n’y comprenait rien.

Une semaine plus tard, elle a comparu devant le tribunal « contre le terrorisme». Le juge a ordonné son arrestation pour avoir aidé et financé les groupes armés! Elle a donc été renvoyée à la prison d’Aadra. A son retour, elle était complètement effondrée et  criait « Dites-moi  ce que j’ai fait pour mériter l’emprisonnement? ». J’aurais voulu lui répondre: « Ma petite, personne ne peut te dire pourquoi… car aucune des femmes qui sont dans cette section de la prison ne sait  pourquoi elle a été arrêtée et la majorité des accusations contre ces femmes sont fausses. Certaines sont accusées de livraison de pain ou de médicaments dans les zones assiégées, d’autres d’avoir soigné des blessés, ou encore d’avoir passé des informations. Ma petite, ici, toute action qui montre un peu d’humanité conduit à est une accusation qui pourrait t’amener à une exécution sommaire ou  à une mort lente en détention». 

Le cas de cette jeune femme n’a pas attiré l’attention de « Miriana », la « Poule d’or »** du directeur de la prison de Aadra, dont nous avons parlé dans les témoignages précédents, parce qu’elle était issue d’une famille pauvre. Au cours de son emprisonnement à Aadra, elle aidait d’autres femmes détenues, plus aisées financièrement, dans le but de gagner une petite somme d’argent pour pouvoir obtenir des produits d’hygiène et pour couvrir les frais de communications téléphoniques avec ses proches.

Deux mois et demi plus tard, elle a été surprise de recevoir la décision de sa libération dans laquelle elle a pu lire « arrêtée par erreur, à cause d’une similitude de chaussures ». A ses parents on a expliqué son arrestation  par le fait qu’une jeune femme travaillant avec les groupes armés aurait été sous surveillance des Moukhabarat et aurait porté des chaussures similaires à celles de leur fille! 

En guise d’adieu, ses derniers mots me furent adressés avec une voix innocente et une expression désemparée: «A cause d’une ressemblance de chaussures, j’ai perdu ma virginité et j’ai subi des viols répétés!».

Pendant ses quatre mois de détention dans les sous-sols de la branche des Moukhabarat d’Assad, les géôliers n’ont pas pu extorquer des aveux à cette jeune femme, malgré la torture, et n’ont su, comme des monstres déchaînés , que la violer et lui enlever ce bien si important pour une femme orientale, sa virginité!

————

* Aïda al-Haj Youssuf a passé 8 mois à la prison d’Aadra en 2017, suite à son arrestation en décembre 2016 et sa détention dans une branche des Moukhabarat. A sa libération elle a fui la Syrie vers la Turquie et depuis elle publie ses témoignages, qui lui ont valu d’être agressée physiquement

https://en.zamanalwsl.net/news/article/37723/ 

** Miriana est une détenue à la prison d’Aadra, qui intervient auprès des détenues fortunées  comme  bras du directeur de la prison, pour leur soustraire de l’argent. En contre-partie elle a les faveurs du directeur.

https://www.zamanalwsl.net/news/article/94860/

Le Régime Assad c’est ça: 3

Destruction de la tombe de l’activiste pacifiste Ghiyath Matar (l’homme qui distribuait des roses et de l’eau aux soldats de Bachar, son corps mutilé a été rendu à sa famille quatre jours après son arrestation.)

Article écrit par Maher Sharaf-el-Dine le 17.12.2018 et traduit de l’arabe par FSD.

« Marchons sur les pas de Ghiyath Matar… », Manifestation à Damas en août 2012. Source ici

Le régime Assad a détruit la tombe de Ghiyath Matar.

Le meurtre de la révolution est terminé, le moment est venu de mutiler son corps.

***

Ghiyath Matar n’étant pas un martyre comme les autres, sa tombe ne sera jamais une tombe comme les autres, surtout dans un pays gouverné à partir d’une tombe comme la Syrie (qui n’a pas entendu  Bachar Assad dire -au début de son règne- que son père gouvernait la Syrie depuis sa tombe? De plus, la famille Assad gouverne le pays  par biais du parti al-Baath dont le nom vient du vocabulaire des morts: Baath signifie résurrection).

Ghiyath Matar était bien plus qu’un martyre de la révolution et sa tombe était bien plus qu’ un peu de terre jetée sur son corps, dont par ailleurs plusieurs organes avaient été prélevés par ses assassins.

Quiconque n’a pas compris le caractère citoyen de la révolution syrienne, ne peut pas reconnaître l’importance du message de Ghiyath Matar.

Quiconque n’a pas compris que la nature citoyenne de la révolution syrienne terrifiait davantage les généraux du régime que la résistance armée ne peut pas comprendre l’assassinat de Ghiyath Matar.

Les roses et les bouteilles d’eau offertes par Ghiyath Matar et ses camarades aux soldats de Bachar étaient pour le régime comme des engins explosifs placés sous le trône de Bachar al-Assad. Une rose dans la main d’un soldat était une balle dans la poitrine du Président.

Personne n’a compris mieux qu’Assad le danger que représentaient les actions de Ghiyath Matar. C’est le locataire du palais présidentiel qui a le mieux saisi Ghiyath Matar, et il a été terrifié par son message . Aujourd’hui – au milieu de tous ces décombres et de ce chaos – il s’est souvenu de la tombe de ce jeune homme, et dès que son armée a atteint la région où il est enterré, il a ordonné la destruction de sa tombe.

***

Je ne sais pas comment la tombe de Ghiyath Matar a été détruite. Je ne sais pas non plus si les forces du régime ont d’abord fracassé et sali la pierre tombale. Mais ce dont je suis sûr c’est que pour finir ils ont soigneusement nettoyé la terre, le gravier et le marbre. Ce dont je suis certain c’est que le conducteur du bulldozer avait, à ce moment-là, le sentiment de démolir un monument imposant, et en aucun cas une simple tombe dépassant à peine du sol. Un monument où la révolution citoyenne a vécu, dans chaque recoin, un moment formidable de sa courte vie, un moment formidable de notre rêve éternel de vivre librement dans le pays dont nous portons le nom, la douleur et l’histoire, notre rêve éternel d’une Syrie citoyenne et moderne.

Un rêve qui a débuté par une rose et une bouteille d’eau ne pourra jamais être balayé, même par tous les bulldozers du monde.

………

Note de FSD: les camarades de Ghiyath Matar ont subi le même sort, l’annonce de leur mort

est récente (été 2018).

Le film documentaire (Little Ghandi) de Sam Kadi retrace la vie de Ghiyath Matar.

Le Régime Assad c’est ça: 2

Témoignage de l’enfer de Saidnaya pendant le 4e jour de l’Aid al-Adha (fête du sacrifice) de septembre 2015

Par Ayman Akad, un jeune syrien.

Traduit de l’arabe par FSD (Source: Save the Rest)

« Pour moi, la fête du sacrifice  n’est plus aujourd’hui une occasion de célébration et de joie ou même un rite sacré, comme elle l’a été dans le passé. Au contraire, elle est aujourd’hui un lien avec un passé douloureux, des geôliers haineux et des détenus sans défense. Les voix des détenus et leurs visages sont accrochés à notre esprit. Ce n’est pas mon sentiment seulement,  mais c’est le sentiment de chaque détenu qui a vécu les jours de la fête entre les murs rouges de Saidnaya. J’écrit ces lignes pour faire savoir au monde entier la quantité de haine que nous avons subi dans la prison de Saidnaya, dans le bâtiment rouge, le quatrième jour de l’Aïd al-Adha, le 28-09-2015. Ce jour, nous avons perdu de nombreux co-détenus. C’est comme si nous avions été nous les sacrifices offerts par les geôliers à leur Dieu diabolique, le régime de l’oppression et de la tyrannie. Le plus âgé des détenus dans notre cellule n’avait pas plus de 18 ans. 

Après le coucher du soleil, dont nous n’avons pas vu un rayon ce jour-là, nous attendions notre tour pour la séance de torture, ils appelaient ça « la fête de torture ».

A chaque période de fêtes en détention à Saidnaya, les géôliers consacrent une journée à la torture de tous les détenus dans la prison. Nous étions dans la neuvième cellule, l’avant-dernière, au deuxième étage, nous entendions les sons des tortures au rez-de-chaussée et nous attendions notre tour à chaque instant. Nous entendions pêle-mêle les geôliers qui se vantaient et les détenus qui hurlaient de souffrance. On entendait le bruit des pas qui se rapprochaient, des insultes et des rires sinistres. Tenez-vous prêts!

C’était notre tour. Nous nous sommes mis à plat ventre, tous, les mains sur les yeux et nos yeux implorant Dieu de nous soulager de ce tourment ou de reprendre nos âmes qui ne désiraient plus que la mort. Le geôlier a appelé l’officier: Monsieur, ils sont prêts à la garderie (le plus âgé de cette cellule n’ayant pas 18 ans). 6 ou 7 hommes sont entrés avec l’officier, nous ne savions pas leur nombre exact, mais nous connaissons la quantité de haine qu’ ils nourrissaient. La punition a commencé par des insultes et des passages à tabac avec les matraques, des chaînes de char et des sceaux en fer.

Lorsqu’ils en ont eu fini avec nous, ils nous ont ordonné d’entrer dans la salle de bain et d’y passer la nuit, avec l’interdiction de dormir et d’en sortir. Nous étions 36 personnes entassées dans une salle de bain longue de deux mètres. Lorsque le jour s’est levé, plusieurs parmi nous avaient rendu l’âme. Leur seule faute était d’avoir rêvé de vivre. Nous avons sorti les corps de nos martyrs et nous avons été privés de manger pour que le jeûne contribue à notre mort. 

Au nom de quel livre divin dois-je prier pour ceux qui sont toujours vivants et qui résistent dans ces cellules obscures?

Je ne sais plus quoi dire, pourquoi j’écris, ni à qui. Qui dois-je supplier? 

Ces organisations qui ne font que réclamer et dénoncer?

Où bien ces arrivistes qui ont profité de la révolution pour se remplir les poches?

Je sais parfaitement qu’il existe là-haut un Seigneur qui a promis la victoire aux opprimés, même si ce n’est que plus tard.

Je m’adresse au Dieu d’Adam, de Jésus-Christ, de Moïse et de Joseph. “Toi seul tu connais leur état et leurs désirs, alors aide-les, exauce leurs souhaits et libère les. « 

Le régime Assad c’est ça: 1

Témoignage: « Il y avait avec nous, dans notre cellule, à l’un des sièges des services de renseignements, un enfant qui s’appelait Mohamad Rifa’i, de Zabadani (dans la campagne ouest de Damas). Mohamad a été emmené à l’interrogatoire et à son retour dans la cellule il avait été violé. Un quart d’heure après, il a rendu l’âme. Nous avons alors frappé à la porte de la cellule pour demander au geôlier d’ouvrir pour sortir son corps. Il a répondu d’ un ton moqueur:  « Attendez un peu, il pourrait encore accoucher d’un enfant ». Cette histoire me hante depuis».

Récit de Bashar Wanli, ancien détenu du régime syrien (de 2013 à 2017), lors du rassemblement de solidarité avec les détenus de la révolution syrienne et leurs familles devant l’ONU à Genève le 08.12.2018.

Rassemblement à Genève le 08.12.2018

 

 

Depuis 5 ans, les enfants sont une cible privilégiée du régime Assad

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste cinq ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 13 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houla à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui, les enfants syriens meurent sous les décombres des bombardements de l’aviation du régime syrien ou des Russes. Ils meurent de faim imposée dans les zones assiégées. Il meurent dans la mer en fuyant la mort… Et il y en a qui meurent dans les centres de détention!

Hamza al-Khatibe 13 ans, torturé à mort en mai 2011


Massacre d’al-Houla, il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de reproduire ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012. Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés.

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

Depuis 4 ans, les enfants sont une cible privilégiée du régime Assad

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 13 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houla à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui, plus de 17’000 enfants sont morts en Syrie depuis le début de la révolution, plus de 9’500 sont en détention et risquent de subir le même sort que Hamza al-Khatib (SN4HR)!

En ce mois de mai 2015, deux jeunes de 15 ans, Mahmoud et Mohamad To’emeh, deux cousins originaires de Baba Amr, ont été kidnappés à Homs et ensuite égorgés. Leurs corps ont été retrouvés dans une région pro-régime… Les témoignages laissent penser que les Chabbihas seraient les auteurs de cet acte barbare (Zaman al-Wassel).

Hamza al-Khatibe 13 ans, torturé à mort en mai 2011

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Massacre d’al-Houla, il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de reproduire ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012. Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés:

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

https://www.youtube.com/watch?v=qUGbdaZi8O0&feature=youtu.be

Depuis un an, Homs est une grande blessure dans le coeur des Syriens insurgés

Mémoire de la Révolution

FSD re-publie ici un article sur Homs en mémoire de cette ville martyre qui a été évacuée il y a tout juste un an… Homs a été reprise par le régime Assad suite à deux ans de famine et de siège imposés par ce régime barbare…Homs est aujourd’hui une grande blessure dans le coeur des Syriens insurgés!

***

Depuis plus de deux ans, Homs, qui résistait au siège, aux bombardements, à la faim et au manque atroce de soins médicaux, est devenue le symbole de tout un peuple en révolte.

Homs centre des protestations

Homs centre des protestations

Aujourd’hui, l’évacuation des révolutionnaires de Homs assiégée, suite à l’accord signé entre ces derniers et le régime, supervisé par l’ONU, avec la présence de l’Iran et de la Russie, signifie la fin du siège et la mainmise du régime sur le centre de Homs et des quartiers adjacents. La présence de l’Iran et de la Russie dans ces pourparlers montre toutefois que cette résistance des Homsis, avec leurs moyens très modestes, face à l’armée d’un « Etat » , qui a duré plus de deux ans, était de taille pour le régime. En effet, ce dernier n’a jamais pu mettre fin au siège militairement et il a dû finalement accepter de laisser sortir les révolutionnaires armés, ainsi que les blessés.

Depuis le début du cessez-le-feu à Homs le 1er mai 2014, les Homsis vivent dans un calme apparent, lourd, étouffant, oppressant… Eux qui n’en pouvaient plus de l’ambiance de guerre et du bruit insoutenable des raids aériens, des scuds, des mortiers et des tirs de mitraillettes, se retrouvent soudainement écrasés par ce calme tant attendu, mais qui signifie pour eux la fin provisoire de la légende de Homs, ville symbole de la résistance absolue. Ils ont l’impression d’avoir momentanément perdu leur ville, cédée au régime soutenu par l’Iran et la Russie. Et ce sentiment est d’autant plus pénible que le régime et ses alliés tentent de mettre en place un changement démographique en important des chiites étrangers pour repeupler les quartiers de Homs.

Aujourd’hui, les Homsis sont tristes. Où qu’ils soient ils ont les larmes aux yeux et cette souffrance est encore plus dure pour ceux qui n’ont jamais quitté la Homs assiégée. C’est pourquoi nous avons choisi de traduire deux postes publiés sur la page facebook de Wiam Bedirxan Simav, une caméra-woman de Homs assiégée :

« Depuis le matin je me fragmente sur les pierres des rues et des quartiers de Homs…

Je ramasse les larmes de mon objectif, qui était devenu mes yeux, en la peignant comme un enfant qui a vieilli trop tôt.

La batterie est épuisée mais la douleur n’a pas pris fin.

La braise de l’attente n’a pas pris fin.

La peur, les incertitudes, le regard tourné vers le début d’un chemin inconnu jusqu’à cet instant.

Personne ne sait vers quel destin on se dirige, ni quand.

Les interrogations nous dévorent et ne laissent rien de ce qui restait de nous… Rien ! »

De Homs assiégée, mortifiée par les braises de l’attente de l’univers et par sa lâcheté amère, le 5 mai 2014.

« Adieu mes chers, adieu à vos âmes.

Pardonnez-nous Martyrs de Homs.

Nous n’avons pas le droit d’emporter des anges avec nous.

Que vos os puissent nous pardonner lorsque les chiens du régime ouvriront vos tombes »

De Homs assiégée, marquée par les adieux de l’univers et les fouets de la lâcheté amère de cet univers, le 6 mai 2014.

FSD