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« A genoux, sinon la famine », témoignages d’une zone assiégée

Assiéger les régions protestataires, les bombarder intensivement et leur imposer la famine en interdisant strictement l’entrée des aliments, fait partie d’une politique systématique et délibérée du régime syrien. Autour de ces zones assiégées on peut lire une inscription sur les murs: « A genoux, sinon la famine » écrite par les forces du régime syrien. Or la famine imposée et le bombardement des populations civiles constituent des violations de la loi internationale et font partie des crimes de guerre. Lorsque les habitants ne peuvent plus supporter ces conditions de vie extrêmement difficiles, le régime propose alors des accords avec la zone en question, pour la vider de ses habitants à qui on impose alors un déplacement forcé, souvent vers Idlib au nord de la Syrie. Ce fut le cas à Homs, Darayya, Alep-Est, al-Waer, Zabadani, Madhaya, etc. FSD a traduit un article de l’arabe qui rapporte le témoignage de trois habitants de Mouadhamyat al-Cham (assiégée de 2013 à 2016) qui sont arrivés à Idlib en octobre 2016.

« A genoux, sinon la famine! ». Source             http://www.creativememory.org/?p=110273

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Histoires du siège de Mouadhamyat al-Cham

Article en arabe de Mariam Ahmad

Mouadhamyat al-Cham, ville de la région de Damas, a été assiégée pendant trois ans non-stop. Durant ce siège, plusieurs tentatives d’accord ont eu lieu qui ont permis aux étudiants et aux employés travaillant à Damas de sortir de la ville et d’y retourner, mais sans rien emporter avec eux. Finalement, à la mi-octobre 2016, le régime a forcé 1100 habitants de la ville à partir en les re-dirigeant vers la ville d’Idlib, en emportant avec eux des dizaines d’histoires déchirantes.

Les habitants de la ville qui étaient autorisés à en sortir et à y revenir considéraient la salle d’inspection du checkpoint al-Somaryya comme un cauchemar épuisant. C’était un lieu d’humiliation pour les hommes, les femmes et les enfants, parce que personne ne pouvait y passer sans être insulté, battu et parfois arrêté après être resté debout pendant de longues heures en attente de l’inspection. Pour quitter Mouadhamyat al-Cham ou en y rentrer, il fallait traverser deux km de route avec quatre checkpoints et al-Somaryya était le plus difficile à passer; des centaines de passants y ont été arrêtés.

Douaa Najjar (30 ans), l’une des habitantes de Mouadamyat al-Cham arrivés à Idlib, nous raconte son histoire en essayant de rassembler sa mémoire marquée par des événements douloureux. Elle dit: «En rentrant du travail, je devais attendre environ 3 à 4 heures avant de passer une inspection qui viole toute dignité humaine. Comme on manquait de nourriture, j’ai pris une fois le risque d’apporter un morceau de chocolat et une galette de pain pour mon fils affamé et je les avais cachés dans mes vêtements. En entrant dans la salle d’inspection je tremblais et je transpirais de peur. L’inspection a été minutieuse et on m’a demandé d’enlever le voile et les vêtements extérieurs. Lamis, responsable de l’inspection des femmes, a découvert ce que je cachais, elle m’a alors giflé, m’a donnée un coup de pied et m’a dit:
– Que tu es bête, tu caches le pain sur ton corps, quel péché tu commets toi l’affamée!
Douaa ajoute: «comme si elle savait distinguer le péché du bien!». Elle poursuit: « Je l’ai suppliée de me laisser la galette de pain, même si je me sentais humiliée et ça me faisait très mal. Je l’ai fait pour mon fils. Je voulais qu’il mange du chocolat. Lamis m’a répondu:
– Fous le camp avant que je ne procède à ton arrestation! »

Jamal Mohammed (23 ans), étudiant universitaire nous raconte: «la longue attente à ce checkpoint n’est pas causée par le nombre de passants. Souvent nous ne sommes que quelques-uns à passer, mais les agents qui font l’inspection font exprès de nous faire attendre pour nous humilier, ou alors nous devons attendre qu’ils finissent de manger et de boire leur maté pour décider de nous faire passer. Une fois, j’attendais mon tour et j’avais caché dans mes chaussures un sachet de médicament pour l’hypertension pour ma mère. Mon cœur tremblait de peur mais j’essayais de faire semblant que j’étais fort. Les moments écoulés me semblaient des années à cause de la peur, parce qu’ils nous demandaient parfois d’enlever nos chaussures. Lorsque mon tour vint l’élément de la sécurité me dit:
– Viens ici l’islamiste, qu’est-ce que tu as sur toi? Dis-le moi avant que je ne te fouille!
J’ai répondu que j’avais un paquet de cigarettes. En fait, je l’avais amené avec moi exprès pour camoufler le médicament. Je priais Dieu pour qu’il le prenne et me laisse passer sans me fouiller. Je récitais toutes les prières que je connaissais au fond de moi… Il dit enfin:
– Donne-moi les cigarettes et vas-t-en… Ne le refais plus jamais! Que tu n’es qu’une bête qui sais apprécier le plaisir de fumer!».
Je me sentais fou de joie à entendre ces mots, malgré toute l’humiliation et les insultes, mais j’avais réussi à passer le médicament. J’avais de la peine à y croire. J’ai couru comme si j’étais un héros légendaire pour donner son médicament à ma mère, avec beaucoup de fierté».

Nasreen, 26 ans, nous parle de son expérience avec les checkpoints: « Je suis entrée à Damas à cause d’une situation d’urgence lors de mon accouchement. Cinq jours après, sur le chemin du retour à Mouadhamyat al-Cham, je suis arrivée au checkpoint et j’au dû faire la queue pour être fouillée comme les autres; je portais mon bébé sous le soleil qui tapait fort, sans pouvoir m’asseoir. Au bout de deux heures et demie je suis entrée dans la salle en tenant mon bébé entre les bras et je tremblais de peur et d’épuisement. Je ne tenais plus debout de peur à cause de la boîte de lait que j’avais pris avec moi. Aïda, l’une des quatre femmes qui effectuaient la fouille des femmes au checkpoint al-Somaryya, m’a dit:
-Ton nouveau-né c’est un garçon où une fille?
J’ai répondu que c’était un garçon. Elle s’est alors énervée et a hurlé:
-Ca signifie que tu as fait un terroriste alors!
Elles ont commencé à me fouiller minutieusement alors que j’étais épuisée. Ensuite c’était le tour de mon bébé. Elle l’a pris et a commencé à le fouiller comme s’il était un objet en fer et non pas un nouveau-né! Elle lui a arraché le lange sauvagement en pensant qu’elle y trouverait de l’argent. Pendant ce temps, moi j’étais sur les nerfs et j’avais très peur pour mon bébé. Je sentais mon sang bouillant de colère, car je ne voulais pas qu’elle lui fasse du mal. Pour moi, elle pouvait me battre et m’humilier autant qu’elle le voulait, mais pas toucher à mon fils. La présence d’un enfant avec soi intensifie la peur!. J’ai très mal vécu cette horrible situation, j’avais de la sueur plein le corps à cause de l’oppression que je ressentais. Il m’était impossible de prendre mon bébé pour le protéger et je devais me taire. Pire encore, j’étais obligée de faire semblant de sourire et de me tenir tranquille. Si mon fils âgé de 5 jours n’a pas échappé à leur brutalité qui pourrait y échapper? Ils ont pris tout ce que j’avais pour les besoins de base suite à un accouchement, un peu de lait, des langes et le médicament fortifiant que le médecin m’avait prescrit.».

SYRIE: Kerry et Lavrov chantres d’une politique internationale totalement immorale

Chronique de la Syrie

Le 14 septembre 2013 il y a tout juste trois ans, un accord a été conclu entre Kerry et Lavrov pour sauver le régime Assad suite à son utilisation d’ armes chimiques à al-Ghouta en Syrie le 21 août 2013; un massacre qui a fait plus de 1400 victimes, dont plus de 310 femmes et enfants, en une seule nuit.

Sauvez les enfants en Syrie!

Victimes des armes chimique le 21 août 2013!

Cet accord avait pour but de sauver le régime Assad, mais aussi et surtout d’arranger Israël en neutralisant l’arsenal chimique de la Syrie. L’accord ignorait totalement les victimes, qui n’ont même pas reçu d’aide de l’ONU pour les soins. Du coup, et sans aucun égard pour les victimes, les responsables de ce crime ont échappé à la justice et sont toujours en liberté, coup mortel donné à la justice internationale. Cet accord est le produit de soi-disant arrangements politiques des puissances mondiales qui ont encore une fois terni le visage de la politique internationale. Yassin Al Haj Saleh, écrivain syrien, écrit dans son article que ce jour du 14 septembre 2013, il y a eu trois cadavres de plus: ceux de la vérité, de la justice et de la politique et il n’a pas tort.

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Le 10 septembre 2016, trois ans plus tard, Kerry et Lavrov viennent à nouveau de conclure un accord sur la Syrie, pour donner le coup de grâce à la révolution syrienne. Un accord survenu après avoir laissé largement le temps à Assad, en lui accordant délai après délai, d’épuiser les régions assiégées par la famine et les bombardements, mais cette fois pas seulement par les forces du régime mais aussi par celles de la Russie, avec l’aide des milices sectaires chiites de l’Iran, du Hezbollah, de l’Irak et d’ailleurs. Cet épuisement a conduit à « l’évacuation » de la population dans plusieurs régions (comme Darayya, Moua’damiya, et bientôt à al-Waer), sous surveillance onusienne. Une évacuation qui signifie en réalité un changement démographique forcé de la population dans ces régions où l’on remplace les habitants actuels par des chiites importés d’ Irak, d’Iran et du Liban, avec la bénédiction de l’ONU! Les trois points divulgués de l’accord de Kerry et Lavrov sont: un cessez-le-feu à partir du 12 septembre, l’acheminement de l’aide humanitaire et surtout un combat commun contre le terrorisme. La révolution est oubliée totalement et le dictateur et ses crimes aussi. Cet accord nomme Daech et al-Nosra comme organisations terroristes à combattre en Syrie mais oublievolontairement les milices sectaires chiites pro-régime! Un accord dont se dégage la puanteur d’une politique internationale totalement immorale!

Il est bon de noter que dans l’intervalle entre la conclusion de l’accord et son entrée en vigueur, les civils en Syrie ont vécu l’enfer de l’intensification des raides aériens russes et syriens à Idleb, Alep assiégée et Douma. A Idleb on dénombre 62 victimes parmi les civils dont 13 enfants pour les seuls bombardements de samedi 10 septembre qui ont ciblé le marché la veille d’El-Eid.

Rappelons-nous que depuis 2013, les enfants et les civils syriens continuent à suffoquer sous des bombardements au chlore dans les régions sous contrôle de l’opposition… Le réseau syrien des droits humains a documenté 137 utilisations du chlore par les forces du régime  depuis septembre 2013, et les criminels restent libres, ne sont jamais qualifiés de terroristes, mais de gouvernement « légitime »!

Alep: Halte aux bombardements, Pour le respect du droit d’y rester

Appel au rassemblement devant l’ONU à Genève,
vendredi 5 août 2016 de 17h00 à 18h30
C’est dans le cadre d’une campagne générale « En Colère pour Alep », organisée par des activistes syriens, que FSD lance cette mobilisation.
ColereAlep

         Rassemblement à Genève pour Alep

Le 11 juillet 2016 un appel urgent a été lancé par le conseil local le la ville d’Alep:
« Le Conseil Local de la ville d’Alep, élu démocratiquement pour représenter plus de 400.000 personnes vivant à Alep, tient à informer les partenaires politiques sur la scène internationale, ainsi que les organisations civiles, les ONG et les médias que les civils vivent sous la menace d’une catastrophe résultant du siège imposé par le régime Assad, avec l’appui des mercenaires iraniens et des miliciens de Hezbollah, et soutenu par l’aviation russe, qui vient de couper l’unique voie de ravitaillement en nourritures et en carburant pour les civils.». Depuis le 17 juillet, Alep est sous siège complet, ce qui conduit à un manque de nourriture voire une famine, un manque de matériel médical et des soins appropriés aux malades et aux blessés. L’intensification des bombardements de l’aviation ces derniers jours et le ciblage des hôpitaux accentuent par ailleurs la souffrance de la population sous siège. L’UOSSM a publié des témoignages vidéo des médecins d’Alep à ce sujet.
Le réseau syrien pour les droits de l’homme annonce le chiffre effrayant de 80 établissements détruits par ces attaques au premier semestre, 81 membres du personnel médical et casques blancs tués durant la même période. Depuis le début du conflit en 2011, plus de 700 médecins et personnels médicaux, ont été tués lors d’attaques d’hôpitaux selon le président de la commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’Homme en Syrie, le Brésilien Paulo Pinheiro, qui s’est exprimé à Genève le 21 juin 2016.
“Nous enjoignons la France et la communauté internationale à tout mettre en oeuvre pour arrêter les bombardements, protéger les hôpitaux et le personnel médical ainsi que les populations civiles syriennes. Nous ne pouvons rester aveugle à cette catastrophe humanitaire et sanitaire que subit la Syrie suite aux attaques aériennes incessantes” , appel du Dr Ziad Alissa, président de l’UOSSM France.
Nous nous joignons à l’UOSSM pour appeler l’ONU et la communauté internationale à faire face à leurs responsabilités, à intervenir fermement pour stopper les bombardements, protéger les institutions médicales, le personnel médical et la population civile à Alep, mais également à intervenir pour imposer le cessez-le-feu partout en Syrie et agir pour instaurer une transition politique sans Assad et son régime, qui sont les principaux coupables de la destruction de la Syrie et de son tissu social. Pour instaurer une paix durable, il est primordial de commencer par amener les criminels de guerre et les responsables de crimes contre l’humanité devant la justice, au sein du régime Assad, mais aussi ceux qui agissent au nom de Daech et ses semblables. L’impunité et l’injustice sont à l’origine de l’augmentation de la violence en Syrie et dans tout le Moyen-Orient, ainsi que des débordements de violence actuels sur l’Europe.
Venez nombreux pour dire
STOP au bain de sang en Syrie, STOP aux sièges et à la famine imposée.
OUI à une solution politique qui oeuvre pour une Syrie démocratique et qui garantit la justice, pour permettre une paix durable.
Rassemblement organisé par la diaspora syrienne et initié par FemmeS pour la Démocratie.
Soutenu par: Mouvement pour le Socialisme (MPS), SolidaritéS

Syrie, Russie et justice transitionnelle – Forum L’Autre Genève

Forum L’Autre Genève

Dans le cadre de ce forum qui a eu lieu les 27 et 28 mai 2016, la parole a été donnée à des représentant.e.s de la société civile syrienne que le régime syrien s’efforce de rendre invisible. Nous publions ici certaines de ces contributions. Ibrahim Malki est intervenu dans l’atelier Syrie-Russie.

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Syrie, Russie et justice transitionnnelle

Par Ibrahim Malki, avocat

(Texte traduit de l’arabe)

MALKI Ibrahim est un avocat, membre de la Commission de défense des détenus d’opinion, notamment suite à la Déclaration de Damas (2005). Il a été arrêté en 1997, puis en 2011, en 2012 et nalement le 3 novembre 2013 avant de devoir s’exiler. Membre fondateur du collectif des avocats syriens. Il a participé à diverses commissions visant à établir les principes d’une justice transitionnelle.

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Atelier Syrie-Russie, le 28 mai 2016

La violence est un produit naturel de la culture des régimes tyranniques qui favorisent la voie de l’assassinat, de la criminalité, de l’esprit mafieux et de la théorie du complot: « celui qui n’est pas avec moi est forcément contre moi ». C’est ce que le régime syrien a pratiqué depuis plus de quarante ans, avec le soutien de régimes totalitaires et répressifs qui lui ressemblent, au moins structurellement et mentalement, comme l’Iran, la Russie et les milices chiites, s’immergeant ainsi dans un monde de sauvagerie.

La Révolution syrienne a commencé par un soulèvement de la société civile syrienne, et elle est soudain devenue la cause de tous. C’est pourtant la jeunesse syrienne libre, aimant sa patrie et assoiffée de liberté, de justice et d’égalité, qui a porté la révolution. La réaction du régime a été la violence et la criminalité, et ce mouvement révolutionnaire a dû affronter les tirs à balles réelles et les bombardements de toutes sortes. Nous pouvons donc affirmer que le terrorisme, la violence et la réponse à la répression ne faisaient pas partie du mouvement initial de la révolution syrienne, et qu’ils en constituent un élément imprévu.
Pour soutenir sa violence contre la population, le régime a eu recours à des forces obscurantistes, internes et externes au pays, à forte tendance chiite, familières de l’usage de représailles et de la vengeance. Il a ainsi ouvert les portes de la Syrie à l’extrémisme, piétinant toutes les lois. Il a également introduit les Russes et les Iraniens comme soutiens de son pouvoir, contrairement à toutes les lois et conventions relatives à la protection de l’Etat, utilisant le principe de la liberté de l’Etat dans la gestion des affaires intérieures et extérieures, oubliant que cette liberté est limitée par les règles du droit international, notamment en matière de respect des droits de l’homme, et ignorant le fait qu’il s’agissait là d’une révolte interne contre l’injustice et ses conséquences.

La position russe dans la Révolution syrienne

Les Russes sont entrés de plein pied dans le conflit syrien dés le premier jour, de par leur triple veto aux conseil de sécurité des Nations Unies, empêchant ainsi toute solution politique en Syrie. A cette époque, la révolution syrienne était dans sa phase pacifique, exigeant la liberté, la dignité et une réforme constitutionnelle globale. La position russe a évolué ensuite progressivement, jusqu’à l’intervention militaire directe de son aviation, l’apport d’armes au régime, et son intervention dans les négociations de Genève.
La Russie, après avoir re-équilibré les forces en présence en faveur du régime, semble aujourd’hui pressée de chercher une solution qui satisfasse le régime. Ceci pour plusieurs raisons: socio-économiques internes à la Russie d’abord, et internationales liées à l’occupation par la Russie de plusieurs territoires ensuite; d’où la pression énorme exercée sur l’opposition afin de la faire revenir à la table des négociations aux termes et aux conditions fixées par le régime et par la Russie. L’objectif immédiat est d’abaisser le plafond des aspirations au changement de l’opposition et d’obtenir une solution politique qui satisfasse aux intérêts russes sur la scène internationale, et qui par ailleurs ne diffèrent pas, sur le fond, de la solution voulue par le régime syrien, qui vise à rester au pouvoir. Mais il y a aussi d’autres motivations à cette hâte, dont :

  • Le fait que l’administration américaine ne va pas vers l’escalade, et se limite à une gestion laxiste de la question syrienne, de plus son mandat expire à la fin de l’année.
  • L’évidence que la Russie n’est pas sûre de pouvoir travailler et collaborer avec la prochaine administration américaine, y compris avec la démocrate Clinton.

L’échec des négociations de Genève, voulu par l’Iran et par le régime syrien, serait gênant pour les Russes qui œuvrent pour imposer rapidement et à eux seuls une solution favorable au régime. C’est dans ce but que la Russie frappe le pan militaire des forces de la révolution modérée (pour être tout à fait clair: la Russie n’a jamais frappé Daech comme elle le prétend, ce qui a poussé les américains, les français et les britanniques à contrecarrer les tentatives Russes à Alep, en soutenant l’opposition).

Les différences de vues entre Moscou et les Etats du Golfe, dirigés par l’Arabie saoudite, ont empêché le retour des négociations syriennes à Genève, ce qui montre qu’il y a un grand écart entre leurs positions respectives. De plus, le Haut Comité de Négociation de l’opposition a tenu à ce que la résolution 2254 soit mise en œuvre, résolution qui prévoit la formation d’un corps de gouvernement transitoire doté de tous les pouvoirs. De leur côté, les Russes, qui tiennent à maintenir Assad au pouvoir, disent que c’est « au peuple syrien de décider du sort de son pays », discours fallacieux et mensonge flagrant destiné à contrecarrer la volonté des Syriens et à les soumettre à la volonté des Russes. Ces derniers ont en effet pour but d’étendre leur influence sur la nouvelle Syrie, parce qu’ ils considèrent la révolution syrienne comme un règlement de comptes et un moyen de revenir sur la scène internationale en tant que superpuissance. Les Russes ne veulent pas d’une Syrie démocratique, civile, construite par ses propres citoyens, nous en sommes convaincus.

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Assad, noeud du désaccord entre les Américains et les Russes

Les Russes essaient d’imposer le maintien d’Assad à tout prix sous prétexte qu’à leurs yeux personne ne peut remplacer Assad. Ceci constitue un désaccord fondamental avec le peuple syrien, avec les Américains et avec tous les amis du peuple syrien. Les Russes ne sous-estiment pas pour autant la volonté d’Obama de faire “ce qu’il pense juste” à n’importe quel moment, ce qui constitue l’essence même de la position américaine affichée.
Les Américains sont conscients de la grande distance qui sépare les positions de Washington et de Moscou relatives à une solution politique en Syrie. Toutefois ils sont d’accord pour interdire de laisser l’une des parties s’emparer d’une victoire militaire, ceci en raison de la spécificité du cas syrien. Car si l’une des parties est vaincue sur le terrain, cela signifierait l’impossibilité d’une solution politique. D’accord avec la partie russe, la chute du régime n’est donc pas acceptable, ni sa victoire. De même une victoire militaire de l’opposition n’est pas permise, ni son effondrement, et chacun a ses arguments.
Les Russes disent ne pas vouloir d’une scène similaire à la Libye d’après la chute de Kadhafi, et les Américains partagent cette opinion. Les deux parties préfèrent donc gérer la crise, voire la prolonger. De plus il est évident que les Russes n’accepteront pas le départ d’Assad, ni sa chute.
La question qui subsiste dès lors est la suivante: les Russes et les Américains préfèrent-ils, au stade actuel, le chaos à une solution, pour différentes raisons, dont la présence de Daech, de Jabhat Al-Nosra et des innombrables milices chiites?
Pour être un peu plus clair: il faut réaliser que la défaite de la révolution serait une défaite de l’Amérique. Sans les Américains et les « amis » du peuple syrien, les Russes auraient écrasé la révolution syrienne. Le fait de multiplier les contradictions ajoute à la confusion et conduit à la prolongation du conflit et à la poursuite des combats. Cependant, aujourd’hui, ce sont bien les Russes qui perturbent les chances d’une solution politique et l’application de l’accord de Genève 1.

II est certain que, profitant de l’absence de résolution de l’ONU pour mettre fin à la souffrance des Syriens, le Kremlin considère son intervention en Syrie comme un excellent coup stratégique, qui lui a permis de d’établir de nouvelles bases dans la région. Cette nouvelle influence russe pourrait prendre la place de celle des Etats Unis, qui tendent à se désintéresser de cette région. Une telle volonté a par ailleurs été clairement exprimée lors de la rencontre de Lavrov avec les représentants des pays du Golfe.

La pierre d’achoppement majeure dans notre crise à nous, Syriens, semble donc être:

  • L’ inefficacité des forces de l’opposition politique à obtenir les soutiens nécessaires et leur incapacité à formuler des revendications en accord avec les aspirations du peuple qui s’est soulevé.
  • Cette lacune et la faiblesse structurelle des forces de l’opposition ont conduit à une mainmise des forces extérieures sur le trajectoire et les orientations de la révolution.

La Révolution syrienne doit insister sur l’application des décisions des Nations Unies (Genève 1 et la résolution 2254) pour obtenir la formation d’un organe de transition avec les pleins pouvoirs. Au nom de ses pouvoirs, cet organe devrait œuvrer ensuite à la mise en place d’une commission constitutive ou d’une conférence nationale pour formuler une constitution syrienne temporaire ou une vision constitutionnelle dont le but serait de défaire l’ « état sécuritaire » actuel qui ne produit qu’oppression et tyrannie.

Constitution et justice transitionnelle

Le Haut Comité de Négociation doit aujourd’hui s’en tenir aux règles du droit international, aux décisions de Genève 1 et à la résolution 2254, ceci afin d’embarrasser le régime syrien, qui a tout intérêt à la prolongation du conflit et à l’absence de toute possibilité d’un règlement qui produirait une solution dans laquelle il se trouverait perdant.

Les Syriens ont besoin d’une constitution temporaire opérationnelle qui permette de légiférer pendant la période transitoire, qui est l’une des étapes décisives de la transition de l’état de guerre à l’état de reconstruction. Cette constitution doit piloter, soutenir et protéger la transition. C’est un cadre juridique transitoire incontournable pour la phase de transition. Cette constitution provisoire doit inclure un nouveau contrat social pour les Syriens, car elle constitue une occasion historique pour que le changement se fasse de manière appropriée et en phase avec la justice syrienne à venir. De cette façon une nouvelle identité nationale qui rassemble les syriens de manière non coercitive pourrait naître. Cette nouvelle identité pourrait alors résoudre les problèmes liés à la justice transitionnelle. Les organisations de la société civile doivent y tenir un rôle important, afin de diffuser une culture de tolérance et de réconciliation, soutenue par la Constitution, après la période de jugement des responsables de crimes. Nous avons besoin premièrement du jugement, deuxièmement de la réconciliation, et troisièmement du pardon, suivant en cela l’exemple de l’Afrique du Sud , qui a profité du génie de Mandela en la matière.
C’est aux familles des victimes que revient le droit d’établir un chemin de réconciliation et de pardon, et c’est à la loi de juger ceux qui sont tenus responsables. Pour arriver à ce stade, nous avons besoin de nouveaux cadres politiques et d’organisations efficaces de la société civile, qui cherchent une réforme substantielle, à la mesure du challenge posé par la création d’un nouveau système politique, légal et législatif.

 

Forum L’Autre Genève, programme et expositions

Forum L’Autre Genève

Syrie. Pour la liberté, la démocratie, la paix et la justice sociale

La parole à des représentant.e.s de la société civile de Syrie

Vendredi 27 mai dès 19h15 documentaires, à 20h15 Forum
Samedi 28 mai, workshops dès 10h45, séance de clôture à 19h15

Avec deux expositions samedi le 28 mai:

« Au coeur de la machine de mort syrienne » (Photos de César)

Tableaux du caricaturiste Hani Abbas « La souffrance des détenus »

Organisé par le site alencontre.org, Editions Page 2, FemmeS pour la Démocratie

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La «situation en Syrie», pour l’essentiel, est traitée sous l’éclairage de négociations internationales et régionales. A tel point que le dessein du clan Assad de «rendre invisible le peuple syrien» est souvent atteint.

L’Autre Genève se veut une contribution visant à contrecarrer à la fois l’ignorance et l’indifférence face aux combats d’une population asservie, depuis longtemps, par une dictature implacable. Ses multiples luttes traduisent une profonde aspiration à la liberté, à la dignité, à la justice sociale et à une paix consolidée par le jugement des responsables de crimes ayant peu de précédents.

Quelque 400’000 morts; plus de 325’000 de détenus et de disparus. Des millions de réfugié·e·s ont fui les bombardements du régime. Et, depuis octobre 2015, ceux de l’aviation russe. S’y ajoutent celles et ceux qui veulent échapper aux pires forfaits de Daech.

Le refus par les diverses forces de l’opposition démocratique d’une prétendue transition démocratique sous la présidence de Bachar el-Assad est validé par la pratique passée et présente du régime Assad, ainsi que de ses alliés régionaux et internationaux. Et pourtant c’est une «solution de ce genre» qui se dessine lors de prétendues négociations à Genève, placées sous l’égide de l’ONU et des Etats impliqués dans le conflit, sans prendre en compte la volonté du peuple syrien.

L’Autre Genève va permettre à des Syriennes et Syriens – de générations et de sensibilités politiques et culturelles différentes – d’exprimer les raisons de leur engagement à la fois contre la barbarie de Bachar el-Assad et contre celle du soi-disant Etat islamique.

Dès l’instauration d’une trêve relative, le 27 février 2016, dans de nombreuses villes et bourgades, la population, épuisée, est descendue dans la rue, avec des drapeaux de la révolution pour exiger la paix et le départ de Bachar, comme de l’EI et de forces analogues.

Devant ce peuple, tu n’as pas d’autres alternatives que le départ
« Devant ce peuple, tu n’as pas d’autres alternatives que le départ »
Le combat de la population syrienne retrouvait sa visibilité. La riposte du pouvoir fut immédiate: bombarder ces villes et bourgades, souvent assiégées et condamnées à la famine. La dictature voulait rendre inaudible et insaisissable cette fraction d’une population martyrisée qui clame, encore et toujours, des idéaux affirmés dès mars 2011, et même avant.

Les combattant·e·s de la révolution syrienne initiée en 2011 se sont vu refuser l’armement défensif nécessaire pour faire face à un régime dont la force militaire a pour fonction de mater et terroriser la population et d’assurer la perpétuation de sa mainmise sur le pays. L’impasse des affrontements militaires favorisa les interventions multiples de puissances internationales et régionales, visant chacune ses propres buts. Le désastre irakien, issu de l’intervention américaine en 2003, avait amorcé la redistribution des cartes dans la région. Il en résulta, en quelque sorte, une expropriation des buts essentiels – anti-dictatoriaux et démocratiques – de la majorité de la population de Syrie.

L’Autre Genève s’inscrit contre «l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre.» (Gramsci) L’Autre Genève doit faire écho à toutes les actions et toutes les voix de ceux et celles qui, en Syrie, dans les innombrables camps de réfugiés et en exil, perpétuent des idéaux devant bouleverser une situation que les dominants présentent comme une fatalité.

Les intervenants sont:

Intervenants

Ces voix et ces actions seront présentes le vendredi 27 mai et le samedi 28 mai à Genève. Le programme détaillé peut être téléchargé ici:

Programme détaillé.

Si nous ne sommes plus capables de colère, au moins ayons honte

FSD co-organise, avec le site alencontre.org et les éditions Page 2, le forum L’Autre Genève qui s’inscrit contre « l’indifférence qui œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. » (Gramsci). Ce forum donne la parole à des représentant.e.s de la société civile syrienne dont la voix est volontairement étouffée dans la scène internationale ! C’est le résultat de la politique mafieuse du régime syrien qui trouve un écho dans certaines politiques régionales et internationales.
Amjad Nasser nous parle de la familiarité que nous développons devant les images d’horreur qui nous parviennent de Syrie et questionne nos consciences concernant la responsabilité de chacun dans l’inaction pour mettre fin à ce bain de sang et donc dans la prolongation de la souffrance syrienne.
FSD a traduit, ci-dessous, l’article de Amjad Nasser de l’arabe.
(source : https://www.alaraby.co.uk/opinion/2016/5/1/يا-رايحين-ع-حلب-1 )

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« Vous qui partez pour Alep… »

par Amjad Nasser

Du temps de la révolution palestinienne armée nous chantions en choeur, et les chansons faisaient partie des nécessités de la grande maison de Damas. Rien ne rapproche comme le chant en choeur qui est aussi une forme de résistance. Même si ce mot est récent dans nos dictionnaires, nos ancêtres utilisaient le mot «djihad» pour l’exprimer,(exprimer quoi?) sans qu’il n’ait nécessairement une signification religieuse. Parce que ce mot existait déjà bien avant la religion (musulmane) qui l’a utilisé pour valoriser l’action qui touchait les cœurs et les âmes. Du temps de la révolution palestinienne armée, la révolution de l’OLP, pas celle de Qassam, nous chantions en groupes, c’était un besoin, pas un dérivatif.

J’avais entendu ce jour-là l’un de nos compagnons chanter Rozana¹, et sous le raisin, dans sa chanson, il y avait des armes et non des pommes comme dans la chanson originale. Notre compagnon ne nous avait pas dit pourquoi il avait modifié la chanson. Je pensais que c’était en relation avec la grande révolution syrienne (contre l’occupation française de la Syrie, qui a commencé en 1925). Ceux qui chantaient ainsi, tout comme notre camarade damascène, étaient les révolutionnaires et les sympathisants parmi les paysans syriens qui leur faisaient passer des armes pour les soutenir dans leur combat contre la puissance coloniale française. Ces armes parvenaient à Alep « Shahbaa », sous le raisin, dans les convois de nourriture.

Alep n’a plus besoin du chant de Rozana pour être présente à l’esprit. Elle est sur tous les écrans de télévision, montrant sa destruction, le sang et les corps de ses habitants, aux Arabes mais aussi aux populations non-Arabes, confortablement installées dans leurs salles de séjour.
Que Dieu s’insurge contre la banalisation de tels évènements. Cette banalisation est plus grave encore que la tuerie elle-même. La banalisation a remplacé la sédition. Rien ne transforme le sang en eau comme le fait la répétition de la tuerie. Faites couler le sang autant que vous le pouvez, vous échapperez à toute punition et «votre ennemi ne saura plus quoi faire de vous. Faire couler un peu de sang est un crime, mais faire couler beaucoup de sang est une guerre. Dans les guerres, on ne se lance pas de fleurs. Les criminels sont jugés, et conduits à la prison ou à la potence, et peut-être décapités dans certains pays. Mais les chefs de guerre, ceux qui tuent en masse, on les décore, avec des médailles. Cette règle se vérifie en Syrie depuis le massacre de Houla², et peut-être déjà depuis les premiers jours de Daraa. Elle se poursuit aujourd’hui avec les massacres quotidiens d’Alep. La recette a été testée et elle fonctionne !
Lorsqu’aucune résolution n’est émise par un seul organisme international concerné par les crimes de guerre, et lorsque les noms des responsables de ces crimes n’apparaissent sur aucune liste de criminels de guerre, listes qui sont sous le contrôle de forces politiques mondiales corrompues, alors les criminels ne craignent personne et répètent encore et encore les mêmes crimes. Mettons le nom d’un seul commandant militaire ou politique syrien, russe ou iranien sur une liste de criminels de guerre, et ensuite observons l’évolution sur le terrain. La guerre ne s’arrêterait pas sans doute, et les catastrophes humaines qui l’accompagnent ne cesseraient pas, mais elles seraient peut-être moins « féroces ».

"Qui se soucie du sang syrien?" Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

« Don’t worry, I’m just another Syrian » Dessin de Mohammad Hamdi. (Mohammadhamwi.com)

Mais qui se soucie du sang syrien? Vraiment qui s’en soucie? Que ce soit le monde arabe ou occidental. Je doute que l’on considère comme du sang ce qui est répandu en Syrie, et comme de vrais blessés les blessés syriens. Si c’était le cas, il y aurait au moins de vrais efforts pour les soigner. Y-a-t-il des secouristes et des équipes soignantes pour ces blessés? Y-a-t-il une goutte de honte, un soupçon de conscience, chez ceux qui dirigent le jeu de la politique internationale ? Ceux qui restent indifférents aux crimes commis dans ce jeu de mort sur la terre des humains. Les cris de douleur et de détresse des victimes, ne parviennent-ils pas jusqu’à l’oreille de tous? Si. Mais, personne ne réagit à leurs appels au secours.
Un poète arabe ancien a dit : « Si tu parlais à un vivant il t’entendrait, si tu soufflais dans le feu il s’illuminerait, mais tu souffles dans les cendres ! ». C’est le cri des morts dans un monde encore plus mort qu’eux. Qui l’entendra ? Dans quelle oreille vivante finira-t-il ?

Tout ce que font les «alliés» et les amis du peuple syrien c’est de publier des déclarations de condamnation, d’ouvrir des portails spécialisés pour la Syrie sur leurs écrans (les nouvelles syriennes sont devenues une «matière spécialisée», comme la physique, ou la chimie) pour un public en baisse constante. La guerre s’est allongée. Les nerfs sont fatigués. L’image d’un syrien mort, blessé, perdu, dont le corps a échoué sur une plage européenne, ne suscite plus ce qu’elle est censée susciter : la colère, pas la pitié, la colère, pas la compassion. Les images de ces êtres humains qui nous ressemblaient, avant que les barils d’Assad ne leur tombent dessus, ont besoin de colère. S’il ne nous reste plus assez de colère alors il faut qu’elles suscitent au moins la honte, pas moins ! Nous devrions avoir honte, aujourd’hui, de ces images, car lorsque nos descendants les auront vues, ils nous diront: avez-vous vraiment vècu ce temps de hyènes, et vous n’avez rien fait ?

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¹Rozana est une chanson populaire qui chante Alep et qui commence par « Vous qui partez vers Alep… »

²Houla, région du gouvernorat de Homs, dont les habitants ont subi le premier massacre collectif de la part des forces du régime syrien le 25 mai 2012. Cette date a marqué le début d’une période de massacres collectifs en Syrie commis par le régime Assad.

Mohamad Taha: « Les habitants de Palmyre dorment sur le sable et se couvrent avec le ciel »

Traduction par FSD de l’interview de Mohamad Taha sur les ondes de Monte Carlo International le 24 mars 2016 par la journaliste Samira Walnabi:
http://www.mc-doualiya.com/chronicles/interviews-mcd/20160324-%D8%B3%D9%88%D8%B1%D9%8A%D8%A7

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Mohamad Taha:
« Les habitants de Palmyre dorment sur le sable et se couvrent avec le ciel »

S.W.: Mohamed Taha, archéologue et habitant de la ville de Palmyre, soyez le bienvenu parmi nous sur les ondes de Monte Carlo International.

M.T. : Bonjour à vous et à ceux qui nous écoutent.

S.W. : Dites-nous ce qui se passe maintenant dans la ville de Palmyre. Ce témoignage est celui de l’un des fils de la ville.

A statement by Palmyra Revolution Coordination, 22.03.2016 "Russia is destroying our city and civilisation"

A statement by Palmyra Revolution Coordination, 22.03.2016
         « Russia is destroying our city and civilisation » https://www.facebook.com/revo.palmyra3/photos/pb.410518082406470.-2207520000.1458938658./487834724674805/?type=3&theater

M.T. : Ce qui se passe maintenant dans la ville de Palmyre n’a pa commencé hier, cela dure depuis plus d’un mois. Les bombardements de l’aviation, les missiles, y compris des missiles Scud et des bombes à sous-munitions bombardent continuellement Palmyre depuis un mois.

En commun accord avec la Russie, le régime syrien a décidé de récupérer la ville après l’avoir remise à Daech il y a trois cent sept jours. Le but est d’envoyer le message qu’il est capable de récupérer des territoires, de vaincre Daech, et de protéger le patrimoine syrien, dont les antiquités de Palmyre, qui constituent une partie importante du patrimoine de l’humanité. Rien n’est plus faux, car le régime a contribué lui même a détruire Palmyre la ville antique et Daech n’a fait que compléter la destruction ensuite. Aujourd’hui les batailles, que le régime mène avec l’artillerie lourde et les chars , se déroulent au coeur de la ville antique, et se concentrent maintenant dans la vallée des tombes. Tout ce qui n’avait pas été pillé ou détruit auparavant est pillé et détruit en ce moment même.
L’avancement des troupes terrestres du régime est le fruit de la campagne de bombardements aériens constants depuis plus d’un mois. Depuis quinze jours, les activistes de Palmyre ont documenté plus de mille deux cents raids de bombardements aériens, de missiles à longue portée et de Scuds.
Les habitants de la ville avaient déjà commencé à fuir Palmyre et il ne restait plus que 200 familles en ville. Daech a ordonné hier à tout le monde de quitter la ville et les a emmenés dans une zone désertique, à 15 km de Palmyre, appelée la Vallée Rouge, et il les a laissés là-bas où ils ont passé la nuit. Les gens qui ont tenté de louer des voitures, ont été bombardés par l’aviation russe et beaucoup parmi eux ont trouvé la mort ou ont été blessés. En conséquence les propriétaires de voitures n’osent plus déplacer ces gens jetés en plein désert vers Raqua, qui est la seule destination possible pour eux.

Pour la situation militaire, bien sûr, nous avons vu beaucoup de choses et beaucoup entendu. C’est une guerre médiatique entre le régime et Daech … Le régime publie des photos et des vidéos sur ses progrès et Daech y répond et chacun d’eux publie des images prouvant qu’il contrôle toujours la ville …
Lors du dernier contact que j’ai eu avec Palmyre, avant que les communications ne soient coupées complètement avec la ville, il y a trois heures, j’ai obtenu les informations suivantes:

Le régime tente d’avancer vers la ville depuis l’ouest, le sud-ouest et le sud.
De l’ouest et du sud-ouest, le régime est arrivé durant la nuit à atteindre le palais de Musa dans la région d’Al-Eweyneh, à environ cinq kilomètres de la ville. Et puis il a avancé vers la ville, mais Daech a fait une contre-attaque militaire et a forcé le régime à se replier sur la région d’Al-Eweyneh. Il est donc à cinq kilomètres de la ville.
Le régime contrôle le mont Hayan, côté sud-ouest à 8 km de la ville . Et le mont Tar au nord-ouest de la ville à 3 km.
Il y a des combats très féroces qui ont lieu dans la vallée antique des tombes avec usage d’ artillerie lourde, d’ explosifs et des bombardements de l’aviation. La ville est presque complètement vide à l’exception de ceux qui ne peuvent pas en sortir.
La plupart des quartiers et des maisons de la ville ont été minées par Daech. Son plan est de faire exploser la ville si les forces du régime réussissent à la prendre. Ils l’ont déjà fait dans plusieurs régions du nord de la Syrie.

Il n’y a plus d’habitants à Palmyre. Il y a 200 familles abandonnées depuis hier dans le désert à 15 km de la ville, sans nourriture, sans tentes et sans abri, qui dorment à la belle étoile.

S.W. : Quel est l’appel que vous, Mohamed Taha archéologue de Palmyre et fils de cette ville antique, souhaitez adresser aujourd’hui au monde entier?

M.T. : En fait nous sommes fatigués de faire des appels au secours auxquels personne ne répond jamais. La tragédie du peuple de Palmyre fait partie de celle que le peuple syrien tout entier vit depuis plus de cinq ans et devant laquelle la communauté internationale ferme les yeux et bouche les oreilles. Personne ne veut résoudre le problème vraiment et nous ne savons pas ce que cette communauté internationale attend pour agir. Les gens sur place nous ont même demandé de ne plus lancer d’appels, parce qu’ ils savent qu’ils ne donneraient aucun résultat.
Mais la communauté internationale doit arrêter d’appliquer deux poids, deux mesures et doit au moins regarder la souffrance humaine en face . Les gens là-bas sont des êtres humains et les êtres humains sur la terre sont tous égaux. La vie d’un être humain à Palmyre n’a pas moins de valeur que celle d’un être humain en France ou en Belgique ou ailleurs. Ce ci dit avec tout notre respect pour tous les êtres humains et notre condamnation de chaque action qui affecte les civils partout dans le monde.
Mais ce qui se passe en Syrie n’a pas de précédent dans l’histoire et ce qui se passe à Palmyre en particulier fait pleurer même ses pierres. Ces pierres qui ont fait se soulever des voix du monde tout entier quand Daech a détruit une partie d’entre elles. Ces même voix qui s’étaient tues lorsque les forces du régime syrien avaient détruit certaines de ces pierres. Comme si ces crimes étaient pardonnables si le criminel est le régime syrien et ne le seraient pas si le criminel est Daech. Les deux, le régime syrien et Daech, sont des criminels, nous sommes tous d’accord sur cela, mais nous ne devrions pas tolérer le deux poids ,deux mesures.
En tant qu’archéologue j’aime bien sûr mon métier, tout comme j’aime ma ville ville natale où j’ai grandi au milieu de ses antiquités. Toutefois, je me soucie aujourd’hui des habitants de Palmyre qui sont les miens qui se trouvent actuellement dans la vallée Rouge et qui sont sans rien et dont la seule couverture est le ciel. Tous ceux qui peuvent leur faire parvenir de l’aide, aussi minime soit elle, nous les en remercions. Un mot de solidarité est aussi le bienvenu, parce que ce qu’ils ont vécu est indescriptible avec des mots et aucune photo ou vidéo n’est capable d’exprimer leur souffrance. Parmi eux des enfants qui, pendant des mois, n’ont entendu que les voix des roquettes. Mais aussi des femmes qui ont perdu leurs enfants et leurs maris. Ces gens ne sont en aucun cas coupables de quoi que ce soit. Ils n’ont pas choisi Daech. Le régime diffuse, par ses médias et à tort, des propagandes qui stipulent que les habitants de Palmyre sont tous des membres de Daech, ce qui est dénué de la moindre véracité. Les habitants de Palmyre n’avaient pas choisi la d’être dominés par le régime Assad qui les tuait et les arrêtait, et en moins de trois jours, le régime a remis la ville à Daech. Ceci malgré la présence de 15’000 militaires, de l’aéroport militaire de Palmyre, mais aussi la présence de deux autres aéroports militaires à une distance qui ne dépasse pas 40 km. Malgré tout cela, Daech a pu prendre le centre de Palmyre facilement.

S.W. :Merci beaucoup Mohamad Taha.

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Lire aussi le témoignage de l’ancien procureur général de Palmyre:

La vérité sur la chute de Palmyre (1/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (2/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (3/4)

La vérité sur la chute de Palmyre (4/4)

Réfugiés syriens – Aout 2015

emmerdeur-du-net's Blog

Ces chiffres n’inclus pas les réfugiés qui ne sont pas enregistrés dans les camps de réfugiés tenus par l’UHCR… et avant le 30 septembre 2015, début des bombardements de l’aviation Russe

  • 4 089 023 réfugiés
  • 7 600 000 déplacés

refugies-syriens-fin aout 2015

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Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

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Original article

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(translated by Ruth Riegler) An eighteen-year-old Palestinian girl named ‘Huda’ has detailed her horrific experiences in Syrian regime prisons, ranging from beatings and torture with electric shocks to multiple rapes.

Huda, from Yarmouk Palestinian refugee camp in Damascus, who wished to withhold her real name for understandable reasons (fearing further persecution by the regime) was arrested by members of the pro-regime ‘Popular Front for the Liberation of Palestine – General Command’ (PFLP-GC) at the camp entrance in early 2013 when she was 16 years old on charges of “terrorism”.

She said that she and three other Palestinian women from Yarmouk camp were tortured by the PFLP-GC personnel prior to being delivered to the Assad regime’s infamous ‘Palestine – 235’ branch in Damascus, where she was imprisoned for the next four months.

She recalled being subjected to all forms of torture by the regime’s security agents whenever they took her out of the cell there measuring roughly 3 x 4 meters, where she was kept with eighteen other women, mostly also Palestinians. The regime’s torturers began with torture by electrocution, she said, followed by beatings with whips and rods. After this she was transferred to ‘Branch 215’ also in Damascus, where she said the torture is “exponentially” worse than that she’d suffered at the Palestine Branch.

At Branch 2015, she recalled, “the investigators were interrogating young girls and young men from Yarmouk refugee camp, demanding names [of anyone opposing the regime]. When we denied knowing them, we’d be beaten, tortured, starved, electrocuted. I was raped during my stay there for more than 15 days. Sometimes I was raped repeatedly more than a dozen times a day by different officers and prison warders.”

Huda found out that she had been impregnated during one of the rapes when she miscarried a baby as a result of one of the daily beatings administered as standard, which she said resulted in “my being injured and bleeding heavily, losing consciousness. They threw me into a cell filled with the bodies of detainees killed under torture, where I was forced to stay, surrounded by those bodies and blood for approximately three weeks. Then I found out I was pregnant when I miscarried as a result of the beatings.”

Rape of the female detainees is commonplace, she explained, adding, “One of them tried to commit suicide by battering her head off the walls of the cell. Each time she’d lose consciousness for a few hours.”

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Huda recalled one case she witnessed when a 20-year-old Palestinian girl in the same cell gave birth to a baby boy conceived when she was repeatedly raped by the regime guards. “After the birth, she couldn’t bear to look at the baby or keep it next to her in the cell and wasn’t able to endure the sound of his crying. She just wanted to get rid of him, to kill him when we weren’t looking because his existence was a reminder to her of being raped by the officers.” Huda added, “A few days later a guard entered and took the baby away – they knew that his presence in the cell was proof of the torture that created him.”….

You can read the entire article using the source link:

Source : Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

Etudiant syrien : un an déjà et toujours pas de visa

Il y a un an, j’écrivais quelques mots pour partager mon désarroi face à la situation de mon cousin le plus proche, dont la demande de visa étudiant n’aboutissait pas…

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001. Cette maison a été ciblée en avril dernier par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Moi, ma sœur, avec notre cousin et nos deux petites cousines à la cuisine de la maison de ma grand-mère à Homs en été 2001. Cette maison a été ciblée en avril 2014 par trois tirs d’obus, avec des dégats légers.

Un an plus tard, voilà où nous en sommes : je suis toujours suisse, il est toujours mon cousin, toujours brillant élève, et toujours en danger d’être appelé au service militaire dans un pays où la guerre semble être sans fin. Il réside toujours à Damas, mais la situation s’y est détériorée, et son université a subi des tirs de mortiers pendant les examens de rattrapage, faisant trois morts et une vingtaine de blessés. Elle est donc actuellement fermée.

La demande de visa a été refusée une première fois, nous sommes actuellement en recours, et comme l’an passé la rentrée approche sans que nous sachions s’il va pouvoir venir. La justification donnée pour le premier refus était qu’ils n’avaient aucune garantie qu’il ne resterait pas après ses études. Mais c’est long, six ans d’études, quel jeune peut-il savoir où il sera à la fin de son master ? Et les étudiants originaires d’un pays en guerre doivent-ils être défavorisés ? Ses notes sont excellentes, il serait un atout pour l’EPFL, qui l’a d’ailleurs à plusieurs reprises accepté, tout comme le canton de Vaud. Et je serais rassurée de le savoir étudier dans un pays où il ne risque pas sa vie tous les jours, en ne faisant rien de plus que ce que je fais moi : vivre et aller en cours. 

Je ne sais pas si ça peut aider, mais si vous aussi vous pensez qu’il a droit aux mêmes chances que nous autres, étudiants de Suisse et d’ailleurs, alors partagez cet article. Dans l’espoir de le voir prochainement passer les portes d’une université sans tirs de mortiers, dans une ville sans check points, dans un pays où le service militaire ne tue pas.

Merci de tout coeur

J.

Etudiante universitaire suisse