Archives Mensuelles: mai 2015

« On vivait bien avant… »

Voilà plus de quatre ans déjà que le peuple syrien s’est soulevé contre la tyrannie du pouvoir de la famille Assad. La répression féroce et les méthodes barbares du régime ont conduit la Syrie au bord du gouffre… la moitié de la population a fui la violence, réfugiés ou déplacés internes, pour échapper à la détention, à la torture, à la mort et à la terreur !
Aujourd’hui, on entend certains syriens dire « On vivait bien avant…» comme si la cause de cette catastrophe était la révolution elle-même… et non pas la tyrannie de ce régime. Certains médias occidentaux se plaisent aussi à interviewer cette tranche de population restée pro-régime par intérêt, ou qui vivait avant la révolution en fermant les yeux et en priant le ciel pour qu’elle ne se trouve pas sur le chemin d’un membre d’un service de renseignements syrien (Moukhabarat).
Depuis début mai 2015, une campagne virtuelle appelée «On vivait bien avant… » (« # Kna_aaychen ») a été lancée par l’activiste syrien Feras Atassi pour raviver, de façon sarcastique, les souvenirs douloureux de la vie en Syrie depuis le début du “règne” de la famille Assad il y a quatre décennies. Atassi lui-même a été surpris du succès de cette campagne et de la quantité de témoignages qui ont fait l’objet de milliers de postes partagés sur facebook et de twittes publiés sur Twitter.

FSD traduit ici certains de ces témoignages pour mettre en lumière les vraies raisons qui ont poussé les Syriens à dépasser la peur et faire face à ce régime :

"On vivait bien avant..." Sources: article en arabe dans souriyati.com

« On vivait bien avant… »
Sources: article en arabe publié dans souriyati.com

« #Kna_aaychen »
1. Waseem al-shama
Un de mes amis est médecin. Un jour qu’il était de garde aux urgences d’un hôpital public un homme, qui ne présentait aucun symptôme, est arrivé et lui a demandé de l’examiner. Au même moment une femme souffrant de saignements intenses et qui avait perdu conscience est arrivée aux urgences. Le médecin a d’abord voulu secourir cette femme. L’homme s’est alors approché du médecin et l’a giflé, l’a attrapé par la blouse, l’a plaqué contre le mur et lui a dit :
« Je suis membre des Moukhabarat (services de renseignements) et j’ai donc moi la priorité et tu dois m’examiner d’abord ». Tous ceux qui se trouvaient aux urgences ce jour là se sont tus et ont baissé les yeux. Le médecin a donc d’abord examiné ce membre de Moukhabarat! Depuis cet incident le médecin a quitté le pays.

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« #Kna_aaychen »
2. Abo Majed
Un jour je suis allé avec mon voisin au poste de police pour témoigner dans le cadre de sa demande pour retarder son service militaire parce qu’il était le seul des membres de sa famille à subvenir à leurs besoins. Lorsque j’ai donné ma carte d’identité à l’employé il m’a dit que j’étais en état d’arrestation parce que j’étais apparemment recherché par les Moukhabarat, section anti-drogues. Il m’ont arrêté ce jour là et deux jours plus tard j’ai été transféré à la direction de l’unité générale anti-drogue à Damas. Là-bas j’ai subi des interrogatoires pendant dix jours avec toutes sortes de tortures (y compris « le pneu » et «le tapis volant»). Finalement ils m’ont relâché parce qu’ils se sont rendu compte qu’il y avait eu erreur due à une similitude de noms. Depuis ce jour là j’ai juré de ne plus accepter d’être le témoin de quiconque et de ne plus jamais me rendre dans une institution publique!

« Le pneu » : méthode de torture qui consiste à mettre le détenu dans un pneu où son corps est plié en deux et maintenu dans cette position, et ensuite à le rouer de coups. 
« Tapis volant »: méthode de torture qui consiste à attacher la personne sur deux planches en bois liées par une articulation permettant de plier le corps jusqu’au craquement des articulations du détenu.
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« #Kna_aaychen »
3. Om Omar Ali
Une femme de ma famille travaillait comme enseignante dans un collège. Un jour elle a mentionné la guerre d’Octobre (la guerre de 1973 contre Israël). Pendant son cours une élève de la même communauté qu’Assad l’a interrompue pour lui dire qu’il fallait ajouter le qualificatif « libératrice » à guerre d’Octobre. Ceci a engendré une discussion dans la classe sur cette guerre, pour savoir si elle était vraiment libératrice sachant qu’Israël était arrivé aux portes de Damas et que la Syrie a perdu le Golan. Cette prof. a alors été invitée à se rendre au siège des Moukhabarat ( la sécurité ) pour s’y faire insulter longuement. Elle a ensuite été renvoyée de son travail, ainsi que son mari, et tous deux ont été frappés d’une interdiction de travailler dans une institution publique!

FSD

Depuis 4 ans, les enfants sont une cible privilégiée du régime Assad

Mémoire de la Révolution

Il y a tout juste quatre ans, le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Al Khatib, 13 ans, a été rendu à ses parents.

Il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012, des dizaines d’enfants ont été égorgés à Al-Houla à Homs, les mains attachées.

Les enfants syriens continuent à être la cible du régime Assad dans le silence assourdissant de la communauté internationale, grâce aux délais successifs accordés à ce régime pour continuer ses massacres!!!

Aujourd’hui, plus de 17’000 enfants sont morts en Syrie depuis le début de la révolution, plus de 9’500 sont en détention et risquent de subir le même sort que Hamza al-Khatib (SN4HR)!

En ce mois de mai 2015, deux jeunes de 15 ans, Mahmoud et Mohamad To’emeh, deux cousins originaires de Baba Amr, ont été kidnappés à Homs et ensuite égorgés. Leurs corps ont été retrouvés dans une région pro-régime… Les témoignages laissent penser que les Chabbihas seraient les auteurs de cet acte barbare (Zaman al-Wassel).

Hamza al-Khatibe 13 ans, torturé à mort en mai 2011

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Massacre d’al-Houla, il y a tout juste trois ans, le 25 mai 2012:

Nous avons choisi de reproduire ici le témoignage de l’activiste Hadi Abdullah sur Al-Jazeera du 25 mai 2012. Hadi racontait son désarroi devant l’inertie des observateurs de l’ONU sous la direction de Kofi Annan pendant que les massacres se déroulaient à al-Houla. Nous rappelons ici que des familles entières ont trouvé la mort ce jour là de la façon la plus barbare (bilan : 130 morts dont 49 enfants). Vous trouverez également ici l’article paru dans Le Monde le 30 mai 2012 avec des témoignages des enfants rescapés:

Témoignage de Hadi Abdullah:

“Three massacres were committed in Hawla City, and more are being committed now 76 martyrs are confirmed in Hawla alone, and more than 300 wounded.
Hawla city has been under shelling for more than 12 hours.

Shooting started at a demonstration with bullets and artillery, and the shelling has not stopped for more than 12 hours.
Hundreds of missiles hit the civilian homes, causing hundreds of them to burn.

Assad thugs (Shabeeha) supported by the security gangs attacked the houses located at the edges of Hawla city, and committed field execution against the civilians, they slaughtered them with knives… most of the killed are children.

I called up to the UN monitors and begged them to come to Hawla , they promised to come tomorrow morning.
I asked the UN monitors to stop the shelling for only half an hour.

The UN monitors are sleeping now, while the massacres are being committed.

We used to count the number of martyrs, but now, we are counting the number of families slaughtered.
The whole world helps in killing the Syrians, not just the Syrian regime.

We have many martyrs and wounded that we could not reach because of the continuous shelling and the cut-off of electricity.

We are still discovering more massacres in the city.
The Syrian regime is now killing under the nose of the whole world and in the name of the UN monitors.”

The Source:

https://www.youtube.com/watch?v=qUGbdaZi8O0&feature=youtu.be

Feirouz chante l’ONU!

La chanson de Feirouz « La cause s’en est allée » n’a jamais pu être diffusée parce qu’ elle a été interdite rapidement. Feirouz l’a chantée une seule fois lors d’un concert en Algérie en 1968…
Les paroles et la musique sont des frères Rahbani.

Créée vingt ans après al-Nakba (la grande catastrophe palestinienne), cette chanson raconte l’inefficacité, sinon la complicité, des organisations onusiennes dans la souffrance et l’exode des Palestiniens.

A l’occasion du 67e anniversaire d’al-Nakba (le 15 mai), FSD a décidé de traduire et de publier les paroles de cette chanson qui dénonce les mécanismes de l’ONU qui rendent ses engagements vides de sens et totalement inefficaces, spécialement au Moyen-Orient. En écoutant cette chanson de 1968, les Syriens ont l’impression qu’elle a été écrite pour eux aujourd’hui même! Pour écouter la chanson en arabe: « La cause s’en est allée »

Combien faudra-il de Nakbas pour que l’ONU fasse les réformes nécessaires lui permettant de soutenir les peuples et non les Etats et défendre enfin les opprimés et non les oppresseurs?!

Genève, ONU, 25.04.2014

Genève, ONU, 25.04.2014

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Feirouz: « La cause s’en est allée »

La cause s’en est allée
pour aller exposer sa plainte
devant les cours internationales

Et l’assemblée
avait dédié cette séance
à l’ étude de la cause de cette cause

Et les représentants de différents pays sont venus
ils sont venus de divers pays du nord et du sud
de petits pays
et de grands pays
Tout le monde s’est rassemblé
en une séance officielle

Et l’assemblée
avait dédié cette séance
à l’ étude de la cause de cette cause

Le Secrétaire général a fait un discours
il a parlé de paix…
les membres ont proposé le sujet
et ils ont étudié le projet
la justesse de la cause
la liberté des peuples
la dignité de l’être humain
et la légitimité des droits
le cesser le feu
mettre fin au conflit

le vote…
les recommendations…
les décisions sur les problèmes en suspens…
L’unanimité!

Des sources fiables ont déclaré,
ce qu’elles ont appris de références bien informées

Le conseil étudie…
Le conseil pense que…
Le conseil décide
l’envoi d’un envoyé

L’envoyé déclare
qu’il est envoyé par les sources
et qu’une solution est en voie d’être trouvée

Et lorsque la nuit est tombée
les juges se sont sentis fatigués
Les longues discussions les ont fatigués
alors ils ont fermé leurs carnets
et ils sont allés se coucher
et ils sont allés se coucher

Dehors, on entendait l’hiver et la nuit
et des misérables qui cherchaient un peu de paix
et la faim passait la nuit dans les camps des déplacés
et le vent soufflait
à arracher les tentes!

Feirouz-La_Cause

Feirouz- « La cause s’en allée » 1968 https://www.youtube.com/watch?t=142&v=0E179G2LDBs

 

 

… et les bombardements chimiques d’Assad continuent!

Chronique de la Syrie

En septembre 2013, le conseil de sécurité a adopté la résolution 2118 suite à l’attaque chimique des forces d’ Assad contre al-Ghouta qui a causé la mort de plus de 1400 adultes et enfants en une seule nuit. Cette résolution implique «  qu’en cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, le conseil imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Depuis cette date le régime Assad n’a jamais cessé d’utiliser le chlore contre les populations des régions qui ont échappé au contrôle du régime. Ceci a conduit à une nouvelle résolution 2209 le 6 mars 2015 qui cite clairement l’interdiction de l’utilisation du chlore et souligne « que les personnes responsables de l’utilisation comme arme de produits chimiques, y compris le chlore ou tout autre produit chimique toxique, doivent répondre de leurs actes ».
Dix jours plus tard, suite à la libération d’Idleb, Sermine a été ciblée avec des barils de chlore causant la mort d’ une famille de six personnes dont trois enfants en bas âge et des dizaines de cas d’étouffements. Depuis cette date, les barils de chlore lancés par les hélicoptères d’Assad (le seul a avoir le contrôle de l’aviation) sont régulièrement utilisés dans le silence absolu non seulement du conseil de sécurité mais du monde entier. Ce silence montre dans ce cas que ces résolutions ne vont pas au delà de la parole et restent des résolutions verbales sans aucun effet.
Le Réseau Syrien des Droits de l’Homme a publié le 20 avril un rapport documentant 87 violations de la résolution 2118 dont 15 violations depuis le 6 mars 2015 .
Actuellement, le nombre de ces attaques chimiques est en augmentation nette. Cette utilisation accrue du chlore est motivée par l’affaiblissement des forces du régime au sol, sa perte du contrôle de la région d’Idleb au nord du pays mais aussi et surtout par le silence continu de la communauté internationale vis-à-vis du non respect des résolutions de l’ONU. Aujourd’hui même deux villages du gouvernorat d’Idleb, Machmachane et Ein el-Souda, ont été ciblés par des barils de chlore provoquant des dizaines de blessés dont beaucoup de cas d’étouffements parmi les enfants (voir vidéo).

15.05.2015 Cas d'étouffements parmi les enfants (Machmachane - Idleb)

15.05.2015 – Des cas d’étouffements parmi les enfants (Machmachane – Idleb)

La grande crainte des Syriens est aujourd’hui de subir prochainement une deuxième attaque chimique de grande échelle, comme celle d’al-Ghouta !

FSD

Rojhelat Kurdistan Iranien violents affrontements à Mahabad aprés la tentative de viol contre une jeune fille Kurde nommée Farinaz Khosravani par un agent du Ministère des Renseignements Iranien

Farinaz, jeune femme kurde en Iran de 26 ans, s’est suicidée pour échaper au viol d’un agent de renseignement iranien… Cet act de courage a été l’étincelle du soulèvement des Kurdes en Iran contre le régime mafieux iranien.

soliranparis Blog

Rojhelat Kurdistan Iranien violents affrontements à Mahabad après la tentative de viol contre une jeune fille Kurde nommée Farinaz Khosravani par un agent du Ministère des Renseignements Iranien.

2015-05-07-Mehabad-01farinaz-2

7 et 8 Mai 2015 nouvelle qui nous sont parvenues via l’Agence de presse Kurde indépendante Rojhelat.info et la page Face Book d’opposition Freedom Messenger : Ce 7 mai 2015, une foule immense de manifestant-es s’est rassemblée en face de l’Hôtel-Tara de la ville de Mahabad pour protester et condamner le nouvel acte de mépris du gouvernement iranien , consistant à protéger un agent du Ministère des Renseignements qui avait tenté de violer une jeune fille Kurde travaillant comme femme de chambre dans ce même l’Hôtel.

Face à l’afflux de manifestant-es qui ne cessait d’augmenter devant l’Hôtel-Tara depuis les débuts de la matinée, les autorités et les sbires de la police anti émeutes du régime théocratique et fasciste de Khamenei et d’

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Depuis un an, Homs est une grande blessure dans le coeur des Syriens insurgés

Mémoire de la Révolution

FSD re-publie ici un article sur Homs en mémoire de cette ville martyre qui a été évacuée il y a tout juste un an… Homs a été reprise par le régime Assad suite à deux ans de famine et de siège imposés par ce régime barbare…Homs est aujourd’hui une grande blessure dans le coeur des Syriens insurgés!

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Depuis plus de deux ans, Homs, qui résistait au siège, aux bombardements, à la faim et au manque atroce de soins médicaux, est devenue le symbole de tout un peuple en révolte.

Homs centre des protestations

Homs centre des protestations

Aujourd’hui, l’évacuation des révolutionnaires de Homs assiégée, suite à l’accord signé entre ces derniers et le régime, supervisé par l’ONU, avec la présence de l’Iran et de la Russie, signifie la fin du siège et la mainmise du régime sur le centre de Homs et des quartiers adjacents. La présence de l’Iran et de la Russie dans ces pourparlers montre toutefois que cette résistance des Homsis, avec leurs moyens très modestes, face à l’armée d’un « Etat » , qui a duré plus de deux ans, était de taille pour le régime. En effet, ce dernier n’a jamais pu mettre fin au siège militairement et il a dû finalement accepter de laisser sortir les révolutionnaires armés, ainsi que les blessés.

Depuis le début du cessez-le-feu à Homs le 1er mai 2014, les Homsis vivent dans un calme apparent, lourd, étouffant, oppressant… Eux qui n’en pouvaient plus de l’ambiance de guerre et du bruit insoutenable des raids aériens, des scuds, des mortiers et des tirs de mitraillettes, se retrouvent soudainement écrasés par ce calme tant attendu, mais qui signifie pour eux la fin provisoire de la légende de Homs, ville symbole de la résistance absolue. Ils ont l’impression d’avoir momentanément perdu leur ville, cédée au régime soutenu par l’Iran et la Russie. Et ce sentiment est d’autant plus pénible que le régime et ses alliés tentent de mettre en place un changement démographique en important des chiites étrangers pour repeupler les quartiers de Homs.

Aujourd’hui, les Homsis sont tristes. Où qu’ils soient ils ont les larmes aux yeux et cette souffrance est encore plus dure pour ceux qui n’ont jamais quitté la Homs assiégée. C’est pourquoi nous avons choisi de traduire deux postes publiés sur la page facebook de Wiam Bedirxan Simav, une caméra-woman de Homs assiégée :

« Depuis le matin je me fragmente sur les pierres des rues et des quartiers de Homs…

Je ramasse les larmes de mon objectif, qui était devenu mes yeux, en la peignant comme un enfant qui a vieilli trop tôt.

La batterie est épuisée mais la douleur n’a pas pris fin.

La braise de l’attente n’a pas pris fin.

La peur, les incertitudes, le regard tourné vers le début d’un chemin inconnu jusqu’à cet instant.

Personne ne sait vers quel destin on se dirige, ni quand.

Les interrogations nous dévorent et ne laissent rien de ce qui restait de nous… Rien ! »

De Homs assiégée, mortifiée par les braises de l’attente de l’univers et par sa lâcheté amère, le 5 mai 2014.

« Adieu mes chers, adieu à vos âmes.

Pardonnez-nous Martyrs de Homs.

Nous n’avons pas le droit d’emporter des anges avec nous.

Que vos os puissent nous pardonner lorsque les chiens du régime ouvriront vos tombes »

De Homs assiégée, marquée par les adieux de l’univers et les fouets de la lâcheté amère de cet univers, le 6 mai 2014.

FSD