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Conférence: Deux femmes réfugiées témoignent

A l’occasion de la journée internationale de la femme et du 5e anniversaire de la révolution syrienne, FSD collabore avec Amnesty International, Section suisse, pour l’organisation d’une conférence qui aura lieu dans plusieurs villes suisses entre le 7 et le 12 mars 2016.

A Lausanne,

le 7 mars à 17h15, Université de Lausanne, Amphimax, salle 415

A Genève,

le 11 mars à 18h30, Université de Genève, Uni Mail, salle MS150

A Berne,

un rassemblement  le 12 mars de 16h00 à la place Münsterplatz

Il y aura également des conférences à Bâle, à Zürich et à Berne

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Avec Raneem Ma'touq et Amal Nasr

Avec Raneem Ma’touq et Amal Nasr

Plus de 250’000 mort·e·s, des milliers de personnes torturées, plus de quatre millions de réfugié·e·s contraint·e·s de prendre la fuite et 6,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le conflit syrien a créé la plus grande crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

A l’occasion de la Journée internationale de la femme et cinq ans après le début du conflit en Syrie, Amnesty International donne la parole à deux femmes syriennes qui ont dû fuir les atrocités de la guerre. Raneem Ma’touq et Amal Nasr reviendront sur les causes de l’exil de millions de Syrien·ne·s et raconteront leurs combats pour les droits humains, notamment pour les droits des femmes.

Raneem Ma’touq est une jeune étudiante ayant participé aux manifestations pacifiques en 2011. Elle a été emprisonnée pendant plusieurs mois en raison de son engagement militant et a perdu toute trace de son père, célèbre avocat des droits humains kidnappé en 2013. Elle a trouvé refuge en Allemagne.

Amal Nasr est une militante féministe depuis les années 1990. Elle s’engageait pour les droits des femmes en Syrie avec différentes organisations avant d’être, elle aussi, incarcérée. Elle vit désormais en Suisse depuis un peu plus d’un an, d’où elle continue son engagement pour les droits des femmes syriennes.

ENTRÉE GRATUITE. TRADUCTION ARABE-FRANÇAIS ASSURÉE.

Evénement organisé avec le soutien de l’UNIL, FemmeS pour la Democratie, Terre des femmes, CODAP, Vivre Ensemble, ELISA et Solidarité sans frontières.

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Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

Reblogged on WordPress.com

Original article

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(translated by Ruth Riegler) An eighteen-year-old Palestinian girl named ‘Huda’ has detailed her horrific experiences in Syrian regime prisons, ranging from beatings and torture with electric shocks to multiple rapes.

Huda, from Yarmouk Palestinian refugee camp in Damascus, who wished to withhold her real name for understandable reasons (fearing further persecution by the regime) was arrested by members of the pro-regime ‘Popular Front for the Liberation of Palestine – General Command’ (PFLP-GC) at the camp entrance in early 2013 when she was 16 years old on charges of “terrorism”.

She said that she and three other Palestinian women from Yarmouk camp were tortured by the PFLP-GC personnel prior to being delivered to the Assad regime’s infamous ‘Palestine – 235’ branch in Damascus, where she was imprisoned for the next four months.

She recalled being subjected to all forms of torture by the regime’s security agents whenever they took her out of the cell there measuring roughly 3 x 4 meters, where she was kept with eighteen other women, mostly also Palestinians. The regime’s torturers began with torture by electrocution, she said, followed by beatings with whips and rods. After this she was transferred to ‘Branch 215’ also in Damascus, where she said the torture is “exponentially” worse than that she’d suffered at the Palestine Branch.

At Branch 2015, she recalled, “the investigators were interrogating young girls and young men from Yarmouk refugee camp, demanding names [of anyone opposing the regime]. When we denied knowing them, we’d be beaten, tortured, starved, electrocuted. I was raped during my stay there for more than 15 days. Sometimes I was raped repeatedly more than a dozen times a day by different officers and prison warders.”

Huda found out that she had been impregnated during one of the rapes when she miscarried a baby as a result of one of the daily beatings administered as standard, which she said resulted in “my being injured and bleeding heavily, losing consciousness. They threw me into a cell filled with the bodies of detainees killed under torture, where I was forced to stay, surrounded by those bodies and blood for approximately three weeks. Then I found out I was pregnant when I miscarried as a result of the beatings.”

Rape of the female detainees is commonplace, she explained, adding, “One of them tried to commit suicide by battering her head off the walls of the cell. Each time she’d lose consciousness for a few hours.”

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Violences atroces dans les centres de détention syriens pour les femmes.

Huda recalled one case she witnessed when a 20-year-old Palestinian girl in the same cell gave birth to a baby boy conceived when she was repeatedly raped by the regime guards. “After the birth, she couldn’t bear to look at the baby or keep it next to her in the cell and wasn’t able to endure the sound of his crying. She just wanted to get rid of him, to kill him when we weren’t looking because his existence was a reminder to her of being raped by the officers.” Huda added, “A few days later a guard entered and took the baby away – they knew that his presence in the cell was proof of the torture that created him.”….

You can read the entire article using the source link:

Source : Arrest, Detention, Torture, Starvation, Rape… when you are a Palestinian Girl in Syria

« On vivait bien avant… » 2e partie

Voilà plus de quatre ans déjà que le peuple syrien s’est soulevé contre la tyrannie de la famille Assad. La répression féroce et les méthodes barbares du régime ont conduit la Syrie au bord du gouffre… la moitié de la population a fui la violence, réfugiés ou déplacés internes, pour échapper à la détention, à la torture, à la mort et à la terreur !
Aujourd’hui on entend certains syriens dire « On vivait bien avant…» comme si la cause de cette catastrophe était la révolution elle-même… et non pas la tyrannie de ce régime. Certains médias occidentaux se plaisent aussi à interviewer cette tranche de population restée pro-régime par intérêt, ou qui vivait avant la révolution en fermant les yeux et en priant le ciel pour qu’elle ne se trouve pas sur le chemin d’un membre d’un service de renseignements syrien (Moukhabarat).
Depuis début mai 2015 une campagne virtuelle appelée «On vivait bien avant… » (« # Kna_aaychen ») a été lancée par l’activiste syrien Feras Atassi pour raviver, de façon sarcastique, les souvenirs douloureux de la vie en Syrie depuis le début du “règne” de la famille Assad il y a quatre décennies. Atassi lui-même a été surpris du succès de cette campagne et de la quantité de témoignages qui ont fait l’objet de milliers de postes partagés sur facebook et de twittes publiés sur Twitter.

FSD traduit ici une deuxième partie de ces témoignages pour mettre en lumière les vraies raisons qui ont poussé les Syriens à dépasser la peur et faire face à ce régime :

Pancarte de Zabadani (Damas campagne) le 05.05.2015: "Vous viviez bien avant... pas nous!". Source: aljazeera.net

Pancarte de Zabadani (Damas campagne) le 05.05.2015: « Vous viviez bien avant?… nous pas! »
Source: aljazeera.net

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4. « #Kna_aaychen »
Morfie Al Shaar
Quand j’étais enfant, notre distraction préférée était de jouer au ballon dans la rue ou dans la cour d’une école. Un jour, toutes les écoles étaient occupées et il ne restait plus que celle de l’Indépendance. Le mur qui l’entourait était très haut. En grimpant sur le mur pour accéder à la cour j’ai vu un garçon de l’autre côté qui m’a invité à jouer contre leur équipe. Je me suis retourné vers mon cousin à l’extérieur pour lui poser la question, mais un militaire qui m’avait vu m’a tiré violemment par terre et m’a roué de coups de pied en me roulant vers la porte externe de l’école. Par malchance l’école avait été cambriolée la veille.
C’était la première fois de ma vie que j’entendais injurier Dieu. Cela m’a terrifié parce que je me suis dit que si cette personne n’avait même pas peur de Dieu quel serait mon sort à moi alors. Là j’ai senti un besoin soudain et pressant de pisser ! Lorsqu’on est entré dans le bâtiment mon interrogatoire a commencé et c’était la première fois de ma vie que je voyais un fusil russe.… tout paraissait irréel dans la pièce, une table et une chaise en plastique noir, une lampe qui tombait du plafond, des fusils… encore sous l’effet des coups reçus, j’ai proposé à cet homme de prendre l’argent que j’avais et de me laisser partir, j’avais cent livres syriennes dans ma poche. Il les a pris et il m’a laissé partir.
Je suis arrivé à la maison pieds nus, quant à mon cousin qui a vu ce qui m’arrivait, il n’a pas même pas osé rentrer à la maison et on a mis une heure pour le retrouver.
Depuis cet incident j’ai peur même des gendarmes… et je me demande toujours pourquoi on se pisse parmi lorsqu’on a trop peur !!!

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5. « #Kna_aaychen »
Feras A. Atassi
J’ai pris un mini-bus collectif pour me rendre à l’université de Homs. Pour y aller on devait passer à côté de la statue de Hafez Assad à l’entrée de la ville. Parmi les voyageurs il y avait une femme qui a demandé au chauffeur de s’arrêter en disant : “arrêtez-vous à côté de la statue”. Un autre voyageur l’a alors giflée en lui disant : « Une statue ? Quelle pute !… On dit La Statue de Monsieur le Président ». Une giffle qu’elle n’oubliera certainement jamais… et que je n’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais le sentiment d’humiliation qui m’a alors envahi !

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6. « #Kna_aaychen »
Nawras Charkassi 

Un membre de ma famille était enseignant au collège. Un jour, un étudiant lui a demandé son avis concernant la guerre entre l’Irak et l’Iran. Il lui a répondu qu’il pensait que la Syrie devait soutenir l’Irak parce que c’est un pays arabe, ou alors au moins rester neutre…
Le lendemain matin il s’est fait arrêter par les Mukhabarat (service de renseignement syrien). Il est resté en détention six mois pendant lesquels il a subi tortures et coups. Pendant cette période sa famille ne savait même pas où il se trouvait et elle était morte d’inquiétude. Quant à lui, il a été détruit psychologiquement, juste pour avoir dit ce qu’il pensait. Lorsqu’ils l’ont arrêté il avait les cheveux noirs et lorsqu’ils l’ont libéré il avait les cheveux gris !

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7. « #Kna_aaychen »
Kh Rw 

Ma famille possédait un appartement bien placé dans le quartier « al-Mazra’a » à Damas. Je me rappelle encore des arbres et du jasmin qui entouraient notre appartement. Ma mère a fait la connaissance d’une des voisines d’immeuble et leur relation s’est développée et elles se rendaient visite mutuellement. Lorsque mon père a trouvé un travail à l’étranger, cette voisine a demandé à ma mère d’accepter de louer notre appartement à des proches à elle. Elle a proposé un loyer qui semblait intéressant pour ma famille. Mon père a accepté, mis en confiance par l’accent de cette voisine, qui était celui des Damascènes. Cette voisine avait bien caché la nature de travail de son mari et son véritable accent. Quelques années sont passées et mon père a souhaité retourner à Damas. Alors ma mère s’est rendue à Damas et elle a pris contact avec la voisine pour discuter de la date à laquelle mettre terme à la location de notre appartement. Elle a alors été confrontée au mari de cette voisine qui l’a informée qu’il était de la communauté Alaouite, levant le ton, devenu menaçant, il lui a demandé d’accepter de vendre l’appartement à un prix insignifiant… il lui a dit que bien sûr cet appartement lui appartiendrait quel que soit la décision de mes parents, mais qu’il préférerait payer ce prix car il était une personne honnête et ne souhaitait pas être obligé de leur prendre leur appartement. La voisine avait soudain retrouvé son accent alaouite. Ma mère a eu très peur et elle a accepté de leur laisser l’appartement pour ce prix…
Depuis, chaque fois que nous passions par ce quartier nous priions Dieu pour qu’il prenne notre revanche. Quelques années plus tard nous avons appris que leur fils unique avait trouvé la mort dans un accident de voiture… on vivait bien avant !

FSD

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 5e partie, Témoignage de Kenda

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kenda et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kenda, lu.

Partie 5/5

Kenda, ancienne détenue, de Damas, 28 ans,

Kenda est une activiste dans la société civile et le mouvement de la paix. Elle a été arrêtée durant 2 mois suite à l’événement « les mariées de la liberté ». Elle a été libérée dans le cadre de l’échange avec des détenus iraniens intervenu le 9 janvier 2013.

«C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité.

Notre crime : nous avons mis des robes blanches de jeunes mariées et nous avons eu l’audace de porter, dans le souk de Damas, des banderoles demandant l’arrêt des violences, de la tuerie, et des interventions militaires. Notre mariage s’est terminé dans un centre de détention, dans une pièce simple de 2×3 mètres où l’on a regroupé 24 femmes de différentes régions de Syrie .

Les jeunes mariées de la liberté, Damas.

Les mariées de la liberté, Damas, novembre 2012.

Chacune de ces femmes a une histoire qui témoigne de sa patience et résume l’inhumanité de ce régime répressif et rancunier .

Je vous raconte mon expérience dans le centre de détention. Dans ce lieu, la dignité, l’humanité et toutes les valeurs morales de l’homme sont violées .

Je n’oublierai jamais les cris de Nawal de Homs, torturée pour qu’elle avoue un crime qu’elle n’a pas perpétré de ses mains. Je n’oublierai jamais les cris de Oum Ali et de Oum Ismail et de beaucoup d’autres femmes torturées.

J’ai passé dans ce centre de détention les jours les plus difficiles que j’ai pu vivre.

Dans ce lieu, ta patience et ta force sont mises à l’épreuve. J’aurai beaucoup à dire sur le comportement des geôliers et des interrogateurs, mais je vais vous le résumer : le traitement était très mauvais et sans aucune limite. L’unique mode de communication était la violence et la torture. J’ai vu de mes propres yeux beaucoup de femmes se faire torturer de différentes manières, telles que le câble électrique, le tuyau, la roue et bien d’autres méthodes, puisqu’ils en imaginaient continuellement de nouvelles; sans parler de leur langage fait d’insultes et de blasphèmes, utilisant les phrases les plus grossières.

Dans le centre de détention, tu oublies les fondements de ton humanité. Ce dont nous avons le plus souffert c’est d’entendre les voix des autres torturés, de voir le sang et des lambeaux de peau sur les murs, de sentir l’odeur du sang, de voir les restes des bâtons cassés (nommés par les geôliers “Al-Akhader BRAHIMI” parce que c’est un bâton en plastique de couleur verte et Akhdar signifie vert en arabe).

Souvent nous nous effondrions en pleurs, en entendant les cris de douleur derrière la porte de notre cellule. La pire des tortures c’est d’entendre les voix des autres torturés.

Nous avons passés des jours que je n’oublierai jamais. Nous avons souffert des poux sur la tête et sur le corps, qui se nichaient dans les habits, et nous avons souffert de différentes maladies telles que la grippe, la bronchite, l’empoisonnement, les infections urinaires , etc..

Nous étions affamées, nous attendions la nourritures avec impatience, jusqu’à recevoir un morceau de patate dur comme un caillou.

Nous avions besoin de serviettes hygiéniques pendant les menstruations, et les gardes ne nous les donnaient pas. Nous souffrions encore plus quand nous avions besoin de médicaments à cause des maladies contractées et ils nous privaient de médicaments comme punition supplémentaire.

Deux mois plus tard, nous avons appris que nous allions sortir à cause d’une amnistie ordonnée par Bachar al-Assad. Une fois sorties, nous avons été étonnées d’apprendre que nous avions été libérées suite a un échange de 48 détenus iraniens contre 2060 détenus ( hommes et femmes ) de toute la Syrie.

Je crois que ce régime a montré au monde entier tous ses crimes et ses oppressions.

Nous les femmes Syriennes nous méritons la paix et la liberté, et nous aspirons à ce que notre parole libre atteigne tout humain qui apprécie cette parole et sa signification.

Rendez justice à la femme syrienne qui subit les violences de ce régime, cette femme est le symbole de la patience et de la paix. »

FSD

Lire aussi les quatre premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Partie 4/5

Violences à l’égard des femmes en Syrie, 3e partie, Témoignage d’Alaa

Genève, 25.11.2014
A l’occasion de la journée internationale de l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes une conférence spéciale sur la violence contre la femme en Syrie devait avoir lieu à l’ONU le 25 novembre à 10h00 du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains, Tarek KURDI juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda  et Eman. La conférence devait dénoncer les violences que subit la femme syrienne de la part du régime Assad et de l’Etat Islamique (Daesh). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève, Alaa a elle été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa. Pour cette raison, la conférence à l’ONU a dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International- Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, SolidaritéS Genève.
FSD publie ici les interventions de cette soirée en 5 parties:
1. Intervention de Noura Al-Ameer; 2. Intervention de Tarek Kurdi, par skype; 3. Témoignage de Alaa, lu ; 4. Témoignage de Eman, lu ; 5. Témoignage de Kinda, lu.

Partie 3/5

Alaa, ancienne détenue, de Homs, 22 ans
“Depuis le début de la révolution j’ai été active dans l’aide humanitaire, ça a été une raison suffisante pour me faire arrêter par le régime Assad.
Dès l’instant où les membres des services de renseignement m’ont arrêtée, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont arrêtée sur le pont du président à Damas et ils m’ont ensuite amenée à la branche de la sécurité militaire 215. Après plusieurs séances de coups et de torture, l’un d’eux m’a fait entrer dans une petite chambre et un homme y est entré après moi. J’ai su plus tard qu’il s’agissait du directeur du centre de détention. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements sous prétexte de me fouiller. Lorsque j’ai refusé il m’a frappée et il a appelé cinq de ses hommes pour m’enlever mes vêtements par la force. Les coups et la fouille ne sont pas les seules exactions que subissent les femmes dans les centres de détention. J’y ai vu beaucoup d’autres manières de porter atteinte aux droits humains et perpétrer des crimes à l’encontre de la femme.
Dans ces centres de détention ils torturent les femmes sauvagement, en utilisant l’électricité, les coups sur toutes les parties du corps avec un câble électrifié, la roue (où le corps de la femme est plié en deux et maintenu dans cette position par un pneu), et la suspension du corps par les poignets sans que la plante des pieds ne touche le sol. Le pire est de voir une femme âgée qui se fait torturer à côté de soi, sans égard ni pour son âge ni pour son corps déjà épuisé.

La roue comme moyen de torture  (Photo du site www.vdc-sy.info)

La roue comme moyen de torture
(Photo du site http://www.vdc-sy.info)

Dans ces centres de détention, la torture a plusieurs facettes. En plus des coups, des humiliations et insultes verbales, les repas sont aussi utilisés pour nous torturer. Par exemple, ils nous donnaient les repas dans des sacs pleins de saletés et de poils. Nous étions aussi empêchées de nous laver sauf en acceptant que les gardiens nous lavent le corps. Les vêtements nous étions empêchées de les changer (lorsque nous avions de quoi nous changer) sauf s’ils étaient là pour nous regarder et nous prendre en photo. Alors personne ne voulait plus changer ses vêtements même lorsqu’ils étaient pleins de sang et de poux.
La période des règles était la période la plus dure et la plus difficile. Pendant cette période les femmes supplient les gardiens et se font humilier pour obtenir des serviettes hygiéniques, mais les gardes refusent de répondre à ces demandes. Lorsque les saignements deviennent très forts, le gardien amène un pull en coton ou en laine qu’il a pris de la cellule des hommes, un pull plein de poux et de sang pour contenir les saignements…

Je n’ai pas parlé ici en détail des cas de viol parce que tout ce qui précède est pour moi déjà une sorte de viol.

Moi j’en ai fini avec la détention, je suis actuellement libre, mais là-bas en Syrie il y a des milliers de détenues femmes qui vivent en ce moment même ce que j’ai décrit, et leur avenir reste inconnu.”

FSD

Lire aussi les deux premières partie de cet article:

Partie 1/5

Partie 2/5

Sur la femme en détention en Syrie

A l’occasion de la journée internationale de la femme, FemmeS pour la démocratie a traduit le témoignage d’une ancienne détenue afin de mettre en lumière le combat et la souffrance de la femme syrienne aujourd’hui, dont les ONG des droits de la femme parlent malheureusement si peu. Actuellement, il y a plus de 4’800 femmes détenues, 12’000 femmes victimes du conflit, plus de 7’000 cas de viols par les forces du régime documentés et très probablement bien plus en réalité. Des familles entières se trouvent dans les geôles du régime, grand-mères comme nouveau-nés, souvent détenus par représailles ou pour chantage.

 Traduit de l’arabe, témoignage de Lubna Za’our dans un journal libre de la révolution « La dame de la Syrie .

 Après la fin de l’enquête et de la torture le sentiment de regret disparaît, il se transforme en fierté féroce et joyeuse de ce que l’on a accompli sans plus aucun sentiment de regret.

Honnêtement, au moment des interrogatoires et dès le premier jour quand nous sommes entrés chez l’officier Souheil j’ai ressenti de la peur, du regret et de la terreur, sentiments volatilisés avec la fin de l’enquête.

Je fais partie de celles qui n’ont pas supporté l’intensité des menaces et de l’intimidation dès le premier jour de l’incarcération. Pendant l’interrogatoire j’ai fait une crise de nerf, ce qui a un peu allégé la procédure d’enquête et la torture à mon égard.

Chaque officier chargé d’enquêter sur les détenus a ses méthodes, et ils sont nombreux ; ils nous ont frappées, insultées et menacées.

Dans les prisons l’essentiel de leur travail consiste à détruire psychiquement la détenue en instillant la terreur dans son esprit, la pire des tortures et la plus efficace contre son moral.

Les méthodes de torture corporelles diffèrent selon le service de détention et selon l’accusation. Dans l’ensemble les accusations étaient légères dans le secteur dans lequel nous étions détenues, même si la majorité d’entre nous ont été frappées, fouettées et torturées psychiquement.

Le secteur d’à côté enfermait des prisonnières avec des accusations plus lourdes, certaines ont été réellement violées et pas seulement menacées de l’être comme nous l’avons été.

Dans notre secteur la plus jeune n’avait pas 19 ans. Quand nous avons été amenées pour être libérées à la Direction de la Police pour l’échange avec les otages iraniens nous avons rencontré toutes celles qui allaient être libérées des autres secteurs. Certaines de moins de 18 ans avaient été torturées, frappées et suspendues par les poignets.

Nous avons aussi rencontré de vieilles femmes dont Om Mohamad, d’origine marocaine, mariée à un syrien :  elle avait perdu son jeune fils et sa maison.

Sara Al Alaoui n’est pas la seule enfant à croupir dans les sous-sols des services de sécurité. J’ai rencontré Salam à la Direction de la Police. Originaire de Jabal Al Zaouieh, elle avait un visage lunaire et des yeux plus bleus que le ciel. Des traces de torture sur ses mains creusées semblaient dater de la veille, pourtant cela faisait déjà quatre mois qu’elle avait subi durant plusieurs jours des tortures dont le fouet et l’électricité. A 13 ans Salam était accusée d’avoir enlevé un officier et d’avoir piégé une voiture avec une bombe…

Dans ces sous-sols, beaucoup de visages croisés : grand-père, soeur, épouse, fillette, père, frère … des pleurs de nouveau-nés entendus mais aussi des plaintes de femmes enceintes, affamées, des gémissement de vieillards et des lamentations de jeunes et des bruits d’impatience d’enfants amenés là avec leurs mères.

Tous ces bruits de douleur face à l’unique et inchangé son du geôlier qu’aucun cri n’ébranle jamais. Cet homme n’est pourtant pas un être extra-terrestre, il a un père, une mère, des frères, une femme et des enfants, il a un coeur et du sang coule dans ses veines. Ne voyez-vous pas que le meilleur spécimen de schizophrénie est précisément ce geôlier ?

Toutes les femmes violées n’osent révéler leur état étant donné la position de la société à ce sujet. Une des détenues dénommée Om Tayem se faisait violé par l’officier Souheil, c’est arrivé trois fois pendant la durée de notre détention. La situation de la femme violée est difficile à décrire parce qu’elle se retrouve violée par tous : par la société qui la dévisage et par le machisme des hommes. La douleur psychique du viol est bien plus importante que sa douleur corporelle. La première question posée à une détenue à sa libération est : est-ce qu’ils t’ont violée ? Sans aucune attention pour le viol de sa dignité, de sa psyché et de son être. La détention est l’expérience des détails douloureux …

Cette expérience dans son extrême rudesse a anéanti ma personnalité mais m’a poussée à persister dans notre quête de liberté et de dignité.

Le plus grave dans ce qui se passe aujourd’hui est l’utilisation médiatique de la mort des enfants. Le criminel clame maintenant au monde et à travers écrans et hauts parleurs : « je suis le tueur des enfants ! je suis le tueur des enfants ! » … alors que le monde reste paralysé par ses intérêts.

Liberté à Sara et Salam.

Liberté à toutes ces âmes patientes emprisonnées.